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Le secret de la Maison Dieu, arcane XVI du Tarot

Le secret de la Maison Dieu : du Roc à la Tour.

A l’évidence il est vain de chercher dans la littérature pléthorique qui sévit autour des tarots une explication digne de ce nom sur ses origines. Cette explication permettrait pourtant d’éclairer l’usage interprétatif qui en est fait. Devant cette carence nous avons tenté l’aventure avec une ré-interprétation comme cela n’avait jamais été fait de l’arcane XVI. Pour celle-ci il est donc nécessaire de se situer à l’époque où les cartiers italiens, helvètes conçurent ce jeu aux confluences multiples.

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La période d’élaboration du Tarot est connu et se situe au XVIème siècle, soit cette période décisive de la crise européenne entre fin du Moyen Age et Renaissance. Les foyers se situent entre Milan, Lyon et l’Helvétie en contact avec l’empire germanique. Mais la matrice jamais dévoilé jusqu’ici est celui des Gouliars, ou Goliars .. Qui sont-ils ? Vaste sujet qui mériterait un livre entier mais nous nous contenterons d’en donner quelques indications en liminaire de ce travail. Notons simplement en préambule que cette école fut aussi le véhicule où la Tradition la plus antique fut transmise en Europe avec quelques représentants émérites comme François Rabelais, Fulcanelli la signala sous le nom d’Art Gothique ou art des gots … C’est en effet dans ce petit milieu des imprimeurs initiés que les cartrers puisèrent leur enseignement avant de le tramer dans ces jeux populaires connus sous le nom de Jeu de Tarot.

Art des Gots, et art d’angler : Rabelais

rabelaisSelon Grasset d’orcet, Rabelais semble être le premier à avoir appliqué à la littérature les règles de l’aNGLe, que l’on peut aussi bien lire LaNGue L. Il appartenait, comme Étienne Dolet ou Bonaventure Despérier, à la Société angélique, fondée par l’imprimeur Gryphe. Les membres de ce petit cénacle littéraire de savants et d’artistes s’étaient placés sous le patronage de saint Gilles, et avaient pris pour cimier une tête d’ange. Selon Grasset, les mots IL GèLe auraient servi à indiquer dans cette société la présence d’un indiscret. Grasset d’Orcet précise aGgeLos signifie réellement un messager, un porteur de nouvelles ; La société angélique de Gryphe était juste aussi angélique que l’agence Havas. On la nommerait aujourd’hui une agence de correspondance. A la suite de Péladan, Paul Naudon suppose l’existence d’un cénacle, qu’il nomme AGLA. Les règles du grimoire identifient aGLa, aGeLos et GiLles, mais aussi aiGLe. Or, dans un autre article, Grasset précise que Aggelos est l’esprit en grec. C’est aussi le sens de l’aiGLe de saint Jean, figuré sur les lutrins des églises. Mais GL représente les GouLiards ou GauLts. Grasset suppose que ces Gouliards tiraient leur nom de la langue dans laquelle ils écrivaient leurs hiéroglyphes : le GauLois ou la langue populaire.

 Les Gouliards et la messe des fous (se reporter à Fulcanelli et mes cahiers pour en savoir plus) :

Les Gouliards (Goliards), fils de GOULIA ou de GOLIAS, étaient apparus dès le XIIè siècle. Ces étudiants turbulents forts en gueule ou portés sur la gueule, pauvres, erraient d’université en université, en vantant les mérites de l’amour et du vin. Le concile d’Aquisgraux, au IXe siècle, sous le règne de Louis le Pieux, ordonnait aux dignitaires de l’Église de ne pas admettre parmi eux les clercs qui, abandonnaient leur cloitre devenaient vagi et lascivi, gulae et ebrietati et caeteris suis voluptatibus dediti, eieiermi sioi ibidem cet licitum faciant. En effet Grasset suppose que :

Charlemagne, en concentrant dans les cloîtres tout ce qui restait de traditions scientifiques, littéraires et artistiques, se trouvait en avoir fait en même temps des foyers de paganisme et des repères de l’hérésie.

Les conciles de Trèves (1227) et de Rouen (1241) fulminent de nouveau contre l’inconduite de clercs ribauds, surtout ceux qu’on dit de la famille de Golias. Cependant, ces clercs ribauds sont bien acceptés, et, au milieu du XVe siècle encore, un docteur en théologie d’Auxerre, Gerson, défend l’ordonnance de la messe des fous en ces termes :

« Les tonneaux de vin exploseraient si de temps en temps on n’enlevait pas la bonde pour que l’air accumulé puisse s’en échapper. Or donc, nous aussi sommes de vieux tonneaux, par surcroît mal cerclés ; le vin de la sagesse nous ferait éclater si nous le conservions sans cesse uniquement pour le service de Dieu. Aussi certains jours nous l’aérons, nous nous laissons aller au plaisir le plus exubérant, aux folies, pour ensuite nous en retourner avec un zèle d’autant plus grand à l’étude et aux exercices de la sainte religion. »

Carmina Burina, oeuvre des Gouliards.

