20 ans de recherche ! Cahiers Fulcanelli : offre spéciale comprenant les 5 cahiers + le supplément sur le dossier Finis Gloriae Mundi
20 ans de recherche ! Cahiers Fulcanelli : offre spéciale comprenant les 5 cahiers + le supplément sur le dossier Finis Gloriae Mundi
Peu avant la cataclysme de la révolution bolchevique, il règne une incroyable effervescence à la cour impériale. Un monde va bientôt s’écrouler mais il aura le temps d’accomplir sa dernière mission, transmettre le secret de la Tara Blanche. Cette histoire méconnue est racontée ici :
Le secret du Tsar blanc :
Ceci n’est qu’un bref aperçu des chapitres qui seront traités dans cet ouvrage à paraitre prochainement.
Introduction :
Quand les bouriates dominaient à Saint Peterbourg : à la recherche du tsar blanc ou le secret de la Tara. Depuis Catherine II de Russie, les Romanov ont été considérés par les bouddhistes tibétains comme des émanations de la Tara blanche, une bodhisattva considérée comme une émanation de Chenresig et protectrice du peuple tibétain. 1913 vit de grandes célébrations pour le 300e anniversaire de la maison Romanov. Le moine bouriate Dorjiev fit alors un discours pour remercier le Tsar de son soutien à la communauté bouddhiste de Saint-Pétersbourg.
Ekai Kawaguhi, moine japonais qui voyagea au Tibet du 4 juillet 1900 au 15 juin 1902 rapporta dans son livre Trois ans au Tibet que Dorjiev faisait circuler un pamphlet dans lequel il développait l’argument que le tsar allait compléter le règne de Shambhala en fondant un grand empire bouddhiste.
Un homme mystérieux et le mot est faible, Alexanddre Piotr Badmaiev, bouriate comme Gurjieff, allait jouer un rôle crucial et engager la grande russie dans un destin inéluctable déclenchant la première guerre mondiale. Son importance dépassait de loin celle de Raspoutine qui le craignait et venait le consulter, c’est dire !.. C’est cette histoire que nous allons prochainement raconter dans un livre à paraitre qui raconte l’histoire ratée de l’expansion asiatique de la Russie mais d’autres rendez vous sont encore possible. »Les mages de Saint Petersbourg ou le secret du Tsar blanc » …
Au nombre des ces mages et de loin le plus important il y avait le bouriate Piotr Badamiev. Qui sont les bouriates ?
Raconter l’histoire d’Alexandre Piotr Badmaiev est un véritable défi car il fut au coeur de toutes les intrigues qui agitaient la cour de Nicolas II. Avant il y eut Sultim Badma, un bouriate chamane initié à la médecine tibétaine et mage à ses heures. Qui sont les bouriates ? d’abord un clan ou une tribu que l’on appelle les peuples du lac Baïkal.
Tous ces clans ont eu pour nom commun la dénomination « Kourykanes ». Malgré les tribus peu nombreuses, ces peuples anciens ont créé au VI°-X° siècles une culture fort originale et spécifique dont les frontières étaient constituées par la basse Sélenga, la vallée des monts Bargouzine et celle Tounkinskaja, la haute Léna et Angara.
Souvent persécutés ils se sont assimilés aux mongols et de là est venu leur nom de bouriate (La Bouriatie est une région). Sultim Badma est issu de cette ethnie qui possédait encore au XIXème d’enormes connaissances. Ce sont ces connaissances qui ont transmises à la cour, ce fut aussi le cas de Raspoutine. En recevant le baptème (des mains du Tsar Alexandre III lui même, le bouriate Sultim Badma pris le nom d’Aleksandr Aleksandrovich Badmayev et l’histoire va pouvoir commencer qui n’est plus celle de sultim mais de son plus jeune frère (lama comme lui) : Pyotr Aleksandrovich Badmayev, l’un des hommes les plus riches à la cour du tsar et le visionnaire du réseau de voies ferrées allant jusqu’en
« Sous la grande marée de l’histoire humaine s’écoulent les courants discrets des sociétés secrètes, qui dans les profondeurs déterminent fréquemment les changements qui se manifestent à la surface. » (A.E. Waite) (1)
Les sociétés secrètes et les confréries occultes ont-elles été actives derrière la scène des événements mondiaux depuis des milliers d’années ? Ces gardiens de la sagesse secrète déterminent-ils les progrès de la conscience humaine et influencent-ils le destin des nations ? Des maîtres cachés de la connaissance occulte animent-ils et infiltrent-ils certains mouvements politiques, culturels, spirituels et économiques, selon un plan ancien ? Se pourrait-il que les grandes avancées, guerres, et révolutions, de l’homme, ainsi que ses découvertes marquantes dans la science, la littérature, la philosophie et les arts, soient le résultat d’une « main cachée » ? Pouvons-nous décoder l’Histoire et trouver la mystérieuse interface entre la politique et l’occultisme, découvrant ainsi les véritables animateurs et agitateurs de notre monde moderne ?
Le philosophe allemand Oswald Spengler mettait en garde contre un « puissant combat » entre des groupes d’hommes d’une « immense intelligence » que le « simple citoyen ne voit ni ne comprend ». Déjà en 1930, Ralph Shirley, l’éditeur de la London Occult Review, le principal journal britannique de sciences ésotériques, exprimait « le soupçon que les rangs de l’occultisme travaillent secrètement pour la désintégration et la révolution. Des preuves positives sous la forme d’un groupe d’occultistes travaillant avec cet objectif en vue sont récemment parvenues à la connaissance du présent auteur. »
Le major-général Fuller, un ancien disciple d’Aleister Crowley, qui avait des liens avec le Renseignement militaire britannique, parlait d’une force insidieuse utilisant « la Magie et l’Or » et luttant « pour parvenir à la domination du monde par un Messie vengeur, comme prédit par le Talmud et la Kabbale ». Crowley, l’ancien chef de Fuller, travailla comme agent secret à la fois pour la Grande-Bretagne et pour l’Allemagne, bien que ses employeurs britanniques notèrent son « manque de fiabilité », avertissant qu’il ne devait être utilisé dans des opérations d’espionnage qu’avec la plus extrême prudence. Pendant la Première Guerre Mondiale, le ministère allemand des Affaires Etrangères demanda secrètement à l’occultiste Gustav Meyrink d’écrire une nouvelle blâmant les Francs-maçons de France et d’Italie pour le déclenchement de la guerre.
Madame Blavatsky pensait que la société catholique des Jésuites avait transféré son quartier général en Angleterre, où ils complotaient pour plonger l’humanité dans l’ignorance passive et pour instituer le « despotisme universel ». La fondatrice de la Société Théosophique, femme d’une immense intelligence et ayant une expérience de première main des sociétés secrètes, avertissait :
« Les étudiants en occultisme devraient savoir que pendant que les Jésuites sont parvenus par leurs procédés à faire croire au monde en général et aux Anglais en particulier qu’il n’existe rien de tel que la magie, et à faire rire de la magie noire, ces comploteurs rusés et malins forment eux-mêmes des cercles et des chaînes magnétiques par la concentration de leur volonté collective, lorsqu’ils ont quelque objectif particulier à atteindre ou quelque personne précise et importante à influencer. » (2
La Révolution Française, l’un des plus importants événements politique de l’histoire de l’Europe, fut en grande partie le travail de loges maçonniques acharnées au renversement de la monarchie et à la fin de la religion catholique établie. Dans Proofs of a Conspiracy [Preuves d’une conspiration] (1798), John Robison montra que pendant la Révolution les clubs politiques et les comités par correspondance, incluant le fameux Club des Jacobins, étaient issus de ces loges maçonniques.
L’influence sur l’Histoire du mysticisme, des sociétés occultes et secrètes est généralement écartée par les spécialistes occidentaux. Les historiens en vue choisissent d’ignorer cet aspect parce qu’ils pensent qu’il n’a pas de signification réelle pour la politique mondiale. En fait c’est seulement en reconnaissant le rôle et l’influence de « l’aspect occulte » que les événements mondiaux importants peuvent être pleinement compris et placés dans leur véritable perspective historique.
