Camelot

En 1542, l’archéologue du roi Henry VIII Tudor, John Leland, identifia un fort de l’âge de fer, dans l’ouest de la Grande-Bretagne, comme l’ancienne cour de Camelot du roi Arthur. Il se justifia vaguement par le fait que le site de Cadbury sud était proche de la rivière au nom si propice, Camel, dans le Somerset. Cependant, selon les écrits de Malory, Camelot se trouvait à quelque distance à l’est, à Winchester, en Hampshire. À ce jour, une table ronde de cinq mètres cinquante de style arthurien se trouve à Winchester Castle Hall. La datation au carbone 14 la situe approximativement aux années 1200, mais les peintures symboliques qui l’ornent ont été ajoutées à l’époque Tudor.

Des fouilles récentes à Cadbury, pendant les années soixante, exhumèrent les restes d’une salle de festins de l’âge des Ténèbres, mais malgré l’attrait que cela représentait pour l’industrie du tourisme (et cela a été très bien utilisé à cette fin), il n’y avait absolument rien qui permettait de l’associer au roi Arthur. D’ailleurs, plus de quarante constructions semblables (d’âge et de type identiques) ont été découvertes dans le même périmètre, et il en existe beaucoup d’autres, ailleurs dans le pays.

La première allusion à Camelot, cour royale du roi Arthur, a été faite dans la légende de Lancelot : Le Chevalier de la Charrette, écrite aux alentours de 1135 par Chrétien de Troyes. D’un point de vue historique, le premier endroit répertorié sous le nom de Camelot ou Camulot pour être plus correct (Camulodunum pour les romains) était l’ancienne ville de Colchester, à l’est de la Grande-Bretagne. Ce nom vient de camu-lot, qui signifie « lumière incurvée ». Il s’agis­sait de la résidence du tout premier Pendragon de Grande-Bretagne, le roi Cymbeline (10-17 apr. J.-C.) qui gouverna les tribus Catuvellauni et Trinovante depuis la colline fortifiée la plus impressionnante du pays. Dans les écrits de Chrétien de Troyes, le roi Arthur avait une cour où régnait l’alchimie de la lumière incurvée (camu-lot) à Carlisle, dans le nord de la Cumbria. De la même façon, la High History of the Holy Grail (parfois connue sous le nom de The Perlesvaus) du XIIIe siècle fait clairement référence à Carlisle, qui figure aussi dans le Suit de Merlin français, de même que dans les légendes anglaises de Sir Gawain and the Carl of Carlisle et The Avowing of King Arthur.

Carlisle (souvent appelée Caruele ou Cardoil dans les registres en ancien écossais) était la base militaire historique de Arthur mac Aedân. Elle se situe juste au sud de la forêt calédonienne où Préssyne emmena Mélusine et ses soeurs au VIIIe siècle pour regarder la terre d’origine des Pict-sidhé et les ruines du château d’un Pendragon plus récent se dressent à proximité, à Kirkby Stephen.

Les Pendragons (Rois des Rois) britanniques n’étaient pas héritiers de père en fils dans une seule et même famille. Ils étaient désignés parmi une lignée gaélique royale par un conseil druidique des anciens. À la mort du Souverain des Bois, Beli Mawr, la tâche échut à son arrière-petit-fils, Cymbeline, et ensuite à son fils, le roi Caractacus (46-54 apr. J.-C.). Puis, le rang fut tenu par différents rois régio­naux, notamment Caradawc de Gwent, Coel Hen de Carlisle et Maelgwyn de Gwynedd, jusqu’à, après plus de six siècles de tradi­tion, Cadwaladr le Béni du pays de Galles (654-664) qui fut le dernier Pendragon.

À travers les siècles, beaucoup de choses ont été faites concer­nant le concept harmonieux de la Table Ronde du roi Arthur. Plusieurs milliers de personnes sont venues du monde entier admirer la réplique de la Table à Winchester, bien que ce soit un idéal imaginé. Néanmoins, le véritable héritage de cette tradition du roi Arthur ne réside pas dans la table en elle-même, mais dans les chevaliers qui s’assirent à cette table, puisque ces puissants émissaires représentaient le plus important aspect de l’ancienne tradition en incarnant eux-mêmes un anneau vivant, vêtu de fer.

Dans toutes les représentations de la culture féerique, à partir des premiers rois scythes et des seigneurs de la Tuadhe d’Anu, les structures sociales sont fermement centrées sur des sièges désignés de l’assemblée, connus sous le nom d’Anneaux Féeriques. Ces sièges royaux, de Scythie jusqu’en Irlande, s’appelaient Raths, ce qui signifie « rond » ou « circulaire ». C’est dans cet esprit que la Table Ronde de la romance du roi Arthur fut imaginée pour symboliser le concept de l’Anneau Féerique. En accord avec la tradition ancienne de l’Anneau, la terre tomba dans l’abandon et le chaos lorsque le pouvoir de l’Anneau fut anéanti par la vertu de la reine Guenièvre infidèle au roi Arthur avec Lancelot. Dès ce moment, l’unité de l’Anneau étant rompue, les chevaliers d’Arthur étaient condamnés à errer de par le Désert, à la recherche du Saint Graal qui guérit toutes les plaies. C’est ainsi que, bien que très rarement dépeinte de cette façon, la mythologie du roi Arthur (de même que la Volsunga Saga et Der Ring des Nibelungen) représente le plus puissant de tous les cycles de l’Anneau.

Il y a en fait, beaucoup de similitudes entre les traditions du roi Arthur, de la Volsunga et des Nibelungen, similitudes que nous retrouvons également dans Le Seigneur des Anneaux de Tolkien. En traitant, pour le bien de la comparaison, les héros Sigurd et Siegfried comme un seul personnage, il apparaît tout d’abord qu’Arthur, Aragorn et Sigurd sont les justes héritiers de rois tués au combat, et sont, chacun, privés de leurs droits d’héritage. Tous les trois, au cours de leur enfance, ont été élevés dans un environnement encourageant et protégé. Mais durant leur éducation, ils acquirent très habilement des traits remarquables qui attirèrent sur eux l’attention involontaire des spectateurs, pavant ainsi le chemin de leur célébrité future. Au cours de ces histoires, ils sont tous les trois liés à la culture de l’épée magique, bien que leurs armes ne soient pas vraiment magiques mais simplement nommées. Ainsi, l’épée d’Arthur étant Caliburn/Excalibur, celle de Sigurd s’appelant Gram, et celle d’Aragorn, Narsil/Anduril. De la même façon, Arthur, Sigurd et Aragorn ont chacun un mentor âgé, doté de pouvoirs surpuissants : Merlin, Odin et Gandalf.

