Finis Gloriae Mundi : les piĆØces du dossier

 

couv-maitreetalonPour complĆ©ter le travail des cahiers, il convenait de mettre Ć  la disposition du lecteur attentif les diffĆ©rentes piĆØces qui ont agitĆ© pendant longtemps l’opinion sous le nom de « Finis Gloriae Mundi. » Avant notre propos il convient de signaler qu’en 1913 un certain Oscar Venceslas de Lubicz-MiloszĀ  avait produit une piĆØce de théâtre qui fit connaitre le cĆ©lĆØbre tableau espagnol, la piĆØce de théâtre ou le drame s’intitulait en effet :Ā  Miguel Manara, MystĆØre en six tableaux, et faisait la une de l’actualitĆ© artistique parisienne. Dans notre supplĆ©ment nous aurons l’occasion de nous expliquer sur ces liens Ć©ventuels avec l’Adepte.

Introduction à un mystère annoncé :

Lors de sa Ā seconde prĆ©face aux Demeures Philosophales, EugĆØne Canseliet crĆ©a quelques remous dans le microcosme Ć©sotĆ©rique. Elle dĆ©butait par une rĆ©vĆ©lation: Ā« Les Demeures Philosophales, que nous avons l’honneur de prĆ©facer Ć  nouveau, ne devaient pas ĆŖtre le dernier livre de Fulcanelli. Sous le titre de Finis Gloriae Mundi (La Fin de la Gloire du Monde), une troisiĆØme partie existait, que son auteur reprit et qui eĆ»t Ć©levĆ© l’oeuvre didactique Ć  la trilogie alchimique la plus extraordinaire. A cette Ć©poque, il y avait dĆ©jĆ  six annĆ©es que notre vieux MaĆ®tre avait rĆ©ussi l’Ć©laboration de la Pierre Philosophale dont on ignore ordinairement qu’elle se divise en MĆ©decine Universelle et en Poudre transmutatoire; l’une et l’autre assurant Ć  l’Adepte le triple apanage,-Connaissance, SantĆ©, Richesse,- lequel exalte le sĆ©jour terrestre dans l’absolue fĆ©licitĆ© du Paradis de la GenĆØse. Suivant le sens du vocable adeptus, l’alchimiste, dĆØs lors, a reƧu le Don de Dieu, mieux encore le PrĆ©sent, dans le jeu cabalistique de la double acception soulignant qu’il jouit dĆ©sormais de l’infinie durĆ©e de l’Actuel… Ā»

Ces lignes datent de 1958. Elles donnent Ć  entendre, sans Ć©quivoque, que Fulcanelli a achevĆ© le Grand Oeuvre et qu’il est devenu un Adepte; toutefois EugĆØne Canseliet se garde de livrer des prĆ©cisions quant Ć  ce qu’implique cet Ć©tat. Au dĆ©cĆØs de son pĆØre en 1923, le manuscrit de Finis Gloriae Mundi fut repris par son fils (Gabriel Violle) entre 1923 et 1925, ce qui situerait son succĆØs entre 1917 et 1919.

La salamandreCette mĆŖme prĆ©face contient d’autres confidences intĆ©ressantes et troublantes : Ā« Le lecteur devra remarquer que Les Demeures Philosophales s’ouvrent avec la Salamandre en frontispice et qu’elles se ferment sur le Sundial d’Edimbourg en maniĆØre d’Ć©pilogue. Ces deux emblĆØmes expriment la mĆŖme substance dont l’Ć©tude approfondie, dispersĆ©e dans tout le volume, est l’expression mĆ©ticuleuse de la peine Ć©norme qu’elle infligea Ć  notre MaĆ®tre pour son invention, des efforts inouĆÆs qu’elle exigea de lui pour sa parfaite prĆ©paration.Ā»

CetteĀ  prĆ©face sus-mentionnĆ©e est trĆØs importante, Ć  diffĆ©rents niveaux. Outre les Ć©lĆ©ments ayant trait Ć  Fulcanelli, elle contient des prĆ©cisions hermĆ©tiques qui parlent Ć  ceux qui savent lire. Il faut en effet reconnaitre qu’EugĆØne Canseliet, Ć  la suite de Fulcanelli se montra relativement charitable en attirant l’attention sur la diffĆ©rence qu’il convient d’Ć©tablir entre premiĆØre matiĆØre et matiĆØre premiĆØre. Concernant cette derniĆØre, il s’agit du mercure des philosophes de nature et de qualitĆ© double, en partie fixe et matĆ©riel, en partie volatil et spirituel, lequel suffit pour commencer, achever et multiplier l’ouvrage. Cette unique matiĆØre, les Adeptes, souhaitant entretenir la confusion, l’ont nommĆ©e nitre ou salpĆŖtre. C’est le vitriol vert de certains. Comme tous les bons auteurs s’Ć©vertuent nous expliquerĀ  que le mercure est un sel , il est Ć©vident qu’il s’agit, Ć©galement, de l’esprit ou du feu , le feu secret.

Ce feu, dans la pratique, est informĆ© et corporifiĆ© en sel, c’est le soufre cachĆ©, symbolisĆ© par JĆ©sus, le nouveau soleil, apportant la lumiĆØre du monde. Ce feu est Ć©galement dĆ©signĆ© par l’expression lumiĆØre mĆ©tallique.Ā  Si le lecteur se souvient de ce que Fulcanelli Ć©crivait Ć  propos de l’Ć©pisĆ©mon, du mouvement, du dynamisme ou vibration (c’est l’ancien professeur et auteur d’un mĆ©morable cours de physique quiĀ  parle entre les lignes), il comprendra Ć  quel niveau d’entendement doivent se lire ces quelques lignes. Cette explication est d’ailleurs conforme Ć  la dĆ©finition que Fulcanelli donnait de l’Alchimie, dĆ©finition que se gardent bien de citer les auteurs modernes : Ā« l’Alchimie, c’est la permutation des formes par la lumiĆØre. Ā»

Ć  suivre …

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Les mages Ć  la cour de Saint Petersbourg

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Peu avant la cataclysme de la rĆ©volution bolchevique, il rĆØgne une incroyable effervescence Ć  la cour impĆ©riale. Un monde va bientĆ“t s’Ć©crouler mais il aura le temps d’accomplir sa derniĆØre mission, transmettre le secret de la Tara Blanche. Cette histoire mĆ©connue est racontĆ©e ici :

Le secret du Tsar blanc :

  1. Dorjieff et la tradition ƩsotƩrique tibƩtaine
  2. Le secret de la Tara Blanche
  3. La filiation bouriate avec Piotr Badmaiev
  4. Les mages à la cour de Saint Petersbourg : Raspoutine, Maitre Philippe, etc, etc,  services secrets et mages guérisseurs font cause commune
  5. Comment des fortunes se sont faites avant la guerre avec le Japon : les dessous de l’histoire
  6. La transmission Ć  Varsovie : le pĆØre Cyrill Krasinski et le relais en France : le Dr. JC de Tymowski
  7. Le cas Gudjieff, les caucasiens en France
  8. Ć  la recherche de Shamballa ou les voyages du pĆØre Theilard de Chardin et de Nicolas Roerich au Tibet : espions ou ambassadeurs ?

Ceci n’est qu’un bref aperƧu des chapitres qui seront traitĆ©s dans cet ouvrage Ć  paraitre prochainement.

Introduction :

Quand les bouriates dominaient à Saint Peterbourg : à la recherche du tsar blanc ou le  secret de la Tara.  Depuis Catherine II de Russie, les Romanov ont été considérés par les bouddhistes tibétains comme des émanations de la Tara blanche, une bodhisattva considérée comme une émanation de Chenresig et protectrice du peuple tibétain. 1913 vit de grandes célébrations pour le 300e anniversaire de la maison Romanov. Le moine bouriate Dorjiev fit alors un discours pour remercier le Tsar de son soutien à la communauté bouddhiste de Saint-Pétersbourg.

Ekai Kawaguhi, moine japonais qui voyagea au Tibet du 4 juillet 1900 au 15 juin 1902 rapporta dans son livre Trois ans au Tibet que Dorjiev faisait circuler un pamphlet dans lequel il dĆ©veloppait l’argument que le tsar allait complĆ©ter le rĆØgne de Shambhala en fondant un grand empire bouddhiste.