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Abbaye de Benediktbeuern

On retrouve différents exemples de messes de joueurs, de buveurs, de ripailleurs, (missae lusorum, missae potatorum, missae gulatorum) dans les manuscrits médiévaux de Ratisbonne, Halbertstad, Londres, à la Bibliothèque vaticane, etc., ainsi que, bien évidemment, dans le manuscrit, qui dans le cadre de la sécularisation des couvents de Bavière, parvint, en 1803, à la Bibliothèque centrale royale de la cour, à Munich. Le premier éditeur de ces manuscrits, le bibliothécaire J.-A. Schmeller, leur donna le nom de Carmina Burana (Poèmes de Benediktbeuern) parce que c’est dans ce monastère que le manuscrit fut rédigé. Ce manuscrit, composé avant le milieu du XIIIe siècle, constitue une imposante collection de pièces, entre autres des manuscrits de Saint-Martial de Limoges du début du XIIe siècle.

Juan Ruiz, archiprêtre de Hita, dans son poème, le Libro de buen amor, (1330,1343) fait de la faim et de l’amour les moteurs universels et premiers, mis ici sous la protection d’Aristote. On se rappelle que Pantagruel a toujours soif et faim !

Bien le dit Aristote, c’est chose véritable : ce monde pour deux choses laboure. La première, pour avoir subsistance ; l’autre (non la dernière), c’est pour avoir jouissance de femme délectable. Son oeuvre reflète le portrait type du gouliard : un clerc, bon vivant, mais clerc avant toute chose.

L’ordre se divisait en maçons et en escribouilles [escrit bulles] ; les premiers étaient architectes, les seconds furent à l’origine les copistes qui écrivaient les bulles, puis englobèrent tous les arts du dessin. Le titre de pourple en était le plus haut grade hiérarchique.

Les maçons étaient les architectes ; quant aux escribouilles, ils ont dû dans l’origine se limiter aux copistes ou écrivains de bulles, qui étaient, comme l’on sait, enjolivées de miniatures ; mais plus tard les escribouilles paraissent avoir englobé tous les arts du dessin dans toutes leurs variétés, tels que peintres, graveurs et encadreurs. C’est à cette profession que semble avoir été emprunté le titre de pourple ou pourpre, qui était le plus haut degré de la hiérarchie des escribouilles, et dont le privilège consistait à se servir d’encre pourpre et à encadrer ses compositions dans des bordures de cette couleur. Dans notre prochain article nous nous attarderons sur la lame no XVI afin de comprendre pourquoi cette lame est si importante . Son déchiffrement est proposé uniquement dans notre cahier et donc je me contenterais simplement de dégager au cours de ce prochain article quelques pistes mais il y a tant à dire ! Article à suivre « Arcane XVI ou le secret des Menestrels »

 

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La Vierge alchimique de Reims commenté par Oswald Wirth

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On l’a oublié mais c’est bien Oswald Wirth qui le premier attira l’attention sur ce tableau dont il est aujourd’hui de bon ton d’en faire un commentaire alchimique. Du coup le premier commentaire d’Oswald Wirth très original et basé sur une conception prophétique de l’oeuvre (qui relie ce tableau au secret de Saint-Sulpice) est passé inaperçu mais il ne manque pas d’intérêt non plus car il combine l’interprétation hermétique à celle des arcanes dont le Tarot. C’est ce commentaire agrémenté de mes propres notes que vous pourrez découvrir en octobre accompagné de la planche elle même livrée en haute définition sur papier d’art et imprimé uniquement à la demande.

Préambule : Le 26 janvier 1907, le Courrier de Champagne (Journal de Reims) publiait la lettre du curé du village champenois de Fligny, dans laquelle on lisait : « Je crois devoir signaler à votre collabo­rateur [le frère maçon Curieux] un tableau d’un grand intérêt pour prouver l’hypocrisie de la franc-maçonnerie et de la persis­tance de son but anti-religieux sous des dehors les plus reli­gieux. » La lettre du curé allait mettre le feu aux poudres. Elle était insérée en bonne place, juste au-dessous d’un feuilleton anti-maçonnique intitulé Les Mystères de la rue Buirette — car dans cette rue de Reims des loges maçonniques se réunissaient, comme aujourd’hui encore. « Curieux » était le pseudonyme du feuilletoniste.