D’un point de vue romantique, nous avons Arthur et Guenièvre, Sigurd et Brynhild, Aragorn et Arwen. Mais comme le remarque David Day dans sa fascinante étude intitulée Tolkien’s Ring, chacune de ces femmes sont des héroïnes tragiques. Une chose est claire concernant les cycles de l’Anneau, c’est que contrairement aux contes de fées, ils n’ont pas de fin heureuse, puisqu’un « cycle » ne peut, effectivement, avoir de fin. Guenièvre devient nonne et meurt dans un couvent en ayant perdu son statut de reine ; Brynhild se suicide après avoir perdu ses pouvoirs divins de Valkyrie ; et Arwen meurt d’une mort de mortelle, en ayant sacrifié son immortalité elfique. La morale de chacune de ces histoires est en essence la même, puisque le redoutable pouvoir créateur de l’Anneau est tel qu’il porte aussi un sortilège destructeur inhérent. Pouvoir qui devient actif et sans pitié, lorsqu’un gardien de confiance se trouve confronté au mensonge.

L’idée qui apparaît dans la légende du roi Arthur et qui la rend unique est qu’elle réunit les destins de deux Anneaux distincts, chacun d’eux étant dépendant de l’autre. Dans le premier cas, comme nous l’avons mentionné, nous avons l’Anneau des chevaliers vêtus de fer, assis à la Table Ronde qui assurait l’Anneau Féerique de l’assemblée. Cependant, cet Anneau est entièrement dépendant de la sainteté et de la sécurité de l’anneau d’or qui scelle l’union entre Arthur et Guenièvre. Celui-ci était l’Anneau de la quête originelle d’Arthur, et pour gagner sa reine, il dut faire ses preuves lors de combats physiques et stratégiques contre de terrifiants opposants. En étant devenu le digne soupirant, Arthur offrit en gage un anneau d’or, en échange de la dot emblématique de Guenièvre, l’Anneau vêtu de fer des chevaliers jurant allégeance au couple royal. C’est de cette façon que les Anneaux devinrent dépendants et que la chute de l’un provoqua celle de l’autre. Les serments de mariage et de chevalerie faisaient partie du même accord.

L’ironie de la légende est qu’aucun des Anneaux ne fut le premier à se rompre, comme cela aurait été le cas si l’infidélité de Guenièvre avait été induite par un tiers. Lancelot brisa l’Anneau de fer dont il était partie intégrante, et avec Guenièvre, ils rompirent simultané­ment l’Anneau d’or. C’est ainsi que chacun des Anneaux fut immé­diatement détruit par l’effondrement de l’autre.

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Migrations hyperboréennes

 

Tous les migrants de -8500 ne s’étaient pas installés dans la plaine anglo-scandinave. Une partie d’entre eux avaient gagné les forêts avoisinantes de ce qui allait rester terre ferme. Au bout d’un certain temps la pression démographique, qui s’était fait sentir dans une région peu favorable à l’élevage et à l’agriculture, avait poussé les plus audacieux à émigrer vers l’est jusqu’aux plaines situées entre le Don et la Volga, où ils fondèrent un Etat prospère : le Gardarike, dont la capitale était Asgard. De là, pour des raisons qui nous échappent, certains d’entre eux retournèrent, aux environs de -2500, dans leur pays d’origine, sous le commandement d’un chef, plus tard divinisé, Odin. La vie nomade les avait biologiquement affinés. Elle leur avait fait, d’autre part, abandonner leur matriarcat primitif. Leur langue avait évolué. D’où quelques conflits au moment de leur rencontre avec ceux qui étaient restés sur place, bientôt suivis de la fusion des deux groupes, dont résulte le peuple que les Grecs appelèrent hyperboréen. Une fusion incomplète, cependant, du point de vue anthropologique, puisqu’il subsiste encore aujourd’hui des Hommes de Cro-Magnon à l’état pur dans la Dalécarlie suédoise et dans la Westphalie allemande.

partant de France on pouvait aller jusqu’en Scandinavie à pieds

Peu après -3000, les Chamites — ou Libyens —, qui avaient déjà peuplé et mis en valeur toute l’Afrique du Nord occidentale et donné une aristocratie à l’Egypte, reprirent leur mouvement d’expansion et se lancèrent sur la Méditerranée orientale. Les traditions grecques sont aussi claires que possible à ce sujet. De Poséidon, dieu nordique de l’Océan, et de la déesse Libye naquirent deux,fils : Bélos, premier roi de Libye, et Agénor, premier roi de Tyr. A la suite d’un conflit racial avec la population autochtone de l’Egypte, constituée de Protobos-chimans, laquelle, fort dense, n’avait pas pu être refoulée vers le sud comme celle de la Libye — c’est-à-dire de la frange côtière de l’Afrique du Nord, de la frontière égyptienne jusqu’à l’Atlantique —, Danaos, fils de Bélos, prit la mer et se réfugia avec ses gens en Grèce, pays que ses descendants conquirent. De leur côté, les successeurs d’Agénor s’emparèrent de toute la Palestine, s’installèrent dans la Troade et occupèrent la Crète. Le premier roi de Thèbes (en Béotie), Cadmos, fils d’Agénor, épousa Harmonie, petite-fille d’Atlas et soeur de Jason et de Dardanos. Ce dernier s’empara de Troie — la Troie II des archéologues — au XXIIème siècle avant notre ère, avec l’aide des Eoliens hyperboréens récemment arrivés. Il s’agissait pour lui de contrôler l’une des routes de l’ambre et, pour ses alliés, de s’assurer d’une position stratégique sur le chemin de l’Asie.

