Sept bourgeois de Toulouse désignés comme les Sept Troubadours convoquent tous les poètes qui voudraient lire leurs œuvres en langue occitane. La rencontre devient un véritable concours littéraire dont les instigateurs Bernard de Panassac, Béranger de Saint-Blancat, Guihlem de Gontaud, Bernard d’Oth, Guilhem de l’Obra et Pierre Mejanassera désignent comme lauréat le poète Arnaud Vidal de Castelnaudary .Celui-ci reçoit le premier prix, la violette d’or, et le titre de docteur en la gaie science, pour un poème à la Sainte Vierge.
En 1323, sous Charles le Bel, les Sept troubadours avaient créé le Consistoire du GAY SAVOIR (Gay Saber), la plus ancienne Académie d’Europe qui s’attribuait pour mission de récompenser par l’attribution de fleurs les plus belles poésies en langue d’OC… La plus haute distinction était la violette d’or réservée aux poèmes dédiés à la Vierge, Dame Clémence. La première violette fut délivrée en 1324. Le concours perdurant Charles IV très impressionné par le niveau des concurrents encouragea les sept créateurs à développer l’institution. Le concours prit le nom de jeu de l’Amour et d’autres fleurs furent crées à côté de la violette pour récompenser d’autres genres de poésie. La violette d’argent célébrait le genre noble. En 1345 s’y ajouta l’églantine pour des sujets plus variés et le souci d’argent (en latin calendula) pour la poésie légère.
Gérard de Sède précise dans le Guide de la France mystérieuse : « Les membres de la Companhia étaient tenus au secret. Le Gay Savoir semble, en effet, avoir été une doctrine ésotérique que la poésie des troubadours répandait sous forme de symboles cachés aux profanes. Les spécialistes actuels estiment que cette doctrine était celle des cathares, contraints depuis la croisade à une entière clandestinité. […] Clémence Isaure n’est qu’un personnage symbolique figurant, comme la Dame des troubadours, un principe cosmologique féminin. Ils ont notamment souligné que, dès le XIVe siècle, c’est la Vierge que l’on appelle “Dame Clémence”, et qu’Isaure veut dire Isis aurea “Isis dorée”. » Clémence Isaure : « l’Amie de Dieu » des cathares
Dans toute la littérature des troubadours cathares il est question de celle qu’on appelle LA DAME. C’est elle dont il est question dans deux canso, toutes deux déjà publiées et commentées dans cette revue : la Chanson du Bouvier et celle de Gaston Phoebus, la chanson le plus célèbre d’Occitanie’ :
Se canto que canto Si je chante ce que je chante
Canto pas per iou Je ne le chante par pour moi
Canto per ma mie Je chante pour m’Amie
Qu’es alprep de iou Qui est auprès de moi.
Mais qui est donc cette dame ?
Il y a déjà 6000 ans et plus, chez nos lointains ancêtres, au-dessus des dieux masculins trônait la Grande Déesse, celle de la Sainte Trinité. Mère, épouse et fille de tous les dieux, elle regroupait en elle les trois vertus cardinales transcendant les trois fonctions masculines et qui ont nom Sagesse, Force et Beauté. Toujours vierge elle était la mère de « ce fils qu’elle n’avait pas enfanté » et qu’elle portait dans ses bras. Psychopompe, elle menait les âmes des défunts qui transmigraient définitivement à la place qu’ils avaient méritée.
Autrefois, quand ils vivaient encore une vie commune dans la région des « trois lacs » ou des « trois mers » — la Mer Noire, la Mer Caspienne et la Mer d’Aral — nos ancêtres la dénommaient *Sathana, la Grande Déesse qui nous apporta la Lumière. Elle représentait l’idéal vers lequel tend chacun de nous, l’abstraction majeure et c’est pour cela que, depuis, dans toute notre civilisation et elle seule, tous les noms abstraits sont féminins. C’est pour cela aussi que notre civilisation est une des rares civilisations féministes du monde et la seule monogame.
Sathana est devenue Satana chez les Ossètes, Athéna chez les Grecs, Etain ou Aithnè chez les Celtes.
Dans l’Inde Brahmanique, elle est devenue Devî Saras-vatî la (Grande) Déesse pourvue de lacs, en quelque sorte « la déesse aux (trois) lacs ». Sarah épouse de Brahma que son époux chante en ces termes :
Tu es splendeur, Tu es la souveraine. La pudeur et la Sagesse ! L'éveil est ta parure, Humilité, prospérité, Satisfaction, apaisement, Patience ! Tels sont tes noms ! Armée d'un glaive et d'une lance, Brandissant la massue, le disque, Tu es la Force. Toi qui sonnes la conque. Armée d'un arc et de flèches Et d'une fronde et d'un épieu ! Beauté, Plus belle que tout au monde. Tu resplendis ! Plus haute que le haut, le bas. Tu es la souveraine La plus haute ! Quoi que ce soit, Où que ce soit, Que ce soit l'être ou le non-être, Tout est en toi ! Toi, l'énergie de l'univers, Comment pourrai-je te chanter ?