Le tableau se trouvait alors dans l’église Saint-Maurice, à Reims. Il est maintenant conservé non loin de cet édifice, au musée du Collège des jésuites. A partir du 26 janvier 1907 et jusqu’en avril, il fit l’objet de toute une correspondance polémi­que publiée dans le même journal. Les uns y voyaient un dessin maçonnique, d’autres une oeuvre martiniste, d’autres encore une création jésuite orthodoxe malgré son curieux symbolisme. Cette polémique apparaît caractéristique d’une époque d’ anti-clérica­lisme et d’anti-maçonnisme virulents, si propice aussi aussi à l’éclosion de fantasmes du « complot ».

Il s’agit d’une peinture anonyme sur toile, exécutée dans la première moitié du XVIIe siècle. On peut la dater ainsi grâce d’une part au cadre : le même entoure un autre tableau de Reims, dont la datation ne fait pas de doute — ce que Henri Jadart, le conservateur du musée de Reims, rappelait au coeur même de la polémique de 1907, et cela à l’encontre des interprétations fantaisistes de ceux qui y voyaient une symbolique maçonnique. Et grâce, d’autre part, à sa provenance : commanditée selon toute vraisemblance par les jésuites de Reims, elle s’inscrit dans une décoration d’ensemble constituée par ceux-ci dans les années 1620.

En guise d’introduction : une fois couronnée la matière, – la Terre-Mère, toujours vierge à cause de son humilité et de son rôle totalement indispensable, – nous voici devant la Vierge alchimique debout sur le croissant lunaire. Pourquoi ce culte rendu à la Vierge (noire ou blanche) ? Parce que la noirceur de certains moments traversés devient en quelque sorte la mère d’une prise de conscience nouvelle.
Vêtue de bleu, la Vierge a le pied posé sur un nuage (d’inconnaissance). Les huit étoiles se rapportent à la résurrection future de tous les hommes ( = l’infini). Les diverses allusions à la mythologie et à l’alchimie montrent combien il est nécessaire de voir sans préjugés ce qui nous entoure. Les rayons d’or solaire sont rigides (droits) et souples (ondulés). Dans sa droite, la Vierge tient le monde entier avec ses signes zodiacaux, d’où émerge un paon, image d’immortalité : l’oiseau d’Héra, gloire du ciel étoilé, qui porte sur sa queue les cent yeux qui voient tout. Dans sa main gauche, le temple aux quatre fenêtres symbolise les quatre orientations du monde et les quatre éléments cosmiques et corporels. Les neuf lucarnes se réfèrent à la « neuvième heure », où le Seigneur confia son esprit au Père. Elles peuvent faire également allusion à la Sibylle de Cumes qui détient neuf recueils d’oracles. En alchimie, le chiffre neuf désigne aussi le nombre de purifications nécessaires, nos « grandes épreuves » pour obtenir la Pierre philosophale (la solidité de l’Amour par la Sagesse). Le 9 préfigure l’Age d’Or, un âge neuf.
L’annonce des temps nouveaux revient aux deux tritons sonnant de la trompette sur le toit de l’autre temple. Les trompettes sont symboles des Eaux d’en-haut. Le couple d’adeptes figure l’initiation : chasuble rouge pour lui, voile blanc pour elle. L’homme tient un livre fermé rappelant la nécessité du secret et le caducée d’Hermès aux serpents complémentairement enlacés. La femme tient le flambeau qui éclaire les ténèbres.
Tous les détails de cette image sont éminemment symboliques : il suffit d’être attentif pour en décrypter le sens. N’imitons pas le cyclope qui tombe à la mer, et représente le règne chaotique primordial où l’alchimiste ignorant finit par se perdre. à suivre …

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L’étoile scellée : Oswald Wirth, André Breton, Fulcanelli

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L’étoile scellée ou les mystères de l’Arcane 17. Quand le message de Wirth fédère l’hermétisme. C’est un fait que si Wirth a eut une filiation, celle-ci ne passe pas forcément par les Frères pour lesquels pourtant, il a dédié corps et âme sa vie jusqu’au martyr, sinon comment expliquer que depuis 75 ans aucun d’entre n’a daigné venir s’incliner sur sa tombe ?.. Non sa filiation passe ailleurs et le message fut par exemple bien reçu dans les milieux naissants du surréalisme d’après guerre. C’est ce que nous allons voir maintenant.

Arcane 17 selon Oswald Wirth :

« la vie… est une déesse douce et belle, comme la jeune fille nue de l’arcane 17, qui agenouillée au bord de l’étang, y déverse le contenu d’une urne d’or, dont s’écoule un liquide brûlant, vivificateur de l’eau stagnante. A cette amphore tenue de la main droite en correspond une autre qu’incline la main gauche, pour épancher sur la terre aride une eau fraîche et fertilisante… L’arrosage constant entretient la végétation plus particulièrement représentée par un rameau d’acacia et une rose épanouie.