Les Hyperboréens, en effet, étaient en train de préparer leur grande migration vers l’Iran et l’Inde. Grâce aux Eoliens, ils passèrent sans dif­ficulté. D’autres plus tard, les Achéens, entrè­rent en Grèce, s’y établirent et, au début du XIIIème siècle, s’emparèrent à leur tour de Troie — la Troie VII — après les dix ans de la guerre homérique. Vingt ans et quelques avant la fin du siècle, comme suite à la catastrophe naturelle qui s’abattit sur l’Europe et sur l’Afri­que du Nord — à l’exception de l’Egypte qui, grâce au Nil, n’en subit que des effets momen­tanés —, une nouvelle vague d’Hyperboréens, celle des Peuples de la Mer alliés aux Libyens et à bien d’autres, se lança sur l’empire des pha­raons. Elle fut repoussée sur tous les fronts et se dispersa. Les Doriens gagnèrent le Pélopon­nèse et les îles de la mer Egée, où ils s’établi­rent à demeure. Les Dènes s’installèrent à Chypre. Les Philistins se taillèrent un royaume en Palestine, et les Sakars au Liban. Les Achéens rentrèrent en Grèce et à Troie.

Les Hyperboréens parlaient l’indo-européen ou, plus exactement une multiplicité de dialectes apparentés, dont les philologues ont induit une langue-mère qui n’a jamais existé que dans leurs ouvrages. Il n’y avait, à l’époque, aucune aca­démie pour fixer l’idiome, aucune autorité cen­trale pour l’imposer. Chaque vallée, chaque vil­lage, possédait son propre dialecte, variation sur un thème commun. A l’époque des Vikings encore, le vieux nordique avait, de l’Islande à la Frise, en passant par la basse-Saxe, des for­mes multiples dont nous ne connaissons guère que l’islandaise, fixée au XIIème siècle de notre ère grâce à la rédaction des sagas et des recueils de traditions, et la gothique, grâce à la traduc­tion de la Bible par Wulfila au Vème siècle. A l’Age du bronze, ces dialectes indo-européens étaient fort loin des langues modernes qui, en Europe et en Asie, en ont dérivé. Ils étaient aussi plus proches les uns des autres que de celles-ci.

Ce rappel rapide de données ethnogoniques  était indispensable pour que nous puissions aborder le problème des premières migrations blanches vers le sous-continent qu’il nous faut bien, au prix d’un anachronisme, appeler l’Amérique du Sud. La plus ancienne a son origine dans la prise de Troie par les Achéens. La ville-forteresse de l’Hellespont était alors habitée par deux com­munautés juxtaposées : des Hyperboréens, par lesquels arrivait l’ambre de la mer du Nord et de la Baltique, et des Libyens qui y prenaient la marchandise en charge pour aller la vendre en Egypte. Après leur victoire, les Achéens réduisirent évidemment les guerriers prisonniers en esclavage, selon leur coutume, mirent à leur service le petit peuple des artisans et se parta­gèrent les esclaves. Mais les survivants de l’aris­tocratie réussirent à s’enfuir. Nous avons pu démontrer que, par la Libye, les Canaries et le Mexique, ils s’étaient rendus en Amérique du Sud. Deux mille deux cents ans plus tard, un groupe important de Vikings, originaire du Schleswig et parti du Danelog, la colonie danoise des îles Britanniques, gagna à son tour le Mexique et, de là, le sous-continent méridio­nal. Les uns e les autres ont laissé dans celui-ci des inscriptions runiques qui ont été relevées.

L’existence d’écritures hyperboréennes.

Il n’y a pas si longtemps, il était encore admis que les écritures euro­péennes, comme la civilisation mégalithique, nous étaient venues de l’Orient. Les Phéniciens avaient inventé l’alphabet. L’un d’eux, Cad­mos, l’avait introduit en Grèce d’où, quelque peu modifié, il était passé à Rome et de là, au début de notre ère et non sans de nouveaux changements, dans les pays du Nord. Les Anciens, pourtant, n’étaient pas tellement sûrs de cette légende tenace. «Par leur installation en Béotie, écrit Hérodote, les Phéniciens ont apporté de nombreux arts et sciences en Grèce, comme par exemple l’alphabet que les Hellè­nes, à ce que je crois, ne connaissaient pas jusqu’alors.» Diodore de Sicile précise que, d’après la tradition crétoise, les habitants de Tyr et de Sidon n’auraient pas inventé l’écriture alphabétique, mais en auraient simplement changé les formes. Et Tacites va beaucoup plus loin lorsqu’il nous dit que «les Phéniciens ont prétendu avoir inventé cette écriture qu’ils ont seulement reçue. » Notons ici que les Phéniciens que mentionne Hérodote et qui étaient libyens, n’avaient pas grand-chose en commun avec le mélange de Libyens, d’Hyperboréens, de Cana­néens et de Sémites qui, peu à peu, leur succé­dèrent sur le même territoire et sous le même nom. Nous savons par ailleurs, grâce aux tra­vaux de Jürgen Spanuth, de qui nous repre­nons les citations ci-dessus, qu’à la fin du XIIIème siècle avant notre ère, des peuples de la mer du Nord repoussés d’Egypte, les Philis­tins et les Sakars, avaient une écriture, comme en témoigne le papyrus Wenn Amoun qui date du début du IXème siècle. Ce furent eux qui, à la fin du XIIIème siècle, introduisirent le système d’écriture qui s’imposerait dans l’Hellade au VIIIème. Leurs ancêtres hyperboréens, descendants des Mégalithiques auxquels sont dues les inscriptions d’Alvâo, dont dérivent les alphabets phénicien et grec entre autres, savaient donc bien écrire. Ainsi s’expliquent, dit Spanuth, les analogies frappantes qui existent entre les caractères phéniciens, grecs et italiques d’une part, et les runes classiques d’autre part.