Cet hymne est extrait de la célébration de la grande déesse, texte sanscrit et commenté par Jean VARENNE et publié à Paris : Les Belles Lettres, 1975, p. 99-100.
En Iran, elle devint Anahita où on la surnommait Mithre épouse de Mithra, autrement dit Sorayà « madame soleil » épouse de Suriah le dieu « Soleil ». C’est pourquoi on la représente toute « dorée », toute « blonde » comme le Soleil. Et dans les chapitres avestique (la langue du mazdéisme) découverts en Egypte. il est dit que le temple repose sur trois piliers qui ont nom Sagesse, Force et Beauté. Elle était également surnommée Daena (équivalant au latin Divina « la Divine ») qui s’est contracté en Den, puis Din et qui a fini par désigner « la Religion », sens que ce mot a encore C’est encore elle qui fut surnommée par les Celtes Brigantia « la brillante » (comme le soleil), devenue depuis Sainte Brigitte patronne de l’Irlande. C’est encore elle, qui est « la Dame du lac », Viviane qui a recueilli et élevé Lancelot « ce fils qu’elle n’a pas enfanté. »
Cette déesse universelle est souvent dénommée, dans les mythes gnostiques postérieurs et dans les représentations compagnonniques, à l’aide de l’expression arnica dei « amie de Dieu », comme dans ces vers latins qui la désignent comme psychopompe, c’est-à-dire conductrice des âmes :
Dulcis arnica dei, rosa vernans, stella decora
Tu memor esto mei dum mortis venerit hora
« Douce amie de Dieu, rose printanière étoile brillante, toi, souviens-toi de moi lorsque viendra l’heure de ma mort »
On en retrouve parfois trace même dans nos églises sans que personne n’y prenne garde, reconnaissable dans les formules laissées sur les phylactères où souvent le déplacement d’une lettre révèle le message, comme on peut le voir dans la cathédrale de Sospel où, dans la chapelle orientée, à gauche du transept dédiée nominalement à la vierge, on peut lire pulcra amicha dei au lieu de pulchra arnica dei « belle amie de Dieu », avec le déplacement de la lettre -h- qui, en langage hermétique désigne le soleil. Et comme par hasard, on aperçoit au-dessus, un Christ en gloire, un Christ solaire dans toute sa splendeur.
L’Amica dei représente la Clémence Isaure des Cathares ; la Laura que chanta Pétrarque, la femme qui couronne de « lauriers » ; la Béatrice de Dante qui donne la « béatitude » de la sainteté. C’est bien là cette arnica dei, « La Dame » idéale qui symbolise la « religion nouvelle » et représentée, dans Le trésor cathare, par Clémence Isaure. Cette Dame, est, pour toute l’Occitanie, la célèbre fondatrice des Jeux Floraux :
« En 1323, sept troubadours de Toulouse. Bernard de Panassac, Guilhem de Lobera. Bérenger de Saint-Plancat, Pierre de Mejana-Serra. Guilhem de Gontaut. Pierre Camo et Bernard Oth, se réunissent à Saint Martial, dans le quartier des Augustins où ils disposaient, nous dit-on, d’un « palais », d’un « admirable verger », et d’un « délicieux jardin » dont il serait vain de chercher aujourd’hui la trace, ne fût-ce que pour cette bonne raison qu’ils auraient été selon les chroniques, détruits dès le 15ème siècle. »
Nombre remarquable, il a fallu sept Maîtres du Trobar pour créer une association qu’ils dénommèrent : la companhia dels maintenedors del gay saber la « compagnie des mainteneurs du gay savoir » La compagnie institua un concours annuel de poésie… dont le vainqueur, couronné chaque premier mai recevait une violette d’or fin ». Ainsi naquirent les Jeux Floraux.
« Deux siècles plus tard, la Companhia étendit considérablement ses activités, grâce au patronage d’une dame toulousaine, qui mit à sa disposition son immense fortune : Clémence Isaure. » Sur cette femme, célèbre dans toute l’Occitanie, nous possédons de nombreuses biographies, de nombreux portraits.
