Tétragrammaton : de Yahvé à Jéhova

Le nom de Dieu ou comment le dire et l’écrire

Dans la perspective d’intertextualité testamentaire mise en œuvre par les pères de l’Église,  Ambroise de Milan, écrivait que le Nom de Jésus « était autrefois contenu dans Israël comme un parfum dans un vase scellé et  s’est répandu dans le monde entier », les plus savants exégètes s’emploieront à prouver la présence cachée du Nom du Sauveur et de la sainte Trinité dans le Tétragramme hébraïque. « Selon la propre langue des Juifs, le Nom de Jésus se compose de deux lettres (Y et V) entourant une lettre centrale (Sh)… et il désigne le Seigneur qui embrasse le Ciel et la Terre », disait déjà Irénée dans l’Adversus Hæreses Le nom « Jésus » est en effet composé des lettres « Y-Sh-V » (phonétisées yeshou), dont la première et la troisième (l’alpha et l’oméga si l’on veut) sont précisément les initiales des deux binômes constitutifs du Tétragramme  (Y] -H). Le yod est la lettre du Ciel et le vav celle de la Terre, dissociés depuis la Chute, mais que – par un grand mystère – la lettre shin, cachée jusqu’à la venue du Sauveur auquel elle s’identifie, doit finalement réunifier (Messie Ma-Sh-Y-Ha). Cette lettre « salvatrice » est rapportée au Serpent d’airain par lequel Moïse (Mo-Sh-Hé) détournait les attaques de l’adversaire pendant l’Exode ; serpent qui, enroulé sur sa hampe (axe vertical de la descente alphabétique du « yod » dans la création), préfigure chrétiennement l’élévation sacrificielle du Fils de l’homme sur la Croix… elle-même symbolisée par le tau médian du grec SôTeR sauveur.

Comment prononcer le nom de Dieu : Yahvéh ou Jéhova ?

Comment prononcer le Nom propre de Dieu : YHWH. La T O B (Cerf) croit le savoir, car elle indique p. 138, en sa note sur Ex 3, 14, : « Y H W H (prononcer Yaweh ou Yahwoh)… ». Pourtant, page suivante, en sa note b/, elle relève : « Vers le IVme siècle avant J.C., on prit peu à peu l’habitude de ne plus prononcer le nom YH W H, de sorte qu’il nous est difficile de savoir avec quelles voyelles on le prononçait.. « 

Voilà qui semble bien obscur !

Essayons de sortir de cette difficulté en reprenant la bible depuis le début. Avec Genèse 4,1, nous avons découvert que la première femme, Eve, prononça « Y H W H » lors de la naissance de son fils Caïn.. D’où tenait-elle ce Nom divin sinon de ce qu’on appelle la « révélation primitive ». Il faudrait donc en déduire que le Nom fut probablement « appris » à nos premiers parents lors du proto-évangile dévoilé juste avant l’exil hors du jardin d’Eden. (Cf. Gn 3, 15).

Cette révélation primitive traditionnelle expliquerait le texte de Genèse 4, 26 indiquant que c’est à partir d’Enosh, hA N W Sh, petit-fils d’Adam, « que l’on commença d’invoquer dans le nom YH W H », L Q R hA B Sh M YH W H.

Le souvenir de ce Nom sacré a dû perdurer à travers les générations patriarcales, puisque après le déluge Noé proclama : « Sois béni YH W H, divinité de Sem ! » (Gn 9, 26). Il se pourrait donc que YHWH ait été au nombre des dieux vénérés par les tribus sémites d’Orient. Cela permettrait de comprendre la réponse d’Abram : « Adonaï YH WH ! que me donnerais-tu … ? » , ainsi que la proclamation faite par son fils Isaac en Genèse 26, 25.