Atlantisme contre Eurasisme
Les sociétés secrètes et les maîtres de la sagesse occulte font toujours remonter leurs origines à l’aube même de la civilisation. A l’intérieur de la culture judéo-chrétienne, les écoles secrètes parlent d’Adam, de Seth, de Moïse et des Patriarches comme étant des initiés à une sagesse divine soigneusement transmise d’une génération à l’autre. D’autres groupes occultes regardent vers l’ancienne Egypte et les Ecoles de mystères de la Grèce, vers le continent perdu de l’Atlantide. D’autres encore font remonter leur lignée à Sumer ou Babylone et aux plaines mystérieuses de Tartarie.
En examinant les mythes, les légendes et les histoires mystérieuses de l’humanité, nous rencontrons d’innombrables références à une civilisation primordiale disparue. Le brillant métaphysicien français René Guénon parlait d’une grande culture hyperboréenne qui s’épanouissait autour du Cercle Arctique, et de ses avant-postes Shambhala en Orient et l’Atlantide en Occident. Platon parla de l’Atlantide, la décrivant comme le cœur d’un grand et puissant empire qui, à cause du métissage sans discernement des « Fils de Dieu » avec les « enfants des hommes », subit de « violents tremblements de terre et déluges » et « disparut dans la mer ». Selon la tradition occulte, l’Atlantide prit fin après une longue période de chaos et de désastres survenus, selon les mots de Madame Blavatsky, parce que « la race de l’Atlantide devint une race de méchants magiciens ». L’Atlantide fut détruite par une conspiration de mauvais magiciens qui avaient pris le contrôle du puissant continent.
Longtemps avant la fin de l’Atlantide, de grandes migrations eurent lieu vers divers endroits de la Terre. Dans une légende on nous parle d’un groupe vertueux voyageant depuis le Cercle Arctique jusqu’à Shambhala, au fin fond de l’Asie Centrale. D’autres légendes suggèrent que des survivants Atlantes fondèrent l’ancienne civilisation égyptienne. Victoria Le Page, auteur de l’une des études les plus sérieuses sur Shambhala, explique que l’Atlantide et Shambhala sont plus que de simples lieux géographiques :
« Dans le folklore, l’Atlantide et Shambhala sont implicitement liés comme des images charismatiques des désirs du cœur, deux brillants mirages se trouvant à l’horizon le plus lointain du désir humain, inatteignables, reculant toujours quand nous en approchons ; au mieux, rien de plus que des états de conscience idéaux jamais réalisés. Mais leur association semble avoir une base bien plus réelle et historiquement concrète que cela. La tradition initiatique affirme qu’ils ont tous deux véritablement existé, l’un dans la mer occidentale, l’autre dans les montagnes d’Orient, comme des survivances de ce qui fut autrefois un réseau de centres de sagesse situés sur une grande ligne de force s’étendant autour du globe. Plus, Shambhala existe toujours à l’intérieur d’une structure qui attend d’être réactivée. » (3)
Pour pouvoir identifier les activités historiques des sociétés secrètes, nous devons comprendre l’origine d’une très puissante idée. La tradition occulte parle de Shambhala comme du centre positif de la Fraternité de la Lumière, et de l’Atlantide comme du centre négatif des mauvais magiciens, les Frères de l’Ombre. Partout où nous regardons, nous voyons la division des sociétés secrètes et des activités occultes entre ces deux « Ordres » opposés. Tous les mouvements et enseignements occultes servent inévitablement soit « l’Ordre de l’Eurasie », soit « l’Ordre de l’Atlantisme », avec leurs centres symboliques respectifs de Shambhala et de l’Atlantide. Dissimulés derrière une multitude de formes différentes, et représentés par une quantité d’agents d’influence insoupçonnables, ces deux centres – Shambhala et l’Atlantide – représentent deux impulsions différentes de l’évolution humaine.
Vue selon la perspective de la géographie sacrée, dans notre présent cycle historique, l’Atlantide est le triomphe des éléments les plus destructeurs et les plus diaboliques dans la civilisation de l’Occident. Une autorité moderne de la géographie sacrée et de la géopolitique observe :
« La géographie sacrée, sur la base du ‘symbolisme spatial’, considère traditionnellement l’Orient comme la ‘terre de l’Esprit’, la terre du Paradis, la terre de la plénitude, de l’abondance, le ‘pays sacré des origines’, dans sa forme la plus complète et la plus parfaite. En particulier, cette idée se reflète dans la Bible, où la situation orientale de ‘l’Eden’ est mentionnée.
Précisément, cette compréhension est également propre aux autres traditions abrahamiques (islam et judaïsme), et aussi à de nombreuses traditions non-abrahamiques – la chinoise, l’hindoue et l’iranienne. ‘L’Orient est la demeure des dieux’, dit la formule sacrée des anciens Egyptiens, et le même mot ‘Orient’ (‘neter’ en égyptien) signifie en même temps ‘dieu’. Du point de vue du symbolisme naturel, l’Orient est le lieu où se lève le Soleil, Lumière du Monde, symbole matériel de la Divinité et de l’Esprit.
L’Occident a la signification symbolique inverse. C’est le ‘pays de la mort’, le ‘monde sans vie’, le ‘pays vert’ (comme l’appelaient les anciens Egyptiens). L’Occident est ‘l’empire de l’exil’, le ‘gouffre des damnés’, selon l’expression des mystiques musulmans. L’Occident est ‘l’anti-Orient’, le pays de la décadence, de la dégradation, de la transition du manifesté au non-manifesté, de la vie à la mort, de la plénitude au besoin, etc. L’Occident est le lieu où se dirige le soleil, où il ‘s’engloutit’. » (4)
La Russie et l’Univers magique
La Russie, géographiquement le plus grand pays sur la Terre, occupe une position unique pour l’étude de l’histoire humaine, nous offrant une fenêtre ouverte sur le monde des sociétés secrètes, des maîtres occultes, et des courants politiques souterrains.
Les idées et les pratiques tirées de la magie et de l’occulte ont toujours fait partie de la vie russe. Au seizième siècle, le Tsar Ivan IV consultait des magiciens et était conscient de la signification occulte des pierres précieuses incrustées dans son sceptre. Son règne fut le point culminant du rêve de construire une civilisation prophétique, religieuse, dans la tradition chrétienne orientale de Byzance. Entouré d’ordres secrets de moines apocalyptiques, Ivan se voyait lui-même comme l’héritier des rois d’Israël et tenta de transformer la vie russe en accord avec sa vision magique de la réalité. Ivan était convaincu que la nation russe avait une mission spéciale à accomplir, rien de moins que la rédemption du monde.
En 1586, le Tsar Boris Godounov offrit l’énorme salaire de 2 000 livres anglaises par an, plus une maison et toutes les fournitures nécessaires, à John Dee, le mage et maître-espion anglais, pour qu’il entre à son service. Le fils de Dee, le Dr Arthur Dee, qui comme son père était un alchimiste et un rosicrucien, se rendit à Moscou pour travailler comme physicien. Mikhaïl Romanov, le premier tsar de la dynastie Romanov, monta sur le trône paraît-il avec l’aide du Dr Arthur Dee et du Service Secret britannique. Avant leur arrivée au pouvoir, les Romanov furent accusés par leurs ennemis de pratiquer la magie et de posséder des pouvoirs occultes.