Mimosa du désert, l’acacia résiste à la dessiccation; sa verdure persistante manifeste une vie qui refuse de s’éteindre, d’où son caractère d’emblème d’espoir et d’immortalité. Dans la légende d’Hiram, cette plante fait découvrir le tombeau du maître, détenteur de la tradition perdue… Connaître l’acacia, c’est posséder les notions initiatiques conduisant à la découverte du secret de la maîtrise. Pour s’assimiler ce secret, l’adepte.. doit imiter Isis, qui parcourut toute la terre à la recherche des débris du corps de son époux. Ces vestiges précieux sont recueillis par le penseur qui sait discerner la vérité cachée sous l’amas des superstitions que nous lègue le passé. Le cadavre spirituel d’un dieu qui jadis éclaira le monde subsiste, réparti entre les foules ignorantes, sous forme de croyances persistantes… Loin de dédaigner ces restes défigurés d’une sapience perdue, l’initié les rassemble pieusement, afin de reconstituer dans son ensemble le corps de la doctrine morte. »

« L’Arcane 17 occupe le milieu de la seconde rangée du Tarot, où il marque, tout comme l’arcane 6 qui lui est superposé, le passage d’une phase de l’initiation à l’autre. Or si l’amoureux, dans le domaine actif, passe de la théorie à la pratique, l’âme mystique, guidée par les étoiles, aboutit au discernement théorique après être entrée pratiquement en relation avec le non moi. »  La Tarot des Imagiers

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Dans le tarot de Wirth, un papillon posé sur une Rose symbolise le travail de métamorphose propre à l’accomplissement du travail du Grand Oeuvre, dans celui des Avenières (inspiré en partie par Wirth) le papillon s’est transformé en Paon (le corps bleu et le pourpre liés à la phase de multiplication), dans le tarot de Conver nous avons affaire au corbeau (oiseau noir) tel qu’il figure dans le frontispice du Mystère des Cathédrales.

André Breton et Arcane 17 :

Breton, dans sa description de l’arcane (Arcane 17 p. 73, 85) et dans sa relation de la légende d’Isis (p. 96) n’oublie aucun des détails symboliques rapportés ci dessus. Le fait même de conter cette légende juste après l’apparition des étoiles, prouve assez sa connaissance des textes hermétiques. Ce passage permet également de relier le roman à l’Amour Fou, grâce à la sixième lame du Tarot, l’amoureux. En fin, voilà confirmé, sur un plan symbolique, les deux idées forces autour desquelles s’oriente le livre : la persistance de la vie et la recherche d’une connaissance antérieure perdue. Il faut ajouter que l’appel aux Tarots n’éloigne en rien de l’alchimie. Michel Maïer affirme en effet que la légende d’Isis et d’Osiris se rattache au mythe alchimique :

« L’allégorie d’Osiris a été ramenée par nous à sa véritable origine, qui est chimique, et expliquée de façon complète en un autre endroit, à savoir le premier livre des Hiéroglyphes… Le soleil est Osiris… la lune, de son côté est Isis., et ce sont les parties du composé qui avant l’opération est appelé pierre et du nom de tout métal, magnésie. »

Chacun des ruisseaux décrits par Breton reprend une des caractéristiques principales de la Pierre :

« Le ruisseau de gauche : je brûle et je réveille, j’accomplis la volonté du feu. Le vase de feu trépidant dont je sourds, le vent ne finira jamais d’en dérouler les boules de vapeur. » (p. 86)

C’est-à-dire le feu et l’air (le volatil) d’une part,

« Ruisseau de droite… j’obéis à la fraîcheur de l’eau… et je vais à la terre » . (p. 87)

C’est-à-dire l’eau et la terre d’autre part (le fixe), ce qui renvoie aux propos de Raymond Lulle dans son livre de la Quintessence (troisième distinction : l’incération) :

« Il faut réaliser à partir de la nature d’un seul métal, deux liquides de composition contraire; l’un aura une vertu qui fixe, coagule et durcit, l’autre sera volatile, instable et mou… De ces deux liquides il sort une pierre coagulée, fixe et durcie, qui possède le pouvoir de coaguler ce qui n’est pas coagulé, de durcir ce qui est amolli et d’amollir ce qui est dur. »

Fulcanelli en relation avec Arcane 17 (de la double nature de la Pierre) :

« Telle est l’origine de notre pierre, pourvue dès sa naissance de la double disposition métallique, laquelle est sèche et ignée et de la double vertu minérale, dont l’essence est d’être froide et humide. Ainsi réalise-t-elle en son état d’équilibre parfait, l’union des quatre éléments naturels que l’on rencontre à la base de toute philosophie expérimentale. La chaleur du feu s ‘y trouve tempérée par la frigidité de l’air et la sécheresse de la terre neutralisée par l’humidité de l’eau. » (DEU p. 75).

