Le secret de lāeurasie, la clef de lāOccident
Ā« Sous la grande marĆ©e de lāhistoire humaine sāĆ©coulent les courants discrets des sociĆ©tĆ©s secrĆØtes, qui dans les profondeurs dĆ©terminent frĆ©quemment les changements qui se manifestent Ć la surface. Ā» (A.E. Waite) (1)

Les sociĆ©tĆ©s secrĆØtes et les confrĆ©ries occultes ont-elles Ć©tĆ© actives derriĆØre la scĆØne des Ć©vĆ©nements mondiaux depuis des milliers dāannĆ©es ? Ces gardiens de la sagesse secrĆØte dĆ©terminent-ils les progrĆØs de la conscience humaine et influencent-ils le destin des nations ? Des maĆ®tres cachĆ©s de la connaissance occulte animent-ils et infiltrent-ils certains mouvements politiques, culturels, spirituels et Ć©conomiques, selon un plan ancien ? Se pourrait-il que les grandes avancĆ©es, guerres, et rĆ©volutions, de lāhomme, ainsi que ses dĆ©couvertes marquantes dans la science, la littĆ©rature, la philosophie et les arts, soient le rĆ©sultat dāune Ā« main cachĆ©e Ā» ? Pouvons-nous dĆ©coder lāHistoire et trouver la mystĆ©rieuse interface entre la politique et lāoccultisme, dĆ©couvrant ainsi les vĆ©ritables animateurs et agitateurs de notre monde moderne ?
Le philosophe allemand Oswald Spengler mettait en garde contre un Ā« puissant combat Ā» entre des groupes dāhommes dāune Ā« immense intelligence Ā» que le Ā« simple citoyen ne voit ni ne comprend Ā». DĆ©jĆ en 1930, Ralph Shirley, lāĆ©diteur de la London Occult Review, le principal journal britannique de sciences Ć©sotĆ©riques, exprimait Ā« le soupƧon que les rangs de lāoccultisme travaillent secrĆØtement pour la dĆ©sintĆ©gration et la rĆ©volution. Des preuves positives sous la forme dāun groupe dāoccultistes travaillant avec cet objectif en vue sont rĆ©cemment parvenues Ć la connaissance du prĆ©sent auteur. Ā»
Le major-gĆ©nĆ©ral Fuller, un ancien disciple dāAleister Crowley, qui avait des liens avec le Renseignement militaire britannique, parlait dāune force insidieuse utilisant Ā« la Magie et lāOr Ā» et luttant Ā« pour parvenir Ć la domination du monde par un Messie vengeur, comme prĆ©dit par le Talmud et la Kabbale Ā». Crowley, lāancien chef de Fuller, travailla comme agent secret Ć la fois pour la Grande-Bretagne et pour lāAllemagne, bien que ses employeurs britanniques notĆØrent son Ā« manque de fiabilitĆ© Ā», avertissant quāil ne devait ĆŖtre utilisĆ© dans des opĆ©rations dāespionnage quāavec la plus extrĆŖme prudence. Pendant la PremiĆØre Guerre Mondiale, le ministĆØre allemand des Affaires EtrangĆØres demanda secrĆØtement Ć lāoccultiste Gustav Meyrink dāĆ©crire une nouvelle blĆ¢mant les Francs-maƧons de France et dāItalie pour le dĆ©clenchement de la guerre.
Madame Blavatsky pensait que la sociĆ©tĆ© catholique des JĆ©suites avait transfĆ©rĆ© son quartier gĆ©nĆ©ral en Angleterre, où ils complotaient pour plonger lāhumanitĆ© dans lāignorance passive et pour instituer le Ā« despotisme universel Ā». La fondatrice de la SociĆ©tĆ© ThĆ©osophique, femme dāune immense intelligence et ayant une expĆ©rience de premiĆØre main des sociĆ©tĆ©s secrĆØtes, avertissait :
Ā« Les Ć©tudiants en occultisme devraient savoir que pendant que les JĆ©suites sont parvenus par leurs procĆ©dĆ©s Ć faire croire au monde en gĆ©nĆ©ral et aux Anglais en particulier quāil nāexiste rien de tel que la magie, et Ć faire rire de la magie noire, ces comploteurs rusĆ©s et malins forment eux-mĆŖmes des cercles et des chaĆ®nes magnĆ©tiques par la concentration de leur volontĆ© collective, lorsquāils ont quelque objectif particulier Ć atteindre ou quelque personne prĆ©cise et importante Ć influencer. Ā» (2
La RĆ©volution FranƧaise, lāun des plus importants Ć©vĆ©nements politique de lāhistoire de lāEurope, fut en grande partie le travail de loges maƧonniques acharnĆ©es au renversement de la monarchie et Ć la fin de la religion catholique Ć©tablie. Dans Proofs of a Conspiracy [Preuves dāune conspiration] (1798), John Robison montra que pendant la RĆ©volution les clubs politiques et les comitĆ©s par correspondance, incluant le fameux Club des Jacobins, Ć©taient issus de ces loges maƧonniques.
Lāinfluence sur lāHistoire du mysticisme, des sociĆ©tĆ©s occultes et secrĆØtes est gĆ©nĆ©ralement Ć©cartĆ©e par les spĆ©cialistes occidentaux. Les historiens en vue choisissent dāignorer cet aspect parce quāils pensent quāil nāa pas de signification rĆ©elle pour la politique mondiale. En fait cāest seulement en reconnaissant le rĆ“le et lāinfluence de Ā« lāaspect occulte Ā» que les Ć©vĆ©nements mondiaux importants peuvent ĆŖtre pleinement compris et placĆ©s dans leur vĆ©ritable perspective historique.
Atlantisme contre Eurasisme
Les sociĆ©tĆ©s secrĆØtes et les maĆ®tres de la sagesse occulte font toujours remonter leurs origines Ć lāaube mĆŖme de la civilisation. A lāintĆ©rieur de la culture judĆ©o-chrĆ©tienne, les Ć©coles secrĆØtes parlent dāAdam, de Seth, de MoĆÆse et des Patriarches comme Ć©tant des initiĆ©s Ć une sagesse divine soigneusement transmise dāune gĆ©nĆ©ration Ć lāautre. Dāautres groupes occultes regardent vers lāancienne Egypte et les Ecoles de mystĆØres de la GrĆØce, vers le continent perdu de lāAtlantide. Dāautres encore font remonter leur lignĆ©e Ć Sumer ou Babylone et aux plaines mystĆ©rieuses de Tartarie.
En examinant les mythes, les lĆ©gendes et les histoires mystĆ©rieuses de lāhumanitĆ©, nous rencontrons dāinnombrables rĆ©fĆ©rences Ć une civilisation primordiale disparue. Le brillant mĆ©taphysicien franƧais RenĆ© GuĆ©non parlait dāune grande culture hyperborĆ©enne qui sāĆ©panouissait autour du Cercle Arctique, et de ses avant-postes Shambhala en Orient et lāAtlantide en Occident. Platon parla de lāAtlantide, la dĆ©crivant comme le cÅur dāun grand et puissant empire qui, Ć cause du mĆ©tissage sans discernement des Ā« Fils de Dieu Ā» avec les Ā« enfants des hommes Ā», subit de Ā« violents tremblements de terre et dĆ©luges Ā» et Ā« disparut dans la mer Ā». Selon la tradition occulte, lāAtlantide prit fin aprĆØs une longue pĆ©riode de chaos et de dĆ©sastres survenus, selon les mots de Madame Blavatsky, parce que Ā« la race de lāAtlantide devint une race de mĆ©chants magiciens Ā». LāAtlantide fut dĆ©truite par une conspiration de mauvais magiciens qui avaient pris le contrĆ“le du puissant continent.