Le légendaire comte de Saint-Germain, décrit comme un alchimiste, un espion, un industriel, un diplomate et un rosicrucien, fut impliqué dans plusieurs intrigues politiques en Russie et fut, selon Nicolas Roerich, « un membre de la Fraternité Himalayenne ». En 1775, il voyagea à travers l’Eurasie pour étudier les enseignements occultes, et pourrait même avoir visité le Tibet. On dit qu’alors qu’il étudiait l’occultisme en Asie Centrale, le comte fut initié aux rites secrets de la magie sexuelle tantrique, qui lui fournit une technique pour prolonger sa jeunesse. Il s’engagea aussi dans des opérations d’espionnage contre la fameuse Compagnie des Indes britannique. Saint-Germain fonda deux sociétés secrètes appelées « L’Inspiration Asiatique » et les « Chevaliers de la Lumière ». Dès 1780 il avertit Marie-Antoinette que le trône français était en danger du fait d’une conspiration internationale des « Frères de l’Ombre ». Des rumeurs continuèrent à circuler de nombreuses années après l’annonce de sa mort, selon lesquelles Saint-Germain était encore en vie, travaillant derrière la scène de la politique européenne ou étudiant des doctrines occultes en Asie Centrale.
L’Occident rencontre l’Orient
« Les pouvoirs occultes semblent être une question de tempérament national … La Russie tend à produire des mages – des hommes ou des femmes qui impressionnent par leur autorité spirituelle ; aucune autre nation ne possède l’équivalent spirituel de Tolstoï et Dostoïevski, ou même de Rozanov, Merejkovski, Soloviev, Fedorov, Berdiaev, Chestov. Certainement aucune autre nation n’a été sur le point de produire quelqu’un comme Madame Blavatsky, Gregory Raspoutine ou Georges Gurdjieff. Chacun est complètement unique. » (Colin Wilson, The Occult)
Le processus de synthèse des traditions occultes de l’Orient et de l’Occident apparaît dans l’œuvre de Helena Petrovna Blavatsky, fondatrice de la Société Théosophique [1875] et auteur du fameux livre La Doctrine Secrète. Née Helena von Hahn, fille d’une famille de militaires russes et cousine du futur Premier Ministre russe, le comte Witte, elle fut une véritable émissaire de l’Ordre Eurasien. Nevill Drury dit de l’occultiste russe :
« Sa principale contribution à la pensée mystique fut la manière dont elle chercha à synthétiser la philosophie et la religion orientales et occidentales, fournissant ainsi un cadre pour la compréhension des enseignements occultes universels. » (5)
Madame Blavatsky voyagea à travers l’Asie et l’Europe, rejoignit la milice révolutionnaire nationale de Garibaldi, combattant à la bataille de Mentana, où elle fut sérieusement blessée. A la fin des années 1870, peu après la publication de son premier livre Isis Dévoilée, dénonciation irrésistible de la religion occidentale contemporaine comme étant une faillite spirituelle, elle passa des Etats-Unis en Inde où le siège de la Société Théosophique resta jusqu’à aujourd’hui.
En 1891, le futur tsar Nicolas II, en compagnie du savant eurasien mystique, le prince Ukhtomsky, visita le siège de la Société Théosophique à Adyar. La description de la Société par le prince Ukhtomsky est révélatrice :
« Sur l’insistance de H.P. Blavatsky, une dame russe qui connaissait et qui avait vu beaucoup de choses, l’idée surgit de la possibilité, et même de la nécessité de fonder une société de théosophistes, de chercheurs de la vérité au plus large sens du mot, dans le but de recruter des adeptes de toutes croyances et races, de pénétrer plus profondément dans les plus secrètes doctrines des religions orientales, d’attirer des Asiatiques dans une vraie communion spirituelle avec des étrangers instruits de l’Occident, de nouer des relations secrètes avec divers grands prêtres, ascètes, magiciens, etc. » (6)
Madame Blavatsky voulait unir l’Asie Centrale, l’Inde, la Mongolie, le Tibet et la Chine, afin – avec l’aide de la Russie – de créer une grande puissance eurasienne pour s’opposer aux ambitions britanniques. Voyageant en Inde, Madame Blavatsky fit campagne contre la domination britannique et fut elle-même accusée par les autorités coloniales d’être une espionne russe. Le prince Ukhtomsky vit un soutien à l’Eurasie dans « l’empressement des Indiens à se grouper sous la bannière de l’étrange femme du Nord ». Il pensait que Madame Blavatsky avait été contrainte de quitter l’Inde à cause de la « suspicion des Anglais ».
Dès 1887, H.P. Blavatsky était devenue un sujet de débat dans le « Saint-Pétersbourg mystique » et reçut l’appui prestigieux de l’ami de Ukhtomsky, le mystérieux tibétain – le Dr Badmaiev, qui devait bientôt devenir célèbre pour les faveurs qu’il reçut à la Cour impériale russe et pour sa relation avec Raspoutine. La sœur de Madame Blavatsky affirma que le Métropolite russe orthodoxe de Kiev avait reconnu le don psychique de la jeune Helena, et lui avait recommandé d’utiliser ses pouvoirs avec discrétion, car il était sûr qu’ils lui avaient été donnés pour quelque but plus élevé.
Le Dr Stephan A. Hoeller, spécialiste des religions comparées et évêque de l’Eglise Gnostique, nous rappelle que H.P. Blavatsky,
« … était une vraie fille de la Mère Russie. Certains sentent que sa vie et son caractère correspondent fortement à l’archétype du traditionnel saint homme russe errant, connu sous le nom de staretz (littéralement « le vieux »), qui est un ascète, un pèlerin errant, non-clérical, qui voyage dans la campagne, exhortant les gens à se préoccuper de questions spirituelles, parfois d’une manière résolument non-orthodoxe. » (7)
Après la mort de H.P. Blavatsky à Londres en 1891, la Société Théosophique tomba sous le ferme contrôle des occultistes anglais Annie Besant et C.W. Leadbeater, un impérialiste britannique confirmé. L’orientation eurasienne donnée à la première Théosophie par H.P. Blavatsky fut compromise par l’influence de la Maçonnerie britannique et par le High Anglicanism ésotérique de Leadbeater. Dans le grand combat des magiciens, l’impulsion eurasienne trouva de nouveaux agents historiques en Occident, incluant le célèbre mage français Papus.
La Grande Bataille des Magiciens
« Quand le 19ème siècle sera arrivé à sa fin, l’un des Frères d’Hermès viendra d’Asie pour unir à nouveau l’humanité. » (Nostradamus)
Papus, avec Oswald Wirth et De Guaita, rêvait de réunir tous les occultistes dans une Fraternité Rosicrucienne rénovée, un Ordre occulte international dans lequel ils espéraient que l’Empire Russe jouerait un rôle dirigeant en tant que pont entre l’Orient et l’Occident.
Papus était le pseudonyme du Dr Gérard Encausse (1865-1916), un disciple de Joseph Saint-Yves d’Alveydre (1842-1910), un initié de l’Eglise Gnostique Française et souvent l’instigateur de nombreux groupes occultes de son époque. L’un des occultistes les plus célèbres du tournant du siècle, il fut le fondateur de l’Ecole Hermétique à Paris, qui attira de nombreux étudiants russes, et dirigea la principale revue occultiste française, L’Initiation. Papus fut aussi le dirigeant de deux sociétés secrètes, l’Ordre Martiniste et l’Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix.
Quand le tsar et la tsarine russes visitèrent la France en 1896, ce fut Papus qui leur envoya un salut de la part des « Spiritualistes français », espérant que le tsar « immortaliserait son Empire par son union totale avec la Divine Providence ». Ce salut était une réminiscence des espoirs des mystiques au temps de la Sainte Alliance du tsar Alexandre 1er.
Papus fit sa première visite en Russie en 1901 et fut introduit auprès du Tsar. Il installa rapidement une loge de son Ordre Martiniste à Saint-Pétersbourg avec le Tsar comme Président des « Supérieurs inconnus » qui le contrôlaient. L’historien James Webb dit que Papus « faisait simplement revivre une dévotion envers une philosophie qui avait fleuri en Russie au tournant des 18ème et 19ème siècles avant d’être étouffée. »
En tant que principal élève de Saint-Yves d’Alveydre, Papus connaissait le rôle clé qui devait être joué par la Russie dans l’unification de l’Eurasie et sa destinée occulte en tant qu’Empire de la Fin, manifestation extérieure de l’énigmatique pouvoir de la « Shambhala du Nord ».