Il nous faut changer de logique et de morale, reconstituer la science sacrée : voilà l’enseignement de la légende d’Isis, reprise dans le Tarot, auquel adhère Breton avec foi. Au cours du passage du « ruisseau de droite », il entonne un hymne de confiance en l’esprit nouveau qu’il convient d’instaurer.

« Et les idées cesseraient d’être aussi fécondes de l’instant où l’homme ne les abreuverait plus de tout ce que la nature peut mettre individuellement en lui de clarté, de mobilité, de générosité et de fraîcheur de vues. je porte au sol où il marche cette confiance qu’il doit avoir dans l’éternel reverdissement de ses raisons d’espérer, au moment même où elles peuvent paraître détruites. » (p. 87)

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Oswald Wirth et la Suisse

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Peu de maçons le savent, mais – faut il le rappeler ? – Oswald Wirth était non seulement né en Suisse mais il en était imprégné au plus profond de son être. Seule l’infirmité et la guerre l’empêcha de regagner sa terre natale mais il avait déjà entrepris un retour épistolaire important (directement en allemand puisque c’était sa langue maternelle) avec ses compatriotes et les frères de la loge Alpina que la mort a interrompu.

chateaudelarochereAoût 1939,  le drame s’accélère. La déclaration de guerre trouve Wirth en vacances, dans la région la moins indiquée, la pointe de Rethel en Arden­nes, avec sa soeur et sa nièce. On les a évacués d’urgence en voiture et transportés à Monterre-sur-Blourde, au sud de Poitiers. Ils y habiteront le château de la Rochère, propriété du maire de la commune, Pierre de Saint-Laumer dont l’épouse Marie-Antoinette de Meixmoron de Dombasle cultive les Muses et a quelquefois confié ses vers au Sym­bolisme. Le couple se réclame de la lignée de Stanislas de Guaita dont ils sont les arrière-neveux.

Les commentaires de Wirth sur la guerre, jugements, critiques et espérances démontrent qu’il s’est toujours tenu éloigné de la politique. A ce moment là il est octogénaire et sa réaction est pleine d’un courage admirable. Son infirmité motrice va s’aggraver d’une surdité à peu près totale.

Les maçons suisses, informés de sa retraite et de sa solitude, lui offrent de collaborer, pendant la guerre, à la Revue de la Grande Loge Alpina. Il y collabore en alle­mand, retrouvant la langue de sa prime jeunesse. Pour ces raisons, il subira pour cela, le 28 décembre 1941, dans la Vienne, une seconde perquisition allemande. La première avait dévasté, dès l’occupation de Paris, la bibliothèque de la rue Ernest-Renan. Cette fois, c’est la censure postale — aux frontières — qui, intriguée par la correspondance maçonnique et surtout l’envoi et la publication d’articles dans la revue helvétique, a alerté les services de surveil­lance des sociétés secrètes. Ces derniers ont dépêché leurs agents au château de la Rochère où, après leur passage, il ne restera rien de ce que Wirth avait pu conserver dans son exil et des dossiers que son labeur acharné avait reconstitués.

Le 12 octobre 1942 il écrit à son frère suisse, Imhof, rédacteur en chef de la revue Alpina, le texte qui livre peut-être la clé de sa vie spirituelle, de son combat.

« Cela m’amène au problème de l’éducation morale qui s’impose plus que partout en démocratie. Il ne suffit pas de proclamer la liberté comme cela se fit en France où rien n’a préparé les citoyens à exercer leur droit et sou­veraineté. Aussi ont-ils été de piteux électeurs, nommant qui leur promettait des avantages personnels. Cela man­quait absolument d’esprit républicain. La Respublica étant le dernier souci des antimonarchistes ou anticléri­caux avertis par les politiciens. Le résultat fut un déplo­rable parlementarisme qui cependant ne prouve rien contre le pur idéal démocratique.

–  Ah ! si l’Europe nouvelle était organisée par l’amour, avec la Suisse comme cœur !

–  C’est un rêve, mais qui se rêve avec persistance et ferveur. »

La valeur culminante du morceau est dans l’admiration pour la démocratie helvétique. Il assimilait l’ordre poli­tique auquel elle est parvenue à l’ordre cosmique. La jonction des deux termes  lui avait apporté la révélation des clés du symbolisme. On comprend pourquoi le premier cadre de sa vie à Brienz fut déterminant pour le reste de sa vie de réformateur.

