Archives pour la catégorie Lux in arcana

Holotropismes : le rêveur éveillé

On l’a un peu oublié mais psychanalyse nait de l’étude des EMC (états modifiés de la conscience.

Un peu d’histoire

Le cogito de la transe ou le rêveur éveillé.

L’origine lointaine de la psychanalyse est à chercher dans l’exorcisme de la possession, peut-être même dans d’anciens cultes européens de possession qui ont « transité » par le magnétisme animal, puis l’hypnose. Dans toutes ces psychothérapies préfreudiennes le ressort de la cure était l’installation et la gestion d’un état de transe, comme le souligne après Freud et dans son prolongement, S. Ferenczi (1987). Mesmer a « naturalisé » la transe, l’a arrachée à son ancien contexte religieux pour la rattacher au « magnétisme animal» qui est de l’ordre de la nature et, dirions-nous aujourd’hui, de la « bio-énergie ». La transe, c’est la crise salutaire dont le médecin peut « se rendre maître » (Mesmer), qu’il peut gérer et que le patient doit traverser pour guérir. De là on passe à l’induction du « somnambulisme artificiel » (Puységur), puis à l’hypnose (Braid), et, enfin, à la psychanalyse qui remplace, dans le rituel thérapeutique, la transe profonde (somnambulique) par une transe légère (associative). Voilà la chaîne généalogique dans laquelle s’inscrit « la naissance du psychanalyste » (Chertok et de Saussure, 1973). Mais pour guérir, le sujet doit toujours transiter par la transe.

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La légende St Marcel et les mystères de la Bièvre

La vie de saint Marcel fut commandée par l’évêque saint Germain de Paris, l’un de ses successeurs, à Venance Fortunat, homme de lettres originaire d’Italie et auteur de nombreuses vies de saints. Le nombre important d’années qui séparent l’auteur du saint, nous laisse penser que Venance fut influencé dans son écriture par le modèle des évêques du VIe siècle dont il était proche. Il devient lui-même évêque de Poitiers vers 600. La vie de saint Marcel est une hagiographie, son but est donc d’exalter la sainteté d’un personnage. A travers le récit des miracles du saint, l’auteur nous livre les caractéristiques principales du rôle de l’évêque à son époque.

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de la transe néoténique à la conscience hallucinée : pour un nouveau cogito

 

saman ou chamane : il n’y a pas de chamane ailleurs qu’en sibérie ! Au cours du siècle dernier, les anthropologues ont examiné les pratiques chamaniques du monde entier, sans jamais vraiment en saisir l’essentiel.

Selon Jeremy Narby, l’anthropologie fut fondée à la fin du 19e siècle en vue d’étudier les sociétés dites, selon les termes de Charles Darwin dans son ouvrage de 1871, « primitives », « inférieures », « vivant à l’âge de pierre ». Certains des « sauvages » auraient même, selon Edward Tylor que reprend Narby, « perdu le caractère raisonnable qu’ils nous semblent avoir possédé à leurs premières origines. Jugé du point de vue de notre standard moderne de connaissance, qui est en tout cas à un niveau élevé par rapport au leur, la plupart des choses qu’ils croient être vraies doivent être établies comme fausses. »

Parallèlement, les premiers anthropologues auraient inventé le mot « chamanisme » (celui de « chamane » serait d’origine sibérienne) pour précisément répertorier « les pratiques les moins compréhensibles des primitifs ». A ce titre, le saman, dans la langue toungouse, joue du tambour et guérit les gens en entrant en transe.

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Un chemin vers Soi : CG Jung et la genèse d’une idée

Le chemin vers le Soi passe par l’œuvre au noir : la fameuse nuit des mystiques. Cela peut prendre du temps : quelques années et parfois toute une vie. L’individuation n’est pas l’individualisation !

Résumé rapide mas non exhaustif :

Au cours des années trente, Jung fréquente les oeuvres des alchimistes. «Seigneur, quelle stupidité ! Il n’est pas possible de comprendre ça »2, s’exclame-t-il d’abord. Mais en répétant l’expé­rience, il y entrevoit l’expression d’une harmonisation entre des principes opposés. Le coït du Roi et de la Reine symbolise la conjonction des opposés. Le fruit de leur union est le « soi ». L’essentiel de l’individuation n’est plus dans un refus de l’adapta­tion. La « différenciation » n’est qu’une première étape au cours de laquelle il est demandé de débarrasser l’individu de ses identifica­tions inessentielles, comme dans une Œuvre au Noir. Elle est suivie d’une renaissance : l’advenir du soi (Selbstwerdung). L’individu découvre en lui un centre, qui n’est pas le centre de sa personnalité consciente car cette recherche n’est pas égocentrée. Le soi embrasse aussi la psyché inconsciente. La recherche du centre, qui est une recherche d’ordre et de totalité, a une portée cosmique. Le soi n’est pas le centre de l’individu. Il est le « but » d’un individu qui cherche à se centrer dans un univers sensé.  Au fond la recherche de son propre centre revient à rechercher également celui de « L’uni-Vers »