Un homme mystĆ©rieux et le mot est faible, Alexanddre Piotr Badmaiev, bouriate comme Gurjieff, allait jouer un rĆ“le crucial et engager la grande russie dans un destin inĆ©luctable dĆ©clenchant la premiĆØre guerre mondiale. Son importance dĆ©passait de loin celle de Raspoutine qui le craignait et venait le consulter, c’est dire !.. C’est cette histoire que nous allons prochainement raconter dans un livre Ć  paraitre qui raconte l’histoire ratĆ©e de l’expansion asiatique de la Russie mais d’autres rendez vous sont encore possible. »Les mages de Saint Petersbourg ou le secret du Tsar blanc » …

Au nombre des ces mages et de loin le plus important il y avait le bouriate Piotr Badamiev. Qui sont les bouriates ?

Raconter l’histoire d’Alexandre Piotr Badmaiev est un vĆ©ritable dĆ©fi car il fut au coeur de toutes les intrigues qui agitaient la cour de Nicolas II. Avant il y eut Sultim Badma,Ā  un bouriateĀ  chamane initiĆ© Ć  la mĆ©decine tibĆ©taine et mage Ć  ses heures. Qui sont les bouriates ? d’abord un clan ou une tribu que l’on appelle les peuples du lac BaĆÆkal.

Tous ces clans ont eu pour nom commun la dĆ©nomination « Kourykanes ». MalgrĆ© les tribus peu nombreuses, ces peuples anciens ont crƩƩ au VI°-X° siĆØcles une culture fort originale et spĆ©cifique dont les frontiĆØres Ć©taient constituĆ©es par la basse SĆ©lenga, la vallĆ©e des monts Bargouzine et celle Tounkinskaja, la haute LĆ©na et Angara.

Souvent persĆ©cutĆ©s ils se sont assimilĆ©s aux mongols et deĀ  lĆ  est venu leur nom de bouriate (La Bouriatie est une rĆ©gion). Sultim Badma est issu de cette ethnie qui possĆ©dait encore au XIXĆØme d’enormes connaissances. Ce sont ces connaissances qui ont transmises Ć  la cour, ce fut aussi le cas de Raspoutine. En recevant le baptĆØme (des mains du Tsar Alexandre III lui mĆŖme, le bouriate Sultim Badma pris le nom d’Aleksandr Aleksandrovich Badmayev et l’histoire va pouvoir commencer qui n’est plus celle de sultim mais de son plus jeune frĆØre (lama comme lui) : Pyotr Aleksandrovich Badmayev, l’un des hommes les plus riches Ć  la cour du tsar et le visionnaire du rĆ©seau de voies ferrĆ©es allant jusqu’en

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Le secret de l’eurasie, la clef de l’Occident (1)

Le secret de l’eurasie, la clef de l’Occident

Ā« Sous la grande marĆ©e de l’histoire humaine s’écoulent les courants discrets des sociĆ©tĆ©s secrĆØtes, qui dans les profondeurs dĆ©terminent frĆ©quemment les changements qui se manifestent Ć  la surface. Ā» (A.E. Waite) (1)

CHINE1920

Les sociĆ©tĆ©s secrĆØtes et les confrĆ©ries occultes ont-elles Ć©tĆ© actives derriĆØre la scĆØne des Ć©vĆ©nements mondiaux depuis des milliers d’annĆ©es ? Ces gardiens de la sagesse secrĆØte dĆ©terminent-ils les progrĆØs de la conscience humaine et influencent-ils le destin des nations ? Des maĆ®tres cachĆ©s de la connaissance occulte animent-ils et infiltrent-ils certains mouvements politiques, culturels, spirituels et Ć©conomiques, selon un plan ancien ? Se pourrait-il que les grandes avancĆ©es, guerres, et rĆ©volutions, de l’homme, ainsi que ses dĆ©couvertes marquantes dans la science, la littĆ©rature, la philosophie et les arts, soient le rĆ©sultat d’une Ā« main cachĆ©e Ā» ? Pouvons-nous dĆ©coder l’Histoire et trouver la mystĆ©rieuse interface entre la politique et l’occultisme, dĆ©couvrant ainsi les vĆ©ritables animateurs et agitateurs de notre monde moderne ?

Le philosophe allemand Oswald Spengler mettait en garde contre un Ā« puissant combat Ā» entre des groupes d’hommes d’une Ā« immense intelligence Ā» que le Ā« simple citoyen ne voit ni ne comprend Ā». DĆ©jĆ  en 1930, Ralph Shirley, l’éditeur de la London Occult Review, le principal journal britannique de sciences Ć©sotĆ©riques, exprimait Ā« le soupƧon que les rangs de l’occultisme travaillent secrĆØtement pour la dĆ©sintĆ©gration et la rĆ©volution. Des preuves positives sous la forme d’un groupe d’occultistes travaillant avec cet objectif en vue sont rĆ©cemment parvenues Ć  la connaissance du prĆ©sent auteur. Ā»

Le major-gĆ©nĆ©ral Fuller, un ancien disciple d’Aleister Crowley, qui avait des liens avec le Renseignement militaire britannique, parlait d’une force insidieuse utilisant Ā« la Magie et l’Or Ā» et luttant Ā« pour parvenir Ć  la domination du monde par un Messie vengeur, comme prĆ©dit par le Talmud et la Kabbale Ā». Crowley, l’ancien chef de Fuller, travailla comme agent secret Ć  la fois pour la Grande-Bretagne et pour l’Allemagne, bien que ses employeurs britanniques notĆØrent son Ā« manque de fiabilitĆ© Ā», avertissant qu’il ne devait ĆŖtre utilisĆ© dans des opĆ©rations d’espionnage qu’avec la plus extrĆŖme prudence. Pendant la PremiĆØre Guerre Mondiale, le ministĆØre allemand des Affaires EtrangĆØres demanda secrĆØtement Ć  l’occultiste Gustav Meyrink d’écrire une nouvelle blĆ¢mant les Francs-maƧons de France et d’Italie pour le dĆ©clenchement de la guerre.

Madame Blavatsky pensait que la sociĆ©tĆ© catholique des JĆ©suites avait transfĆ©rĆ© son quartier gĆ©nĆ©ral en Angleterre, où ils complotaient pour plonger l’humanitĆ© dans l’ignorance passive et pour instituer le Ā« despotisme universel Ā». La fondatrice de la SociĆ©tĆ© ThĆ©osophique, femme d’une immense intelligence et ayant une expĆ©rience de premiĆØre main des sociĆ©tĆ©s secrĆØtes, avertissait :

Ā« Les Ć©tudiants en occultisme devraient savoir que pendant que les JĆ©suites sont parvenus par leurs procĆ©dĆ©s Ć  faire croire au monde en gĆ©nĆ©ral et aux Anglais en particulier qu’il n’existe rien de tel que la magie, et Ć  faire rire de la magie noire, ces comploteurs rusĆ©s et malins forment eux-mĆŖmes des cercles et des chaĆ®nes magnĆ©tiques par la concentration de leur volontĆ© collective, lorsqu’ils ont quelque objectif particulier Ć  atteindre ou quelque personne prĆ©cise et importante Ć  influencer. Ā» (2

La RĆ©volution FranƧaise, l’un des plus importants Ć©vĆ©nements politique de l’histoire de l’Europe, fut en grande partie le travail de loges maƧonniques acharnĆ©es au renversement de la monarchie et Ć  la fin de la religion catholique Ć©tablie. Dans Proofs of a Conspiracy [Preuves d’une conspiration] (1798), John Robison montra que pendant la RĆ©volution les clubs politiques et les comitĆ©s par correspondance, incluant le fameux Club des Jacobins, Ć©taient issus de ces loges maƧonniques.

L’influence sur l’Histoire du mysticisme, des sociĆ©tĆ©s occultes et secrĆØtes est gĆ©nĆ©ralement Ć©cartĆ©e par les spĆ©cialistes occidentaux. Les historiens en vue choisissent d’ignorer cet aspect parce qu’ils pensent qu’il n’a pas de signification rĆ©elle pour la politique mondiale. En fait c’est seulement en reconnaissant le rĆ“le et l’influence de Ā« l’aspect occulte Ā» que les Ć©vĆ©nements mondiaux importants peuvent ĆŖtre pleinement compris et placĆ©s dans leur vĆ©ritable perspective historique.

Atlantisme contre Eurasisme

Les sociĆ©tĆ©s secrĆØtes et les maĆ®tres de la sagesse occulte font toujours remonter leurs origines Ć  l’aube mĆŖme de la civilisation. A l’intĆ©rieur de la culture judĆ©o-chrĆ©tienne, les Ć©coles secrĆØtes parlent d’Adam, de Seth, de MoĆÆse et des Patriarches comme Ć©tant des initiĆ©s Ć  une sagesse divine soigneusement transmise d’une gĆ©nĆ©ration Ć  l’autre. D’autres groupes occultes regardent vers l’ancienne Egypte et les Ecoles de mystĆØres de la GrĆØce, vers le continent perdu de l’Atlantide. D’autres encore font remonter leur lignĆ©e Ć  Sumer ou Babylone et aux plaines mystĆ©rieuses de Tartarie.

