Folleville et St Vincent de Paul

Follevile une demeure philosophale oubliée ..

Le tombeau de Raoul de Lannoy,  ce chef d’œuvre, à lui seul, permet de dire que Folleville est la plus belle «demeure philosophale » de Picardie avec la cathédrale d’Amiens… et on aurait aimé avoir le commentaire de l’Adepte dans la foulée de la cathédrale. Celle-ci a déjà été étudiée par Fulcanelli et Eugène Canseliet, ce dernier étant originaire de l’Oise.

Les protestants, lors des guerres de religion, ont respecté la tombe du grand-père d’un de leurs chefs : Louis de Lannoy-Morvillers. En 1793, l’astuce des villageois l’a sauvé de la rage des révolutionnaires en le protégeant par un rideau de paille et de planches.

Il serait hasardeux cependant de vouloir l’étudier isolément, sans chercher à recréer, autour de lui, l’atmosphère de ce qu’était au XVIe siècle le chœur de l’église, ou plus exactement la chapelle Saint-Jean-Baptiste, telle que l’avait conçue « le Maitre de Folleville » selon les désirs de Jeanne de Poix et de son fils François de Lannoy. Ce maître d’œuvre est aujourd’hui encore inconnu. Les archives de Folleville ont probablement été détruites à la Révolution mais l’étude de sa géniale création permet d’approcher sa pensée et son origine.

L’église aujourd’hui frappe le visiteur par sa luminosité, sa blancheur. Cette pureté s’associe immédiatement dans l’esprit à celle de la lumineuse figure de saint Vincent de Paul. C’est là l’expression de la volonté des restaurateurs du XIXè siècle et particulièrement de celle d’Antoine Gaze et de l’abbé Amédée Sergeant. Cc sont eux qui ont nettoyé, gratté et lessivé, puis supprimé ce qui pouvait arrêter le regard, peintures murales et poutre de gloire.

En pensée, il nous faut replacer les magnifiques verrières de Matthieu Bléville. La lumière blanche s’assombrit, devient rouge, bleue et or, aux couleurs des Lannoy. Le ver foncé et le noir, couleur caractéristique de cet atelier, ajoutent encore à la pénombre : ce que l’église perd en luminosité, elle le gagne en mystère.

Cloisonnons comme au temps des Lannoy : replaçons la grille de chœur en bois sculpté, mélange de gothique flamboyant et de Renaissance comme le tombeau. Supprimons cependant le Christ en croix à trois clous, la Vierge et Saint Jean. Ils ne furent placés qu’au début du XVII’ siècle.

A l’origine, la grille devait être plus simple, comme celle de Richemont dans l’Aisne, avec un large jubé, qui permettait à Vincent de Paul de se recueillir et de méditer et où l’on plaçait sans doute, comme cela se faisait à Amiens, la tête saisissante du précurseur, au solstice d’été, le 24 juin.

Le reste de l’année, cette tête ornait très probablement la chapelle seigneuriale comme on le voit sur le tombeau de François de Lannoy, accrochée sur la tenture fleurdelisée qui rappelait les visites royales de Louis XI en 1477, de Charles VIII en 1493 et de François en 1544.

Ce bois sculpté, miraculeusement préservé des vols et des destructions, est aujourd’hui gardé en lieu sûr. La grille séparait nettement l’espace populaire, l’église Saint-Jacques, de l’espace réservé à la noblesse et au clergé qui s’étendait jusqu’à l’autel principal où commençait le domaine de Dieu, autour du Saint Sépulcre. Replaçons celui-ci, aujourd’hui à Joigny dans l’Yonne.

Trois marches marquent sur le sol ces trois degrés, comme le montrent bien les croquis des Duthoit, antérieurs aux transformations de Goze.

Toute l’église, est dominée par le chiffre trois qu’a imposé le Maître de Folleville : trois degrés, trois espaces, trois autels, trois verrières à la nef. Trinité, inlassablement rappelée, martelée : «Trinitas» encore gravée sur les fonts baptismaux, Trinité qui vient des armes mêmes de Folleville : trois fois trois diamants et un seul : trois perfections, un seul Dieu.

Trois fois encore, le chemin qui va de Boulogne à Saint-Jacques de Compostelle, dont Folleville est une étape, devait être marqué : une fois à l’extérieur par la Vierge (Boulogne) et le Saint Pèlerin, deux fois à l’intérieur en signe de croix par les autels et les statues. Ici, les Francs-Maçons, bâtisseurs d’églises ont multiplié les symboles chers aux compagnons. Le lieu s’y prête admirablement. Folleville : le nom déjà est un jeu de mots entre feuille et folie, car la suprême sagesse paraît folie aux sots et aux vulgaires.

Etape sur le chemin de Saint-Jacques : la voie de l’étoile est le chemin initiatique par excellence, depuis Nicolas Flamel au temps où Jean de Folleville était chargé de la police parisienne jusqu’à Paulo Coelho de nos jours… Ce symbole est sacré chez les alchimistes, non bien sûr les faiseurs d’or, mais les alchimistes chrétiens qui sont philosophes et savants, labourant et méditant, plus attachés à parfaire leur mental que le métal.

Folleville (Somme) – Église Saint-Jacques-le-Majeur-et-Saint-Jean-Baptiste – Enfeu du tombeau de Raoul de Lannoy et de son épouse Jeanne de Poix (détail)

Science et hermétisme