Longtemps avant la fin de lāAtlantide, de grandes migrations eurent lieu vers divers endroits de la Terre. Dans une lĆ©gende on nous parle dāun groupe vertueux voyageant depuis le Cercle Arctique jusquāĆ Shambhala, au fin fond de lāAsie Centrale. Dāautres lĆ©gendes suggĆØrent que des survivants Atlantes fondĆØrent lāancienne civilisation Ć©gyptienne. Victoria Le Page, auteur de lāune des Ć©tudes les plus sĆ©rieuses sur Shambhala, explique que lāAtlantide et Shambhala sont plus que de simples lieux gĆ©ographiques :
Ā« Dans le folklore, lāAtlantide et Shambhala sont implicitement liĆ©s comme des images charismatiques des dĆ©sirs du cÅur, deux brillants mirages se trouvant Ć lāhorizon le plus lointain du dĆ©sir humain, inatteignables, reculant toujours quand nous en approchons ; au mieux, rien de plus que des Ć©tats de conscience idĆ©aux jamais rĆ©alisĆ©s. Mais leur association semble avoir une base bien plus rĆ©elle et historiquement concrĆØte que cela. La tradition initiatique affirme quāils ont tous deux vĆ©ritablement existĆ©, lāun dans la mer occidentale, lāautre dans les montagnes dāOrient, comme des survivances de ce qui fut autrefois un rĆ©seau de centres de sagesse situĆ©s sur une grande ligne de force sāĆ©tendant autour du globe. Plus, Shambhala existe toujours Ć lāintĆ©rieur dāune structure qui attend dāĆŖtre rĆ©activĆ©e. Ā» (3)
Pour pouvoir identifier les activitĆ©s historiques des sociĆ©tĆ©s secrĆØtes, nous devons comprendre lāorigine dāune trĆØs puissante idĆ©e. La tradition occulte parle de Shambhala comme du centre positif de la FraternitĆ© de la LumiĆØre, et de lāAtlantide comme du centre nĆ©gatif des mauvais magiciens, les FrĆØres de lāOmbre. Partout où nous regardons, nous voyons la division des sociĆ©tĆ©s secrĆØtes et des activitĆ©s occultes entre ces deux Ā« Ordres Ā» opposĆ©s. Tous les mouvements et enseignements occultes servent inĆ©vitablement soit Ā« lāOrdre de lāEurasie Ā», soit Ā« lāOrdre de lāAtlantisme Ā», avec leurs centres symboliques respectifs de Shambhala et de lāAtlantide. DissimulĆ©s derriĆØre une multitude de formes diffĆ©rentes, et reprĆ©sentĆ©s par une quantitĆ© dāagents dāinfluence insoupƧonnables, ces deux centres ā Shambhala et lāAtlantide ā reprĆ©sentent deux impulsions diffĆ©rentes de lāĆ©volution humaine.
Vue selon la perspective de la gĆ©ographie sacrĆ©e, dans notre prĆ©sent cycle historique, lāAtlantide est le triomphe des Ć©lĆ©ments les plus destructeurs et les plus diaboliques dans la civilisation de lāOccident. Une autoritĆ© moderne de la gĆ©ographie sacrĆ©e et de la gĆ©opolitique observe :
Ā« La gĆ©ographie sacrĆ©e, sur la base du āsymbolisme spatialā, considĆØre traditionnellement lāOrient comme la āterre de lāEspritā, la terre du Paradis, la terre de la plĆ©nitude, de lāabondance, le āpays sacrĆ© des originesā, dans sa forme la plus complĆØte et la plus parfaite. En particulier, cette idĆ©e se reflĆØte dans la Bible, où la situation orientale de ālāEdenā est mentionnĆ©e.
PrĆ©cisĆ©ment, cette comprĆ©hension est Ć©galement propre aux autres traditions abrahamiques (islam et judaĆÆsme), et aussi Ć de nombreuses traditions non-abrahamiques ā la chinoise, lāhindoue et lāiranienne. āLāOrient est la demeure des dieuxā, dit la formule sacrĆ©e des anciens Egyptiens, et le mĆŖme mot āOrientā (āneterā en Ć©gyptien) signifie en mĆŖme temps ādieuā. Du point de vue du symbolisme naturel, lāOrient est le lieu où se lĆØve le Soleil, LumiĆØre du Monde, symbole matĆ©riel de la DivinitĆ© et de lāEsprit.
LāOccident a la signification symbolique inverse. Cāest le āpays de la mortā, le āmonde sans vieā, le āpays vertā (comme lāappelaient les anciens Egyptiens). LāOccident est ālāempire de lāexilā, le āgouffre des damnĆ©sā, selon lāexpression des mystiques musulmans. LāOccident est ālāanti-Orientā, le pays de la dĆ©cadence, de la dĆ©gradation, de la transition du manifestĆ© au non-manifestĆ©, de la vie Ć la mort, de la plĆ©nitude au besoin, etc. LāOccident est le lieu où se dirige le soleil, où il āsāengloutitā. Ā» (4)
La Russie et lāUnivers magique
La Russie, gĆ©ographiquement le plus grand pays sur la Terre, occupe une position unique pour lāĆ©tude de lāhistoire humaine, nous offrant une fenĆŖtre ouverte sur le monde des sociĆ©tĆ©s secrĆØtes, des maĆ®tres occultes, et des courants politiques souterrains.
Les idĆ©es et les pratiques tirĆ©es de la magie et de lāocculte ont toujours fait partie de la vie russe. Au seiziĆØme siĆØcle, le Tsar Ivan IV consultait des magiciens et Ć©tait conscient de la signification occulte des pierres prĆ©cieuses incrustĆ©es dans son sceptre. Son rĆØgne fut le point culminant du rĆŖve de construire une civilisation prophĆ©tique, religieuse, dans la tradition chrĆ©tienne orientale de Byzance. EntourĆ© dāordres secrets de moines apocalyptiques, Ivan se voyait lui-mĆŖme comme lāhĆ©ritier des rois dāIsraĆ«l et tenta de transformer la vie russe en accord avec sa vision magique de la rĆ©alitĆ©. Ivan Ć©tait convaincu que la nation russe avait une mission spĆ©ciale Ć accomplir, rien de moins que la rĆ©demption du monde.
En 1586, le Tsar Boris Godounov offrit lāĆ©norme salaire de 2 000 livres anglaises par an, plus une maison et toutes les fournitures nĆ©cessaires, Ć John Dee, le mage et maĆ®tre-espion anglais, pour quāil entre Ć son service. Le fils de Dee, le Dr Arthur Dee, qui comme son pĆØre Ć©tait un alchimiste et un rosicrucien, se rendit Ć Moscou pour travailler comme physicien. MikhaĆÆl Romanov, le premier tsar de la dynastie Romanov, monta sur le trĆ“ne paraĆ®t-il avec lāaide du Dr Arthur Dee et du Service Secret britannique. Avant leur arrivĆ©e au pouvoir, les Romanov furent accusĆ©s par leurs ennemis de pratiquer la magie et de possĆ©der des pouvoirs occultes.