En examinant les mythes, les lĆ©gendes et les histoires mystĆ©rieuses de l’humanitĆ©, nous rencontrons d’innombrables rĆ©fĆ©rences Ć  une civilisation primordiale disparue. Le brillant mĆ©taphysicien franƧais RenĆ© GuĆ©non parlait d’une grande culture hyperborĆ©enne qui s’épanouissait autour du Cercle Arctique, et de ses avant-postes Shambhala en Orient et l’Atlantide en Occident. Platon parla de l’Atlantide, la dĆ©crivant comme le cœur d’un grand et puissant empire qui, Ć  cause du mĆ©tissage sans discernement des Ā« Fils de Dieu Ā» avec les Ā« enfants des hommes Ā», subit de Ā« violents tremblements de terre et dĆ©luges Ā» et Ā« disparut dans la mer Ā». Selon la tradition occulte, l’Atlantide prit fin aprĆØs une longue pĆ©riode de chaos et de dĆ©sastres survenus, selon les mots de Madame Blavatsky, parce que Ā« la race de l’Atlantide devint une race de mĆ©chants magiciens Ā». L’Atlantide fut dĆ©truite par une conspiration de mauvais magiciens qui avaient pris le contrĆ“le du puissant continent.

Longtemps avant la fin de l’Atlantide, de grandes migrations eurent lieu vers divers endroits de la Terre. Dans une lĆ©gende on nous parle d’un groupe vertueux voyageant depuis le Cercle Arctique jusqu’à Shambhala, au fin fond de l’Asie Centrale. D’autres lĆ©gendes suggĆØrent que des survivants Atlantes fondĆØrent l’ancienne civilisation Ć©gyptienne. Victoria Le Page, auteur de l’une des Ć©tudes les plus sĆ©rieuses sur Shambhala, explique que l’Atlantide et Shambhala sont plus que de simples lieux gĆ©ographiques :

Ā« Dans le folklore, l’Atlantide et Shambhala sont implicitement liĆ©s comme des images charismatiques des dĆ©sirs du cœur, deux brillants mirages se trouvant Ć  l’horizon le plus lointain du dĆ©sir humain, inatteignables, reculant toujours quand nous en approchons ; au mieux, rien de plus que des Ć©tats de conscience idĆ©aux jamais rĆ©alisĆ©s. Mais leur association semble avoir une base bien plus rĆ©elle et historiquement concrĆØte que cela. La tradition initiatique affirme qu’ils ont tous deux vĆ©ritablement existĆ©, l’un dans la mer occidentale, l’autre dans les montagnes d’Orient, comme des survivances de ce qui fut autrefois un rĆ©seau de centres de sagesse situĆ©s sur une grande ligne de force s’étendant autour du globe. Plus, Shambhala existe toujours Ć  l’intĆ©rieur d’une structure qui attend d’être rĆ©activĆ©e. Ā» (3)

Pour pouvoir identifier les activitĆ©s historiques des sociĆ©tĆ©s secrĆØtes, nous devons comprendre l’origine d’une trĆØs puissante idĆ©e. La tradition occulte parle de Shambhala comme du centre positif de la FraternitĆ© de la LumiĆØre, et de l’Atlantide comme du centre nĆ©gatif des mauvais magiciens, les FrĆØres de l’Ombre. Partout où nous regardons, nous voyons la division des sociĆ©tĆ©s secrĆØtes et des activitĆ©s occultes entre ces deux Ā« Ordres Ā» opposĆ©s. Tous les mouvements et enseignements occultes servent inĆ©vitablement soit Ā« l’Ordre de l’Eurasie Ā», soit Ā« l’Ordre de l’Atlantisme Ā», avec leurs centres symboliques respectifs de Shambhala et de l’Atlantide. DissimulĆ©s derriĆØre une multitude de formes diffĆ©rentes, et reprĆ©sentĆ©s par une quantitĆ© d’agents d’influence insoupƧonnables, ces deux centres – Shambhala et l’Atlantide – reprĆ©sentent deux impulsions diffĆ©rentes de l’évolution humaine.

Vue selon la perspective de la gĆ©ographie sacrĆ©e, dans notre prĆ©sent cycle historique, l’Atlantide est le triomphe des Ć©lĆ©ments les plus destructeurs et les plus diaboliques dans la civilisation de l’Occident. Une autoritĆ© moderne de la gĆ©ographie sacrĆ©e et de la gĆ©opolitique observe :

Ā« La gĆ©ographie sacrĆ©e, sur la base du ā€˜symbolisme spatial’, considĆØre traditionnellement l’Orient comme la ā€˜terre de l’Esprit’, la terre du Paradis, la terre de la plĆ©nitude, de l’abondance, le ā€˜pays sacrĆ© des origines’, dans sa forme la plus complĆØte et la plus parfaite. En particulier, cette idĆ©e se reflĆØte dans la Bible, où la situation orientale de ā€˜l’Eden’ est mentionnĆ©e.

PrĆ©cisĆ©ment, cette comprĆ©hension est Ć©galement propre aux autres traditions abrahamiques (islam et judaĆÆsme), et aussi Ć  de nombreuses traditions non-abrahamiques – la chinoise, l’hindoue et l’iranienne. ā€˜L’Orient est la demeure des dieux’, dit la formule sacrĆ©e des anciens Egyptiens, et le mĆŖme mot ā€˜Orient’ (ā€˜neter’ en Ć©gyptien) signifie en mĆŖme temps ā€˜dieu’. Du point de vue du symbolisme naturel, l’Orient est le lieu où se lĆØve le Soleil, LumiĆØre du Monde, symbole matĆ©riel de la DivinitĆ© et de l’Esprit.

L’Occident a la signification symbolique inverse. C’est le ā€˜pays de la mort’, le ā€˜monde sans vie’, le ā€˜pays vert’ (comme l’appelaient les anciens Egyptiens). L’Occident est ā€˜l’empire de l’exil’, le ā€˜gouffre des damnĆ©s’, selon l’expression des mystiques musulmans. L’Occident est ā€˜l’anti-Orient’, le pays de la dĆ©cadence, de la dĆ©gradation, de la transition du manifestĆ© au non-manifestĆ©, de la vie Ć  la mort, de la plĆ©nitude au besoin, etc. L’Occident est le lieu où se dirige le soleil, où il ā€˜s’engloutit’. Ā» (4)

La Russie et l’Univers magique

nicholasIILa Russie, gĆ©ographiquement le plus grand pays sur la Terre, occupe une position unique pour l’étude de l’histoire humaine, nous offrant une fenĆŖtre ouverte sur le monde des sociĆ©tĆ©s secrĆØtes, des maĆ®tres occultes, et des courants politiques souterrains.

Les idĆ©es et les pratiques tirĆ©es de la magie et de l’occulte ont toujours fait partie de la vie russe. Au seiziĆØme siĆØcle, le Tsar Ivan IV consultait des magiciens et Ć©tait conscient de la signification occulte des pierres prĆ©cieuses incrustĆ©es dans son sceptre. Son rĆØgne fut le point culminant du rĆŖve de construire une civilisation prophĆ©tique, religieuse, dans la tradition chrĆ©tienne orientale de Byzance. EntourĆ© d’ordres secrets de moines apocalyptiques, Ivan se voyait lui-mĆŖme comme l’hĆ©ritier des rois d’IsraĆ«l et tenta de transformer la vie russe en accord avec sa vision magique de la rĆ©alitĆ©. Ivan Ć©tait convaincu que la nation russe avait une mission spĆ©ciale Ć  accomplir, rien de moins que la rĆ©demption du monde.

En 1586, le Tsar Boris Godounov offrit l’énorme salaire de 2 000 livres anglaises par an, plus une maison et toutes les fournitures nĆ©cessaires, Ć  John Dee, le mage et maĆ®tre-espion anglais, pour qu’il entre Ć  son service. Le fils de Dee, le Dr Arthur Dee, qui comme son pĆØre Ć©tait un alchimiste et un rosicrucien, se rendit Ć  Moscou pour travailler comme physicien. MikhaĆÆl Romanov, le premier tsar de la dynastie Romanov, monta sur le trĆ“ne paraĆ®t-il avec l’aide du Dr Arthur Dee et du Service Secret britannique. Avant leur arrivĆ©e au pouvoir, les Romanov furent accusĆ©s par leurs ennemis de pratiquer la magie et de possĆ©der des pouvoirs occultes.