Par Papus, la famille impériale fit la connaissance de son ami et mentor spirituel Maître Philippe (Nizier Anthelme Philippe). Sincère mystique chrétien, il reçut un rang et des honneurs de la part du Tsar russe, et maintint le contact avec la Cour impériale jusqu’à sa mort en 1905. Papus retourna à Saint-Pétersbourg en 1905, où la rumeur disait qu’en présence du couple impérial, il évoquait l’esprit du père du Tsar, Alexandre III, qui donnait des conseils pratiques pour résoudre la crise politique.
Maître Philippe et Papus jouèrent tous deux un important rôle politique à la Cour impériale. Ils ne conseillèrent pas seulement le Tsar pour les affaires de l’Etat mais maintinrent le contact avec des initiés russes influents de l’Ordre Martiniste, incluant deux oncles et de nombreux parents du Tsar. L’occultiste allemand Rudolf Steiner, qui avait ses propres disciples parmi l’Etat-major allemand, suivit la mission des deux Français, troublé par « l’influence étendue en Russie » de Papus. Avocat déterminé de l’alliance entre la France et la Russie, Papus avertit le Tsar d’une conspiration internationale visant à la domination mondiale.
Il pensait que le vaste Empire Russe était la seule puissance capable de contrecarrer la conspiration des « Frères de l’Ombre ». Il pressa aussi le Tsar à se préparer à la prochaine guerre contre l’Allemagne, alors machinée par des forces sinistres à Berlin. Selon un récit, il promit à la famille impériale que, « la monarchie des Romanov serait protégée aussi longtemps que lui, Papus, serait en vie. Quand la nouvelle de sa mort atteignit Alexandra [la tsarine] en 1916, elle envoya une note à son mari (commandant à l’époque les armées russes sur le front, pendant la Première Guerre Mondiale), contenant les mots : ‘Papus est mort, nous sommes condamnés !’ » (8)
Papus développa son Ordre Martiniste pour contrer les loges maçonniques qui, pensait-il, étaient au service de l’impérialisme britannique et des syndiqués de la finance internationale. D’après ses papiers, on sait qu’il fournit aux autorités russes de la documentation sur les activités maçonniques en Russie et en Europe. Papus condamna la Franc-Maçonnerie comme athée, par opposition au christianisme ésotérique de l’Ordre Martiniste. Il dénonça « notre époque de scepticisme, d’adoration des formes matérielles, si désespérément en quête d’une franche réaction chrétienne, indépendante de tous les clergés ». Peu après son retour après sa première visite en Russie en 1901, une série d’articles, dont Papus était largement l’inspirateur, parut dans la presse française. Ils mettaient en garde contre une « conspiration cachée » dont l’existence était totalement inconnue du public, et contre les machinations d’un sinistre syndicat financier essayant de rompre l’alliance franco-russe. Le public était aveugle aux véritables forces de l’Histoire : « Il ne voit pas que dans tous les conflits qui surviennent à l’intérieur des nations ou entre elles, il y a à coté des acteurs visibles des inspirateurs cachés qui par leurs calculs intéressés rendent ces conflits inévitables …
Tout ce qui arrive dans l’évolution agitée des nations est ainsi préparé en secret avec le but d’assurer la suprématie de quelques hommes ; et ce sont ces quelques hommes, parfois célèbres, parfois inconnus, qui doivent être recherchés derrière tous les événements publics.
Or, aujourd’hui, la suprématie est assurée par la possession de l’Or. C’est le syndicat de la finance qui tient en ce moment les cordons secrets de la politique européenne … Il y a quelques années, fut ainsi fondé en Europe un syndicat financier, aujourd’hui tout-puissant, dont le but suprême est de monopoliser tous les marchés du monde, et qui pour faciliter ses activités doit acquérir de l’influence politique. »
Les articles inspirés par Papus dans L’Echo de Paris révélaient le rôle du Service Secret britannique, qui était dénoncé comme étant derrière la Franc-Maçonnerie britannique, pour isoler et affaiblir la Russie. En France les agents britanniques se concentraient sur la propagande anti-russe, pendant qu’en Russie ils utilisaient la « fraude financière » pour infiltrer tous les niveaux de la société. Tous les efforts étaient requis « pour préserver l’Empereur Russe – si loyal et si généreux – des maux [du] syndicat des financiers … qui à présent contrôle les destinées de l’Europe et du monde. »
Le mystérieux Tibétain « Saint-Pétersbourg … en 1905 était probablement le centre mystique du monde. » (Colin Wilson, The Occult)
Shamzaran (Piotr) Badmaiev était un Bouriate mongol qui avait grandi en Sibérie et qui s’était converti à l’Orthodoxie Russe avec Alexandre III pour parrain. Il acquit une influence considérable sur le Ministère des Affaires Etrangères et le Tsar lui décerna le titre de Conseiller Privé. Badmaiev était renommé en tant que docteur en médecine tibétaine, herboriste, et guérisseur, qui traitait des patients de la haute société dans sa clinique à la mode de « médecine orientale » à Saint-Pétersbourg. Décrit par un historien russe comme « l’une des personnalités les plus mystérieuses du jour », et comme un « maître de l’intrigue », Badmaiev fut étroitement lié avec le guérisseur mystique Raspoutine.
Connu comme « le Tibétain », Badmaiev rêvait d’unir la Russie à la Mongolie et au Tibet. Il s’engagea lui-même dans d’innombrables projets, visant à la création d’un grand empire eurasien. La mission historique de la Russie, pensait-il, était en Orient, où elle était destinée à unir les bouddhistes et les musulmans pour contrer le colonialisme occidental. Badmaiev résuma sa vision en 1893 dans un rapport au tsar Alexandre III, intitulé « Les tâches de la Russie dans l’Est asiatique ». Sa compétence politique considérable assura l’appui des tribus mongoles lors de la guerre russo-japonaise. Dans une lettre du 19 décembre 1896, Badmaiev écrivait au tsar Nicolas II : « … mes activités ont pour but que la Russie doit avoir une influence plus grande que d’autres puissances dans l’Orient mongol-tibétain-chinois ». Badmaiev exprimait une préoccupation particulière quant à l’influence de l’Angleterre en Orient, affirmant dans un mémorandum spécial : « Le Tibet, qui – en tant que plus haut plateau de l’Asie – domine le continent asiatique, doit sans aucun doute être entre les mains de la Russie. En commandant ce point, la Russie sera sûrement capable de rendre l’Angleterre plus accommodante. » Badmaiev connaissait la légende, populaire en Mongolie, en Chine et au Tibet, du « Tsar Blanc » qui viendrait du Nord (de la « Shambhala du Nord ») et restaurerait les traditions à présent décadentes du véritable bouddhisme. Il rapporta au tsar Nicolas II que « les Bouriates, les Mongols et particulièrement les lamas … répétaient toujours que le temps était venu d’étendre les frontières du Tsar Blanc vers l’Orient … »
Badmaiev avait d’étroites relations avec un Tibétain haut placé, le lama Agvan Dordzhiyev, tuteur et confident du 13ème Dalaï-Lama. Dordzhiyev identifiait la Russie au futur Royaume de Shambhala, annoncé dans les textes de Kalachakra du bouddhisme tibétain. Le lama ouvrit le premier temple bouddhiste en Europe, à Saint-Pétersbourg, significativement dédié à l’enseignement du Kalachakra. L’un des artistes russes qui travailla sur le temple de Saint-Pétersbourg était Nicolas Roerich, qui avait été initié à la légende de Shambhala et à la pensée orientale par le lama Dordzhiyev. Georges Gurdjieff, un autre homme mystérieux qui eut un immense impact sur l’ésotérisme occidental, connaissait le prince Ukhtomsky, Badmaiev, et le lama Dordzhiyev. Gurdjieff, accusé par les Britanniques d’être un espion russe en Asie Centrale, était-il un élève des mystérieux Tibétains ?