Le lĆ©gendaire comte de Saint-Germain, dĆ©crit comme un alchimiste, un espion, un industriel, un diplomate et un rosicrucien, fut impliquĆ© dans plusieurs intrigues politiques en Russie et fut, selon Nicolas Roerich, Ā« un membre de la FraternitĆ© Himalayenne Ā». En 1775, il voyagea Ć travers lāEurasie pour Ć©tudier les enseignements occultes, et pourrait mĆŖme avoir visitĆ© le Tibet. On dit quāalors quāil Ć©tudiait lāoccultisme en Asie Centrale, le comte fut initiĆ© aux rites secrets de la magie sexuelle tantrique, qui lui fournit une technique pour prolonger sa jeunesse. Il sāengagea aussi dans des opĆ©rations dāespionnage contre la fameuse Compagnie des Indes britannique. Saint-Germain fonda deux sociĆ©tĆ©s secrĆØtes appelĆ©es Ā« LāInspiration Asiatique Ā» et les Ā« Chevaliers de la LumiĆØre Ā». DĆØs 1780 il avertit Marie-Antoinette que le trĆ“ne franƧais Ć©tait en danger du fait dāune conspiration internationale des Ā« FrĆØres de lāOmbre Ā». Des rumeurs continuĆØrent Ć circuler de nombreuses annĆ©es aprĆØs lāannonce de sa mort, selon lesquelles Saint-Germain Ć©tait encore en vie, travaillant derriĆØre la scĆØne de la politique europĆ©enne ou Ć©tudiant des doctrines occultes en Asie Centrale.
LāOccident rencontre lāOrient
Ā« Les pouvoirs occultes semblent ĆŖtre une question de tempĆ©rament national ⦠La Russie tend Ć produire des mages ā des hommes ou des femmes qui impressionnent par leur autoritĆ© spirituelle ; aucune autre nation ne possĆØde lāĆ©quivalent spirituel de TolstoĆÆ et DostoĆÆevski, ou mĆŖme de Rozanov, Merejkovski, Soloviev, Fedorov, Berdiaev, Chestov. Certainement aucune autre nation nāa Ć©tĆ© sur le point de produire quelquāun comme Madame Blavatsky, Gregory Raspoutine ou Georges Gurdjieff. Chacun est complĆØtement unique. Ā» (Colin Wilson, The Occult)
Le processus de synthĆØse des traditions occultes de lāOrient et de lāOccident apparaĆ®t dans lāÅuvre de Helena Petrovna Blavatsky, fondatrice de la SociĆ©tĆ© ThĆ©osophique [1875] et auteur du fameux livre La Doctrine SecrĆØte. NĆ©e Helena von Hahn, fille dāune famille de militaires russes et cousine du futur Premier Ministre russe, le comte Witte, elle fut une vĆ©ritable Ć©missaire de lāOrdre Eurasien. Nevill Drury dit de lāoccultiste russe :
« Sa principale contribution à la pensée mystique fut la manière dont elle chercha à synthétiser la philosophie et la religion orientales et occidentales, fournissant ainsi un cadre pour la compréhension des enseignements occultes universels. » (5)
Madame Blavatsky voyagea Ć travers lāAsie et lāEurope, rejoignit la milice rĆ©volutionnaire nationale de Garibaldi, combattant Ć la bataille de Mentana, où elle fut sĆ©rieusement blessĆ©e. A la fin des annĆ©es 1870, peu aprĆØs la publication de son premier livre Isis DĆ©voilĆ©e, dĆ©nonciation irrĆ©sistible de la religion occidentale contemporaine comme Ć©tant une faillite spirituelle, elle passa des Etats-Unis en Inde où le siĆØge de la SociĆ©tĆ© ThĆ©osophique resta jusquāĆ aujourdāhui.
En 1891, le futur tsar Nicolas II, en compagnie du savant eurasien mystique, le prince Ukhtomsky, visita le siège de la Société Théosophique à Adyar. La description de la Société par le prince Ukhtomsky est révélatrice :
Ā« Sur lāinsistance de H.P. Blavatsky, une dame russe qui connaissait et qui avait vu beaucoup de choses, lāidĆ©e surgit de la possibilitĆ©, et mĆŖme de la nĆ©cessitĆ© de fonder une sociĆ©tĆ© de thĆ©osophistes, de chercheurs de la vĆ©ritĆ© au plus large sens du mot, dans le but de recruter des adeptes de toutes croyances et races, de pĆ©nĆ©trer plus profondĆ©ment dans les plus secrĆØtes doctrines des religions orientales, dāattirer des Asiatiques dans une vraie communion spirituelle avec des Ć©trangers instruits de lāOccident, de nouer des relations secrĆØtes avec divers grands prĆŖtres, ascĆØtes, magiciens, etc. Ā» (6)
Madame Blavatsky voulait unir lāAsie Centrale, lāInde, la Mongolie, le Tibet et la Chine, afin ā avec lāaide de la Russie ā de crĆ©er une grande puissance eurasienne pour sāopposer aux ambitions britanniques. Voyageant en Inde, Madame Blavatsky fit campagne contre la domination britannique et fut elle-mĆŖme accusĆ©e par les autoritĆ©s coloniales dāĆŖtre une espionne russe. Le prince Ukhtomsky vit un soutien Ć lāEurasie dans Ā« lāempressement des Indiens Ć se grouper sous la banniĆØre de lāĆ©trange femme du Nord Ā». Il pensait que Madame Blavatsky avait Ć©tĆ© contrainte de quitter lāInde Ć cause de la Ā« suspicion des Anglais Ā».
DĆØs 1887, H.P. Blavatsky Ć©tait devenue un sujet de dĆ©bat dans le Ā« Saint-PĆ©tersbourg mystique Ā» et reƧut lāappui prestigieux de lāami de Ukhtomsky, le mystĆ©rieux tibĆ©tain ā le Dr Badmaiev, qui devait bientĆ“t devenir cĆ©lĆØbre pour les faveurs quāil reƧut Ć la Cour impĆ©riale russe et pour sa relation avec Raspoutine. La sÅur de Madame Blavatsky affirma que le MĆ©tropolite russe orthodoxe de Kiev avait reconnu le don psychique de la jeune Helena, et lui avait recommandĆ© dāutiliser ses pouvoirs avec discrĆ©tion, car il Ć©tait sĆ»r quāils lui avaient Ć©tĆ© donnĆ©s pour quelque but plus Ć©levĆ©.