Le lĆ©gendaire comte de Saint-Germain, dĆ©crit comme un alchimiste, un espion, un industriel, un diplomate et un rosicrucien, fut impliquĆ© dans plusieurs intrigues politiques en Russie et fut, selon Nicolas Roerich, Ā« un membre de la FraternitĆ© Himalayenne Ā». En 1775, il voyagea Ć  travers l’Eurasie pour Ć©tudier les enseignements occultes, et pourrait mĆŖme avoir visitĆ© le Tibet. On dit qu’alors qu’il Ć©tudiait l’occultisme en Asie Centrale, le comte fut initiĆ© aux rites secrets de la magie sexuelle tantrique, qui lui fournit une technique pour prolonger sa jeunesse. Il s’engagea aussi dans des opĆ©rations d’espionnage contre la fameuse Compagnie des Indes britannique. Saint-Germain fonda deux sociĆ©tĆ©s secrĆØtes appelĆ©es Ā« L’Inspiration Asiatique Ā» et les Ā« Chevaliers de la LumiĆØre Ā». DĆØs 1780 il avertit Marie-Antoinette que le trĆ“ne franƧais Ć©tait en danger du fait d’une conspiration internationale des Ā« FrĆØres de l’Ombre Ā». Des rumeurs continuĆØrent Ć  circuler de nombreuses annĆ©es aprĆØs l’annonce de sa mort, selon lesquelles Saint-Germain Ć©tait encore en vie, travaillant derriĆØre la scĆØne de la politique europĆ©enne ou Ć©tudiant des doctrines occultes en Asie Centrale.

L’Occident rencontre l’Orient

blavatskyĀ« Les pouvoirs occultes semblent ĆŖtre une question de tempĆ©rament national … La Russie tend Ć  produire des mages – des hommes ou des femmes qui impressionnent par leur autoritĆ© spirituelle ; aucune autre nation ne possĆØde l’équivalent spirituel de TolstoĆÆ et DostoĆÆevski, ou mĆŖme de Rozanov, Merejkovski, Soloviev, Fedorov, Berdiaev, Chestov. Certainement aucune autre nation n’a Ć©tĆ© sur le point de produire quelqu’un comme Madame Blavatsky, Gregory Raspoutine ou Georges Gurdjieff. Chacun est complĆØtement unique. Ā» (Colin Wilson, The Occult)

Le processus de synthĆØse des traditions occultes de l’Orient et de l’Occident apparaĆ®t dans l’œuvre de Helena Petrovna Blavatsky, fondatrice de la SociĆ©tĆ© ThĆ©osophique [1875] et auteur du fameux livre La Doctrine SecrĆØte. NĆ©e Helena von Hahn, fille d’une famille de militaires russes et cousine du futur Premier Ministre russe, le comte Witte, elle fut une vĆ©ritable Ć©missaire de l’Ordre Eurasien. Nevill Drury dit de l’occultiste russe :

« Sa principale contribution à la pensée mystique fut la manière dont elle chercha à synthétiser la philosophie et la religion orientales et occidentales, fournissant ainsi un cadre pour la compréhension des enseignements occultes universels. » (5)

Madame Blavatsky voyagea Ć  travers l’Asie et l’Europe, rejoignit la milice rĆ©volutionnaire nationale de Garibaldi, combattant Ć  la bataille de Mentana, où elle fut sĆ©rieusement blessĆ©e. A la fin des annĆ©es 1870, peu aprĆØs la publication de son premier livre Isis DĆ©voilĆ©e, dĆ©nonciation irrĆ©sistible de la religion occidentale contemporaine comme Ć©tant une faillite spirituelle, elle passa des Etats-Unis en Inde où le siĆØge de la SociĆ©tĆ© ThĆ©osophique resta jusqu’à aujourd’hui.

En 1891, le futur tsar Nicolas II, en compagnie du savant eurasien mystique, le prince Ukhtomsky, visita le siège de la Société Théosophique à Adyar. La description de la Société par le prince Ukhtomsky est révélatrice :

Ā« Sur l’insistance de H.P. Blavatsky, une dame russe qui connaissait et qui avait vu beaucoup de choses, l’idĆ©e surgit de la possibilitĆ©, et mĆŖme de la nĆ©cessitĆ© de fonder une sociĆ©tĆ© de thĆ©osophistes, de chercheurs de la vĆ©ritĆ© au plus large sens du mot, dans le but de recruter des adeptes de toutes croyances et races, de pĆ©nĆ©trer plus profondĆ©ment dans les plus secrĆØtes doctrines des religions orientales, d’attirer des Asiatiques dans une vraie communion spirituelle avec des Ć©trangers instruits de l’Occident, de nouer des relations secrĆØtes avec divers grands prĆŖtres, ascĆØtes, magiciens, etc. Ā» (6)

Madame Blavatsky voulait unir l’Asie Centrale, l’Inde, la Mongolie, le Tibet et la Chine, afin – avec l’aide de la Russie – de crĆ©er une grande puissance eurasienne pour s’opposer aux ambitions britanniques. Voyageant en Inde, Madame Blavatsky fit campagne contre la domination britannique et fut elle-mĆŖme accusĆ©e par les autoritĆ©s coloniales d’être une espionne russe. Le prince Ukhtomsky vit un soutien Ć  l’Eurasie dans Ā« l’empressement des Indiens Ć  se grouper sous la banniĆØre de l’étrange femme du Nord Ā». Il pensait que Madame Blavatsky avait Ć©tĆ© contrainte de quitter l’Inde Ć  cause de la Ā« suspicion des Anglais Ā».

DĆØs 1887, H.P. Blavatsky Ć©tait devenue un sujet de dĆ©bat dans le Ā« Saint-PĆ©tersbourg mystique Ā» et reƧut l’appui prestigieux de l’ami de Ukhtomsky, le mystĆ©rieux tibĆ©tain – le Dr Badmaiev, qui devait bientĆ“t devenir cĆ©lĆØbre pour les faveurs qu’il reƧut Ć  la Cour impĆ©riale russe et pour sa relation avec Raspoutine. La sœur de Madame Blavatsky affirma que le MĆ©tropolite russe orthodoxe de Kiev avait reconnu le don psychique de la jeune Helena, et lui avait recommandĆ© d’utiliser ses pouvoirs avec discrĆ©tion, car il Ć©tait sĆ»r qu’ils lui avaient Ć©tĆ© donnĆ©s pour quelque but plus Ć©levĆ©.

Le Dr Stephan A. Hoeller, spĆ©cialiste des religions comparĆ©es et Ć©vĆŖque de l’Eglise Gnostique, nous rappelle que H.P. Blavatsky,

Ā« … Ć©tait une vraie fille de la MĆØre Russie. Certains sentent que sa vie et son caractĆØre correspondent fortement Ć  l’archĆ©type du traditionnel saint homme russe errant, connu sous le nom de staretz (littĆ©ralement Ā« le vieux Ā»), qui est un ascĆØte, un pĆØlerin errant, non-clĆ©rical, qui voyage dans la campagne, exhortant les gens Ć  se prĆ©occuper de questions spirituelles, parfois d’une maniĆØre rĆ©solument non-orthodoxe. Ā» (7)

AprĆØs la mort de H.P. Blavatsky Ć  Londres en 1891, la SociĆ©tĆ© ThĆ©osophique tomba sous le ferme contrĆ“le des occultistes anglais Annie Besant et C.W. Leadbeater, un impĆ©rialiste britannique confirmĆ©. L’orientation eurasienne donnĆ©e Ć  la premiĆØre ThĆ©osophie par H.P. Blavatsky fut compromise par l’influence de la MaƧonnerie britannique et par le High Anglicanism Ć©sotĆ©rique de Leadbeater. Dans le grand combat des magiciens, l’impulsion eurasienne trouva de nouveaux agents historiques en Occident, incluant le cĆ©lĆØbre mage franƧais Papus.

La Grande Bataille des Magiciens

Ā« Quand le 19ĆØme siĆØcle sera arrivĆ© Ć  sa fin, l’un des FrĆØres d’HermĆØs viendra d’Asie pour unir Ć  nouveau l’humanitĆ©. Ā» (Nostradamus)

PapusPapus, avec Oswald Wirth et De Guaita, rĆŖvait de rĆ©unir tous les occultistes dans une FraternitĆ© Rosicrucienne rĆ©novĆ©e, un Ordre occulte international dans lequel ils espĆ©raient que l’Empire Russe jouerait un rĆ“le dirigeant en tant que pont entre l’Orient et l’Occident.