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Salix Nonis Tengu

 

25 ème degré du rite de perfection et 32 ème et avant dernier grade du R.E.A.A. Ce grade illustre notre démonstration sur les origines prussiennes du REAA et ses rapports avec la stricte observance templière. De fait le REEA commence son échelle au 4ème degré. Voyons plus en détail.

aquarelle du XIX -ème

L’instruction du grade ne fait aucun doute :

« Le Royal Secret ou Rendez-vous des Sublimes Princes, Instructions pour le Rendez-vous des Frères Chevaliers Princes et Commandeurs du Royal Secret et Kadosh ou les saint Frères séparés.

Frédéric III, roi de Prusse, Grand Maître et Commandant en Chef, Souverain des Souverains, etc, et une armée composée des Chevaliers Princes de l’Aigle Blanc et Noir, comportant des Prussiens, des Anglais et des Français, rejoints par les Princes du Liban ou de Royale Hache, les Chevaliers de Rose+Croix ou de Saint André, les Chevaliers d’Orient et d’Occident, les Princes de Jérusalem, les Chevaliers d’Orient, les Grands Elus Parfaits et Sublimes Maçons, les Chevaliers de Royale Arche, les Sublimes Chevaliers Elus, etc, etc, etc.

Le Tableau du Camp doit être décrit comme suit :

Le Triangle Equilatéral, au centre du Tableau, représente le centre de l’Armée et on y voit les Chevaliers de Malte, qui ont été admis à nos mystères et qui se sont montrés les fidèles gardiens de l’Ordre côte à côte avec les Chevaliers de l’Aigle Blanc et Noir.

Les corps d’armée installés dans le Pentagone sont sous les ordres de cinq princes qui assurent ce commandement soit collectivement, soit par rotation, selon leurs Grades et reçoivent leurs ordres directement du Souverain des Souverains, Grand Maître ou Commandant en Chef.

Ces cinq Princes planteront leurs bannières aux cinq angles du Pentagone de la façon suivante :

  • la Bannière ou Oriflamme T, aux armes d’un Lion d’or, tenant une Clef d’or dans sa bouche et portant un collier d’or sur lequelles lettres S, Q et S sont gravées ; ce Lion est sur champ d’azur et la devise Ad majorera Dei gloriam est brodée au bas de cet Oriflamme ;
  • la Bannière ou l’Oriflamme E, aux armes d’un Coeur Enflammé de gueule, ailé de sable, couronné de laurier de sinople sur champ d’argent ;
  • la Bannière ou l’Oriflamme N, aux armes d’un aigle à deux têtes éployé, une couronne d’or reliant les deux têtes comme le ferait un collier, tenant dans sa serre droite une épée nue, la pointe basse et un coeur ensanglanté dans sa serre gauche, le tout sur champ de sinople ;
  • la Bannière ou l’Oriflamme G, aux armes d’un boeuf de sable sur champ d’or ;
  • la Bannière ou l’Oriflamme U, aux armes de l’Arche d’Alliance entourée de deux palmiers de sinople sur champ de pourpre, la devise Laus Deo figurant au bas de l’Oriflamme.

L’Heptagone représenté sur le Tableau est le camp des Princes du Liban et des Princes de Jérusalem, qui reçoivent leurs ordres des Princes susmentionnés.

L’Ennéagone représenté sur le Tableau est le camp des Maçons de tous les Grades qui vont être maintenant indiqués. On notera que chaque tente représente un camp complet et que les étendards ou pennons indiquent les différents Degrés de la Maçonnerie et que chacune des lettres qui distinguent ces étendards est issue des Mots dont il est fait usage en ce Sublime Degré. Ainsi le Degré de Rose+Croix. ou de Saint-André, ou encore de l’Aigle Blanc sera signalé par un étendard et des pennons blancs légèrement liserés de rouge et camp de ce Degré sera représenté par la tente S.