Le Dr Stephan A. Hoeller, spĆ©cialiste des religions comparĆ©es et Ć©vĆŖque de lāEglise Gnostique, nous rappelle que H.P. Blavatsky,
Ā« ⦠était une vraie fille de la MĆØre Russie. Certains sentent que sa vie et son caractĆØre correspondent fortement Ć lāarchĆ©type du traditionnel saint homme russe errant, connu sous le nom de staretz (littĆ©ralement Ā« le vieux Ā»), qui est un ascĆØte, un pĆØlerin errant, non-clĆ©rical, qui voyage dans la campagne, exhortant les gens Ć se prĆ©occuper de questions spirituelles, parfois dāune maniĆØre rĆ©solument non-orthodoxe. Ā» (7)
AprĆØs la mort de H.P. Blavatsky Ć Londres en 1891, la SociĆ©tĆ© ThĆ©osophique tomba sous le ferme contrĆ“le des occultistes anglais Annie Besant et C.W. Leadbeater, un impĆ©rialiste britannique confirmĆ©. Lāorientation eurasienne donnĆ©e Ć la premiĆØre ThĆ©osophie par H.P. Blavatsky fut compromise par lāinfluence de la MaƧonnerie britannique et par le High Anglicanism Ć©sotĆ©rique de Leadbeater. Dans le grand combat des magiciens, lāimpulsion eurasienne trouva de nouveaux agents historiques en Occident, incluant le cĆ©lĆØbre mage franƧais Papus.
La Grande Bataille des Magiciens
Ā« Quand le 19ĆØme siĆØcle sera arrivĆ© Ć sa fin, lāun des FrĆØres dāHermĆØs viendra dāAsie pour unir Ć nouveau lāhumanitĆ©. Ā» (Nostradamus)
Papus, avec Oswald Wirth et De Guaita, rĆŖvait de rĆ©unir tous les occultistes dans une FraternitĆ© Rosicrucienne rĆ©novĆ©e, un Ordre occulte international dans lequel ils espĆ©raient que lāEmpire Russe jouerait un rĆ“le dirigeant en tant que pont entre lāOrient et lāOccident.
Papus Ć©tait le pseudonyme du Dr GĆ©rard Encausse (1865-1916), un disciple de Joseph Saint-Yves dāAlveydre (1842-1910), un initiĆ© de lāEglise Gnostique FranƧaise et souvent lāinstigateur de nombreux groupes occultes de son Ć©poque. Lāun des occultistes les plus cĆ©lĆØbres du tournant du siĆØcle, il fut le fondateur de lāEcole HermĆ©tique Ć Paris, qui attira de nombreux Ć©tudiants russes, et dirigea la principale revue occultiste franƧaise, LāInitiation. Papus fut aussi le dirigeant de deux sociĆ©tĆ©s secrĆØtes, lāOrdre Martiniste et lāOrdre Kabbalistique de la Rose-Croix.
Quand le tsar et la tsarine russes visitèrent la France en 1896, ce fut Papus qui leur envoya un salut de la part des « Spiritualistes français », espérant que le tsar « immortaliserait son Empire par son union totale avec la Divine Providence ». Ce salut était une réminiscence des espoirs des mystiques au temps de la Sainte Alliance du tsar Alexandre 1er.
Papus fit sa premiĆØre visite en Russie en 1901 et fut introduit auprĆØs du Tsar. Il installa rapidement une loge de son Ordre Martiniste Ć Saint-PĆ©tersbourg avec le Tsar comme PrĆ©sident des Ā« SupĆ©rieurs inconnus Ā» qui le contrĆ“laient. Lāhistorien James Webb dit que Papus Ā« faisait simplement revivre une dĆ©votion envers une philosophie qui avait fleuri en Russie au tournant des 18ĆØme et 19ĆØme siĆØcles avant dāĆŖtre Ć©touffĆ©e. Ā»
En tant que principal Ć©lĆØve de Saint-Yves dāAlveydre, Papus connaissait le rĆ“le clĆ© qui devait ĆŖtre jouĆ© par la Russie dans lāunification de lāEurasie et sa destinĆ©e occulte en tant quāEmpire de la Fin, manifestation extĆ©rieure de lāĆ©nigmatique pouvoir de la Ā« Shambhala du Nord Ā».
Par Papus, la famille impĆ©riale fit la connaissance de son ami et mentor spirituel MaĆ®tre Philippe (Nizier Anthelme Philippe). SincĆØre mystique chrĆ©tien, il reƧut un rang et des honneurs de la part du Tsar russe, et maintint le contact avec la Cour impĆ©riale jusquāĆ sa mort en 1905. Papus retourna Ć Saint-PĆ©tersbourg en 1905, où la rumeur disait quāen prĆ©sence du couple impĆ©rial, il Ć©voquait lāesprit du pĆØre du Tsar, Alexandre III, qui donnait des conseils pratiques pour rĆ©soudre la crise politique.
MaĆ®tre Philippe et Papus jouĆØrent tous deux un important rĆ“le politique Ć la Cour impĆ©riale. Ils ne conseillĆØrent pas seulement le Tsar pour les affaires de lāEtat mais maintinrent le contact avec des initiĆ©s russes influents de lāOrdre Martiniste, incluant deux oncles et de nombreux parents du Tsar. Lāoccultiste allemand Rudolf Steiner, qui avait ses propres disciples parmi lāEtat-major allemand, suivit la mission des deux FranƧais, troublĆ© par Ā« lāinfluence Ć©tendue en Russie Ā» de Papus. Avocat dĆ©terminĆ© de lāalliance entre la France et la Russie, Papus avertit le Tsar dāune conspiration internationale visant Ć la domination mondiale.
Il pensait que le vaste Empire Russe Ć©tait la seule puissance capable de contrecarrer la conspiration des Ā« FrĆØres de lāOmbre Ā». Il pressa aussi le Tsar Ć se prĆ©parer Ć la prochaine guerre contre lāAllemagne, alors machinĆ©e par des forces sinistres Ć Berlin. Selon un rĆ©cit, il promit Ć la famille impĆ©riale que, Ā« la monarchie des Romanov serait protĆ©gĆ©e aussi longtemps que lui, Papus, serait en vie. Quand la nouvelle de sa mort atteignit Alexandra [la tsarine] en 1916, elle envoya une note Ć son mari (commandant Ć lāĆ©poque les armĆ©es russes sur le front, pendant la PremiĆØre Guerre Mondiale), contenant les mots : āPapus est mort, nous sommes condamnĆ©s !ā Ā» (8)
Papus dĆ©veloppa son Ordre Martiniste pour contrer les loges maƧonniques qui, pensait-il, Ć©taient au service de lāimpĆ©rialisme britannique et des syndiquĆ©s de la finance internationale. DāaprĆØs ses papiers, on sait quāil fournit aux autoritĆ©s russes de la documentation sur les activitĆ©s maƧonniques en Russie et en Europe. Papus condamna la Franc-MaƧonnerie comme athĆ©e, par opposition au christianisme Ć©sotĆ©rique de lāOrdre Martiniste. Il dĆ©nonƧa Ā« notre Ć©poque de scepticisme, dāadoration des formes matĆ©rielles, si dĆ©sespĆ©rĆ©ment en quĆŖte dāune franche rĆ©action chrĆ©tienne, indĆ©pendante de tous les clergĆ©s Ā». Peu aprĆØs son retour aprĆØs sa premiĆØre visite en Russie en 1901, une sĆ©rie dāarticles, dont Papus Ć©tait largement lāinspirateur, parut dans la presse franƧaise. Ils mettaient en garde contre une Ā« conspiration cachĆ©e Ā» dont lāexistence Ć©tait totalement inconnue du public, et contre les machinations dāun sinistre syndicat financier essayant de rompre lāalliance franco-russe. Le public Ć©tait aveugle aux vĆ©ritables forces de lāHistoire : Ā« Il ne voit pas que dans tous les conflits qui surviennent Ć lāintĆ©rieur des nations ou entre elles, il y a Ć cotĆ© des acteurs visibles des inspirateurs cachĆ©s qui par leurs calculs intĆ©ressĆ©s rendent ces conflits inĆ©vitables ā¦
Tout ce qui arrive dans lāĆ©volution agitĆ©e des nations est ainsi prĆ©parĆ© en secret avec le but dāassurer la suprĆ©matie de quelques hommes ; et ce sont ces quelques hommes, parfois cĆ©lĆØbres, parfois inconnus, qui doivent ĆŖtre recherchĆ©s derriĆØre tous les Ć©vĆ©nements publics.