Papus Ć©tait le pseudonyme du Dr GĆ©rard Encausse (1865-1916), un disciple de Joseph Saint-Yves d’Alveydre (1842-1910), un initiĆ© de l’Eglise Gnostique FranƧaise et souvent l’instigateur de nombreux groupes occultes de son Ć©poque. L’un des occultistes les plus cĆ©lĆØbres du tournant du siĆØcle, il fut le fondateur de l’Ecole HermĆ©tique Ć  Paris, qui attira de nombreux Ć©tudiants russes, et dirigea la principale revue occultiste franƧaise, L’Initiation. Papus fut aussi le dirigeant de deux sociĆ©tĆ©s secrĆØtes, l’Ordre Martiniste et l’Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix.

Quand le tsar et la tsarine russes visitèrent la France en 1896, ce fut Papus qui leur envoya un salut de la part des « Spiritualistes français », espérant que le tsar « immortaliserait son Empire par son union totale avec la Divine Providence ». Ce salut était une réminiscence des espoirs des mystiques au temps de la Sainte Alliance du tsar Alexandre 1er.

Papus fit sa premiĆØre visite en Russie en 1901 et fut introduit auprĆØs du Tsar. Il installa rapidement une loge de son Ordre Martiniste Ć  Saint-PĆ©tersbourg avec le Tsar comme PrĆ©sident des Ā« SupĆ©rieurs inconnus Ā» qui le contrĆ“laient. L’historien James Webb dit que Papus Ā« faisait simplement revivre une dĆ©votion envers une philosophie qui avait fleuri en Russie au tournant des 18ĆØme et 19ĆØme siĆØcles avant d’être Ć©touffĆ©e. Ā»

En tant que principal Ć©lĆØve de Saint-Yves d’Alveydre, Papus connaissait le rĆ“le clĆ© qui devait ĆŖtre jouĆ© par la Russie dans l’unification de l’Eurasie et sa destinĆ©e occulte en tant qu’Empire de la Fin, manifestation extĆ©rieure de l’énigmatique pouvoir de la Ā« Shambhala du Nord Ā».

Par Papus, la famille impĆ©riale fit la connaissance de son ami et mentor spirituel MaĆ®tre Philippe (Nizier Anthelme Philippe). SincĆØre mystique chrĆ©tien, il reƧut un rang et des honneurs de la part du Tsar russe, et maintint le contact avec la Cour impĆ©riale jusqu’à sa mort en 1905. Papus retourna Ć  Saint-PĆ©tersbourg en 1905, où la rumeur disait qu’en prĆ©sence du couple impĆ©rial, il Ć©voquait l’esprit du pĆØre du Tsar, Alexandre III, qui donnait des conseils pratiques pour rĆ©soudre la crise politique.

MaĆ®tre Philippe et Papus jouĆØrent tous deux un important rĆ“le politique Ć  la Cour impĆ©riale. Ils ne conseillĆØrent pas seulement le Tsar pour les affaires de l’Etat mais maintinrent le contact avec des initiĆ©s russes influents de l’Ordre Martiniste, incluant deux oncles et de nombreux parents du Tsar. L’occultiste allemand Rudolf Steiner, qui avait ses propres disciples parmi l’Etat-major allemand, suivit la mission des deux FranƧais, troublĆ© par Ā« l’influence Ć©tendue en Russie Ā» de Papus. Avocat dĆ©terminĆ© de l’alliance entre la France et la Russie, Papus avertit le Tsar d’une conspiration internationale visant Ć  la domination mondiale.

Il pensait que le vaste Empire Russe Ć©tait la seule puissance capable de contrecarrer la conspiration des Ā« FrĆØres de l’Ombre Ā». Il pressa aussi le Tsar Ć  se prĆ©parer Ć  la prochaine guerre contre l’Allemagne, alors machinĆ©e par des forces sinistres Ć  Berlin. Selon un rĆ©cit, il promit Ć  la famille impĆ©riale que, Ā« la monarchie des Romanov serait protĆ©gĆ©e aussi longtemps que lui, Papus, serait en vie. Quand la nouvelle de sa mort atteignit Alexandra [la tsarine] en 1916, elle envoya une note Ć  son mari (commandant Ć  l’époque les armĆ©es russes sur le front, pendant la PremiĆØre Guerre Mondiale), contenant les mots : ā€˜Papus est mort, nous sommes condamnĆ©s !’ Ā» (8)

Papus dĆ©veloppa son Ordre Martiniste pour contrer les loges maƧonniques qui, pensait-il, Ć©taient au service de l’impĆ©rialisme britannique et des syndiquĆ©s de la finance internationale. D’aprĆØs ses papiers, on sait qu’il fournit aux autoritĆ©s russes de la documentation sur les activitĆ©s maƧonniques en Russie et en Europe. Papus condamna la Franc-MaƧonnerie comme athĆ©e, par opposition au christianisme Ć©sotĆ©rique de l’Ordre Martiniste. Il dĆ©nonƧa Ā« notre Ć©poque de scepticisme, d’adoration des formes matĆ©rielles, si dĆ©sespĆ©rĆ©ment en quĆŖte d’une franche rĆ©action chrĆ©tienne, indĆ©pendante de tous les clergĆ©s Ā». Peu aprĆØs son retour aprĆØs sa premiĆØre visite en Russie en 1901, une sĆ©rie d’articles, dont Papus Ć©tait largement l’inspirateur, parut dans la presse franƧaise. Ils mettaient en garde contre une Ā« conspiration cachĆ©e Ā» dont l’existence Ć©tait totalement inconnue du public, et contre les machinations d’un sinistre syndicat financier essayant de rompre l’alliance franco-russe. Le public Ć©tait aveugle aux vĆ©ritables forces de l’Histoire : Ā« Il ne voit pas que dans tous les conflits qui surviennent Ć  l’intĆ©rieur des nations ou entre elles, il y a Ć  cotĆ© des acteurs visibles des inspirateurs cachĆ©s qui par leurs calculs intĆ©ressĆ©s rendent ces conflits inĆ©vitables …

Tout ce qui arrive dans l’évolution agitĆ©e des nations est ainsi prĆ©parĆ© en secret avec le but d’assurer la suprĆ©matie de quelques hommes ; et ce sont ces quelques hommes, parfois cĆ©lĆØbres, parfois inconnus, qui doivent ĆŖtre recherchĆ©s derriĆØre tous les Ć©vĆ©nements publics.

Or, aujourd’hui, la suprĆ©matie est assurĆ©e par la possession de l’Or. C’est le syndicat de la finance qui tient en ce moment les cordons secrets de la politique europĆ©enne …  Il y a quelques annĆ©es, fut ainsi fondĆ© en Europe un syndicat financier, aujourd’hui tout-puissant, dont le but suprĆŖme est de monopoliser tous les marchĆ©s du monde, et qui pour faciliter ses activitĆ©s doit acquĆ©rir de l’influence politique. Ā»

Les articles inspirĆ©s par Papus dans L’Echo de Paris rĆ©vĆ©laient le rĆ“le du Service Secret britannique, qui Ć©tait dĆ©noncĆ© comme Ć©tant derriĆØre la Franc-MaƧonnerie britannique, pour isoler et affaiblir la Russie. En France les agents britanniques se concentraient sur la propagande anti-russe, pendant qu’en Russie ils utilisaient la Ā« fraude financiĆØre Ā» pour infiltrer tous les niveaux de la sociĆ©tĆ©. Tous les efforts Ć©taient requis Ā« pour prĆ©server l’Empereur Russe – si loyal et si gĆ©nĆ©reux – des maux [du] syndicat des financiers … qui Ć  prĆ©sent contrĆ“le les destinĆ©es de l’Europe et du monde. Ā»

Le mystĆ©rieux TibĆ©tain Ā« Saint-PĆ©tersbourg … en 1905 Ć©tait probablement le centre mystique du monde. Ā» (Colin Wilson, The Occult)

badmaevShamzaran (Piotr) Badmaiev Ć©tait un Bouriate mongol qui avait grandi en SibĆ©rie et qui s’était converti Ć  l’Orthodoxie Russe avec Alexandre III pour parrain. Il acquit une influence considĆ©rable sur le MinistĆØre des Affaires EtrangĆØres et le Tsar lui dĆ©cerna le titre de Conseiller PrivĆ©. Badmaiev Ć©tait renommĆ© en tant que docteur en mĆ©decine tibĆ©taine, herboriste, et guĆ©risseur, qui traitait des patients de la haute sociĆ©tĆ© dans sa clinique Ć  la mode de Ā« mĆ©decine orientale Ā» Ć  Saint-PĆ©tersbourg. DĆ©crit par un historien russe comme Ā« l’une des personnalitĆ©s les plus mystĆ©rieuses du jour Ā», et comme un Ā« maĆ®tre de l’intrigue Ā», Badmaiev fut Ć©troitement liĆ© avec le guĆ©risseur mystique Raspoutine.