Quant à Jacob, après le songe de l’échelle dressée sur la terre vers les cieux, il se réveilla et s’écria : « Assurément YH WH est présent en ce lieu… ! » (Gn 28,16). Sa femme Léa connaissait aussi le Nom divin, de même que la bien-aimée Rachel, qui appela son premier fils « Joseph » en s’exclamant : « Que YH WH m’ajoute un autre fils ! » (Gn 30,24). Joseph, en hébreu Y W Ss Ph, peut en effet se lire comme le Nom abrégé en Y W suivi du verbe Y Ss Ph signifiant « ajouter » . Ainsi fut inaugurée la longue série des noms théophores (qui portent Dieu) formés à l’aide du Tétragramme.

S’il s’avérait que Y H W H a bien été l’un des principaux dieux adorés par les Hébreux nomades, cela permettrait de résoudre le problème posé par le nom « Yokébed », en hébreu Y W K B D, ayant le sens de « YH W H est la gloire », soit le Nom abrégé en Y W suivi du mot K B D = gloire, force.

YHWH devait être particulièrement honoré dans la tribu de Lévi, puisque ce nom théophore Y WK B D appartint précisément à la propre mère de Moïse (Ex 6, 20).

Le nom de Dieu apparait à l’occasion de l’épisode du buisson ardent, d’où les flammes et volutes qui entourent le delta radieux

Il y a donc lieu de croire que nous n’avons pas dans l’épisode du Buisson ardent une révélation entièrement nouvelle, mais plutôt l’explication d’un Nom déjà connu des clans israélites et partant de Moïse lui-même à qui Y H W H. en cette heure solennelle, découvre en partie le mystère de son être tripersonnel. En donnant son Nom propre, Dieu permet à l’homme de mieux le connaître. Aussi peut-il affirmer : « Je suis apparu à Abraham, à Isaac et à Jacob comme Dieu Puissant, hA L Sh D Y ; mais sous mon Nom Y H W H, je ne me suis pas fait connaître d’eux ! » (Ex 6,3). La révélation fut progressive. Eve, Enosh, les patriarches et matriarches ont pu « dire » , « invoquer » le Nom sans en soupçonner la signification véritable.

Nombre de chercheurs estiment d’ailleurs que ce Nom YHWH était apparu sous la forme « y-h-wh' » dans les listes « géographiques » égyptiennes des XIVè et XIIIè siècles avant notre ère ; il aurait d’abord été un « nom ethnique » (A. Chouraqui, L’Univers de la Bible, éd. Lidis, Paris 1985, tome X page 225).

Tout change après l’exode : ce qui compte désormais, ce n’est pas la nouveauté absolue du Nom livré à Moïse, c’est que Dieu ait voulu révéler explicitement son propre Nom. Cette révélation a valeur de germe. Et « YH W H » va devenir officiellement le Nom du Dieu des fils de Jacob unifiés sous la houlette de Moïse. Le Nom tétragrammique, déjà connu, se charge alors d’une signification religieuse et mystique inconnue auparavant.

Grâce au Nom, Dieu a laissé entrevoir à l’homme, d’une manière obscure quoique sans ambiguïté, le mystère de son être un et trine : Y symbole du Père, W du Fils, et H + H de l’Esprit-Saint duel. N’oublions jamais que d’après la conception sémitique, le nom propre permet de définir, d’une certaine manière, celui qui le porte.

Les prêtres, bien avant l’entrée en terre promise, étaient invités à bénir le peuple suivant la formule donnée par Dieu à Moïse :

  • Que YH W H te bénisse et te protège !
  • Que YH W H fasse rayonner vers toi son Visage et te soit favorable !
  • Que YH WH tourne sur toi son Visage et t’accorde la paix !  » (Nb 6, 24-26).

De cette triple bénédiction usera plus tard le diacre François d’Assise…

Une fois le Temple de Jérusalem construit, le Nom y sera proféré chaque année, clairement et distinctement. En effet, durant l’office des Expiations, ou Kippour – la plus solennelle des fêtes juives – le grand prêtre prononçait dix fois à haute voix le Tétragramme.