  • La première tente, notée S et appelée Malachias , marque le camp des Chevaliers d’Orient et d’Occident et des Princes de Jérusalem.
  • La seconde tente, notée A et appelée Zurubbabel, a un pennon vert clair et marque le camp des Chevaliers d’Orient ou de l’Epée.
  • La troisième tente, notée L appelée Nehemias, a un pennon rouge et marque le camp des Grands Elus Parfaits et Sublimes Maçons.
  • La quatrième tente, notée I et appelée Homen, a un pennon noir et rouge et marque le camp des Chevaliers de Royale Arche.
  • La cinquième tente, notée X et appelée Phaleg, a un pennon noir et marque le camp des Elus des Neuf, des Elus de Quinze et des Chevaliers Illustres.
  • La sixième tente, notée N et appelée Joyada, a un pennon rouge et noir et marque le camp des Prévôts et Juges.
  • La septième tente, notée O et appelée Eliab, a un pennon vert et rouge et marque le camp des Intendants des Bâtiments et des Secrétaires Intimes.
  • La huitième tente, notée N et appelée Josué, a un pennon vert et marque le camp des Maîtres Parfaits et des Maîtres Secrets.
  • La neuvième tente, notée S et appelée Esdras, a un pennon bleu et marque le camp des Maçons symboliques et des volontaires.

L’heure du Rendez-Vous devra être la cinquième heure après le coucher du Soleil et sera signalée par cinq grands coups de canon, le premier détaché, les quatre autres rapidement et à intervalles égaux.

Le premier Rendez-Vous aura lieu dans le port de Naples. De là on se rendra au port de Rhodes puis de Rhodes à Chypre et à Malte où l’ensemble des forces navales de toutes les nations sera rassemblé. Le troi­sième Rendez-Vous aura lieu à Joppa et les forces terrestres auront un Rendez-Vous à Jérusalem, où elles seront rejointes par nos fidèles gar­diens demeurés en ce lieu.

Les noms des porteurs de nos bannières seront Bezelee’l, Eliab, Manchen, Garinous et Emerk. etc … etc ..

Nous donnons l’ensemble des détails dans un cahier numérique (manuscrit H.A. Francken et manuscrit Caignet antérieur) mais avant examinons deux détails qui ont leur importance : qui est l’auteur de ce garde (et nous savons désormais qui) et pourquoi un vieillard s’appuyant sur une béquille figure dans le triangle central ?

le triangle au sein de pentagone avec le vieillard s’appuyant sur une béquille.

1- le Vieillard

Selon toute apparence, il évoque les tribus d’Israël, et donc le grade de Chef des douze tribus. Nous en serions bien loin s’il n’était pas possible de se reporter au dictionnaire de langue hébraïque bien connu des faiseurs de rituels du dix-huitième siècle pour orner leur prose, celui d’Edward Leigh. Au mot mattch qui signifie à la fois bâton et. tribu, cet auteur explique : « Pour moi, je crois que cela se dit seulement des douze Tribus, parce qu’elles étaient le bâton, ou l’appui du Patriarche Jacob ». Comme l’Écossisme est sans nul doute forgé par (les francs-maçons jacobites, justement, la formule est opportune. Mais aussi : « Et par métaphore il se rapporte à l’usage du bâton qui soutient l’homme qui s’y appuie ».

L’invitation au combat est évident. Par le jeu des allégories ou métaphores qui associent d’un côté différents épisodes bibliques du retour en terre promise, de la construction ou reconstruction du temple de Jérusalem, et d’un autre côté les Croisades où se sont distingués des chevaliers et princes d’Occident, au premier chef Godefroy de Bouillon, l’inventeur du Royal-Secret propose un tableau des hauts grades maçonniques où la dominante écossaise est indéniable dans le cadre d’une renaissance du templarisme allemand sous l’impulsion du baron Von Hundt. Mais qui est-il ?

2- L’inventeur

broderie réalisée par Sandra Clerbois

 

à télécharger ici (avec des llustrations inédites)

Les forgerons de la Bible : Hiram et Tubalcain

Livre numérique : les forgerons de la Bible

Le personnage d’Hiram, incontestablement un bronzier, pourrait être entrevu comme une exception au sein de l’histoire du peuple d’Israël, que l’on a tendance à voir comme un peuple essentiellement composé de bergers pacifiques. Il n’en est rien, toute l’histoire rituelle du peuple juif jusqu’à la captivité à Babylone met en évidence l’importance de la tradition des bronziers dans leur vécu religieux et journalier mais aussi guerrier.