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La dernière lettre testamentaire d’Oswald Wirth

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Lame du tarot dessiné par Oswald Wirth. On remarquera à droite entre les sabots du diablotin les initiales du Maître mais volontairement occultées : O et W …  c’est la seule lame signée par son auteur et concepteur. Placé à cet endroit, légèrement en retrait, O.W. échappe à l’influence hypnotique de Lucifer, se met sous la protection de Vénus (Netsah:  l’Amour, la Victoire…) Il serait alors en position pour se visualiser à la place du personnage principal et ainsi pouvoir intégrer les énergies de l’Arcane : le pouvoir d’agir, en accord avec la Loi, sur le monde manifesté. La Force.

Dernière Lettre écrite par Oswald Wirth le 19 Janvier 1943

Le présent auteur de ce blog qui est également  l’organisateur du séminaire Oswald Wirth 2014 l’a entendu en effet comme il est dit dans cette lettre.

«  Il ne saurait être question de renoncer au Grand Oeuvre, absorbé par un Ouroboros et digéré par lui. Nous sommes infimes par rapport au Tout, mais nous y tenons notre place et y accomplissons notre fonction. Il y a en chacun de nous un noyau d’activité qui s’adapte à l’emploi qui lui a été assigné. Nous devenons ce que nous sommes pour les besoins du rôle que nous avons à jouer, sans que l’acteur permanent s’identifie avec le personnage de théâtre qu’il représente transitoirement. Ce qui nous est difficile, c’est de nous connaître en ce que nous sommes par nous-mêmes, indépendamment du déguisement que nous portons sur la scène. Qu’étions-nous dans la vie inconnue que nous menions avant de nous incarner et que deviendrons-nous après notre libération du service terrestre ?… Je veux bien arriver de l’autre côté tout imprégné du rôle que je viens de jouer. Je puis ne pas vouloir rompre avec les camarades qui continuent à tenir leur emploi dans la pièce au dénouement de laquelle je m’intéresse. Il est des liens d’affection qui ne se rompent pas entre centres de rayonnement psychiques.
Je crois à l’amour, et à son indestructibilité quand il est immatériel. Si j’aime les humains dont j’ai partagé les misères en même temps que les aspirations les plus nobles, je ne puis les abandonner une fois sorti de leurs rangs de lutte terrestre. J’ai donc espoir de rester en liaison, une fois passé derrière le rideau, avec ceux dont la tâche n’est pas achevée… Je me refuse à renier mon patriotisme terrestre. Pas de désertion devant l’Oeuvre de rédemption humaine. C’est en aimant que nous pouvons être heureux, et je ne vois de félicité que dans l’amour qui se donne, et contribue au mieux, particulier et général.

J’ai la conviction profonde que je ne me trompe pas. »

Oswald Wirth

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à suivre ici

Oswald Wirth et l’énergétisme

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Oswald Wirth et l’énergétisme : il rappela que c’est essentiellement dans l’imposition des mains que le Christ révéla sa nature divine. C’est sans doute l’angle premier sous lequel il faut aborder l’oeuvre wirthienne pour tenter de la comprendre et de voir les nombreux malentendus qu’elle a fait naitre notamment au sein de l’Ordre maçonnique. De l’imposition des mains paru en 1895 à la librairie Chamuel est son premier ouvrage et reste comme un guide de tous les autres à venir. C’est celui aussi où il se confie le plus. Il sera intéressant d’ailleurs – et ce sera l’occasion de ce séminaire en Suisse – de confronter laposition de With avec celle d’autres compatriotes comme C.J. Jung ou encore Freud. On sait que c’est à partir du mesmérisme et des travaux de Charcot que la nouvelle science de la psychiatrie allait naître. Mais Wirth a laissé une trace durable de son oeuvre en modifiant les rituels maçonniques car cette fameuse chaine d’union pratiquée au sein de toutes les loges reste le legs intangible de Wirth, une façon de communiquer l’énergie universelle par la main.  L’a t-on oublié ?

Oswald Wirth fit une intervention remarquée au Congrès du magnétisme en 1889 où il résuma les travaux de son maitre, le baron du Potet. Enfin signalons que le magnétisme fut également à la base de la théurgie (les fameuses passes) et se pratiqua tant en Maçnnerie que dans le Martinisme avec Willermoz.

Extrait de son livre (que nous délivrons dans son intégralité dans notre cahier en hommage à Oswald Wirth) :

L’intuition. Les Origines de l’art de guérir. Conceptions primitives. La force vitale transmissible d’une personne à une autre. La psychurgie. Son avenir.