Connu comme Ā« le TibĆ©tain Ā», Badmaiev rĆŖvait d’unir la Russie Ć  la Mongolie et au Tibet. Il s’engagea lui-mĆŖme dans d’innombrables projets, visant Ć  la crĆ©ation d’un grand empire eurasien. La mission historique de la Russie, pensait-il, Ć©tait en Orient, où elle Ć©tait destinĆ©e Ć  unir les bouddhistes et les musulmans pour contrer le colonialisme occidental. Badmaiev rĆ©suma sa vision en 1893 dans un rapport au tsar Alexandre III, intitulĆ© Ā« Les tĆ¢ches de la Russie dans l’Est asiatique Ā». Sa compĆ©tence politique considĆ©rable assura l’appui des tribus mongoles lors de la guerre russo-japonaise. Dans une lettre du 19 dĆ©cembre 1896, Badmaiev Ć©crivait au tsar Nicolas II : Ā« … mes activitĆ©s ont pour but que la Russie doit avoir une influence plus grande que d’autres puissances dans l’Orient mongol-tibĆ©tain-chinois Ā». Badmaiev exprimait une prĆ©occupation particuliĆØre quant Ć  l’influence de l’Angleterre en Orient, affirmant dans un mĆ©morandum spĆ©cial : Ā« Le Tibet, qui – en tant que plus haut plateau de l’Asie – domine le continent asiatique, doit sans aucun doute ĆŖtre entre les mains de la Russie. En commandant ce point, la Russie sera sĆ»rement capable de rendre l’Angleterre plus accommodante. Ā» Badmaiev connaissait la lĆ©gende, populaire en Mongolie, en Chine et au Tibet, du Ā« Tsar Blanc Ā» qui viendrait du Nord (de la Ā« Shambhala du Nord Ā») et restaurerait les traditions Ć  prĆ©sent dĆ©cadentes du vĆ©ritable bouddhisme. Il rapporta au tsar Nicolas II que Ā« les Bouriates, les Mongols et particuliĆØrement les lamas … rĆ©pĆ©taient toujours que le temps Ć©tait venu d’étendre les frontiĆØres du Tsar Blanc vers l’Orient … Ā»

Badmaiev avait d’étroites relations avec un TibĆ©tain haut placĆ©, le lama Agvan Dordzhiyev, tuteur et confident du 13ĆØme DalaĆÆ-Lama. Dordzhiyev identifiait la Russie au futur Royaume de Shambhala, annoncĆ© dans les textes de Kalachakra du bouddhisme tibĆ©tain. Le lama ouvrit le premier temple bouddhiste en Europe, Ć  Saint-PĆ©tersbourg, significativement dĆ©diĆ© Ć  l’enseignement du Kalachakra. L’un des artistes russes qui travailla sur le temple de Saint-PĆ©tersbourg Ć©tait Nicolas Roerich, qui avait Ć©tĆ© initiĆ© Ć  la lĆ©gende de Shambhala et Ć  la pensĆ©e orientale par le lama Dordzhiyev. Georges Gurdjieff, un autre homme mystĆ©rieux qui eut un immense impact sur l’ésotĆ©risme occidental, connaissait le prince Ukhtomsky, Badmaiev, et le lama Dordzhiyev. Gurdjieff, accusĆ© par les Britanniques d’être un espion russe en Asie Centrale, Ć©tait-il un Ć©lĆØve des mystĆ©rieux TibĆ©tains ?

Ā« Je suis en train d’entraĆ®ner de jeunes hommes dans deux capitales – PĆ©kin et Saint-PĆ©tersbourg – pour des activitĆ©s ultĆ©rieures Ā», avait Ć©crit le Dr Badmaiev au tsar Nicolas II.

L’Anarchisme Mystique

L’influence du Ā« TibĆ©tain Ā» allait au-delĆ  de la Cour impĆ©riale, jusque dans l’intelligentsia russe et plus loin encore, dans le monde souterrain de l’espionnage et de la politique rĆ©volutionnaire. L’un des mouvements intellectuels Ć  l’époque des bouleversements politiques de 1905 Ć©tait nommĆ© Ā« l’Anarchisme Mystique Ā». Deux de ses principaux reprĆ©sentants Ć©taient les poĆØtes et Ć©crivains Viacheslav Ivanov et George Chulkov, tous deux des relations du Dr Badmaiev. Chulkov, tout comme le Ā« TibĆ©tain Ā», Ć©tait dĆ©crit comme un mĆ©dium inconscient transmettant de mystĆ©rieuses forces.

Doctrine politique radicale visant Ć  rĆ©concilier la libertĆ© individuelle et l’harmonie sociale, l’Anarchisme mystique s’inspirait des idĆ©es de Friedrich Nietzsche. Cela n’est pas surprenant si nous considĆ©rons le regard positif de Nietzsche sur la Russie, antithĆØse de l’Occident dĆ©cadent, et la sympathie du philosophe allemand pour le bouddhisme et la culture orientale. Selon l’historien Bernice Glatzer Rosenthal, les Anarchistes mystiques, convaincus Ā« que des forces invisibles guident les Ć©vĆ©nements ici sur Terre, croyaient que la RĆ©volution politique reflĆ©tait des rĆ©alignements dans la sphĆØre cosmique, et qu’un nouveau monde de libertĆ©, de beautĆ©, et d’amour Ć©tait imminent. Ā»

PrĆ©conisant l’abolition de toutes les autoritĆ©s externes et de toute contrainte de l’individu – gouvernement, loi, moralitĆ©, coutumes sociales –, ils Ć©taient indiffĆ©rents aux droits lĆ©gaux comme Ć©tant de simples Ā« libertĆ©s formelles Ā» et s’opposaient aux constitutions et aux parlements, en faveur de la sobornost. Par sobornost’, ils entendaient une communautĆ© libre unie par l’amour et la foi, dont les membres conservent leur individualitĆ© (distincte de l’individualisme, de l’affirmation de soi en-dehors ou contre la communautĆ©).

Ils fondaient cet idĆ©al sur leur notion de la Ā« personne mystique Ā», l’âme ou psychĆ©, qui cherche l’union avec les autres et se reconnaĆ®t comme un microcosme dans le macrocosme, distincte de la Ā« personne empirique Ā», le Moi ou l’Ego, qui s’affirme Ć  part ou contre les autres. Susciter et dĆ©velopper cette Ā« personne mystique Ā» rendrait possible une Ā« nouvelle sociĆ©tĆ© organique Ā» unie par les liens intĆ©rieurs invisibles de l’amour (eros, pas agape), de Ā« l’expĆ©rience mystique Ā», et du sacrifice – le contraire mĆŖme de la sociĆ©tĆ© libĆ©rale, basĆ©e sur le contrat social et l’intĆ©rĆŖt mutuel, et caractĆ©risĆ©e par un discours rationnel. (9)

L’Anarchisme Mystique est une idĆ©e sociopolitique entiĆØrement eurasienne. Ici nous avons un trĆØs mystĆ©rieux motif sous une forme moderne : le grand combat de la civilisation occidentale empirique, ploutocratique, contre la culture mystique et sacrificielle de l’Eurasie. En termes occultes c’est le conflit entre l’impulsion de Ā« Shambhala Ā» et les renĆ©gats de la Ā« civilisation atlantĆ©enne Ā». La FraternitĆ© de la LumiĆØre du Nord combattant les FrĆØres de l’Ombre, manifestation externe de la longue guerre entre les agents de l’Etre et du Non-Etre.

Nicolas Berdiaev, Dmitri Merejkovski, ZenaĆÆda Hippius, Valery Briusov, MikhaĆÆl Kuzmin, Alexandre Blok, Vassili Rozanov, ainsi qu’une foule d’autres poĆØtes, Ć©crivains et artistes russes, transmirent divers aspects de l’Anarchisme mystique et de la vision eurasienne. Quand le maĆ®tre soufi Inayat Khan visita la Russie dans les annĆ©es prĆ©cĆ©dant la RĆ©volution, il loua beaucoup Ā« le type oriental de pensĆ©e qui est naturel Ć  cette nation Ā».