« Je suis en train d’entraîner de jeunes hommes dans deux capitales – Pékin et Saint-Pétersbourg – pour des activités ultérieures », avait écrit le Dr Badmaiev au tsar Nicolas II.
L’Anarchisme Mystique
L’influence du « Tibétain » allait au-delà de la Cour impériale, jusque dans l’intelligentsia russe et plus loin encore, dans le monde souterrain de l’espionnage et de la politique révolutionnaire. L’un des mouvements intellectuels à l’époque des bouleversements politiques de 1905 était nommé « l’Anarchisme Mystique ». Deux de ses principaux représentants étaient les poètes et écrivains Viacheslav Ivanov et George Chulkov, tous deux des relations du Dr Badmaiev. Chulkov, tout comme le « Tibétain », était décrit comme un médium inconscient transmettant de mystérieuses forces.
Doctrine politique radicale visant à réconcilier la liberté individuelle et l’harmonie sociale, l’Anarchisme mystique s’inspirait des idées de Friedrich Nietzsche. Cela n’est pas surprenant si nous considérons le regard positif de Nietzsche sur la Russie, antithèse de l’Occident décadent, et la sympathie du philosophe allemand pour le bouddhisme et la culture orientale. Selon l’historien Bernice Glatzer Rosenthal, les Anarchistes mystiques, convaincus « que des forces invisibles guident les événements ici sur Terre, croyaient que la Révolution politique reflétait des réalignements dans la sphère cosmique, et qu’un nouveau monde de liberté, de beauté, et d’amour était imminent. »
Préconisant l’abolition de toutes les autorités externes et de toute contrainte de l’individu – gouvernement, loi, moralité, coutumes sociales –, ils étaient indifférents aux droits légaux comme étant de simples « libertés formelles » et s’opposaient aux constitutions et aux parlements, en faveur de la sobornost. Par sobornost’, ils entendaient une communauté libre unie par l’amour et la foi, dont les membres conservent leur individualité (distincte de l’individualisme, de l’affirmation de soi en-dehors ou contre la communauté).
Ils fondaient cet idéal sur leur notion de la « personne mystique », l’âme ou psyché, qui cherche l’union avec les autres et se reconnaît comme un microcosme dans le macrocosme, distincte de la « personne empirique », le Moi ou l’Ego, qui s’affirme à part ou contre les autres. Susciter et développer cette « personne mystique » rendrait possible une « nouvelle société organique » unie par les liens intérieurs invisibles de l’amour (eros, pas agape), de « l’expérience mystique », et du sacrifice – le contraire même de la société libérale, basée sur le contrat social et l’intérêt mutuel, et caractérisée par un discours rationnel. (9)
L’Anarchisme Mystique est une idée sociopolitique entièrement eurasienne. Ici nous avons un très mystérieux motif sous une forme moderne : le grand combat de la civilisation occidentale empirique, ploutocratique, contre la culture mystique et sacrificielle de l’Eurasie. En termes occultes c’est le conflit entre l’impulsion de « Shambhala » et les renégats de la « civilisation atlantéenne ». La Fraternité de la Lumière du Nord combattant les Frères de l’Ombre, manifestation externe de la longue guerre entre les agents de l’Etre et du Non-Etre.
Nicolas Berdiaev, Dmitri Merejkovski, Zenaïda Hippius, Valery Briusov, Mikhaïl Kuzmin, Alexandre Blok, Vassili Rozanov, ainsi qu’une foule d’autres poètes, écrivains et artistes russes, transmirent divers aspects de l’Anarchisme mystique et de la vision eurasienne. Quand le maître soufi Inayat Khan visita la Russie dans les années précédant la Révolution, il loua beaucoup « le type oriental de pensée qui est naturel à cette nation ».
Merejkovski voyait la possibilité de faire naître une « nouvelle conscience religieuse » à partir des deux types russes particuliers représentés par Tolstoï et Dostoïevski. Tolstoï tenait pour un mysticisme panthéiste de la chair, et Dostoïevski pour des valeurs spirituelles plus ascétiques. « Dans cette Russie le ‘Dieu-Homme’ se manifestera dans le monde occidental, et ‘l’Homme-Dieu’ pour la première fois en Orient, et sera, pour ceux dont la pensée réconcilie déjà les deux hémisphères, le ‘Un dans le Deux’ ».
Après la Révolution Bolchevique, Blok opposa la nouvelle Russie à l’Occident. Il appelait la Russie « les Scythes », c’est-à-dire une nation jeune, fraîche, dont la destinée était de défier l’Occident décadent :
« Nous sommes les Scythes, nous sommes les Asiates. Des siècles de vos jours ne sont qu’une heure pour nous, pourtant comme des esclaves obéissants, nous avons tenu un bouclier entre deux races hostiles – l’Europe et les hordes mongoles … Quittez la guerre et l’horreur, venez dans nos bras ouverts, à l’étreinte fraternelle, écartez la vieille épée pendant qu’il est temps, saluez-nous, frères … Ah, Vieux Monde, avant de périr, rejoins notre fraternel banquet. »
Le poète Nikolaï Kliuev et son jeune ami Sergueï Esenin présentèrent des images occultes et des thèmes eurasiens dans leur œuvre. A la fin de 1917, Kliuev (1887-1937), prophète et émissaire de l’Eurasie, écrivit :
Nous sommes la foule des porteurs de soleil,
Au moyeu de l’univers
Nous érigerons une maison joyeuse, aux cent histoires,
La Chine et l’Europe, le Nord et le Sud
Viendront dans la chambre dans une ronde fraternelle
Pour rassembler l’Abysse et le Zénith
Leur parrain est Dieu Lui-même et leur Mère
Est la Russie.
Esenin (1895-1925), le protégé de Kliuev, désirait la fin du vieux monde et son remplacement par un nouveau, et proclama même une nouvelle tendance religieuse appelée « Angélisme », avec d’évidentes racines dans le gnosticisme russe. Il saluait à la fois le Christ et Gautama le Bouddha comme des génies, parce qu’ils étaient des hommes de « parole et d’action ». Dans une lettre à un ami, Esenin écrivit :
« Bonnes gens, regardez-vous, des Christs n’émergent-ils pas de vous, et ne pouvez-vous pas être des Christs ? Ne puis-je pas être un Christ par la puissance de la volonté ? Combien toute notre vie est absurde. Elle nous arrache au berceau, et au lieu d’une vraie personne, c’est une sorte de monstre qui émerge. »
Il avertit les Etats-Unis, pour lui symbole de toutes les sources non-russes et rationalistes, de ne pas commettre l’erreur de « l’incroyance » et d’ignorer le nouveau « message » de la Russie, puisque le chemin de la vie nouvelle passait seulement par la Russie. Un ami écrivit comment Esenin et ses compagnons poètes « scythes » voulaient « l’approfondissement de la révolution politique vers le social » et en venaient à regarder le marxisme russe comme « vulgaire ». Avant sa mort, Esenin devint convaincu que des « forces mauvaises » avaient usurpé la Révolution et que les Bolcheviks avaient trahi la mission de la Russie.
Le célèbre poète Nikolaï Kliuev connaissait à la fois le Dr Badmaiev et Grigory Raspoutine, et, comme ce dernier, il avait été initié dans une école secrète de mysticisme sexuel chrétien ayant des similarités avec le tantrisme tibétain et le shivaïsme indien. « Ils m’appelaient un Raspoutine », écrivit Kliuev dans un poème en 1918. La spiritualité de Kliuev était profondément enracinée dans la tradition des dissidents religieux russes comme les Vieux Croyants, les Khlysty et les Skoptsy, qui formaient un véritable courant souterrain parmi le petit peuple. Kliuev reconnut que, défié par un vieux Khlyst de « devenir un Christ », il fut introduit dans la communauté secrète de la « Fraternité de la Colombe ». Avec l’aide de « diverses personnes d’identité secrète », Kliuev voyagea dans toute la Russie, participant à des rituels secrets et s’imprégnant des traditions occultes de l’Orient russe.