YHWH était donc un Nom qui pouvait être invoqué et entendu, et nullement un mystère réservé à des initiés. D’ailleurs, dès l’âge le plus tendre, le jeune Israélite apprenait à dire ce Nom, à le répéter avec dévotion et amour ; il devait chanter en cadence et déclamer les hymnes liturgiques en l’honneur du Nom trois fois saint.

Ce fut à partir de l’exil qu’un respect formaliste poussa Israël à éviter de prononcer YHWH et à le remplacer par « Adonaï » Seigneur.

Depuis, on avoue ne plus savoir avec quelles voyelles était prononcé le Tétragramme. Revoilà notre question initiale : peut-on retrouver la lecture authentique de ce Nom divin ?

Si l’on en croit Clément d’Alexandrie, les juifs énonçaient « Iaoué ». (Cf. Stromates V, 34, 5, »Sources Chrétiennes », N 278, p. 81), prononciation dont l’origine serait le « Iabé » de la tradition samaritaine.

Regardons de plus près le tétragramme muni des signes que lui affectèrent les punctatorès, entre les VIè et VIIIème siècles de notre ère, afin d’en fixer la prononciation. Le Y est souscrit du shéwa simple : deux points verticaux indiquant un « e » muet pour le premier H. C’est le symbole de l’Esprit qui procède du Père. Le W porte le point du hôlem, de son « o », et est marqué du qametz, en forme de petit T, donnant le son « a » au second H. C’est le symbole de l’Esprit du Fils. On constate ici que seules les lettres du bipôle Y + W reçoivent les points-voyelles commandant la lecture du duel H + H. De plus, le W doit être dédoublé en W V, la voyelle rendant le son « o » et le V consonne soutenant le son « a » du dernier H.

Il y a donc, en réalité, six voyelles et une consonne dans le Nom propre de Dieu, ce qui donne la prononciation que nous avons adoptée, suite à la Tradition hébraïco-chrétienne : YeHoVaH.

Mais alors, YHWH se lirait-il comme il est ponctué ?

C’était l’avis de Paul Drach, qui citait à l’appui, entre autres autorités, le philosophe Maïmonide. (Cf. op. cit., I, pp. 327-328). Plus près de nous, le grand rabbin Lazare Wogué précisait que le Nom devait se prononcer « Yehôvah », le « e » etant quasi inaudible…

Explications :

1) on voit le Nom YHWH en écriture paléo-hébraïque, tel qu’il se trouve dans certains écrits esséniens des Manuscrits de la Mer Morte. Il existe un moyen mnémotechnique simple pour retenir les graphismes de ces antiques lettres du Tétragramme ; il suffit de lire le chiffre « 1 » dans le Y, le chiffre « 2 » dans le W et le chiffre « 3 » dans le H. Le Père, symbolisé par le yod, est bien la première Personne de la Trinité ; le Fils, symbolisé par le waw, la seconde, et l’Esprit, symbolisé par les deux hé, la troisième duelle.

2), le Nom YHWH est suivi du mot « Elohim », hA L H Y M. Les différents signes ajoutés en dessus et en dessous des lettres carrées sont dues aux punctatores juifs qui voulurent fixer la prononciation traditionnelle du texte sacré, entre les VIème et VIIIème siècles de notre ère, grâce a ces points-voyelles.

Sous le yod de YHWH est inscrit un shéva simple (deux points verticaux) indiquant un « e muet très bref’. Le waw, lui, porte un holem (un point dessus) indiquant un « ô long », et possède un qametz (en forme de T) représentant un « â long ».

Prononçons : YHWH= « Yehôvah ».

L’aleph d’ hA LHYM reçoit un shéva composé appelé hateph-ségol (cinq points en tout) indiquant un « é très bref ». Le hé supporte le holem du waw défectif, point-voyelle repoussé par la hampe du lamed ; il est également marqué du hiriq (point dessous) commandant le son « i ».

Prononçons : hA LH Y M = « Elohim ».