Merejkovski voyait la possibilitĆ© de faire naĆ®tre une Ā« nouvelle conscience religieuse Ā» Ć  partir des deux types russes particuliers reprĆ©sentĆ©s par TolstoĆÆ et DostoĆÆevski. TolstoĆÆ tenait pour un mysticisme panthĆ©iste de la chair, et DostoĆÆevski pour des valeurs spirituelles plus ascĆ©tiques. Ā« Dans cette Russie le ā€˜Dieu-Homme’ se manifestera dans le monde occidental, et ā€˜l’Homme-Dieu’ pour la premiĆØre fois en Orient, et sera, pour ceux dont la pensĆ©e rĆ©concilie dĆ©jĆ  les deux hĆ©misphĆØres, le ā€˜Un dans le Deux’ Ā».

AprĆØs la RĆ©volution Bolchevique, Blok opposa la nouvelle Russie Ć  l’Occident. Il appelait la Russie Ā« les Scythes Ā», c’est-Ć -dire une nation jeune, fraĆ®che, dont la destinĆ©e Ć©tait de dĆ©fier l’Occident dĆ©cadent :

Ā« Nous sommes les Scythes, nous sommes les Asiates. Des siĆØcles de vos jours ne sont qu’une heure pour nous, pourtant comme des esclaves obĆ©issants, nous avons tenu un bouclier entre deux races hostiles – l’Europe et les hordes mongoles … Quittez la guerre et l’horreur, venez dans nos bras ouverts, Ć  l’étreinte fraternelle, Ć©cartez la vieille Ć©pĆ©e pendant qu’il est temps, saluez-nous, frĆØres … Ah, Vieux Monde, avant de pĆ©rir, rejoins notre fraternel banquet. Ā»

Le poĆØte NikolaĆÆ Kliuev et son jeune ami SergueĆÆ Esenin prĆ©sentĆØrent des images occultes et des thĆØmes eurasiens dans leur œuvre. A la fin de 1917, Kliuev (1887-1937), prophĆØte et Ć©missaire de l’Eurasie, Ć©crivit :

Nous sommes la foule des porteurs de soleil,
Au moyeu de l’univers
Nous Ʃrigerons une maison joyeuse, aux cent histoires,
La Chine et l’Europe, le Nord et le Sud
Viendront dans la chambre dans une ronde fraternelle
Pour rassembler l’Abysse et le ZĆ©nith
Leur parrain est Dieu Lui-mĆŖme et leur MĆØre
Est la Russie.

Esenin (1895-1925), le protĆ©gĆ© de Kliuev, dĆ©sirait la fin du vieux monde et son remplacement par un nouveau, et proclama mĆŖme une nouvelle tendance religieuse appelĆ©e Ā« AngĆ©lisme Ā», avec d’évidentes racines dans le gnosticisme russe. Il saluait Ć  la fois le Christ et Gautama le Bouddha comme des gĆ©nies, parce qu’ils Ć©taient des hommes de Ā« parole et d’action Ā». Dans une lettre Ć  un ami, Esenin Ć©crivit :

Ā« Bonnes gens, regardez-vous, des Christs n’émergent-ils pas de vous, et ne pouvez-vous pas ĆŖtre des Christs ? Ne puis-je pas ĆŖtre un Christ par la puissance de la volontĆ© ? Combien toute notre vie est absurde. Elle nous arrache au berceau, et au lieu d’une vraie personne, c’est une sorte de monstre qui Ć©merge. Ā»

Il avertit les Etats-Unis, pour lui symbole de toutes les sources non-russes et rationalistes, de ne pas commettre l’erreur de Ā« l’incroyance Ā» et d’ignorer le nouveau Ā« message Ā» de la Russie, puisque le chemin de la vie nouvelle passait seulement par la Russie. Un ami Ć©crivit comment Esenin et ses compagnons poĆØtes Ā« scythes Ā» voulaient Ā« l’approfondissement de la rĆ©volution politique vers le social Ā» et en venaient Ć  regarder le marxisme russe comme Ā« vulgaire Ā». Avant sa mort, Esenin devint convaincu que des Ā« forces mauvaises Ā» avaient usurpĆ© la RĆ©volution et que les Bolcheviks avaient trahi la mission de la Russie.

raspoutineLe cĆ©lĆØbre poĆØte NikolaĆÆ Kliuev connaissait Ć  la fois le Dr Badmaiev et Grigory Raspoutine, et, comme ce dernier, il avait Ć©tĆ© initiĆ© dans une Ć©cole secrĆØte de mysticisme sexuel chrĆ©tien ayant des similaritĆ©s avec le tantrisme tibĆ©tain et le shivaĆÆsme indien. Ā« Ils m’appelaient un Raspoutine Ā», Ć©crivit Kliuev dans un poĆØme en 1918. La spiritualitĆ© de Kliuev Ć©tait profondĆ©ment enracinĆ©e dans la tradition des dissidents religieux russes comme les Vieux Croyants, les Khlysty et les Skoptsy, qui formaient un vĆ©ritable courant souterrain parmi le petit peuple. Kliuev reconnut que, dĆ©fiĆ© par un vieux Khlyst de Ā« devenir un Christ Ā», il fut introduit dans la communautĆ© secrĆØte de la Ā« FraternitĆ© de la Colombe Ā». Avec l’aide de Ā« diverses personnes d’identitĆ© secrĆØte Ā», Kliuev voyagea dans toute la Russie, participant Ć  des rituels secrets et s’imprĆ©gnant des traditions occultes de l’Orient russe.

Dans ses poĆØmes, Kliuev cherchait Ć  transmettre l’esprit mystique de l’Eurasie. Il fut un prophĆØte de BiĆ©lovodia, le nom donnĆ© par les Vieux Croyants russes au paradis terrestre attendu, similaire Ć  Shambhala. Kliuev envisageait une transformation profonde de la Russie, qui amĆØnerait une sociĆ©tĆ© sans classes où la culture paysanne triompherait de l’industrialisme, du capitalisme, et de la mĆ©canisation gĆ©nĆ©rale de la vie. Dans une lettre Ć  un ami en 1914, il exprimait son inquiĆ©tude Ć  propos des dangers de la civilisation occidentale :

Ā« Chaque jour je vais dans le bocage – et je m’assois lĆ  prĆØs d’une petite chapelle – et du pin vĆ©nĆ©rable, un doigt vers le ciel, je pense Ć  toi … J’embrasse tes yeux et ton cher cœur … O MĆØre Nature ! Paradis de l’esprit … Combien haineux et sombre semble ĆŖtre le monde soi-disant civilisĆ©, et combien je donnerais, quel Golgotha j’endurerais – pour que l’AmĆ©rique n’empiĆØte pas sur l’aube aux plumes bleues … au-dessus de la cabane de conte de fĆ©es. Ā»

Le philosophe russe Nicolas Berdiaev exprimait la vision partagĆ©e par les penseurs russes d’avant la RĆ©volution ainsi que par l’élite culturelle, lorsqu’il parlait de la fin du rationalisme occidental et de la naissance d’une nouvelle ĆØre de l’esprit qui serait tĆ©moin du combat du Christ et de l’AntĆ©christ. Il voyait la popularitĆ© des doctrines mystiques et occultes comme une preuve de l’approche de cette Nouvelle Ere, et appelait Ć  une Ā« nouvelle chevalerie Ā». Ā« L’homme n’est pas une unitĆ© dans l’univers, faisant partie d’une machine non-rationnelle, mais un membre vivant d’une hiĆ©rarchie organique, appartenant Ć  un ensemble rĆ©el et vivant Ā». Les attaques de Berdiaev contre les valeurs matĆ©rialistes occidentales ne faisaient que reflĆ©ter une vision largement partagĆ©e par la sociĆ©tĆ© russe. Ecrivant en exil au dĆ©but des annĆ©es 30, il observa :

Ā« L’individualisme, l’atomisation de la sociĆ©tĆ©, l’aviditĆ© dĆ©mesurĆ©e du monde, la surpopulation illimitĆ©e et les besoins sans fin des gens, le manque de foi, l’affaiblissement de la vie spirituelle, celles-ci et d’autres sont les causes qui ont contribuĆ© Ć  construire ce systĆØme capitaliste industriel qui a changĆ© le visage de la vie humaine et brisĆ© son rythme avec la nature Ā».