Dans ses poèmes, Kliuev cherchait à transmettre l’esprit mystique de l’Eurasie. Il fut un prophète de Biélovodia, le nom donné par les Vieux Croyants russes au paradis terrestre attendu, similaire à Shambhala. Kliuev envisageait une transformation profonde de la Russie, qui amènerait une société sans classes où la culture paysanne triompherait de l’industrialisme, du capitalisme, et de la mécanisation générale de la vie. Dans une lettre à un ami en 1914, il exprimait son inquiétude à propos des dangers de la civilisation occidentale :
« Chaque jour je vais dans le bocage – et je m’assois là près d’une petite chapelle – et du pin vénérable, un doigt vers le ciel, je pense à toi … J’embrasse tes yeux et ton cher cœur … O Mère Nature ! Paradis de l’esprit … Combien haineux et sombre semble être le monde soi-disant civilisé, et combien je donnerais, quel Golgotha j’endurerais – pour que l’Amérique n’empiète pas sur l’aube aux plumes bleues … au-dessus de la cabane de conte de fées. »
Le philosophe russe Nicolas Berdiaev exprimait la vision partagée par les penseurs russes d’avant la Révolution ainsi que par l’élite culturelle, lorsqu’il parlait de la fin du rationalisme occidental et de la naissance d’une nouvelle ère de l’esprit qui serait témoin du combat du Christ et de l’Antéchrist. Il voyait la popularité des doctrines mystiques et occultes comme une preuve de l’approche de cette Nouvelle Ere, et appelait à une « nouvelle chevalerie ». « L’homme n’est pas une unité dans l’univers, faisant partie d’une machine non-rationnelle, mais un membre vivant d’une hiérarchie organique, appartenant à un ensemble réel et vivant ». Les attaques de Berdiaev contre les valeurs matérialistes occidentales ne faisaient que refléter une vision largement partagée par la société russe. Ecrivant en exil au début des années 30, il observa :
« L’individualisme, l’atomisation de la société, l’avidité démesurée du monde, la surpopulation illimitée et les besoins sans fin des gens, le manque de foi, l’affaiblissement de la vie spirituelle, celles-ci et d’autres sont les causes qui ont contribué à construire ce système capitaliste industriel qui a changé le visage de la vie humaine et brisé son rythme avec la nature ».
Voyage à Shambhala
« Nicolas Roerich était un homme qui apportait la gloire à notre peuple ; il est un représentant de notre civilisation et de sa culture, l’un de ses piliers. » (Mikhaïl Gorbatchev)
Nikolaï Konstantinovitch Roerich (1874-1947) avait découvert l’idée de Shambhala alors qu’il travaillait à la construction du premier temple bouddhiste construit en Europe. Personnellement en relation avec l’intelligentsia de la Russie pré-révolutionnaire, Roerich devint un artiste hautement respecté et prolifique. Ayant étudié les travaux de Madame Blavatsky, Roerich croyait en l’unité transcendante des religions – à l’idée qu’un jour les bouddhistes, les musulmans et les chrétiens comprendraient que leurs dogmes respectifs étaient des enveloppes dissimulant la vérité cachée à l’intérieur. Entre 1925 et 1928, Roerich entreprit cinq expéditions remarquables à travers l’Asie Centrale, se concentrant sur la région mystérieuse entre l’Oural et l’Himalaya, la zone considérée comme le cœur de l’Eurasie. Les traditions et les légendes rencontrées par Roerich dans ses voyages sont décrites dans ses livres Altaï-Himalaya, Au cœur de l’Asie et Shambhala.
Dans la tradition du bouddhisme tibétain, Shambhala est la terre cachée dans laquelle les enseignements de l’école tantrique du Kalachakra (la « Roue du Temps ») sont préservés dans leur forme la plus pure. Roerich découvrit que la Shambhala du bouddhisme tibétain n’est pas très différente de la légende de Biélovodia préservée par les mystiques chrétiens russes. Un ancien de la secte des Vieux Croyants confia à Roerich :
« Dans des contrées lointaines, au-delà des grands lacs, au-delà des plus hautes montagnes, se trouve un lieu sacré où toute la vérité fleurit. Là on peut trouver la connaissance suprême et le salut futur de l’humanité. Et cet endroit est appelé Biélovodia, signifiant les eaux blanches. » (10)
Nicolas Roerich raconta que lors d’une visite dans la capitale mongole Oulan-Bator dans les années 20, il entendit des soldats révolutionnaires chanter :
La guerre de la Shambhala du Nord
Mourons dans cette guerre
Pour renaître
Comme Chevaliers du Maître de Shambhala.
Par « Shambhala du Nord », il faut entendre la Russie-Eurasie. Dans son livre Au cœur de l’Asie, Roerich définit Shambhala non tant comme un royaume à venir mais comme un événement – une nouvelle époque pour l’humanité, dont Shambhala et Biélovodia sont des symboles éternels :
« Vous avez noté que le concept de Shambhala correspond aux aspirations de notre plus sérieuse recherche scientifique occidentale … Dans leurs efforts, les disciples orientaux de Shambhala et les meilleurs esprits de l’Occident, qui ne craignent pas de regarder au delà des méthodes désuètes, sont unis. »
Roerich ne douta jamais du rôle crucial que la Russie jouerait en associant la plus noble sagesse de l’Orient et de l’Occident. En Russie une nouvelle synthèse émergerait et un nouveau jour se lèverait pour l’humanité, ni exclusivement occidental ni complètement oriental, mais véritablement eurasien. En 1940, alors que le monde était plongé dans la guerre, Roerich discernait les premières lueurs d’une Nouvelle Ere et écrivait :
« Les Russes ont empilé de grosses pierres. A l’admiration de tous ils ont édifié non pas une tour de Babel mais une tour russe. Un Kremlin des porteurs de Soleil avec une centaine de tours ! Ecoutez : c’est l’avenir, et comme il est radieux !
Un an plus tard, en 1941, il commentait : « Le monde entier se précipite vers Armaguédon. Tout le monde est troublé. Tout le monde doute de l’avenir. Mais les Russes ont trouvé leur voie et comme un puissant déluge ils se dirigent vers leur avenir radieux. »
« Vous devez faire attention à Moi, pour Me voir »
L’avenir radieux de l’humanité, comme Shambhala, est sur le seuil. Un invisible collège d’hommes et de femmes à toutes les époques et dans toutes les nations l’ont entrevu et ont répondu à son appel. Vivant dans les premières années d’un nouveau millenium, nous sommes les témoins de l’accomplissement d’un ancien plan. De même qu’il n’y a pas de jour sans nuit, il n’y a pas non plus de Nouvelle Ere authentique sans sa contrepartie. Et de même que l’obscurité doit faire place à la nouvelle aube, notre actuel Age Obscur disparaîtra dans la grande lumière de la « Shambhala du Nord ».
Derrière l’enchevêtrement des événements des jours actuels, l’ancienne bataille se termine. « En temps de guerre », a dit l’émissaire de l’Atlantisme Winston Churchill, « la vérité est si précieuse qu’elle doit toujours être entourée d’un rempart de mensonges ». Animées par les méchants Magiciens de l’Atlantide, les sociétés secrètes occidentales sont en état de guerre occulte contre l’Ordre de l’Eurasie. Nous attendons l’arrivée de la Nouvelle Ere de Shambhala, l’expulsion des Frères de l’Ombre hors des centres gouvernementaux et financiers de la Terre, et la fin du mauvais karma hérité de la négativité de l’Atlantide.