Or, aujourdāhui, la suprĆ©matie est assurĆ©e par la possession de lāOr. Cāest le syndicat de la finance qui tient en ce moment les cordons secrets de la politique europĆ©enne ā¦Ā Il y a quelques annĆ©es, fut ainsi fondĆ© en Europe un syndicat financier, aujourdāhui tout-puissant, dont le but suprĆŖme est de monopoliser tous les marchĆ©s du monde, et qui pour faciliter ses activitĆ©s doit acquĆ©rir de lāinfluence politique. Ā»
Les articles inspirĆ©s par Papus dans LāEcho de Paris rĆ©vĆ©laient le rĆ“le du Service Secret britannique, qui Ć©tait dĆ©noncĆ© comme Ć©tant derriĆØre la Franc-MaƧonnerie britannique, pour isoler et affaiblir la Russie. En France les agents britanniques se concentraient sur la propagande anti-russe, pendant quāen Russie ils utilisaient la Ā« fraude financiĆØre Ā» pour infiltrer tous les niveaux de la sociĆ©tĆ©. Tous les efforts Ć©taient requis Ā« pour prĆ©server lāEmpereur Russe ā si loyal et si gĆ©nĆ©reux ā des maux [du] syndicat des financiers ⦠qui Ć prĆ©sent contrĆ“le les destinĆ©es de lāEurope et du monde. Ā»
Le mystérieux Tibétain « Saint-Pétersbourg ⦠en 1905 était probablement le centre mystique du monde. » (Colin Wilson, The Occult)
Shamzaran (Piotr) Badmaiev Ć©tait un Bouriate mongol qui avait grandi en SibĆ©rie et qui sāĆ©tait converti Ć lāOrthodoxie Russe avec Alexandre III pour parrain. Il acquit une influence considĆ©rable sur le MinistĆØre des Affaires EtrangĆØres et le Tsar lui dĆ©cerna le titre de Conseiller PrivĆ©. Badmaiev Ć©tait renommĆ© en tant que docteur en mĆ©decine tibĆ©taine, herboriste, et guĆ©risseur, qui traitait des patients de la haute sociĆ©tĆ© dans sa clinique Ć la mode de Ā« mĆ©decine orientale Ā» Ć Saint-PĆ©tersbourg. DĆ©crit par un historien russe comme Ā« lāune des personnalitĆ©s les plus mystĆ©rieuses du jour Ā», et comme un Ā« maĆ®tre de lāintrigue Ā», Badmaiev fut Ć©troitement liĆ© avec le guĆ©risseur mystique Raspoutine.
Connu comme Ā« le TibĆ©tain Ā», Badmaiev rĆŖvait dāunir la Russie Ć la Mongolie et au Tibet. Il sāengagea lui-mĆŖme dans dāinnombrables projets, visant Ć la crĆ©ation dāun grand empire eurasien. La mission historique de la Russie, pensait-il, Ć©tait en Orient, où elle Ć©tait destinĆ©e Ć unir les bouddhistes et les musulmans pour contrer le colonialisme occidental. Badmaiev rĆ©suma sa vision en 1893 dans un rapport au tsar Alexandre III, intitulĆ© Ā« Les tĆ¢ches de la Russie dans lāEst asiatique Ā». Sa compĆ©tence politique considĆ©rable assura lāappui des tribus mongoles lors de la guerre russo-japonaise. Dans une lettre du 19 dĆ©cembre 1896, Badmaiev Ć©crivait au tsar Nicolas II : Ā« ⦠mes activitĆ©s ont pour but que la Russie doit avoir une influence plus grande que dāautres puissances dans lāOrient mongol-tibĆ©tain-chinois Ā». Badmaiev exprimait une prĆ©occupation particuliĆØre quant Ć lāinfluence de lāAngleterre en Orient, affirmant dans un mĆ©morandum spĆ©cial : Ā« Le Tibet, qui ā en tant que plus haut plateau de lāAsie ā domine le continent asiatique, doit sans aucun doute ĆŖtre entre les mains de la Russie. En commandant ce point, la Russie sera sĆ»rement capable de rendre lāAngleterre plus accommodante. Ā» Badmaiev connaissait la lĆ©gende, populaire en Mongolie, en Chine et au Tibet, du Ā« Tsar Blanc Ā» qui viendrait du Nord (de la Ā« Shambhala du Nord Ā») et restaurerait les traditions Ć prĆ©sent dĆ©cadentes du vĆ©ritable bouddhisme. Il rapporta au tsar Nicolas II que Ā« les Bouriates, les Mongols et particuliĆØrement les lamas ⦠rĆ©pĆ©taient toujours que le temps Ć©tait venu dāĆ©tendre les frontiĆØres du Tsar Blanc vers lāOrient ⦠»
Badmaiev avait dāĆ©troites relations avec un TibĆ©tain haut placĆ©, le lama Agvan Dordzhiyev, tuteur et confident du 13ĆØme DalaĆÆ-Lama. Dordzhiyev identifiait la Russie au futur Royaume de Shambhala, annoncĆ© dans les textes de Kalachakra du bouddhisme tibĆ©tain. Le lama ouvrit le premier temple bouddhiste en Europe, Ć Saint-PĆ©tersbourg, significativement dĆ©diĆ© Ć lāenseignement du Kalachakra. Lāun des artistes russes qui travailla sur le temple de Saint-PĆ©tersbourg Ć©tait Nicolas Roerich, qui avait Ć©tĆ© initiĆ© Ć la lĆ©gende de Shambhala et Ć la pensĆ©e orientale par le lama Dordzhiyev. Georges Gurdjieff, un autre homme mystĆ©rieux qui eut un immense impact sur lāĆ©sotĆ©risme occidental, connaissait le prince Ukhtomsky, Badmaiev, et le lama Dordzhiyev. Gurdjieff, accusĆ© par les Britanniques dāĆŖtre un espion russe en Asie Centrale, Ć©tait-il un Ć©lĆØve des mystĆ©rieux TibĆ©tains ?
Ā« Je suis en train dāentraĆ®ner de jeunes hommes dans deux capitales ā PĆ©kin et Saint-PĆ©tersbourg ā pour des activitĆ©s ultĆ©rieures Ā», avait Ć©crit le Dr Badmaiev au tsar Nicolas II.