 

Reste à savoir si les peuples germaniques de l’Age du bronze possédaient un moyen d’expression graphique. A de très rares excep­tions près, on l’a toujours nié, comme on l’a fait pour les Mycéniens — cette remarque est encore de Spanuth — jusqu’au déchiffrement récent du linéaire B de Crète. Nous avons pour­tant quelques indices solides d’une réalité con­traire. Le « Vôluspa », l’un des livres des Edda où sont compilées les anciennes traditions scan­dinaves, nous dit qu’après le ragnarôk — l’ennoiement de la nouvelle Asgard, située sur l’île d’Atlantis, dans la mer du Nord —, la terre resurgira et que «les dieux retrouveront les miraculeuses tablettes qui étaient leur propriété au commencement des jours.» Et le « Gylfaginning », qu’après la catastrophe «ils (les dieux) se réunissent et s’entretiennent, se rappellent leurs runes et parlent des événements des anciens jours, du serpent de Midgard et du loup Fénrir. Ils retrouvent dans l’herbe les tablettes d’or que les Ases utilisaient au commencement des jours.» Vers -300, Evhémère de Messine, nous dit Spanuth, «rapporte dans ses ‘Inscrip­tions sacrées’ que dans l’océan du Nord se dres­sait sur une île un ancien sanctuaire où l’on con­servait des tablettes d’or, sur lesquelles étaient inscrits les faits historiques des rois de cette région des temps les plus anciens.» Eschine, vers -400, raconte dans son `Axiochos’ que les vierges hyperboréennes Argè et Opis auraient apporté à Délos «des tablettes de bronze avec les inscriptions du souvenir.» Enfin Platon, dans son récit de l’Atlantide, mentionne que les rois de l’empire d’Atlas, lorsqu’ils rendaient un jugement, inscrivaient leur verdict sur une tablette d’or qu’ils accrochaient au mur. Il est bien difficile d’admettre que cette tradition, qui nous vient de skaldes islandais, d’historiens grecs et, à travers Solon et Platon, de prêtres égyptiens, n’ait aucun fondement.

Nous connaissons de nombreux groupes linéai­res de signes alphabétiformes, gravés sur pierre, sur ivoire et sur bois de renne ou peints sur des fresques rupestres, qui datent de l’époque mag­dalénienne et sont donc l’œuvre de l’Homme de Cro-Magnon ou de son parent, l’Homme de Laugerie-Chancelade.

Même aujourd’hui on n’ose encore parler que de pré-écritures. Une expres­sion qui n’a pas grand sens : ou bien, en effet, un ensemble de signes veut dire et transmet quelque chose, et c’est alors une écriture, quel­que primitive qu’elle soit ; ou bien il n’a qu’une valeur mnémonique — c’est l’idée de Gorce —et rien, dans ces conditions, ne permet de lui attribuer une valeur graphique ni pré-graphique.

Sur les mégalithes on voit, à côté de figures plus ou moins reconnaissables — soleil, serpent, poulpe, glaive, poignard, charrue — et de signes trop simples — croix, cupule — pour qu’il soit possible de leur donner un sens défini, quelques caractères que certains n’ont pas hésité à consi­dérer comme alphabétiformes. C’est le cas, en particulier, de l’inscription du dolmen de Valence, en Espagne, d’apparence nettement runique. En Égypte, le célèbre Flinders Petrie  put relever, sur des objets appartenant à l’époque prédynastique et à celle des premières dynasties, cinquante-neuf signes répétés qui ne doivent rien aux hiérogly­phes et qui se retrouvent dans les écritures de la péninsule ibérique et de Carie. Vingt-cinq d’entre eux (figure 2B) ont la forme de runes. Plus signi­ficatif encore est le cas des inscriptions d’Alvao au Portugal, gravées sur des tablettes de terre cuite et sur des plaques de schiste trouvées au pied de dolmens de l’important ensemble de l’endroit (une centaine). Leurs caractères (figure 2C) semblent dériver directement, mais en plus alphabétiformes, des signes magdaléniens. On dirait qu’ils constituent la transition entre ces derniers et, d’une part les runes classiques et, d’autre part, l’écriture libyque du VIème siècle avant notre ère (cf. tableau, figure 2D), voire, dans la mesure où quelques rares inscriptions nous permettent d’en juger, l’alphabet (ou le syllabaire) turdestan qui procède du tartessien, vraisemblablement apparenté au libyque; c’est-à-dire toutes les formes récentes des systèmes en usage, à l’époque qui nous occupe — période finale du néolithique et Age du bronze —, en Europe nord-occidentale et en Afrique du Nord, Égypte exceptée.

Nous ne pouvons laisser de mentionner ici les inscriptions de Glozel, maintenant authenti­fiées. Elles sont formées de caractères alphabé-tiformes (figure 2E) fort proches de ceux d’Alvao. Les plus anciennes sont gravées sur des os qui ont été datés au carbone-14 de 17.000 ans avant notre ère, à 1500 ans près, ce qui nous ramène au magdalénien. Mais l’analyse par thermoluminescence des plus nombreuses — les plus évoluées —, gravées sur des tablettes de terre cuite, les situent entre -700 et + 100, ce qui correspond à l’époque de la culture celtique de La Tène, alors que ni elles ni leur contexte n’ont le moindre rapport avec celle-ci. L’hypothèse de Jacques Gossart, selon laquelle lesdites tablettes, ramollies par réhumidification comme c’était le cas lors de leur découverte, auraient été recuites il y a quelque deux millénaires, est fort plausible, puisque la méthode employée indique la date de cuisson des pièces de céra­mique qui lui sont soumises. De toute manière, les ossements inscrits suffisent à nous donner la certitude que l’écriture de Glozel a son ori­gine au paléolithique, tandis que ses caractères témoignent d’une évolution néolithique sembla­ble à celle qui a donné naissance aux runes d ‘Alvao.

alphabet phénicien

En Europe occidentale, entre ces dernières et les écritures qui, à partir des derniers siècles avant notre ère, sont déjà syllabiques ou alpha­bétiques, nous n’avons que quelques groupes de signes appartenant à l’aire de culture germa­nique. Donnons-en comme exemples celui de Seltsch, dans l’Egerland des Sudètes (figure 2F), et celui de Hardangerfjord en Norvège (figure 2G). Aux témoignages que nous avons cités plus haut s’ajoutent donc des preuves concrètes de l’existence d’une écriture hyperboréenne. Leur rareté se doit au fait que les habitants de la Scandinavie et de l’Allemagne du Nord-Ouest avaient coutume, à l’époque qui nous occupe, de ne graver ou de ne peindre leurs runes, sauf exceptions, que sur des tablettes de bois ou sur des bandes d’écorce de bouleau. La transmu­tation de leur écriture, d’idéographique en alphabétique, dut se faire entre la guerre de Troie, plus ancienne qu’on ne le croyait autre­fois, et la migration des Peuples de la Mer. Les troyens réfugiés au Liban disposaient déjà, en effet, d’un alphabet. Mais les Hyperboréens de la ville-forteresse de l’Hellespont ne connais­saient encore, nous allons le voir, que le système antérieur.

