Les origines du Grade de Maitre entre Mach Benah et Marrow Bone

Entre 1711 et 1725 un troisième grade apparait dans le système maçonnique et c’est celui qui en fera tout son succès, le grade de Maitre. En France il apparaitra également mais de façon très différente à celui des anglais. La Raison ? ce sont les maçons écossais qui l’introduisent et l’officialisent dans le système de Clermont.  Dans leur exil, les maçons écossais nombreux ont aussi apporté leurs rites. Au début il apparait dans toute sa pureté puis progressivement avec la domination culturelle anglaise il va se transformer peu à peu à son tour. De quoi parle t-on ici sinon de la double origine du grade de Maitre n’ayant rien à voir entre eux. Une origine noachite, l’authentique et écossaise et une fabrication hiramique, la fausse, celle des anglais calquée sur le peu que l’on savait à l’époque. A l’heure actuelle la plupart des rites, notamment celui du REAA sont tout simplement faux ! Difficile à croire et pourtant vrai.

Origine biblique de Mach Benah :

Dans le catéchisme correspondant au grade de Maître de Masonry Dissected (1730), on peut lire :

« L’Ex. Donnez-moi le Mot du Maître.

  1. – Il chuchote à l’oreille et, soutenu par les Cinq Points du Compagnonnage, ci-dessus indiqué, dit Machbenah, ce qui signifie Le Bâtisseur est frappé (The Builder is smitten). »

Dans un remarquable travail, l’érudit anglais R. Wells nous a en effet livré sur ce point des clés essentielles.

Il rappelle deux lieux bibliques où des formes proches de ce mot sont rencontrées :

« Jérémie le dixième, Makbannai le onzième » (I Chroniques, 12,13) «  Et elle enfanta … et Shewa père de Makbenna  » (I Chroniques, 2, 49)

Or, si l’on se reporte à la Bible de Barker, déjà mentionnée, publiée en 1580, et renfermant de nombreuses gloses et notices, on peut y lire en commentaire de la deuxième citation :

«  Machbana Machbenah, pauvreté, son fils a été frappé, ou le bâtisseur a été frappé (the smiting of the builder) »

Est-ce que Mach Benah est bien la forme initiale du mot en M., dont on possède des traces documentaires dès 1711 ? Selon Roger Dachez (Hiram et ses frères)  si tel est le cas, il apparaît qu’il est indissolublement lié, en raison du sens traditionnel qu’on lui accordait, à la légende d’Hiram dans sa forme achevée – ce qui nous donnerait une indication sur l’époque de sa fixation –, et qu’il constitue un témoignage de plus de cette recherche érudite et délibérée dans d’anciennes versions de la Bible, dont le terme Hiram Abif, adopté en 1723, était déjà un indice.

Ces divers éléments apparaissent encore comme autant d’arguments supplémentaires pour supposer une mise en forme finale de la légende, à partir d’éléments divers, certains empruntés à la tradition du Métier, et d’autres résultant d’une élaboration savante, par un cénacle d’érudits, – cabalistiques – imprégnés de Bible apparemment, dans les premières années du XVII e siècle. Les « Antiquarians » comme Stuckeley ont du jouer un rôle dans la fabrication de ce nouveau grade de Maitre.

Marrow Bone ou Marrow in the Bone : grade noachite

La véritable origine du grade de Maitre est tout autre et correspond au rituel du relèvement de Noé assimilé ici à Hiram.

Le sens de l’attouchement des cinq points dans le relèvement du cadavre de Noé.

Le Graham fut le premier rituel du Mot de maçon à réutiliser cet attouchement des cinq points pour le faire servir au relèvement d’un cadavre, en l’occurrence celui de Noé . Non qu’il méconnût la signification originelle de l’attouchement des cinq points puisque lorsqu’il le décrit à deux reprises, c’est précisément pour mentionner sa signification originelle : « Ils s’accordèrent alors », et encore : « en plein et total accord avec cela ». L’idée d’utiliser l’attouchement des cinq points pour relever un cadavre semble avoir été puisée dans l’Écriture qui contenait plusieurs exemples de résurrection des morts provoquée par un attouchement corporel. Le prophète Elie avait ressuscité des morts un adolescent en s’allongeant trois fois sur lui (I Rois 17,21-22). Le prophète Elisée avait lui aussi ressuscité des morts un autre adolescent en procédant comme suit : « Il monta (sur le lit), se coucha sur l’adolescent, mit sa bouche sur sa bouche, ses yeux sur ses yeux, ses paumes sur ses paumes ; il se courba sur lui et la chair de l’enfant se réchauffa » (II Rois 4,34-35). Et en outre c’est également par un attouchement manuel que Jésus de Nazareth avait ressuscité des morts la fille de Jaïre (Mt. 9,25 ; Mc 5,41-42 ; Lc 8,54-55) et le fils de la veuve de Naïn (Lc 7,14-15). Qu’est-ce qui donna aux auteurs du Graham l’idée de faire servir l’attouchement des cinq points au relèvement du cadavre de Noé ? C’est l’analyse des conséquences de cet attouchement dans ce rituel qui va nous le dire.