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Pratique contemplative maçonnique et Sadhana

Jusqu’à présent le fait maçonnique était jugé à l’aune de l’action :  celle du bâtisseur comme celle de la cité mais n’avons nous pas perdu quelque chose d’essentiel en cours de route ? Prenons le thème des rites et des symboles. Un rite est un acte accompli conformément à l’ordre du monde tel qu’il est défini par la révélation ou par la nature divine, telle que la comprend le sujet qui se soumet à cette loi. Cela suppose, nous l’avons vu, la volonté d’accomplir la loi, et absolument pas une soumission aveugle et passive qui ne ferait pas de l’acte accompli un rite, mais reviendrait à un ritualisme desséché et sans activité propre. Cela entraîne aussi l’acceptation des règles traditionnelles qui gouvernent l’action du rite et, nous l’avons vu, l’utilisation consciente et volontaire des moyens initiatiques, ce qui définit la position active de l’initié par oppo­sition à une participation passive non éclairée.

L’activité rituelle ainsi comprise n’engage pas seulement des actes spécifiques accomplis dans une église ou dans un temple, mais toute activité accomplie volontairement, conformément à l’esprit de la tradition en question. En ce sens, tout doit et peut être sacralisé, et une voie initiatique complète met à la dispo­sition des pratiquants les moyens nécessaires pour accomplir ce programme.

LA PENSÉE SYMBOLIQUE

D’autre part, nous avons vu que le symbolisme est la clé de voûte des méthodes d’enseignement et des pratiques tradi­tionnelles ; le bouddhisme tantrique ou la franc-maçonnerie en sont des illustrations parmi bien d’autres. Nous savons que la pensée symbolique est, ainsi que Mircéa Eliade le dit, le mode « naturel et premier » du langage au sens logique et chronologique du terme. Cela est bien vérifié par l’usage courant de la langue ordinaire, qui fait spontanément appel à ce mode, aussi bien que par les rêves nocturnes, qui sont aussi un langage profond et fondamental fonctionnant suivant les règles de la pensée symbolique.

L’usage du symbole est fondé sur une analogie naturelle qui rassemble et synthétise là où la pensée analytique découpe et fige. Le symbole renvoie à des significations multiples, hiérar­chiquement superposées et, surtout, qui ne s’excluent pas entre elles, comme cela se produit dans la pensée conceptuelle qui fonctionne toujours par oppositions. La polyvalence du symbole en fait le véhicule par excellence des enseignements métaphysiques, qui sont toujours mutilés par un langage uni­voque et plat, tandis que l’épaisseur du langage symbolique rend justice à la complexité vivante des plans superposés qui constituent le monde. D’un point de vue pratique, le symbole possède donc la propriété précieuse d’exprimer des données intellectuelles riches et complexes, et d’animer les éléments affectifs et instinctuels. Il peut ainsi réaliser l’unité de l’être humain.

Ce caractère unifié et unifiant du symbole constitue le fon­dement de sa vertu transformante, à l’œuvre aussi bien en psychothérapie — ce qui est tout à fait évident et reconnu aujourd’hui — que dans les exercices initiatiques de la franc-maçonnerie ou dans les méditations tantriques du bouddhisme. À cet égard, le symbole apparaît comme un transformateur d’énergie, et c’est un point sur lequel il conviendra de revenir. Il est un transformateur d’énergie, en même temps qu’il fait circuler les significations et qu’il les rassemble au lieu de les disséquer. Ce qui nous importe ici, c’est l’efficacité des pratiques symboliques, puisque notre but est la transformation ou la libération du « vieil homme ».

Ces quelques définitions, simples et brèves, ont pour but de nous faire réfléchir sur ce qu’est réellement, en tant que boud­dhiste ou franc-maçon, notre pratique des rites et des symboles. Nous devrions les utiliser avec lucidité et avec la pleine conscience de la façon dont ils opèrent en nous pour nous transformer ; c’est en sachant comment les employer que nous pourrons leur faire délivrer toutes les vertus dont ils sont porteurs. C’est donc une question de mise en œuvre.

On rencontre de nombreuses analogies entre les rituels bouddhistes et les rituels maçonniques. On pourrait d’ailleurs envisager de faire une étude comparée de certains éléments. Très brièvement : les serments d’allégeance, les signes d’ordre et les chakras ; le secret comme discipline protectrice et comme symbole du caractère ineffable de la réalisation spirituelle ; les rituels de purification de la personnalité antérieure profane ; les épreuves, la transmission d’influences spirituelles par des instruments qui associent les deux principes spirituels complé­mentaires (le maillet, le compas ou l’épée dans la maçonnerie ; le vajra et la cloche dans le tantrisme). Il y aurait aussi beaucoup à dire sur le sujet fondamental de l’indissociabilité, de la complémentarité ou de la coïncidence des opposés.