Du libyque tel qu’il s’écrivait en Afrique du Nord à l’Age du bronze, nous ignorons tout, sauf son point de départ — les caractères méga­lithiques de l’époque des premières dynasties égyptiennes — et son point d’arrivée : l’écriture numidique attestée à partir du VIème siècle avant notre ère. Là encore, le phénomène est explicable : les Libyens devaient employer des tablettes d’argile, comme en Crète, ou du papy­rus comme en Egypte, matériaux périssables sauf précautions spéciales ou circonstances casuelles. On sait que nous ne devons qu’à l’incendie des palais de Cnossos la conservation des milliers de tablettes d’argile qui ont permis de déchiffrer le linéaire B. Dans l’île, les Libyens avaient employé, primitivement, une écriture que nous ne pouvons pas encore lire, le linéaire A, dont dériva le B lorsque le grec remplaça la langue chamitique des premiers conquérants ; tout comme aussi, par ailleurs, le syllabaire uti­lisé à Troie II lequel, légèrement modifié, serait encore en usage à Chypre au 1er millénaire.

Caractères généraux des runes.

Les deux langues, le chamitique et l’indo-européen, qui naquirent de l’idiome inconnu des Hommes de Cro-Magnon, n’ont jamais existé que sous forme de dialectes multiples qui ont évolué au cours des millénaires en se diffé­renciant de plus en plus. L’écriture a connu une histoire encore plus complexe. Tout semble indiquer qu’il n’y eut, à son origine, que la sim­ple idée de symboliser par un signe, représen­tatif ou non, un mot ou un son. Sur cette base, les Hommes de Cro-Magnon et leurs parents de Laugerie-Chancelade inventèrent une multipli­cité de systèmes graphiques, chacun d’eux des­tiné à n’être compris que par les membres d’un clan : un peu comme les « alphabets secrets» qu’élaboraient, de notre temps, les collégiens de telle ou telle « confrérie » pour correspondre entre eux à l’abri de la curiosité de leurs cama­rades… et de leurs professeurs. Les signes employés par les diverses communautés n’étaient cependant pas sans avoir une certaine ressemblance. D’une part, en effet, les groupes devaient s’imiter ; d’autre part, la gravure sur bois ou sur pierre exigeait des formes géomé­triques, de préférence faites de traits verticaux ou obliques. Dans la plaine anglo-scandinave, le secret n’avait plus la même raison d’être. Les clans s’étaient rapprochés en raison de leur migration commune et de leurs nouvelles con­ditions de vie dans une région où le gibier et le poisson abondaient, ce qui excluait toute riva­lité d’origine alimentaire. Aussi les Mégalithi­ques, lorsqu’ils prirent massivement la mer, étaient-il en possession d’un système d’écriture unifié, ou du moins prédominant, dont les ins­criptions d’Alvâo nous apportent la preuve. Pour autant que l’on puisse en juger, il s’agis­sait encore d’un ensemble de signes idéographi­ques qui, au cours des âges, évolua vers les alphabets de la péninsule ibérique et vers l’écri­ture consonnantique de Libye. Mais déjà, à l’origine, les formes, indépendamment de leur valeur que nous ignorons, étaient plus ou moins fixées. Ce sont elles, en effet, que nous retrou­vons, chez les Hyperboréens de l’Age du bronze, dans les rares inscriptions d’Europe qui sont parvenues jusqu’à nous. Les caractères de celles-ci avaient encore un sens purement idéo­graphique, qui ne disparut d’ailleurs pas tota­lement lorsque les runes, à l’Age du fer, furent utilisées pour former des futhark, c’est-à-dire, au mépris de l’étymologie, des alphabets. C’est aussi le cas de celles que nous avons découver­tes ou identifiées en Amérique du Sud. En l’état actuel de nos connaissances, aucune traduction n’en est donc possible. Mais la forme, la dis­position et la quantité de leurs caractères, d’une part, et leur contexte anthropologique et archéologique, d’autre part, nous obligent à conclure qu’elles datent de l’Age du bronze.

à venir … les vikings

Mundus imaginalis

Henry Corbin – Carl Gustave Jung lors des conférences Eranos

En redécouvrant la notion de mundus imaginalis, Henry Corbin avait mis au jour une région oubliée de l’être, intermédiaire entre la réalité intelligible et la réalité sensible, que la modernité avait progressivement rendue impensable et imperceptible. Ni monde imaginaire ni simple construction métaphorique, le « monde imaginal », amplement décrit par la philosophie, est à la fois le lieu même des visions spirituelles et la condition de possibilité de l’angélologie et d’une anthropologie intégrale. Nous nous proposons d’examiner la portée philosophique de cette notion traditionnelle qui fait défaut à toute l’architecture de pensée de l’Occident moderne, en revenant sur les raisons de son oubli et sur ses survivances contemporaines.

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Rabelais et l’oracle de Thélème

Essai de mythologie gallicque

Bacbuc

En nous renvoyant à « Trinch », à ce mot « Panomphée », c’est à-dire qui appartient en propre au Babélien, Bacbuc la prêtresse de la Dive Bouteille dans l’œuvre de François Rabelais, un mot dérivé de l’hébreu signifiant « bouteille » nous oriente, à l’instant où les voyageurs vont rebrousser chemin, dans la bonne direction, celle de l’autre porte des âmes.

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Lotus de Païni et la chair du monde

« Je vais donc raconter la Pierre et sa profonde métamorphose en VOLONTÉ dans le cœur des hommes. La pierre est le grand culte totémique du « quartenaire » qui nous montre dans l’homme la puissante éclosion de la VOLONTÉ et du MOI. C’est le règne de l’Intuition.

Le culte de la Pierre nous montre comment, dans le laps de temps très considérable qui s’espace de la grande glaciation à l’ère nouvelle, s’est parachevée dans l’homme la grande édification occulte de son « Individualité ». A l’ère nouvelle, l’homme est vraiment l’homme de la terre, dans la véritable acception du mot l’Homme : l’homme solide avec une conscience de veille, avec le sens des réalités extérieures. »

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La Vierge royale et l’architecture solaire de la pensée Humaine, Lotus de Païni

« Il me paraît essentiel de concevoir l’univers des choses dans leur parfaite solidarité, et sentir l’âme couler à travers toutes ces choses vivantes. » (Lotus de Païni)

Lotus pose devant le Goethanum en tenue de travail et indique à son interlocuteur avec sa spatule le Goethanum qui était alors en construction : vers 1914. Elle était en charge des énormes fresques de la coupole. « L’Initié de l’Inde ancienne ».