Alice Bailey, qui définit Shambhala comme « le centre vital de la conscience planétaire » et la décrivit dans La seconde venue du Christ, prophétisa aussi le rôle spécial de la Russie dans l’avènement de la véritable Nouvelle Ere :
« De la Russie … émergera cette religion nouvelle et magique dont je vous ai si souvent parlé. Elle sera le produit de la grande et imminente Approche qui prendra place entre l’Humanité et la Hiérarchie. De ces deux centres de force spirituelle, dans lesquels la lumière rayonna toujours, l’Orient illuminera l’Occident ; le monde entier sera inondé par le rayonnement du Soleil de la Justice. Je ne me réfère pas ici, concernant la Russie, à l’imposition d’une quelconque idéologie politique, mais à l’apparition d’une religion grande et spirituelle, qui justifiera la crucifixion d’une grande nation et qui se manifestera et se concentrera en une grande et spirituelle Lumière qui sera proclamée par un véritable représentant russe de la vraie religion – cet homme que de nombreux Russes ont cherché, et qui sera la justification d’une très ancienne prophétie. » (11)
Notes
Cet article est paru dans New Dawn N° 68 (septembre-octobre 2001). Traduction française de Franz Destrebecq.
Ca y est ! le sort en est jeté et la première partie de ce qui a occupé une bonne partie de ma vie au cours de ces trente dernières années sera disponible en mai – juin 2014. La première partie est consacrée aux faits, simplement les faits indubitables et entêtés : plus de 300 références croisées afin que les deux vies n’en fassent plus qu’une : celle du savant Jules Violle, génial savant à qui l’on doit encore la reconnaissance et celle de l’Adepte trahi et détourné aux profits d’intérêts partisans ou mercantiles. On y trouvera les récits de ses expéditions, le synopsis de ses travaux, une analyse de son entourage proche et l’explication de ses découvertes à la lumière de la science de l’époque et à la lumière de ses propres commentaires au travers des deux oeuvres légendaires. La seconde partie analyse la réception de l’oeuvre et la construction progressive du mythe. Mais grâce aux archives et grâces aux veilleurs, il n’est pas de vérité qui ne finisse par projeter sa lumière, d’une part une lumière crue sur toutes impostures et d’autre part une lumière plus spectrale sur les mécanismes de la Tradition et de sa filiation. Vous pensiez avoir compris : et bien détrompez vous car vous n’êtes pas au bout de vos surprises !
Devoir de mémoire : ainsi nous avons rempli notre contrat et serment, contrat moral que nous devions à ses héritiers et descendants, serment alors que n’avions que 16 ans à peine, pris envers le père von Korvin Krazisnski (en fait le le prince Cyril Krazynski) lors de notre séjour à l’abbaye bénédictine de Maria Laach (Allemagne) .- Voir les secrets de la Tara Blanche. Reconnaissance envers cet homme que d’aucun appellerait un S:. I:. et qui nous a affranchi le regard et appris à voir ! et reconnaissance à la famille de l’Adepte qui a bien voulu m’ouvrir ses archives.
Pour commander le livre ou les 2 livres avec notre offre de souscription, cliquez sur la bannière ci dessous. Vous serez redirigé sur notre page d’achat via Paypal.
Ici en grand père heureux avec ses petits enfants dont Lucie
C’est en Charente maritime que le savant aimait venir se reposer avec ses enfants et petits enfants. Sur la carte ci dessous nous avons reporté en bleu les lieux professionnels, puis en rouge les sites décrits dans les »Demeures philosophales » à l’exception de deux cercles jaune : Hendaye et Dammartin sur tigeaux. La carte en haute résolution sera présentée dans l’ouvrage en préparation pour Mai 2014. La voiture étant rare on peut imaginer que c’est en train que ce petit monde se déplaçait, une carriole ou guimbarde venait ensuite les chercher à la gare avec les malles. Une simple statistique (incontestable) montre un épicentre en provenance de Dijon englobant Langres et ses alentours, puis Paris. Entre Paris et Dijon il existe une myriade de petits points à reporter dans un triangle Sens, Auxerre et Chaumont (notes et références) et c’est un peu normal puisque ce triangle est équidistant de Paris et du domicile natal. En général le lieu de villégiature se situait sur la côte atlantique et c’est ainsi que le Maître pu vérifier ou nouer des contacts avec les propriétaires ou autres conservateurs : Dampierre sur Boutonne, Nantes, Saintonge, Terre neuve, Saint Hilaire de Melle etc … Nous aurons l’occasion d’y revenir. Les indications données par le disciple auto-proclamé Canseliet sont à mettre en rapport avec Julien Champagne mais ne concerne en rien l’Adepte qui ne se rendit à Marseille qu’une seule fois pour embarquer. Il s’agit de son expédition africaine relaté dans le cahier no 3.
ps : cette carte n’est pas complète car il nous restait à signaler le chevalier ornant le porche de l’église Saint Hilaire de Melle située à Poitiers et situé exactement sur le parcours Dijon La Rochelle.
Cliquer sur la carte pour agrandir
Note : nous apprenons qu’il reste encore des charognards pour oeuvrer en toute impunité et piétiner la mémoire du Maître : je pense à ce misérable ramassis de stupidités produit par un certain Loevenbruck ! c’est aussi en partie à cause de ces plumitifs sans vergogne que nous avons décidé de faire la lumière sur la biographie de l’Adepte. JK
La Force
Pour ne pas lasser inutilement nos lecteurs, nous n’abordons pas ici la suite du précédent article car celle-ci le sera de façon plus complète dans notre ouvrage à paraitre. On y trouvera en particulier les thèmes suivants : Principe d’inertie et principe des mouvements relatifs, déduction du second principe de Newton, Synthèse du système Violle en matière de physique et différentes considérations sur ses apports épistémologiques à la Science, mais en voici la principale conclusion.
Les origines de la théorie de la relativité restreinte : il existe une interprétation habituelle sur les origines de cette théorie : elle fait déduire l’élaboration d’Einstein du problème – ainsi que le dit Stachel – « de l’échec des expériences faites pour découvrir le mouvement de la Terre dans l’éther ». Cette interprétation veut que la révolution de la physique attribuée à la relativité restreinte, soit née comme un fruit de génie apparu dans la pensée d’un grand scientifique, sollicité par des expériences précises.
En réalité Einstein ne s’était pas posé le problème de l’existence l’éther comme système de référence absolu. Ceci est affirmé par G. Holton : ce n’est pas l’échec de l’expérience de Michelson-Morley qui est à l’origine de la relativité restreinte. D’autre part Einstein lui-même rappellera qu’il désespérait « de la possibilité de découvrir les vrais lois au moyen de tentatives basées sur des faits connus », parmi lesquels il faut compter l’échec de l’expérience de Michelson-Morley.
Si l’origine de la théorie ne se trouve pas dans des faits expérimentaux nouveaux, c’est évidemment que le milieu culturel dans lequel vivait Einstein a eu un rôle déterminant. A ce propos, nous savons que, plusieurs fois, Einstein a affirmé que pour lui le livre de E.Mach avait été très important. Ce livre date de la même époque (1883) que l’édition française du livre de Violle. Pourquoi Einstein ne cite-t-il jamais ce dernier ?
Remarquons que Mach était très connu ; son livre a inauguré l’histoire critique de la physique. On notera que Mach critiquait les concepts fondamentaux de la mécanique newtonienne, espace absolu et temps absolu, et voulait les éliminer pour proposer un autre fondement.
Au contraire, le livre de Violle est un texte didactique qui ne s’étendait pas trop sur la critique des fondements. C’est peut-être à cause des carences du texte de Violle, qui était de plus beaucoup moins connu que Mach, qu’Einstein ne le cite jamais ; ou peut-être parce que de la lecture de Violle il était passé aussitôt à celle de Mach qui lui est resté plus présent à la mémoire, parce que ce livre était plus étendu et plus souvent cité dans les débats.