Notons également le thème de la mort et de la renaissance. C’est un thème majeur dans la franc-maçonnerie aussi bien dans l’initiation au grade d’Apprenti que dans l’initiation à celui de Maître ; ce thème est non moins prégnant dans le boud­dhisme où naissance et mort constituent la vie et, comme c’est le cas de toutes les doctrines spirituelles, où la mort à soi-même constitue toujours la condition de la renaissance. Dans la pratique quotidienne, qui est la pratique de la mort à chaque instant, de la mort dans la vie, les mécanismes fondamentaux à l’œuvre sont ceux de la désappropriation, du détachement, et de la désidentification : dans tous les cas, il s’agit de mourir à quelque chose. On peut donc également explorer le symbo­lisme de la mort.

Introduction à la vision pénétrante

Attention, concentration, vigilance et prosoché, voilà des qualités nécessaires à toute activité sportive, artisanale, intellectuelle et surtout spirituelle. « Garde toi de l’oubli, Dieu te regarde. Vigilance sur ce que tu dis, sur ce que tu penses, sur la manière dont tu agis », ces exercices spirituels figurent dans la règle de St Benoît, une des premières règles monastiques. Mais ces exercices, essentiels pour la progression spirituelle, ne sont pas d’origine chrétienne. Ils ont été empruntés à la philosophie de l’Antiquité, notamment au néoplatonisme et au stoïcisme.

Dans son éclectisme, la Maçonnerie fait référence, notamment par le coq du cabinet de réflexion (et à la banderole Vigilance et Persévérance), à ces exercices spirituels, sans pourtant en développer la mise en œuvre.

Comment ces exercices spirituels étaient-ils mise en œuvre dans l’Antiquité ? Il est encore difficile de répondre, car les textes philosophiques à notre disposition restent vagues et discourir sur la philosophie semble plus simple que de la pratiquer. Heureusement, plusieurs traditions religieuses les pratiquent encore, car elles ont une base universelle. Il revient à Jean-Pierre Schnetzler, dans une perspective guénonienne, d’avoir tenté la greffe avec le bouddhisme, ceci avec succès.

Introduction au Sadhana

Dans mes différents articles et ils sont nombreux j’ai souligné ce qui manquait à la Maçonnerie spéculative contemporaine : la cohérence de tous les aspects vécus dans la vie du constructeur. La compréhension intellectuelle et symbolique, la dévotion et l’altruisme, la religion et l’œuvre professionnelle, l’achèvement spirituel et l’effort concret quotidien, ne doivent pas être séparés.

Puisque de nos jours un nombre infime de Francs-Maçons manipule encore le compas et l’équerre, il faut nous concentrer sur le lieu où tout se passe désormais, le psychisme, pour y discerner le problème et trouver les méthodes permettant d’y faire face. Cela nécessite sa compréhension psychologique et la maîtrise de son fonctionnement. Ce programme est mis en œuvre par les méthodes dites de méditation et particulièrement celles restées vivantes dans le bouddhisme depuis 2 500 ans et récemment introduites en Europe. Depuis une vingtaine d’années nous en avons étudié l’application à la Franc- Maçonnerie, et c’est ce que nous allons exposer très brièvement dans ce petit rosaire. Mais auparavant soulignons quelques conséquences regrettables de la disparition opérative.

Le manque opératif

Le résultat néfaste le plus évident est que l’absence du métier vécu prive le Franc-Maçon de l’expérience unitive dans l’effort quotidien et peut le laisser démuni devant les dérives spéculatives. Or l’efficacité transformante est tributaire de l’énergie investie dans l’aventure, autant que de la pertinence des moyens utilisés.

Un support essentiel de cette transmutation alchimique de l’être est la compréhension vécue de son unité trine, exprimée dans la vision tripartite du christianisme primitif, corps âme esprit (soma, psukhè, noûs, grec ; corpus, anima, spiritus, latin), superposable aux trois étages du monde bouddhique : corps grossier, mental pur et monde informel. Le lieu stratégique des difficultés est évidemment l’étage intermédiaire du psychisme (l’anima latine primitive), et c’est là que doit se dérouler l’essentiel du travail méditatif de remise en ordre. Le dernier facteur, vivifiant et dynamique dont bénéficiaient les opératifs était la pratique quotidienne éclairée d’une religion, la voie de la Mer. Celle-ci manque douloureusement de nos jours, et l’un des premiers travaux du méditant est de se demander pourquoi, avant de remédier à cette absence.