Lorsque la légende attribue à nos premiers parents la connaissance spontanée de toutes choses, elle fait sans doute allusion aux prérogatives dont jouit l’intelligence à l’état naissant. Au sortir de l’ignorance absolue, l’esprit humain ne subit le joug d’aucun préjugé, d’aucune idée préconçue. Son indépendance est parfaite et rien ne l’empêche de s’orienter librement vers la Vérité. Celle-ci agit sur les intelligences vierges comme un aimant puissant : elle les attire et les plonge dans une extase qui leur permet de contempler la lumière spirituelle dans son plus pur rayonnement. C’est ce que l’Ecriture appelle converser directement avec Dieu. Cela veut dire que dans sa naïveté originelle l’homme intuitif est naturellement prophète ou voyant. Il devine juste : au lieu de raisonner, il rêve, et ses visions tiennent du génie. Mais cette révélation primordiale demande à être formulée. C’est là l’écueil, car l’extatique ne dispose que d’images enfantines et grossières. Il ne peut s’empêcher de tout personnifier. Jugeant l’inconnu d’après lui-même, il crée des divinités à sa ressemblance et peuple son imagination de fantômes. Ces chimères enveloppent et assiègent son esprit : Ce sont les formes dont la pensée s’est revêtue. Elles masquent la Vérité, qu’elles dérobent à l’intelligence. La Lumière primitive ne  parvient plus alors jusqu’à l’homme, qui est chassé de l’Eden : il ne possède plus la vue géniale des choses, et c’est péniblement qu’il acquiert désormais ses connaissances. Heureux encore si un travail ingrat lui fournit autre chose que des fruits amers !

La terre qu’il arrose de ses sueurs ne produit à son intention que des chardons et des ronces. Il nous est cependant possible de nous relever de la chute.

Tout le secret consiste à nous dégager des habitudes vicieuses que notre intelligence a contractées : redevenons semblables à des enfants si nous voulons entrer dans le Royaume des Cieux. Notre primitive innocence, la fraîcheur de notre première impressionnabilité peuvent se retrouver, si nous parvenons à faire abstraction de toutes les théories à la mode pour remonter jusqu’au berceau de nos diverses connaissances. C’est là, c’est à la source initiale de notre savoir que nous pouvons puiser des notions d’une pure et profonde sagesse. Sans doute, en revenant ainsi sur nos pas nous ne rencontrons que les formes, ou les écorces, qui constituent la lettre morte de toutes les superstitions.

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Le baron du Potet

 » Or, me trouvant à Paris vers la fin de 1879, je fus informé de la fondation d’une société magnéto-thérapique, sous la présidence du Baron du Potet. Je me fis inscrire, en me promettant de suivre avec assiduité des séances qui s’annonçaient comme hautement instructives » Oswald Wirth

Mais ces cadavres, ces momies, nous permettent d’évoquer la pensée éternellement vivante qui jadis y fut enfermée. C’est à ce titre que rien ne doit être méprisé. Tout nous semble ridicule et faux tant que nous ne comprenons pas ; mais dès que notre esprit s’ouvre à la compréhension tout devient respectable et vrai. Appliquons-nous donc à démêler ce que l’homme a voulu dire, alors qu’inhabile à s’exprimer il balbutiait des fables. Peut-être trouverons-nous dans ces conjonctures instinctives des notions utiles à reprendre. L’esprit humain ne saurait trop se replier sur lui même car, en parcourant le cycle de ses égarements, jamais il n’approche autant de la Vérité que lorsqu’il revient à son point de départ. Pour nous en convaincre il suffit de se figurer ce que l’art de guérir fut logiquement à ses débuts. Reportons-nous à une époque où l’on ne connaissait encore ni botanique ni chimie. Comment l’homme s’efforçait-il alors de parer aux atteintes de la douleur ?

La réponse nous est fournie par l’observation de ce qui se passe chaque jour autour de nous. Considérez cet enfant dont le doigt vient d’être pincé ou brûlé. Que fait-il ? Il le porte à la bouche, et le contact de ses lèvres, la tiédeur de son haleine ou la fraîcheur de son souffle le soulage. Un autre jeune étourdi à reçu un coup sur la main : vivement il presse sous l’aisselle les phalanges endolories et s’en trouve bien. Nous mêmes, ne nous appliquons-nous pas la main au front lorsque le mal de tête nous y incite ? Et les douleurs intestinales ou les crampes d’estomac, ne nous obligent-elles pas à recourir à l’action calmante de nos mains ?