3) figure l’expression « Y H W H hA D N Y N W » = « Y H W H Notre Seigneur », du Psaume 8, versets 2 et 10. Sous l’aleph d’hA D N Y N W est placé un shéva composé appelé hateph-pathah (deux points verticaux et un trait horizontal) indiquant un « a très bref ». Le daleth porte sur sa corne le point du holem. Sous le noun apparaît un tséré (deux points horizontaux) signifiant un « ê long ». Enfin, le waw pointé en son milieu est un shourèq indiquant le son « û long », c’est-à-dire « ou ».

Prononçons : hA D NYNW= « Adonênou ».

4), apparaît l’expression « hA D N Y YHW H », que nous trouvons dès Genèse 15, 2. L’aleph d’hA D N Y possède un hapeth-pathah ou « a bref’. Le daleth porte le holem, et le noun a sous lui le qametz ou « â long ».

Prononçons : hA D N Y = « Adonâï ».

Le Nom YHWH reçoit ici les points-voyelles du mot Elohim, hA L H Y M. Nous verrons pourquoi en notre Annexe II.

5), voici le nom de Y H W cH N N « Yehochanan » (= Jean), et celui de cH N N Y H W « cHananyahou » (= Ananias), signifiant « Y H W H a fait grâce » (cH N N en hébreu). Nous connaissons déjà tous les points-voyelles qui s’y trouvent, sauf le pathah (trait horizontal) sous le premier noun en cH N N Y H W, indiquant un « a bref’. Ces deux noms de personnes sont dits théophores puisqu’ils « portent » le Nom de Dieu, YHWH en l’occurrence, abrégé en Y H W.

6), on voit le nom du portier Coréite hAL Y H W chAY N Y « Elyehô’ênaï » que nous lisons en 1 Ch 26, 3. A l’aleph est joint un ségol (trois points en grappe) indiquant un « é bref » ; aleph et lamed forment la préposition hA L, « él » = vers. Ce nom se traduit en français : « Vers YH W H mes yeux (sont tournés) ». Décomposons-le : hA L+ YHW+ chA Y N Y. Nous avons la, chose rare, un nom théophore contenant en son cœur le Tétragramme abrégé en Y H W qui se prononce « yehô ».

7), le nom hébreu de Jérusalem, Y R W Sh L M, « Yroushalaïm », où le shin porte un point diacritique en haut a droite, afin de le faire prononcer « sh » (à gauche, il indiquerait la consonne « s ») ; puis l’expression finale du livre d’Ezéchiel : (« … Et désormais le nom de la ville sera 🙂 YHWH/ Sh M H. » Ce qui veut dire « Y H W H-est-là ! »

Prononçons :YHWH/ Sh M H = « Yehovah shamah ».

Comparons le nom hébreu de Jérusalem avec son « nom nouveau » annoncé par le prophète :

Jérusalem :        Y R W Sh L M = « Yroushalaïm »

Y H W H-est-là : Y H W H-Sh M H= « Yehovah-shamah »

Certains veulent trouver ici une assonance, c’est-a-dire la répétition de la même voyelle accentuée à la fin des deux noms. Il semble qu’il faille plutôt y discerner une homonymie, imparfaite certes, mais voulue par le scribe inspiré afin de suggérer que la ville sainte sera la demeure de YHWH parmi les hommes. La présence du Sh au cœur de ces deux noms hébreux nous amène a faire le rapprochement avec le Nom nouveau annoncé par l’Apocalypse 3, 12 :

« Le vainqueur; j’en ferai une colonne dans le Temple de mon Dieu, il n’en sortira jamais plus, et j’inscrirai sur lui le Nom de mon Dieu (YH W H), et le Nom de la cité de mon Dieu, la Jérusalem nouvelle (Y H W H-Sh M H) qui descend du ciel d’auprès de mon Dieu, et mon Nom nouveau (YH Sh W H). »

en préparation pour juin 2020

à suivre  ..

 

 

 

 

 

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