Tableau de Maitre parfait avec l’arche de Noé, ici il n’est pas question d’Hiram et Hiram n’a jamais été assassiné !

Les trois fils qui tentèrent de relever le cadavre de leur père Noé à l’aide de l’attouchement des cinq points, convinrent que s’ils ne retrouvaient pas le secret escompté, les paroles qui sortiraient de leur bouche leur tiendraient lieu de ce secret. De fait après avoir reposé à terre le cadavre de leur père qu’ils venaient de relever par l’attouchement des cinq points (fait qui montre que cet attouchement n’avait pas pour but de faire revenir ce cadavre à la vie physiologique, lequel reste bel et bien mort, mais de retrouver le secret de prédicateur de Noé), trois paroles sortirent de leur bouche, qui remplacèrent à leurs yeux le secret de prédicateur de leur père :

  1. a) Le premier des trois fils de Noé prononça l’expression « Marow in this bone.
  2. b) Le second prononça l’expression « dry bone » c’est à dire « os sec » (opinion de présomption et de désespoir démentie par la résurrection effective des os desséchés en Ez. 37,1-14).
  3. c) Et le troisième fils de Noé prononça enfin l’expression « ça pue », reprise de la parole dubitative de Marthe dans l’épisode johannique de la résurrection de Lazare par Jésus de Nazareth : « Marthe, la sœur du trépassé, lui dit : Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour » On 11,39).

Après avoir rapporté les trois paroles différentes  des trois fils de Noé ; le Graham conclut son récit en disant que ces trois fils de Noé s’accordèrent pour donner « un nom qui est encore connu de la franc-maçonnerie de nos jours ». Ce mot forgé par les trois fils de Noé d’après leurs trois paroles distinctes (« Marrow in this bone » ; « os sec » ; et « ça pue ») et connu de la franc-maçonnerie est évidemment l’ancien mot de maître « Marrow/Bone ». Or il y a là deux remarques à faire. Lorsque le Graham affirme que les trois fils de Noé s’accordèrent sur le choix du mot « Marrow/Bone.

Le tombeau de Noé

Cette visite des trois frères dans la tente où dormait le patriarche a une suite maçonnique qui confirme l’interprétation fournie cidessus de l’ivresse, du sommeil et de la nudité surprise. Cette suite est relatée dans le manuscrit Graham. Selon celui-ci, la visite se reproduisit, non plus sous la tente, mais au tombeau de Noé. Et cette fois, l’objet de l’incursion est indiqué sans détour ni parabole : il s’agit d’un secret.

« Sem, Cham et Japhet eurent à se rendre sur la tombe de leur père Noé pour tenter d’y découvrir quelque chose (…) qui les guiderait jusqu’au puissant secret que détenait ce fameux prédicateur. Ici, j’espère que chacun admettra que toutes les choses nécessaires au nouveau monde se trouvaient dans l’arche avec Noé.

Ces trois hommes avaient déjà convenu que s’ils ne trouvaient pas le véritable secret lui-même, la première chose qu’ils découvriraient leur tiendrait lieu de secret. Ils n’avaient pas de doute, mais croyaient très fermement que Dieu pouvait et aussi voudrait révéler sa volonté, par la grâce de leur foi, de leur prière et de leur soumission ; de sorte que ce qu’ils découvriraient se montrerait aussi efficace pour eux que s’il avaient reçu le secret dès le commencement, de Dieu en personne, à la source même.