« Elle fut aussi généreuse qu’elle était riche : non seulement elle dota fastueusement les Jeux Floraux, mais encore, c’est elle qui fit bâtir à Toulouse le marché aux grains, le marché aux herbes, le marché aux poissons, le marché aux vins… Sept ans après sa mort, sa dépouille fut placée en l’église de la Daurade (« la Dorée »), où déjà reposait la reine Pédauque… Ce monument s’ornait d’une statue de Clémence qu’on transporta plus tard au Capitole : vous l’y verrez encore, soulignée d’une inscription funéraire qui rappelle la vie et les œuvres de cette femme exceptionnelle. Clémence Isaure laissait un testament ; après avoir recommandé que chaque année, le jour anniversaire de sa mort, les jeunes filles toulousaines entonnent un hymne à sa mémoire, qui évoquerait sa chasteté, elle y fixait avec précision les divers usages qui devaient être faits de sa fortune, entièrement léguée à sa cité natale : et cette fortune était telle que la ville de Toulouse en eut les revenus jusqu’au siècle dernier… »
Et pourtant, moins de 50 ans après la mort de Clémence, un litige s’éleva entre la Companhia et la ville de Toulouse, au sujet de l’interprétation de l’une des clauses de son testament. Pour régler cela il fallut produire le testament qui demeura introuvable. Cela mis aussitôt la puce à l’oreille aux historiens. On observa alors qu’aucun des écrits qu’on prête à Clémence ne sont de sa plume. Ce ne sont que des copies. Caseneuve, dans L’origine des jeux floraux, s’avise que la statue de Clémence Isaure ne peut provenir du tombeau de la Daurade puisqu’elle date du 16éme siècle. De plus, le comte de Toulouse ‘sauré, dont dame Clémence aurait été la descendante, est purement fabuleux. Nulle trace non plus de Lucius Inquart, père de notre héroïne, ce qui est très étrange. Puis on se rendit compte que les quatre marchés existaient avant la naissance de Clémence Isaure.
On s’avisa alors que « Dame Clémence » est un surnom communément donné à la Vierge en Occitanie, cette Vierge dont la vénération est venue en France et en Europe au 12ème siècle, puisque auparavant, on ne trouve pas trace de ce culte en occident. Quant à Isaure, il s’agirait d’un calembour de langue « farcie » pour Isis aurea, sans compter que le nom de son père Lucius en fait la fille du « lumineux », nom communément donné au Bon Dieu par les Cathares. Si bien que Clémence Isaure serait finalement l’équivalent de « Notre Dame Isis d’or ». Elle « ne serait ainsi qu’un personnage symbolique, une figure du principe cosmologique féminin, le dernier avatar de la « Dame » des troubadours. Thème qui concorde, il faut bien l’avouer, avec ce qu’on nous dit de Clémence : son refus du mariage, sa prédilection pour le Gay Savoir, le lieu supposé de sa sépulture, et enfin sa « richesse », ce qui signifie que c’est un personnage ric, hermétique, dont le secret serait enclos dans son nom même. Et les dictionnaires, dès le siècle dernier, sont unanimes à écrire : « Clémence Isaure : Dame toulousaine qui aurait doté richement les jeux floraux au 14éme siècle. L’inanité de cette légende a depuis longtemps été établie. »
Cette aventure concorde bien avec ce qu’on sait par ailleurs du culte de la Vierge et en particulier celui des Vierges noires’ que nous connaissons en France où elles sont nombreuses et très honorées et qui viennent toutes du Moyen-Orient ou d’Egypte. La Vierge noire du Puy vient d’Egypte, celle de Rocamadour, de Chartres ou de Clerc ont toutes la même origine et datent de l’époque des croisades. Cette dévotion fut certainement favorisée par le retour des croisés, rapportant de l’orient les images saintes de la Vierge. Les croisés et surtout les templiers.
Rappelons d’autre part que les fondateurs des jeux floraux étaient au nombre de sept : deux chevaliers, deux capitouls, deux banquiers et un riche négociant. Et pour comprendre pourquoi ce nombre était nécessaire, il suffit de se reporter au portrait de Clémence Isaure qui nous montre une Clémence Isaure revêtue d’une robe blanche, comme dans les cathédrales ou les basiliques, où est honorée une Vierge noire, et où l’on voit, au fond du chœur, une Vierge à la robe entièrement blanche, tandis qu’à la porte d’occident, sa robe rouge est recouverte d’un manteau bleu. Au transept le manteau prend une teinte violette, couleurs conformes à la progression alchimique.
Dans sa main gauche, Clémence tient deux fleurs : une « rose printanière » (rosa uernans) et une violette, cette violette d’or fin qu’on attribuait aux vainqueurs de Jeux Floraux. Cette violette, fleur d’amour, que célèbre la chanson populaire :
Le rossignol prend son vol, Au château d'Amour s'en va, Trouva la porte fermée, par la fenêtre il entra, la violette double double, la violette doublera.
Cette violette que tient Clémence dans sa main est composée de cinq pétales, c’est-à-dire qu’elle représente l’étoile parfaite, la stella decora « l’étoile brillante » dont parlent les vers du texte, la fleur de l’amour parfait qu’offrent les hommes à leur amasia, leur « aimée », le 14 février, le jour de la Saint Valentin ». Comme dit la marchande de la chanson populaire :
Ces angelots du haut font une longue chaîne d’union, bras étendus, et tiennent dans leurs mains une espèce de cordes qui fait le tour du monument et sur laquelle on distingue comme des lacs formés de campanettes, ces « muguets » de mai.
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