Ces exemples, qu’on pourrait multiplier à l’infini, montrent comment l’homme réagit spontanément contre la douleur. Sans nous laisser le temps de la réflexion, notre main se porte d’elle-même sur toute région du corps devenue subitement sensible. C’est là une loi d’activité purement réflexe ou automatique, à laquelle nous ne saurions nous soustraire. L’instinct, ce guide infaillible des êtres qui ne raisonnent pas, nous porte ainsi à chercher tout d’abord en nous-mêmes le remède contre la douleur. N’est-ce point là une indication précieuse ?

Pourquoi tant chercher  en dehors de nous, alors que c’est EN NOUS  que jaillit la fontaine de Vie ? Les choses ne se passent-elles pas comme si toute partie saine du corps tendait à ramener la santé dans une autre partie malade ? Les anciens ne conçurent aucun doute à cet égard, comme le prouvent leurs premières théories médicales. A leurs yeux, la maladie était une entité hostile, un esprit malfaisant, un souffle vénéneux qui s’insinue traîtreusement dans l’organisme. La santé, par contre, apparaissait comme une essence divine normalement répandue dans tous nos organes, dont elle assure l’intégrité et le fonctionnement régulier. Pour chasser le démon, on crut suffisant de mettre en contact avec lui son antagoniste. Il se déchaînait ainsi une lutte, qui se terminait par la victoire du plus fort. « 

L’imposition des mains et la médécine philosophale, Oswald Wirth

à suivre ici

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Oswald Wirth et Jules Romains : les hommes de bonne volonté

jules_romainsEn 1932, Wirth publie le Rituel de l’Adepte. Ce livre couronne la trilogie initiatique constituée par les trois livres spécifiques des grades : Apprenti, Compagnon, Maî­tre. Définissant son sujet, l’auteur écrit qu’il a voulu mettre « l’initiable sur la voie d’un programme auquel il lui ap­partient de se conformer selon l’esprit. S’il est doué de perspicacité et de persévérance, et d’un fervent désir de s’initier, la lumière se fera graduellement dans son sanc­tuaire intérieur ».

Lorsque dans la fresque de la vie française au XXe siècle qu’il appellera Les Hommes de bonne volonté, Jules Ro­mains veut parler de la Franc-Maçonnerie, il intitule Re­cherche d’une Eglise le tome consacré à ce travail, le sep­tième de la série. Il a vécu sur les notions alors familières à l’opinion française. La Maçonnerie vit alors aux lendemains de 1914, tout imprégnés des souvenirs qui ont précédé la déclaration de guerre que l’armistice et ce qui l’a suivi n’ont que peu rajeunis, et que le cartel poli­tique de 1924 a même plutôt accentués.

Jules Romains avait un grand scrupule de rigoureuse exactitude et s’évertuait à pénétrer les multiples détails de toute affaire qu’il voulait traiter. Avant de tracer son récit, il avait donc tout lu et rencontré beaucoup de maçons ou d’anciens maçons. Des fanatiques et des déçus, des dolents béats et des démissionnaires dénigrant une institution qui les avait laissé indifférents ou insatisfaits, des partisans sommaires aussi. Rapprochés de ce qu’il savait, les éléments de son enquête l’avaient conduit, de degré en degré, à pressentir qu’il y avait dans le corps maçonnique, un courant mystique et spiritualiste sous-jacent dont les tenants avaient, par la qualité de leur pensée, leur talent et la dignité de leur vie, une influence l’emportant de beaucoup sur leur nombre relativement faible, donc bien plus importante que le pensaient les igno­rants. Et puis ses lectures sur les origines de l’Ordre ne s’accordaient guère avec la réalité organique de ce dernier en 1934. Au cours de ses recherches, on lui signala Wirth.

C’est de la rencontre de Romains avec ce dernier que naquit le personnage de Lengnau. Aux caricatures malveil­lantes qu’avait tracées Arbansaux, nom prêté à un autre témoin appartenant à la Maçonnerie déviée, Wirth, sous le pseudonyme de Lengnau, oppose un tableau de la pen­sée maçonnique qui ne convainc pas son interlocuteur Jerphanion — sous ce nom d’un normalien agnostique —, Romains se met lui-même en scène. Mais tout de même l’exposé, sans le convaincre, le saisit. Le comportement de Lengnau, sa foi, sa sincérité profonde, l’ampleur et l’élé­vation des vues qu’il a développées, suivant les grands thèmes de la pensée wirthienne, le laissent impressionné. Le pseudo-néophyte Jerphanion restera hors du Temple. L’homme de lettres demeurera plein de respect pour cet hôte chez lequel il a cru déceler la flamme, la grandeur, la beauté morale de ceux qui, au temps de l’érémitisme, furent les conservateurs des lumières de l’humanité. La démarche de Jules Romains était passée inaperçue.

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à suivre dans le cahier