LāAnarchisme Mystique
Lāinfluence du Ā« TibĆ©tain Ā» allait au-delĆ de la Cour impĆ©riale, jusque dans lāintelligentsia russe et plus loin encore, dans le monde souterrain de lāespionnage et de la politique rĆ©volutionnaire. Lāun des mouvements intellectuels Ć lāĆ©poque des bouleversements politiques de 1905 Ć©tait nommĆ© Ā« lāAnarchisme Mystique Ā». Deux de ses principaux reprĆ©sentants Ć©taient les poĆØtes et Ć©crivains Viacheslav Ivanov et George Chulkov, tous deux des relations du Dr Badmaiev. Chulkov, tout comme le Ā« TibĆ©tain Ā», Ć©tait dĆ©crit comme un mĆ©dium inconscient transmettant de mystĆ©rieuses forces.
Doctrine politique radicale visant Ć rĆ©concilier la libertĆ© individuelle et lāharmonie sociale, lāAnarchisme mystique sāinspirait des idĆ©es de Friedrich Nietzsche. Cela nāest pas surprenant si nous considĆ©rons le regard positif de Nietzsche sur la Russie, antithĆØse de lāOccident dĆ©cadent, et la sympathie du philosophe allemand pour le bouddhisme et la culture orientale. Selon lāhistorien Bernice Glatzer Rosenthal, les Anarchistes mystiques, convaincus Ā« que des forces invisibles guident les Ć©vĆ©nements ici sur Terre, croyaient que la RĆ©volution politique reflĆ©tait des rĆ©alignements dans la sphĆØre cosmique, et quāun nouveau monde de libertĆ©, de beautĆ©, et dāamour Ć©tait imminent. Ā»
PrĆ©conisant lāabolition de toutes les autoritĆ©s externes et de toute contrainte de lāindividu ā gouvernement, loi, moralitĆ©, coutumes sociales ā, ils Ć©taient indiffĆ©rents aux droits lĆ©gaux comme Ć©tant de simples Ā« libertĆ©s formelles Ā» et sāopposaient aux constitutions et aux parlements, en faveur de la sobornost. Par sobornostā, ils entendaient une communautĆ© libre unie par lāamour et la foi, dont les membres conservent leur individualitĆ© (distincte de lāindividualisme, de lāaffirmation de soi en-dehors ou contre la communautĆ©).
Ils fondaient cet idĆ©al sur leur notion de la Ā« personne mystique Ā», lāĆ¢me ou psychĆ©, qui cherche lāunion avec les autres et se reconnaĆ®t comme un microcosme dans le macrocosme, distincte de la Ā« personne empirique Ā», le Moi ou lāEgo, qui sāaffirme Ć part ou contre les autres. Susciter et dĆ©velopper cette Ā« personne mystique Ā» rendrait possible une Ā« nouvelle sociĆ©tĆ© organique Ā» unie par les liens intĆ©rieurs invisibles de lāamour (eros, pas agape), de Ā« lāexpĆ©rience mystique Ā», et du sacrifice ā le contraire mĆŖme de la sociĆ©tĆ© libĆ©rale, basĆ©e sur le contrat social et lāintĆ©rĆŖt mutuel, et caractĆ©risĆ©e par un discours rationnel. (9)
LāAnarchisme Mystique est une idĆ©e sociopolitique entiĆØrement eurasienne. Ici nous avons un trĆØs mystĆ©rieux motif sous une forme moderne : le grand combat de la civilisation occidentale empirique, ploutocratique, contre la culture mystique et sacrificielle de lāEurasie. En termes occultes cāest le conflit entre lāimpulsion de Ā« Shambhala Ā» et les renĆ©gats de la Ā« civilisation atlantĆ©enne Ā». La FraternitĆ© de la LumiĆØre du Nord combattant les FrĆØres de lāOmbre, manifestation externe de la longue guerre entre les agents de lāEtre et du Non-Etre.
Nicolas Berdiaev, Dmitri Merejkovski, ZenaĆÆda Hippius, Valery Briusov, MikhaĆÆl Kuzmin, Alexandre Blok, Vassili Rozanov, ainsi quāune foule dāautres poĆØtes, Ć©crivains et artistes russes, transmirent divers aspects de lāAnarchisme mystique et de la vision eurasienne. Quand le maĆ®tre soufi Inayat Khan visita la Russie dans les annĆ©es prĆ©cĆ©dant la RĆ©volution, il loua beaucoup Ā« le type oriental de pensĆ©e qui est naturel Ć cette nation Ā».
Merejkovski voyait la possibilitĆ© de faire naĆ®tre une Ā« nouvelle conscience religieuse Ā» Ć partir des deux types russes particuliers reprĆ©sentĆ©s par TolstoĆÆ et DostoĆÆevski. TolstoĆÆ tenait pour un mysticisme panthĆ©iste de la chair, et DostoĆÆevski pour des valeurs spirituelles plus ascĆ©tiques. Ā« Dans cette Russie le āDieu-Hommeā se manifestera dans le monde occidental, et ālāHomme-Dieuā pour la premiĆØre fois en Orient, et sera, pour ceux dont la pensĆ©e rĆ©concilie dĆ©jĆ les deux hĆ©misphĆØres, le āUn dans le Deuxā Ā».
AprĆØs la RĆ©volution Bolchevique, Blok opposa la nouvelle Russie Ć lāOccident. Il appelait la Russie Ā« les Scythes Ā», cāest-Ć -dire une nation jeune, fraĆ®che, dont la destinĆ©e Ć©tait de dĆ©fier lāOccident dĆ©cadent :
Ā« Nous sommes les Scythes, nous sommes les Asiates. Des siĆØcles de vos jours ne sont quāune heure pour nous, pourtant comme des esclaves obĆ©issants, nous avons tenu un bouclier entre deux races hostiles ā lāEurope et les hordes mongoles ⦠Quittez la guerre et lāhorreur, venez dans nos bras ouverts, Ć lāĆ©treinte fraternelle, Ć©cartez la vieille Ć©pĆ©e pendant quāil est temps, saluez-nous, frĆØres ⦠Ah, Vieux Monde, avant de pĆ©rir, rejoins notre fraternel banquet. Ā»
Le poĆØte NikolaĆÆ Kliuev et son jeune ami SergueĆÆ Esenin prĆ©sentĆØrent des images occultes et des thĆØmes eurasiens dans leur Åuvre. A la fin de 1917, Kliuev (1887-1937), prophĆØte et Ć©missaire de lāEurasie, Ć©crivit :
Nous sommes la foule des porteurs de soleil,
Au moyeu de lāunivers
Nous Ʃrigerons une maison joyeuse, aux cent histoires,
La Chine et lāEurope, le Nord et le Sud
Viendront dans la chambre dans une ronde fraternelle
Pour rassembler lāAbysse et le ZĆ©nith
Leur parrain est Dieu Lui-mĆŖme et leur MĆØre
Est la Russie.