Comment utiliser ce qui subsiste dans la Franc Maçonnerie ?

L’habitation du rituel d’abord

Il s’agit de le comprendre et de le vivre avec tout soi-même, donc de ne pas simplement le réciter, encore moins le lire de loin. Tous les aspects corporels, affectifs, intellectuels, et symboliques, doivent être intégrés. Pour prendre un seul exemple, la déambulation engage le corps et l’être, mais aussi la compréhension, que tout acte, ici et au dehors, doit s’accomplir parfaitement, à l’équerre, comme disent encore les artisans, en suivant la loi cosmique signifiée par le sens du cours apparent du soleil. Cet acte simple suppose une attention permanente, une présence vigilante, qui permettent de vivre profondément ce qui pourrait n’être qu’une obéissance de surface.

La pénétration vécue du symbolisme

Elle suppose une ouverture psychique stable aux divers sens véhiculés par la situation dans tous ses aspects. Cela nécessite un contrôle effectif du vagabondage mental foncier, qui est l’état spontané du psychisme… à moins que celui-ci ne succombe à la somnolence.

La présence opératoire à soi-même et à la situation

C’est évidemment l’attitude souhaitable, si l’on veut appliquer aux actions de la vie quotidienne les principes expérimentés lors du rituel initiatique, ce qui est indispensable à la transformation réelle de l’initié. L’acquisition d’une telle discipline est justement un des objets de la pratique méditative.

Méditation bouddhique et franc-maçonnerie

Le mot méditation véhicule le sens de réflexion intellectuelle approfondie, qui provient de la meditatio latine, le deuxième barreau de « l’échelle des moines » au Moyen Age. Il traduit mal le terme technique sanskrit bhâvâna, qui signifie

« exercice », de tout l’être, corporel, mental et spirituel. Il s’agit d’un entraînement visant à la découverte et à la réalisation de la vérité ultime fondatrice. Cela passe surtout par la mise au clair du fonctionnement mental, lieu de tous les problèmes et obstacles majeurs. Par comparaison les difficultés physiques suscitées par l’assise immobile prolongée sont tout à fait secondaires… bien que douloureuses.

Cette découverte des sources cachées de notre fonctionnement se situe à l’opposé de l’attitude habituelle polarisée sur le monde extérieur. Il s’agit de soulever le voile qui recouvre nos déterminismes profonds, résultats et facteurs de notre histoire, auxquels nous nous identifions naïvement, afin de les connaître et de nous en libérer. Cette démarche qui découvre alors en nous ce qui est au-delà du moi, et est appelé, dans le bouddhisme, « nature de Bouddha », n’est pas différente de celle décrite par saint Paul (Galates 2, 20) : « ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi ». Dans les deux cas il faut mourir au moi vulgaire, abandonner le « vieil Adam » : une entreprise de longue haleine, qui suppose des moyens efficaces, éprouvés au fil des siècles.

Les techniques

Elles sont très nombreuses et leur variété peut étonner, mais nous écarterons celles culturellement marquées, pour ne retenir que celles dont les formes sont universelles, et donc utilisables par des occidentaux non bouddhistes. Elles sont divisées en deux grandes familles complémentaires, celle de la concentration (samâdhi, sk.) et celle de la vision pénétrante (vipasyanâ, sk.), dont nous choisirons un exemple représentatif de chacune.

La famille de la concentration existe dans toutes les religions. Elle vise à développer les qualités naturellement présentes dans le mental, et par leur fixation sur un modèle divin, à expérimenter les extases décrites par tous les mystiques, avant de parvenir finalement au but ultime. Elle nécessite une ambiance calme et silencieuse qui ne perturbe pas la concentration.

La vision pénétrante, dont la méthode a été découverte par le Bouddha, examine, grâce à la sagesse (le premier pilier de l’édifice maçonnique), les obstacles mentaux et, défaisant les liens, permet la libération finale (nirvâna, sk.). Son ouverture impavide lui permet de s’effectuer dans une ambiance plus perturbée. Comme la pratique doit pouvoir s’effectuer en tous temps et en tous lieux, nous commencerons par quelques détails sur les postures corporelles convenant aux deux familles.

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