Ils arrivèrent donc à la tombe et ne trouvèrent rien, si ce n’est le cadavre déjà presque entièrement corrompu. Ils saisirent un doigt qui se détacha et ainsi de suite de jointure en jointure jusqu’au poignet et au coude. Alors, ils redressèrent le corps et le soutinrent en se plaçant avec lui pied contre pied, genou contre genou, poitrine contre poitrine, joue contre joue et main dans le dos, et s’écrièrent: « Aide-nous, O Père ! ». Comme s’ils avaient dit : « O Père du ciel aide-nous à présent, car notre père terrestre ne le peut pas ». Ils reposèrent ensuite le cadavre, ne sachant que faire. L’un d’eux dit alors : « Il y a encore de la moelle dans cet os « , et le second dit : « mais c’est un os sec » ; et le troisième dit : « il pue ». (it stinck !)

Ils s’accordèrent alors pour donner à cela un nom qui est encore connu de la Franc-Maçonnerie de nos jours et ce mot était Marrow in the Bone (MB)

Puis ils allèrent à leurs entreprises et par la suite leurs ouvrages tinrent bon. Cependant, il faut supposer et aussi comprendre que la vertu ne provenait pas de ce qu’ils avaient trouvé ou du nom que cela avait reçu, mais de la foi et de la prière. »

En dépit de quelques différences, cette légende se donne à certains égards comme une strate archéologique de celle d’Hiram mais celle d’Hiram en est le négatif car en cette dernière, il est d’abord question de trois mauvais compagnons qui mettent à mort l’Architecte, faute de pouvoir lui arracher un secret auquel ils n’ont pas droit et, plus tard, d’un certain nombre de Maîtres maçons bien intentionnés désireux de retrouver la dépouille d’Hiram assassiné.

Manifestement, lors de cette visite au tombeau de Noé, Sem, Cham et Japhet sont à rapprocher, non pas des mauvais compagnons, mais des bons Maîtres. Depuis l’épisode de la tente, Cham n’a pas corrompu ses frères, mais, bien au contraire, les a rejoints sur le bon chemin. En outre, le temps est révolu où Sem et Japhet étaient forcés d’entrer dans la Tente du Secret à reculons. Ce secret, ils ont désormais l’âge de le rechercher. C’est donc bien la légende d’Hiram vue dans son aspect positif.

En réalité quand le révérend Anderson a vendu (vendu et non transmis) partiellement le rite du Mot de Maçon à Théophile de Désaguliers il n’a pas pas pu tout livrer. Après avoir déchiré quelques pages du Livre des marques de la loge (Aberdeen) de son père, falsifié d’autres il pensait que son travail était accompli.
Anderson ne transmet qu’un rite incomplet et l’on sait (par les irlandais entre autre qui ont conservé les rituels écossais) qu’existe un grade de maitre alors que faire sinon en inventer un !
Aussitôt dit aussitôt fait et l’on bricole vite fait quelque chose de ce que l’on sait. Et que sait-on ? Que c’est un grade où il est question des cinq points de la maitrise et d’un mort. En réalité mais vous en saurez plus dans mon livre, il s’agit d’un grade noachite avec les trois fils de Noé et le mot de passe (pas le mot sacré) était Marrow in the Bone. Plus tard des historiens (Patrick Négrier et Hervé Vigier) ont effectivement retrouvé l’ancien grade de maitre connu sous le nom de « L’ancienne maitrise » et c’était tout simplement celui de sublime écossais propulsé par je ne sais quel miracle au 5 et 8 degrés du REAA, le rite le moins originel qui soit.  Ainsi donc par miracle ce grade maitre fut conservé dans les hauts grades ! grâce surtout aux écossais parisiens de la rue des boucheries qui transmirent le garde dans sa forme originelle.
 
Le mystère de la corde sortant du cercueil
 
On aura remarqué une corde sortant du cercueil de Noé et l’explication habituelle est que cette corde fut celle que les frères utilisèrent pour sortir le corps de la fosse. On se demande alors pourquoi cette corde ne figure pas dans la maçonnerie hiramique ! En fait son rôle est important car c’est elle qui va nous permettre de découvrir l’ultime secret du Saint des Saints à laquelle elle est reliée. Quiconque a assisté à un enterrement classique sait très bien que la ou les cordes servent à descendre le cercueil dans le caveau et jamais à le  remonter … Mais simple question : y a t’il un caveau dans le Saint des Saints ?
 
Tableau de l’ancienne maitrise avec les références à Noé et la corde.
 

Voir la suite ici

à suivre : le  meurtre était presque parfait !

 

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