Hermétisme

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Issu des mystères égyptiens puis grecs mais remontant encore au delà à la Tradition Polaire, atlantéenne, l’hermétisme au sens propre ne doit pas être confondu avec un quelconque syncrétisme même si c’est – hélas – souvent le cas.

Rapporté à l’hermétisme, le mot tradition  doit être pris dans son acception originelle de transmission : non pas d’us et coutumes accréditant une vision passéiste et conservatrice des idées et des moeurs (traditionalisme) ; mais pérennité d’un savoir de type initiatique d’abord transmis par le Verbe d’Hermès à quelques rares disciples en quête de régénération spirituelle, puis au cours des siècles à ceux des mages, adeptes et artistes qui en ont ensuite perpétué l’esprit par leurs pratiques en matière de philosophie occulte et d’alchimie. Fondée sur les Hermetica, et condensée dans la fameuse Table d’Émeraude (Tabula Smaragdina), la tradition hermétique peut en effet se prévaloir — comme toutes les traditions — d’un fondateur mythico-religieux doté d’une personnalité charismatique, de Livres quasi sacrés, et d’un mode de transmission d’inspiration « gnostique » dont la continuité est avérée tant d’un point de vue historique qu’initiatique. La question se pose par ailleurs de savoir si l’hermétisme n’est qu’une tradition parmi d’autres, ou si le rôle de « père des Sages » (H. Corbin) et d’herméneute spirituel reconnu à Hermès autorise à voir dans son enseignement le noyau ésotérique commun à la plupart des grandes traditions religieuses et initiatiques.

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Autonome par rapport au christianisme, l’hermétisme reconnut et intégra néanmoins nombre des symboles et aspirations propres au Mystère chrétien ; la mort et la résurrection du Christ devenant l’expression emblématique du désir de régénération, spirituelle et matérielle, motivant la recherche de la Pierre philosophale. Indépendant à l’égard des Sociétés dites « secrètes » telles que la Franc-Maçonnerie et la Rose+Croix, l’hermétisme ne fut jamais pour autant étranger ou hostile à leurs préoccupations spéculatives et opératives. Aussi semble-t-il avoir en fait rassemblé au cours des siècles de l’histoire occidentale une famille d’esprits avant tout désireux de « travailler », alchimiquement parlant, au dépassement de toutes les formes de dualisme. Des hermétistes on dira donc qu’ils se caractérisent à la fois par une vision du monde orchestrée par le principe d’analogie, et par une forme d’écoute et de sensibilité dont l’ouverture et la plasticité permettent d’accueillir et d’intégrer les voies de réalisation spirituelle les plus diverses. Tout hermétisme authentique est de ce fait appelé à assumer peu ou prou la fonction de creuset.

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Fondamentalement ouvert à la pluralité, l’hermétisme n’en est pas moins orienté par un constant et ardent désir d’unité qui donna entre autres naissance à la quête philosophale dont le stade ultime fut indifféremment nommé Grand Œuvre, Pierre, Or, Androgyne ou Rebis. Si la tradition hermétique ne doit pas être, à priori et sur tous les plans, confondue avec la tradition alchimique, l’analyse de la révélation transmise dans le Corpus Hermeticum, et l’exégèse de certaines sources mystiques communes, devraient permettre de comprendre pourquoi l’alchimie fut également nommée Art d’Hermès, et pourquoi les deux traditions tendirent souvent à n’en faire qu’une.

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En tant que vision du monde fondée sur les « correspondances » et « sympathies » unissant macrocosme et microcosme, l’hermétisme connut en effet en Occident, entre le XIV’ et le XVII’ siècle, un glorieux renouveau, antérieur puis parallèle à ce qu’on nomme classiquement Renaissance, où est censée avoir été modelée la figure de l’homme moderne. Y aurait-il donc eu deux manières de « renaître » dont l’une, rationaliste et humaniste, aurait finalement éclipsé l’autre, opérative et hermétisante ? Car l’hermétisme joua une fois encore le rôle de grand conciliateur entre des voies (naturelle et divine) que l’on se refusait à dissocier tant paraissaient pour l’heure inaltérables certaines alliances occultes entre l’homme et la nature, la nature et Dieu. Et l’on n’en finirait pas de recenser tous ceux : philosophes, théosophes, poètes… que la pensée hermétique a par la suite inspirés, qui s’y sont directement ou indirectement ressourcés, alors même qu’elle paraissait avoir officiellement perdu toute crédibilité. C’est sans doute pour avoir si continûment affirmé son désir d’unité que l’hermétisme fut appelé à incarner la figure même du recours à certaines périodes charnières de l’histoire où philosophies, sciences et religions révélées démontraient leur impuissance à réorienter les hommes vers une espérance de régénération spirituelle ou de salut qui ne passât pas par quelque Église établie ou système de connaissance reconnu.

Voie sotériologique

On comprendra mieux aujourd’hui pourquoi les grandes interrogations sur la question même du sens que furent au XX’ siècle les différentes herméneutiques — en histoire des religions, psychologie des profondeurs, anthropologie de l’imaginaire — se sont presque toutes spontanément placées sous le patronage d’Hermès le médiateur.

D’abord suggérée par F. Yates, invitant à distinguer en langue anglaise Hermetism et Hermeticism, une précision de vocabulaire paraît en effet s’imposer. Systématisée en France par A. Faivre, elle conduit à distinguer l’hermétisme, en tant que corps de doctrine et exégèses savantes des Hermetica, et hermésisme : «Ensemble plus vaste de doctrines, de croyances et de pratiques ne dépendant pas nécessairement de la tradition hermétique alexandrine, mais incluant la Kabbale chrétienne et d’une manière générale la plupart des formes que revêt l’ésotérisme moderne ». L’attitude d’esprit hermésienne serait donc commune à tout l’ésotérisme occidental, placé « sous le signe du dieu au caducée » en qui on peut et doit reconnaître les savoirs « premiers » communs à toute l’humanité.

Science et hermétisme

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