Esenin (1895-1925), le protĆ©gĆ© de Kliuev, dĆ©sirait la fin du vieux monde et son remplacement par un nouveau, et proclama mĆŖme une nouvelle tendance religieuse appelĆ©e Ā« AngĆ©lisme Ā», avec dāĆ©videntes racines dans le gnosticisme russe. Il saluait Ć la fois le Christ et Gautama le Bouddha comme des gĆ©nies, parce quāils Ć©taient des hommes de Ā« parole et dāaction Ā». Dans une lettre Ć un ami, Esenin Ć©crivit :
Ā« Bonnes gens, regardez-vous, des Christs nāĆ©mergent-ils pas de vous, et ne pouvez-vous pas ĆŖtre des Christs ? Ne puis-je pas ĆŖtre un Christ par la puissance de la volontĆ© ? Combien toute notre vie est absurde. Elle nous arrache au berceau, et au lieu dāune vraie personne, cāest une sorte de monstre qui Ć©merge. Ā»
Il avertit les Etats-Unis, pour lui symbole de toutes les sources non-russes et rationalistes, de ne pas commettre lāerreur de Ā« lāincroyance Ā» et dāignorer le nouveau Ā« message Ā» de la Russie, puisque le chemin de la vie nouvelle passait seulement par la Russie. Un ami Ć©crivit comment Esenin et ses compagnons poĆØtes Ā« scythes Ā» voulaient Ā« lāapprofondissement de la rĆ©volution politique vers le social Ā» et en venaient Ć regarder le marxisme russe comme Ā« vulgaire Ā». Avant sa mort, Esenin devint convaincu que des Ā« forces mauvaises Ā» avaient usurpĆ© la RĆ©volution et que les Bolcheviks avaient trahi la mission de la Russie.
Le cĆ©lĆØbre poĆØte NikolaĆÆ Kliuev connaissait Ć la fois le Dr Badmaiev et Grigory Raspoutine, et, comme ce dernier, il avait Ć©tĆ© initiĆ© dans une Ć©cole secrĆØte de mysticisme sexuel chrĆ©tien ayant des similaritĆ©s avec le tantrisme tibĆ©tain et le shivaĆÆsme indien. Ā« Ils māappelaient un Raspoutine Ā», Ć©crivit Kliuev dans un poĆØme en 1918. La spiritualitĆ© de Kliuev Ć©tait profondĆ©ment enracinĆ©e dans la tradition des dissidents religieux russes comme les Vieux Croyants, les Khlysty et les Skoptsy, qui formaient un vĆ©ritable courant souterrain parmi le petit peuple. Kliuev reconnut que, dĆ©fiĆ© par un vieux Khlyst de Ā« devenir un Christ Ā», il fut introduit dans la communautĆ© secrĆØte de la Ā« FraternitĆ© de la Colombe Ā». Avec lāaide de Ā« diverses personnes dāidentitĆ© secrĆØte Ā», Kliuev voyagea dans toute la Russie, participant Ć des rituels secrets et sāimprĆ©gnant des traditions occultes de lāOrient russe.
Dans ses poĆØmes, Kliuev cherchait Ć transmettre lāesprit mystique de lāEurasie. Il fut un prophĆØte de BiĆ©lovodia, le nom donnĆ© par les Vieux Croyants russes au paradis terrestre attendu, similaire Ć Shambhala. Kliuev envisageait une transformation profonde de la Russie, qui amĆØnerait une sociĆ©tĆ© sans classes où la culture paysanne triompherait de lāindustrialisme, du capitalisme, et de la mĆ©canisation gĆ©nĆ©rale de la vie. Dans une lettre Ć un ami en 1914, il exprimait son inquiĆ©tude Ć propos des dangers de la civilisation occidentale :
Ā« Chaque jour je vais dans le bocage ā et je māassois lĆ prĆØs dāune petite chapelle ā et du pin vĆ©nĆ©rable, un doigt vers le ciel, je pense Ć toi ⦠Jāembrasse tes yeux et ton cher cÅur ⦠O MĆØre Nature ! Paradis de lāesprit ⦠Combien haineux et sombre semble ĆŖtre le monde soi-disant civilisĆ©, et combien je donnerais, quel Golgotha jāendurerais ā pour que lāAmĆ©rique nāempiĆØte pas sur lāaube aux plumes bleues ⦠au-dessus de la cabane de conte de fĆ©es. Ā»
Le philosophe russe Nicolas Berdiaev exprimait la vision partagĆ©e par les penseurs russes dāavant la RĆ©volution ainsi que par lāĆ©lite culturelle, lorsquāil parlait de la fin du rationalisme occidental et de la naissance dāune nouvelle ĆØre de lāesprit qui serait tĆ©moin du combat du Christ et de lāAntĆ©christ. Il voyait la popularitĆ© des doctrines mystiques et occultes comme une preuve de lāapproche de cette Nouvelle Ere, et appelait Ć une Ā« nouvelle chevalerie Ā». Ā« Lāhomme nāest pas une unitĆ© dans lāunivers, faisant partie dāune machine non-rationnelle, mais un membre vivant dāune hiĆ©rarchie organique, appartenant Ć un ensemble rĆ©el et vivant Ā». Les attaques de Berdiaev contre les valeurs matĆ©rialistes occidentales ne faisaient que reflĆ©ter une vision largement partagĆ©e par la sociĆ©tĆ© russe. Ecrivant en exil au dĆ©but des annĆ©es 30, il observa :
Ā« Lāindividualisme, lāatomisation de la sociĆ©tĆ©, lāaviditĆ© dĆ©mesurĆ©e du monde, la surpopulation illimitĆ©e et les besoins sans fin des gens, le manque de foi, lāaffaiblissement de la vie spirituelle, celles-ci et dāautres sont les causes qui ont contribuĆ© Ć construire ce systĆØme capitaliste industriel qui a changĆ© le visage de la vie humaine et brisĆ© son rythme avec la nature Ā».
Voyage Ć Shambhala
Ā« Nicolas Roerich Ć©tait un homme qui apportait la gloire Ć notre peuple ; il est un reprĆ©sentant de notre civilisation et de sa culture, lāun de ses piliers. Ā» (MikhaĆÆl Gorbatchev)
NikolaĆÆ Konstantinovitch Roerich (1874-1947) avait dĆ©couvert lāidĆ©e de Shambhala alors quāil travaillait Ć la construction du premier temple bouddhiste construit en Europe. Personnellement en relation avec lāintelligentsia de la Russie prĆ©-rĆ©volutionnaire, Roerich devint un artiste hautement respectĆ© et prolifique. Ayant Ć©tudiĆ© les travaux de Madame Blavatsky, Roerich croyait en lāunitĆ© transcendante des religions ā Ć lāidĆ©e quāun jour les bouddhistes, les musulmans et les chrĆ©tiens comprendraient que leurs dogmes respectifs Ć©taient des enveloppes dissimulant la vĆ©ritĆ© cachĆ©e Ć lāintĆ©rieur. Entre 1925 et 1928, Roerich entreprit cinq expĆ©ditions remarquables Ć travers lāAsie Centrale, se concentrant sur la rĆ©gion mystĆ©rieuse entre lāOural et lāHimalaya, la zone considĆ©rĆ©e comme le cÅur de lāEurasie. Les traditions et les lĆ©gendes rencontrĆ©es par Roerich dans ses voyages sont dĆ©crites dans ses livres AltaĆÆ-Himalaya, Au cÅur de lāAsie et Shambhala.