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La 2ème totémisation ou le mystère du penser avec Lotus de Païni

De 70 à 36 avant notre ère environ régna Antiochos Ier, le plus célèbre des rois de la Commagène. Il s’efforça de rester neutre dans le conflit qui opposait Romains et Parthes.

 

L’INITIÉ

Pendant les périodes végétales, l’homme est soumis à une discipline morale très spéciale totalement différente de l’ancien entrainement psychique de l’Animal. Pendant que la totémisation Animale régit les hommes par la loi génitale sexuelle, la communauté du clan et le conseil des anciens, le code végétal astreint les hommes aux lois de la chasteté, au matriarcat, à la royauté et à une pédagogie agraire d’un caractère très religieux.

Le Totémisme végétalisant est une discipline ésotérique d’une extrême dureté elle plie avec une main de fer les hommes des terres Atlantéennes qui avaient dans leur sang le lourd héritage Lémurien et la décadence des derniers siècles, résultant d’un excès de culture sexuelle génitale.

La chasteté commande donc tout le lent processus occulte des cristallisations intérieures du Penser : la virginité, continence, épuration, transfert du mal, confession, etc… Les forces sexuelles que le rite animal avait déplacées et poussées physiologiquement vers la tête en exacerbant le sens génital, ces forces sexuelles sont maintenant reprises et dirigées psychiquement vers le cerveau, c’est-à-dire que le processus magique devient purement mystique .

Dans le principe de chasteté qui domine tout le Mystère de la Plante, l’Homme a une place extrêmement importante. dans cette deuxième totémisation, l’Homme est inféodé à la Femme. En effet, mais, de cette inféodation il ne s’ensuit pas que dans l’obscure formation du Penser le rôle de l’homme soit moindre Son rôle a été, quant à sa valeur intérieure, égal à celui de la Femme à qui il était mystiquement uni. Dans la volonté de la magie imitative cette union incarnait la double individualité de la Plante, c’était le grand couple royal divin, et l’initié y avait une part considérable.

L’Homme dans la formation du Penser, dans la lente montée de la sève humaine vers le cerveau, joue un rôle grave, un rôle infiniment douloureux, qui est une passion. Alors que la Femme vierge consacre à tout jamais les forces occultes de ses entrailles à l’arborescence du Penser et à la conscience profonde où l’être humain se reflète, l’Homme, lui est féminisé, il donne sa virilité aux forces mentales.

La magie imitative du rite de la Plante Émascula, châtra celui qu’elle voulait initier, supprimant en lui les possibilités de la vie génitale. Elle le rejeta violemment dans une vie intérieure où tout s’ordonne dans la contemplation spirituelle. Elle voulait, par cette intervention physiologique, ramener l’Homme en dedans de lui-même. Son geste avait pour fin de rouvrir l’œil intérieur de l’âme que le rite génésique animal avait trop brusquement voilé. En effet, sous la pression brutale de la suppression, cet œil s’éveilla de nouveau, mais alors il éclaira dans l’homme soumis à l’initiation un autre monde, il éclaira le monde occulte de sa sensorialité naissante.

L’homme Atlantéen n’était plus celui des temps primordiaux, alors que rien n’était touché dans l’unité de l’âme, dans l’en-dedans de l’être. Depuis, les portes des sens humains s’étaient ouvertes…, il n’était plus celui de l’Alcheringa…, le Rêve avait pâli…, l’expérience de la Terre était entrée insidieusement en lui et avait brisé la pure synthèse d’antan… Ce que cet homme VIT alors, ce fut l’ombre du germe intellectuel des phénomènes physiques ; il VIT ces phénomènes épars, isolés les uns des autres devant lui… C’était donc le déchirement de tout son être…, une angoisse indicible, mortelle…

En effet, sous l’action combinée des rites, des tabous et des disciplines physiologiques et spirituelles, la grande synthèse cosmique de son âme, que la longue évolution Lémurienne n’avait que peu touchée, cette grande synthèse fut mise en pièces. Cette unité fut broyée par l’impitoyable rythme de centration qui l’encerclait, se resserrait toujours davantage. Châtré, l’initié mourait à la vie génitale pour renaître à la vie du Penser analytique qui devait fouiller et lentement lacérer, déchiqueter en petits morceaux toute la substance de son âme…, renfermer dans le temps et l’espace ce qui n’a ni temps ni espace, -donner une forme à ce qui est illimité -, mettre de l’ombre à ce qui n’est que lumière donner du relief, de la solidité à ce qui est l’impalpable. Le Penser devait limiter, raccourcir, taillader dans l’âme de l’initié, où tout glissait l’un en l’autre, sans choc, comme les vagues inlassables d’un immense océan sans fond…, où rien ne faisait obstacle, où tout se confondait dans un grand rythme neutre. Le Penser devait arracher de son sein l’eau, le feu, l’orage, l’éclair, la pluie, la terre, les arbres, la fleur, le brin d’herbe, la mer, les profondeurs…, ceux-ci ne devaient plus être en lui, lui ne devait plus être en eux ! Le Penser devait déchirer son royaume cosmique, l’effriter, l’assombrir, l’alourdir pour l’ordonner: c’était une mort.

Son âme était indiciblement lacérée, son être coupé en morceaux…

L’initié Atlante ne devait plus faire corps avec la nature, il devait l’arracher d’elle et transporter dans un cadre limité,  » dans l’espace et le temps  », les lambeaux du grand frémissement universel. C’était une seconde mort. Tout le contenu psychologique vécu de notre philosophie du moi et du non-moi est là, dans ce drame végétal de l’Atlantide.La grande légende d’Osiris sous sa forme mythique courte, ramassée, est l’histoire de cette tragédie intérieure du Penser humain Le plus ancien manuscrit égyptien, le Livre des Morts, dit  » Osiris est le premier mon  » Phrase mystérieuse qui ne peut se comprendre si on ne pense à ce que fit le mystère douloureux de la Plante dans l’âme humaine…, le déchirement de la plénitude…, la mort de son entité cosmique…

Osiris fut le héros assez fort, assez maître de lui, pour affronter le premier la douloureuse mutilation : mourir à la vie génitale, au désir sensuel, et vivre le tragique morcellement de l’âme. Son corps est démembré en quatorze morceaux…, Il est la grande victime, le taureau du sacrifice, dit le vieux texte (le taureau, occultement l’Animal mystique de la force génitale).