Toutefois on remarquera que, sur les fondements de la mécanique, Violle a un point de vue différent de Mach. Tous les deux considèrent l’équation F = ma comme une identité et sont contraires à l’espace et au temps absolus. Mais Mach, en cherchant une nouvelle formulation de la mécanique, ne travaille pas techniquement avec les systèmes de référence, alors qu’au contraire ce type de travail caractérise le fondement de Violle – c’est apparemment un cas unique parmi tous les textes de l’époque – (une autre différence profonde entre les deux auteurs est que Mach utilise le 3° principe pour définir la masse, alors qu’au contraire Violle utilise le principe d’inertie pour définir la force).
On peut donc émettre l’hypothèse que c’est seulement du livre de Violle (et non de Mach) qu’Einstein a tiré (consciemment ou non) une formulation technique des systèmes de référence en mécanique, entendue comme une théorie qui peut être fondée sur le principe de la relativité. Autrement dit, le fait qu’Einstein ne mentionne jamais le livre de Violle signifie que, ou bien Einstein n’a pas pris conscience de l’importance et de la nouveauté de la formulation de Violle par rapport à la tradition newtonienne et aussi par rapport à Mach, ou bien qu’il a fait le silence sur un événement important de sa formation culturelle, et en conséquence aussi sur un passage décisif de la genèse de sa théorie de la relativité restreinte. On ne saurait comprendre autrement, sur quelle tradition physique (et non épistémologique) s’appuie Einstein, quand il affirme la relativité des mouvements, dans son article de 1905.
Voici donc le déroulement et la genèse de cette idée : la formulation de la mécanique de Violle a donné à Einstein les éléments initiaux pour sa profonde critique des concepts basilaires de la mécanique classique et surtout lui a indiqué une voie pour résoudre les « asymétries [de l’électrodynamique de Maxwell] qui semblaient ne pas être cohérentes avec les phénomènes », parce que celles-ci ne respectaient pas la relativité des mouvements.
Cette hypothèse semble être confirmée par la façon dont il rédigea son fameux article de 1905. Puisqu’il avait appris du livre de Violle que le principe de relativité concernait les lois mécaniques pour les systèmes de référence dans les mouvement relatifs, il était naturel pour lui de se demander s’il était valable aussi pour les phénomènes électrodynamiques. Cette demande peut avoir motivé Einstein à enquêter sur les « asymétries » de l’électrodynamique, concernant précisément le mouvement relatif des objets. (Ou bien, au moment où Einstein s’est trouvé devant ces anomalies, il s’est tourné tout de suite vers le principe de relativité qui lui était connu par le livre de Violle.)
Einstein en fait est incité à étendre le principe de relativité, énoncé par Violle dans le cadre seulement de la mécanique, à toute la physique théorique. De fait il se demande – toujours dans l’article de 1905 – si « pour tous les systèmes de coordonnées pour lesquels sont valables les équations de la mécanique, doivent valoir aussi les mêmes lois électrodynamiques et optiques ». Enfin cela semble être l’intention de son écrit, car il dit lui-même: « Nous voulons élever cette hypothèse (le contenu de laquelle sera dit « Principe de la Relativité ») au rang de présupposé fondamental ».
Dans ces paroles il est évident que pour Einstein la théorie fondée sur le principe de la relativité était la mécanique (bien entendu classique). Pour lui ce seul fait était certain. Et ce fait il ne pouvait l’avoir appris que de Jules Violle.
Le feu Mercuriel. On a souvent opposé Henri Poincaré à Albert Einstein dans le genèse de son système ayant aboutit à la formule graalique que tout le monde connait, mais il serait plus juste et plus sûr de citer son prestigieux prédécesseur sans lequel il n’aurait pas élaboré son concept de relativité restreinte, à savoir Jules Violle alias Fulcanelli. C’est ce que nous allons aborder ici de façon introductive.
Introduction : on a beaucoup discuté sur le problème de la genèse de la théorie de la relativité restreinte. Nous avons l’intention de proposer ici un autre parcours sur les éventuels apports qui ont porté Einstein à modifier radicalement les lois traditionnelles de la mécanique.
Cette hypothèse est née d’une remarque de J. Stachel : en 1895 Einstein, à l’age de 16 ans, s’était préparé pour l’examen d’admission à l’ETH (Ecole Polytechnique de Zurich) en étudiant la mécanique sur l’édition allemande (1892) du livre du français J.Violle.
Stachel également a remarqué l’importance de ce livre : « Violle fonde son traité de mécanique sur le principe des mouvements relatifs en même temps que sur le principe d’inertie » (p.2.59). Pour cette raison selon Stachel « le principe de la relativité en mécanique classique était très probablement familier à Einstein » (p.258). Einstein lui-même précisément l’a noté en marge de la page 90 qui correspond aux pp. 99-100 de l’édition française (définition de la masse et énoncé du principe F = ma). Cependant ni Stachel, ni aucun autre ne semblent avoir prêté plus d’attention à ces faits.
Selon la plupart des gens le travail d’Einstein en 1905 est considéré comme celui qui a marqué la naissance des symétries en physique théorique. C’est seulement après Einstein, quand les principes d’invariance se sont imposés au premier plan de la scène, qu’on s’est intéressé au rôle du principe de la relativité en mécanique classique, en en faisant les prémisses de la première loi de Newton. Ce prétendu primat d’Einstein vient confirmer la grande importance que le texte de Violle a eu sur lui, en ce sens que celui-ci semble avoir aidé Einstein à concevoir la théorie de la relativité restreinte.
Le cours « Violle » présente un certain nombre de nouveautés dont il convient de faire une brève synthèse des principes et théorèmes fondamentaux sur lesquels Violle base la formulation de la mécanique. Nous pourrons ainsi mettre en relief les traits saillants des innovations de ce texte par rapport à la solide tradition newtonienne qui a dominé la mentalité des physiciens jusqu’à la fin du XIX° siècle. De fait ce livre, en lui-même, constitue une intéressante proposition alternative à la façon dont Newton a formulé les principes et concepts fondamentaux de la mécanique. En outre nous verrons ce en quoi il a pu contribué à la genèse de la relativité restreinte dans la pensée d’Einstein.
La statique selon J.Violle.
Le premier chapitre du livre est intitulé Mécanique ; dans ce chapitre sont traités, selon la succession habituelle, la Cinématique, la Statique et la Dynamique.
Donnons quelques définitions de Cinématique et de Statique pour mettre en évidence les relations que Violle pose entre ces deux dernières et la Dynamique ; ceci nous permettra de remarquer son degré d’approfondissement des fondements de la mécanique selon une école de pensée différente de celle de Newton.
« 18. Définition de la cinématique. La cinématique (mouvement) ou science du mouvement considéré en lui-même, indépendamment de ses causes, est une branche purement rationnelle de la mécanique, […]. A l’idée d’espace, seule base de la géométrie, celle-ci ajoute uniquement l’idée de temps, et de la combinaison de ces deux idées fondamentales celle-ci en tire les lois nécessaires du mouvement ». (p.32).
à suivre dans la seconde partie
L’histoire a été injuste avec Jules Violle mais trop généreuse avec le mirifique Fulcanelli, pourtant l’un et l’autre ne font qu’un ! Sur cette photo on reconnait l’Adepte entouré des siens avec sa femme Anna qui se tourne vers le photographe. Moment de détente du savant dans sa demeure vers 1910. La petite fille se prénomme Lucie et ce sera grâce à elle que le flambeau va se transmettre. Dans ce cahier sont regroupés les différents voyages du savant ainsi que des anecdotes recueillies par ses élèves ou amis et condisciples. Il est temps de mettre fin aux élucubrations qui ont eut lieu ici et là et d’organiser la seconde partie de ce travail pour lequel j’en appelle aux bonnes volontés (s’il en existe !) car il reste de nombreuses archives à dépouiller, la question n’étant plus de savoir « Qui » mais « Comment » et « Pourquoi ». Pour 2015 je compte donc créer un groupe de recherche à qui je pourrai transmettre mes archives afin que le travail engagé depuis 20 ans puisse se poursuivre. JK
Offre spéciale à l’occasion du colloque : le livre + les actes (Mars 2015)
Vous devez être connecté pour poster un commentaire.