Dans la tradition du bouddhisme tibĆ©tain, Shambhala est la terre cachĆ©e dans laquelle les enseignements de lāĆ©cole tantrique du Kalachakra (la Ā« Roue du Temps Ā») sont prĆ©servĆ©s dans leur forme la plus pure. Roerich dĆ©couvrit que la Shambhala du bouddhisme tibĆ©tain nāest pas trĆØs diffĆ©rente de la lĆ©gende de BiĆ©lovodia prĆ©servĆ©e par les mystiques chrĆ©tiens russes. Un ancien de la secte des Vieux Croyants confia Ć Roerich :
Ā« Dans des contrĆ©es lointaines, au-delĆ des grands lacs, au-delĆ des plus hautes montagnes, se trouve un lieu sacrĆ© où toute la vĆ©ritĆ© fleurit. LĆ on peut trouver la connaissance suprĆŖme et le salut futur de lāhumanitĆ©. Et cet endroit est appelĆ© BiĆ©lovodia, signifiant les eaux blanches. Ā» (10)
Nicolas Roerich raconta que lors dāune visite dans la capitale mongole Oulan-Bator dans les annĆ©es 20, il entendit des soldats rĆ©volutionnaires chanter :
La guerre de la Shambhala du Nord
Mourons dans cette guerre
Pour renaƮtre
Comme Chevaliers du MaƮtre de Shambhala.
Par Ā« Shambhala du Nord Ā», il faut entendre la Russie-Eurasie. Dans son livre Au cÅur de lāAsie, Roerich dĆ©finit Shambhala non tant comme un royaume Ć venir mais comme un Ć©vĆ©nement ā une nouvelle Ć©poque pour lāhumanitĆ©, dont Shambhala et BiĆ©lovodia sont des symboles Ć©ternels :
Ā« Vous avez notĆ© que le concept de Shambhala correspond aux aspirations de notre plus sĆ©rieuse recherche scientifique occidentale ⦠Dans leurs efforts, les disciples orientaux de Shambhala et les meilleurs esprits de lāOccident, qui ne craignent pas de regarder au delĆ des mĆ©thodes dĆ©suĆØtes, sont unis. Ā»
Roerich ne douta jamais du rĆ“le crucial que la Russie jouerait en associant la plus noble sagesse de lāOrient et de lāOccident. En Russie une nouvelle synthĆØse Ć©mergerait et un nouveau jour se lĆØverait pour lāhumanitĆ©, ni exclusivement occidental ni complĆØtement oriental, mais vĆ©ritablement eurasien. En 1940, alors que le monde Ć©tait plongĆ© dans la guerre, Roerich discernait les premiĆØres lueurs dāune Nouvelle Ere et Ć©crivait :
Ā« Les Russes ont empilĆ© de grosses pierres. A lāadmiration de tous ils ont Ć©difiĆ© non pas une tour de Babel mais une tour russe. Un Kremlin des porteurs de Soleil avec une centaine de tours ! Ecoutez : cāest lāavenir, et comme il est radieux !
Un an plus tard, en 1941, il commentait : Ā« Le monde entier se prĆ©cipite vers ArmaguĆ©don. Tout le monde est troublĆ©. Tout le monde doute de lāavenir. Mais les Russes ont trouvĆ© leur voie et comme un puissant dĆ©luge ils se dirigent vers leur avenir radieux. Ā»
Ā« Vous devez faire attention Ć Moi, pour Me voir Ā»
Lāavenir radieux de lāhumanitĆ©, comme Shambhala, est sur le seuil. Un invisible collĆØge dāhommes et de femmes Ć toutes les Ć©poques et dans toutes les nations lāont entrevu et ont rĆ©pondu Ć son appel. Vivant dans les premiĆØres annĆ©es dāun nouveau millenium, nous sommes les tĆ©moins de lāaccomplissement dāun ancien plan. De mĆŖme quāil nāy a pas de jour sans nuit, il nāy a pas non plus de Nouvelle Ere authentique sans sa contrepartie. Et de mĆŖme que lāobscuritĆ© doit faire place Ć la nouvelle aube, notre actuel Age Obscur disparaĆ®tra dans la grande lumiĆØre de la Ā« Shambhala du Nord Ā».
DerriĆØre lāenchevĆŖtrement des Ć©vĆ©nements des jours actuels, lāancienne bataille se termine. Ā« En temps de guerre Ā», a dit lāĆ©missaire de lāAtlantisme Winston Churchill, Ā« la vĆ©ritĆ© est si prĆ©cieuse quāelle doit toujours ĆŖtre entourĆ©e dāun rempart de mensonges Ā». AnimĆ©es par les mĆ©chants Magiciens de lāAtlantide, les sociĆ©tĆ©s secrĆØtes occidentales sont en Ć©tat de guerre occulte contre lāOrdre de lāEurasie. Nous attendons lāarrivĆ©e de la Nouvelle Ere de Shambhala, lāexpulsion des FrĆØres de lāOmbre hors des centres gouvernementaux et financiers de la Terre, et la fin du mauvais karma hĆ©ritĆ© de la nĆ©gativitĆ© de lāAtlantide.
Alice Bailey, qui dĆ©finit Shambhala comme Ā« le centre vital de la conscience planĆ©taire Ā» et la dĆ©crivit dans La seconde venue du Christ, prophĆ©tisa aussi le rĆ“le spĆ©cial de la Russie dans lāavĆØnement de la vĆ©ritable Nouvelle Ere :
Ā« De la Russie ⦠émergera cette religion nouvelle et magique dont je vous ai si souvent parlĆ©. Elle sera le produit de la grande et imminente Approche qui prendra place entre lāHumanitĆ© et la HiĆ©rarchie. De ces deux centres de force spirituelle, dans lesquels la lumiĆØre rayonna toujours, lāOrient illuminera lāOccident ; le monde entier sera inondĆ© par le rayonnement du Soleil de la Justice. Je ne me rĆ©fĆØre pas ici, concernant la Russie, Ć lāimposition dāune quelconque idĆ©ologie politique, mais Ć lāapparition dāune religion grande et spirituelle, qui justifiera la crucifixion dāune grande nation et qui se manifestera et se concentrera en une grande et spirituelle LumiĆØre qui sera proclamĆ©e par un vĆ©ritable reprĆ©sentant russe de la vraie religion ā cet homme que de nombreux Russes ont cherchĆ©, et qui sera la justification dāune trĆØs ancienne prophĆ©tie. Ā» (11)
Notes
- Arthur Waite, The Real History of the Rosicrucians.
- Lettres de H.P. Blavatsky citƩes dans The Occult Establishment par James Webb.
- Victoria Le Page, Shambhala : The Fascinating Truth Behind the Myth of Shangri-la.
- Alexandre Dugin, De la géographie sacrée à la géopolitique.
- Nevill Drury, Dictionary Of Mysticism And The Esoteric Traditions, 1992.
- CitƩ dans The Harmonious Circle par James Webb.
- Stephen A. Hoeller, Ā« H.P. Blavatsky : Woman of Mystery and Hero of Conciousness Ā», dans The Quest, automne 1991.
- Stephen A. Hoeller, « Esoteric Russia », dans Gnosis Magazine, N° 31, printemps 1994.
- The Occult in Russian and Soviet Culture, publiƩ par Bernice Glatzer Rosenthal.
- Nicholas Roerich, Au Coeur de lāAsie, 1930.(11) Alice Bailey, ProphĆ©ties by D.K.
Cet article est paru dans New Dawn N° 68 (septembre-octobre 2001). Traduction française de Franz Destrebecq.
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