La légende d’Osiris est extrêmement lointaine. Déjà on la trouve inscrite sur les pyramides de Saqqarah les Égyptiens, colons Atlantéens, avaient emporté jusqu’au bord du Nil leur vieux Mystère de la Plante. Voici les grandes lignes de cette légende que nous rapporte Plutarque, légende si simple et si profonde, si nous y recherchons le sens ésotérique de la formation du Penser… « Seth retrouve le corps d’Osiris, cette fois le coupe en quatorze morceaux, qu’il jette dans le Nil… Isis, désespérée, parcourt la terre à la recherche de son époux, en retrouve les morceaux à l’exception du phallus qui a été mangé par l’oxyrhynque. Elle réunit ces morceaux, leur redonne vie (par sa magie) et fait un simulacre de bois du phallus, place le corps de son époux dans un cercueil et, sous la forme d’un vautour voletant autour du corps, elle se féconde et conçoit Horus… Du cercueil d’Osiris pousse un grand arbre, l’Erica ». Tout est là, morcellement, mutilation, formation Isiaque du Penser  dans la réunion des morceaux, puis gestation et enfantement virginal d’Horus, la Conscience profonde.

Osiris, Isis, Horus, sont les grandes figures humaines du Mystère Végétal, les puissances de sa vie intérieure, les premières formes imaginatives du Penser éclairé par le mystérieux Soleil de Minuit !

Dans le cœur du peuple Égyptien, Osiris demeura le héros divin. Toute l’Égypte rituelle et sociale est centrée autour de sa Passion, de sa Mort et de sa Résurrection, objet du grand Mystère joué chaque année dans le secret du Temple. Osiris est la profonde douleur du peuple, niais aussi l’ineffable lumière qui éclaire les troubles de l’âme de tout un peuple, dans l’angoisse de l’après-mort, son Homme-Dieu, le plus haut des aboutissements.

Osiris domina de sa tragédie tout le vieux monde, acquérant des proportions cosmiques… N’avait-il pas ouvert le monde redoutable de la pensée immortelle ?… Son drame de mort et de résurrection devint celui de toutes les races humaines ; chaque peuple, depuis lors, revécut ce drame dans le tréfonds de l’âme, à chaque équinoxe sacrée du printemps, quand la sève aithérique sort en bouillonnant de la jeune végétation et que le Mana ruisselle, propice à la métamorphose intérieure. Le cycle de Pâque végétale est la survivance de l’étape la plus audacieuse des rites de la Plante que l’être humain ait traversée.

« La solennelle figure d’Osiris, dit Frazer qui domine de sa solitaire grandeur tout le monde des Dieux Égyptiens, se montre comme une pyramide encore éclairée par les derniers rayons du couchant, alors que tout est déjà dans l’ombre. Dans la foi des Egyptiens, la mort cruelle et la résurrection bénie d’Osiris occupèrent la même place que la mort et la résurrection du Christ dans la foi du chrétien ».

Notre sombre Golgotha est l’épilogue de la longue lignée des tragédies mystiques. Alors, l’âme entière est prise dans l’étau de la matière terrestre, elle agonise dans le noir…, l’âme est traversée par l’inéluctable et froid concept de la logique, durcie par l’assèchement intellectuel. L’homme est cloué sur la croix et sa tête ensanglantée est clans une couronne de fer… Mort et résurrection, les deux phases du mystère de la vie !

Le Christ est une merveilleuse figure aithérique de la magie végétale et du drame du Penser humain. Elle se dégage du cycle osirien, elle le clôt, une ère nouvelle est là. La croix est taillée dans l’Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal, dit une très vieille légende qui fut reprise par le Moyen-âge. Dans le drame Osirien réside donc le rôle que l’Homme joua dans la ritualité imitative de la plante très chaste. L’Homme doubla et parfît l’œuvre de la Femme par son double sacrifice physique et occulte. Par cet acte sacrificiel, qui le rejetait hors de la vie sensuelle, l’Homme se haussait jusqu’à la région spirituelle et son geste montrait le grand horizon qui devait faire de l’être humain un créateur. Sa force sexuelle se centrait dans la région cérébrale qu’il devait ordonner.

A Éleusis, où s’accomplissait le grand Mystère Végétal du Penser, les prêtres qui guidaient les bœufs et accomplissaient les trois labours sacrés étaient les pontifes appartenant à la famille des Bouzigaï ou dompteurs de bœufs. Ces hommes provenaient de la descendance osirienne qui avait vaincu la puissance génitale du Taureau. Le lecteur notera que le taureau, qui est leitmotiv de la vieille conception mythique, se range à côté de la Plante dans l’ordre du Penser cosmique. Il rumine, reprend sa nourriture déjà élaborée. C’est une réflexion concrète animale. La magie imitative châtre le taureau.

Tous les mythes issus de ce temps parlent d’émasculation : Saturne coupe à son père dieu du ciel, l’organe de la génération ; Jupiter fait subir à son père Saturne la même opération, lxora, Civa, Brahma, Vishnou éprouvent la même humiliation, dit Dulaure, qui considère avec tous les mythographes, d’ailleurs, cet acte d’émasculation comme le symbole du coucher du Soleil qui perd sa force féconde.

Odin, s’étant endormi dans un bois, est privé de ses organes par les dents d’un sanglier.

Quetzalcoat, le héros Atlantéen des Mayas, qui leur apporta  » les lettres, les arts et les lois agraires « , se sacrifie, se mutile, meurt à la vie génitale et ressuscite en l’esprit sous cet aspect, il est représenté avec le phallus dans les mains :  » c’est un ascète « , dit la tradition.

Philon de Byblos emploie, pour exprimer l’état d’Océanos mutilé par son fils Kronos, cette expression « il fut consacré ». Ce fait se reproduit encore dans les dernières dynasties en Égypte. Lefebure parle d’un Pharaon prêtre de la XVIIIe dynastie, Khum Aten, qui ayant voulu restaurer le vieux culte féminin du globe solaire, c’est-à-dire le reconstituer dans toutes ses parties, s’émascula.

Tous les dieux végétants solaires sont des émasculés, des féminisés, leur force sexuelle est devenue puissance mystique mentale : ainsi en est-il d’Anis, d’Adonis, de Dionysos, tous dieux de l’Arbre… Ce n’est pas une fiction, de la fantaisie mythologique, c’est une réalité des mystères magiques Atlantéens qui apportaient l’ORDONNANCE DU PENSER dans l’âme humaine en déplaçant le centre sexuel.

Aujourd’hui, l’intellectualité, dans toute sa plénitude, produit l’état de matérialité des organes et modifie, de façon très considérable, les états physiologiques et psychiques de l’être. De ce fait, ces états semblent après la castration subir un arrêt de développement. Il n’en était pas ainsi dans les grands lointains. Quand l’organe visuel intérieur n’était pas entièrement atrophié en une glande, quand l’homme extrêmement souple dans toute sa sensitivité n’était que psychisme, âme, alors l’émasculation lui conférait des pouvoirs occultes très puissants.

L’Emasculé et le bonnet phrygien

 

En ces temps, l’eunuquisme est un état végétalisant et supérieur. Les eunuques d’Attis prophétisaient encore, ils étaient possédés par l’Esprit, disent les historiens du paganisme.

Aujourd’hui se retrouvent des vestiges de la vieille lignée des eunuques dans certains groupes ethniques, notamment dans le Nord-Ouest Américain. Ce sont pour la plupart, des Chamans, des hommes féminisés, très dégénérés d’ailleurs, et qui excellent, dit-on, dans toutes les branches de la magie. Des pouvoirs extraordinaires leur sont attribués. De même les prêtres des Algonkins se châtrent et vivent près des îles Manhattan leur devoir de pureté va jusqu’au point de ne jamais prendre de nourriture préparée par une femme.

C’est de l’émasculation que provient le culte du phallus isolé ; on vénérait en lui le grand sacrifice humain du rite végétal et la turgescence mentale. Les Pamylies égyptiennes, où l’on portait processionnellement le phallus d’Osiris, avaient un tel sens.  » C’était un deuil, nous dit Plutarque, c’était le phallus du sacrifice « . En Grèce, ce sont les vierges, les Canéphores qui à la procession de Bacchus-Dionysos portent dans leur corbeille d’or, parmi d’autres objets, le phallus couronné de fleur. Le rite était végétalisant. Les rites Dionysiaques étaient une extrêmement vieille tradition scythe.

Dulaure, dit : « A l’origine, l’organe dans le culte du phallus, était isolé, il n’adhérait point à un corps humain. Cette adhérence n’eut lieu que longtemps après, lorsque le culte des figures humaines eut fait des progrès… Lorsque les Grecs reçurent le phallus des prêtres Égyptiens, ils le reçurent isolé Hérodote était très étonné de ce qu’on avait réuni à une figure d’une coudée un phallus énorme » .

Dulaure, parlant de la pureté du culte phallique dans l’Antiquité, ajoute :  » Le libertinage est la dégénérescence du culte « . Sonnerai, dans ses  » Voyages aux Indes Orientales et â la Chine « , dit :  » Les prêtres de Chiven (Civa) ne se mutilent pas comme ceux de Vishnou, mais ils sont obligés d’approcher du Lingham complètement nus et en présence du public. L’obscénité de l’idole, les scènes voluptueuses peintes et sculptées n’empêchent pas que la chasteté la plus rigoureuse ne leur soit prescrite La loi religieuse défend même le moindre désir que les images pourraient faire naitre, lorsqu’ils exercent leur ministère ; à la moindre émotion perçue, on les lapiderait  » .

 » A Canara, les prêtres de Chiven sortent nus et les femmes baisent leurs parties sexuelles. Ils n’en éprouvent aucune émotion « . Il en était de même en Egypte.

Partout la castration est intimement reliée au culte végétal. En Corée, où, récemment, il existait encore des fragments de l’héritage de la race Jaune à totémisation végétale, pendant certaines nuits de la vingt-deuxième lune, nuits appelées « Chuil », les eunuques du Grand Palais, au nombre de trois-cent, accomplissaient une cérémonie pour assurer une moisson fertile. Ils chantaient en chœur en balançant des torches allumées autour d’eux, etc….

« Dans les rites d’Artémis â Ephèse, d’Astarté à Hiéropolis, ce n’est pas l’amour génital qui fécondait les grandes déesses VIERGES de la fertilité végétale, mais leurs prêtres les fécondaient en s’émasculant et en éclaboussant de leur sang leurs grandes figures de pierre, dit Minucius Félix ; puis on enterrait ensuite l’organe génital sous terre dans les chambres sacrées ». Magie imitative, on mettait dans la terre la racine de l’Homme.

L’émasculé, prêtre voué à l’ascétisme de la chasteté portait une robe flottante et avait la face et la tête complètement épilées, car ainsi que je l’ai dit dans ma première étude , le poil est une façon de vision de l’ancien état de l’âme uniquement sensitive, en conséquence l’homme, qui se consacrait aux rites du futur intellect, devait avoir le crâne entièrement épilé. Il portait de plus une coiffure de forme conique souple symbolisant le prépuce. Cette façon de bonnet indiquait l’origine de la puissance sexuelle et sa métamorphose en force mentale ; elle symbolisait de même la liberté par l’émancipation du sens génital de l’ancienne vision et l’acquisition du Penser. Les deux jumeaux Castor et Pollux, dieux de l’activité mentale, portaient le pileus sur leur tête chauve.

« Le bonnet phrygien a l’air d’avoir une très grande importance dans le culte de Mithra » dit Cumont, frappé de l’insistance de cette figuration sur les monuments où elle semble revêtir un caractère sacré ; et il désigne le « Pilos rayonnant », le pilos étoilé, le pilos sur la pomme de pin mystique, etc… «  Dans la légende d’Anis, Cybèle met sur la tête du dieu végétant qui s’est émasculé un pilos étoilé ».

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Le Jeu du gouvernement du monde

Le tarot de Mantegna.
Mantegna

Il s’agit du célèbre peintre florentin du Quattrocento. Néanmoins, il ne nous semble pas inutile de préciser que ces mystérieuses cartes ont été le fruit d’une époque durant laquelle les artistes, les philosophes et les scientifiques collaboraient tous pour faire naître les bases d’un monde nouveau : la Renaissance.

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Science et hermétisme