Voyage Ć  Shambhala

Nicolas-Roerich-au-TibetĀ« Nicolas Roerich Ć©tait un homme qui apportait la gloire Ć  notre peuple ; il est un reprĆ©sentant de notre civilisation et de sa culture, l’un de ses piliers. Ā» (MikhaĆÆl Gorbatchev)

NikolaĆÆ Konstantinovitch Roerich (1874-1947) avait dĆ©couvert l’idĆ©e de Shambhala alors qu’il travaillait Ć  la construction du premier temple bouddhiste construit en Europe. Personnellement en relation avec l’intelligentsia de la Russie prĆ©-rĆ©volutionnaire, Roerich devint un artiste hautement respectĆ© et prolifique. Ayant Ć©tudiĆ© les travaux de Madame Blavatsky, Roerich croyait en l’unitĆ© transcendante des religions – Ć  l’idĆ©e qu’un jour les bouddhistes, les musulmans et les chrĆ©tiens comprendraient que leurs dogmes respectifs Ć©taient des enveloppes dissimulant la vĆ©ritĆ© cachĆ©e Ć  l’intĆ©rieur. Entre 1925 et 1928, Roerich entreprit cinq expĆ©ditions remarquables Ć  travers l’Asie Centrale, se concentrant sur la rĆ©gion mystĆ©rieuse entre l’Oural et l’Himalaya, la zone considĆ©rĆ©e comme le cœur de l’Eurasie. Les traditions et les lĆ©gendes rencontrĆ©es par Roerich dans ses voyages sont dĆ©crites dans ses livres AltaĆÆ-Himalaya, Au cœur de l’Asie et Shambhala.

Dans la tradition du bouddhisme tibĆ©tain, Shambhala est la terre cachĆ©e dans laquelle les enseignements de l’école tantrique du Kalachakra (la Ā« Roue du Temps Ā») sont prĆ©servĆ©s dans leur forme la plus pure. Roerich dĆ©couvrit que la Shambhala du bouddhisme tibĆ©tain n’est pas trĆØs diffĆ©rente de la lĆ©gende de BiĆ©lovodia prĆ©servĆ©e par les mystiques chrĆ©tiens russes. Un ancien de la secte des Vieux Croyants confia Ć  Roerich :

Ā« Dans des contrĆ©es lointaines, au-delĆ  des grands lacs, au-delĆ  des plus hautes montagnes, se trouve un lieu sacrĆ© où toute la vĆ©ritĆ© fleurit. LĆ  on peut trouver la connaissance suprĆŖme et le salut futur de l’humanitĆ©. Et cet endroit est appelĆ© BiĆ©lovodia, signifiant les eaux blanches. Ā» (10)

Nicolas Roerich raconta que lors d’une visite dans la capitale mongole Oulan-Bator dans les annĆ©es 20, il entendit des soldats rĆ©volutionnaires chanter :

La guerre de la Shambhala du Nord

Mourons dans cette guerre
Pour renaƮtre
Comme Chevaliers du MaƮtre de Shambhala.

Par Ā« Shambhala du Nord Ā», il faut entendre la Russie-Eurasie. Dans son livre Au cœur de l’Asie, Roerich dĆ©finit Shambhala non tant comme un royaume Ć  venir mais comme un Ć©vĆ©nement – une nouvelle Ć©poque pour l’humanitĆ©, dont Shambhala et BiĆ©lovodia sont des symboles Ć©ternels :

Ā« Vous avez notĆ© que le concept de Shambhala correspond aux aspirations de notre plus sĆ©rieuse recherche scientifique occidentale … Dans leurs efforts, les disciples orientaux de Shambhala et les meilleurs esprits de l’Occident, qui ne craignent pas de regarder au delĆ  des mĆ©thodes dĆ©suĆØtes, sont unis. Ā»

Roerich ne douta jamais du rĆ“le crucial que la Russie jouerait en associant la plus noble sagesse de l’Orient et de l’Occident. En Russie une nouvelle synthĆØse Ć©mergerait et un nouveau jour se lĆØverait pour l’humanitĆ©, ni exclusivement occidental ni complĆØtement oriental, mais vĆ©ritablement eurasien. En 1940, alors que le monde Ć©tait plongĆ© dans la guerre, Roerich discernait les premiĆØres lueurs d’une Nouvelle Ere et Ć©crivait :

Ā« Les Russes ont empilĆ© de grosses pierres. A l’admiration de tous ils ont Ć©difiĆ© non pas une tour de Babel mais une tour russe. Un Kremlin des porteurs de Soleil avec une centaine de tours ! Ecoutez : c’est l’avenir, et comme il est radieux !

Un an plus tard, en 1941, il commentait : Ā« Le monde entier se prĆ©cipite vers ArmaguĆ©don. Tout le monde est troublĆ©. Tout le monde doute de l’avenir. Mais les Russes ont trouvĆ© leur voie et comme un puissant dĆ©luge ils se dirigent vers leur avenir radieux. Ā»

Ā« Vous devez faire attention Ć  Moi, pour Me voir Ā»

L’avenir radieux de l’humanitĆ©, comme Shambhala, est sur le seuil. Un invisible collĆØge d’hommes et de femmes Ć  toutes les Ć©poques et dans toutes les nations l’ont entrevu et ont rĆ©pondu Ć  son appel. Vivant dans les premiĆØres annĆ©es d’un nouveau millenium, nous sommes les tĆ©moins de l’accomplissement d’un ancien plan. De mĆŖme qu’il n’y a pas de jour sans nuit, il n’y a pas non plus de Nouvelle Ere authentique sans sa contrepartie. Et de mĆŖme que l’obscuritĆ© doit faire place Ć  la nouvelle aube, notre actuel Age Obscur disparaĆ®tra dans la grande lumiĆØre de la Ā« Shambhala du Nord Ā».

DerriĆØre l’enchevĆŖtrement des Ć©vĆ©nements des jours actuels, l’ancienne bataille se termine. Ā« En temps de guerre Ā», a dit l’émissaire de l’Atlantisme Winston Churchill, Ā« la vĆ©ritĆ© est si prĆ©cieuse qu’elle doit toujours ĆŖtre entourĆ©e d’un rempart de mensonges Ā». AnimĆ©es par les mĆ©chants Magiciens de l’Atlantide, les sociĆ©tĆ©s secrĆØtes occidentales sont en Ć©tat de guerre occulte contre l’Ordre de l’Eurasie. Nous attendons l’arrivĆ©e de la Nouvelle Ere de Shambhala, l’expulsion des FrĆØres de l’Ombre hors des centres gouvernementaux et financiers de la Terre, et la fin du mauvais karma hĆ©ritĆ© de la nĆ©gativitĆ© de l’Atlantide.

Alice Bailey, qui dĆ©finit Shambhala comme Ā« le centre vital de la conscience planĆ©taire Ā» et la dĆ©crivit dans La seconde venue du Christ, prophĆ©tisa aussi le rĆ“le spĆ©cial de la Russie dans l’avĆØnement de la vĆ©ritable Nouvelle Ere :

Ā« De la Russie … Ć©mergera cette religion nouvelle et magique dont je vous ai si souvent parlĆ©. Elle sera le produit de la grande et imminente Approche qui prendra place entre l’HumanitĆ© et la HiĆ©rarchie. De ces deux centres de force spirituelle, dans lesquels la lumiĆØre rayonna toujours, l’Orient illuminera l’Occident ; le monde entier sera inondĆ© par le rayonnement du Soleil de la Justice. Je ne me rĆ©fĆØre pas ici, concernant la Russie, Ć  l’imposition d’une quelconque idĆ©ologie politique, mais Ć  l’apparition d’une religion grande et spirituelle, qui justifiera la crucifixion d’une grande nation et qui se manifestera et se concentrera en une grande et spirituelle LumiĆØre qui sera proclamĆ©e par un vĆ©ritable reprĆ©sentant russe de la vraie religion – cet homme que de nombreux Russes ont cherchĆ©, et qui sera la justification d’une trĆØs ancienne prophĆ©tie. Ā» (11)

Notes

  1. Arthur Waite, The Real History of the Rosicrucians.
  2. Lettres de H.P. Blavatsky citƩes dans The Occult Establishment par James Webb.
  3. Victoria Le Page, Shambhala : The Fascinating Truth Behind the Myth of Shangri-la.
  4. Alexandre Dugin, De la gƩographie sacrƩe Ơ la gƩopolitique.
  5. Nevill Drury, Dictionary Of Mysticism And The Esoteric Traditions, 1992.
  6. CitƩ dans The Harmonious Circle par James Webb.
  7. Stephen A. Hoeller, Ā« H.P. Blavatsky : Woman of Mystery and Hero of Conciousness Ā», dans The Quest, automne 1991.
  8. Stephen A. Hoeller, « Esoteric Russia », dans Gnosis Magazine, N° 31, printemps 1994.
  9. The Occult in Russian and Soviet Culture, publiƩ par Bernice Glatzer Rosenthal.
  10. Nicholas Roerich, Au Coeur de l’Asie, 1930.(11) Alice Bailey, ProphĆ©ties by D.K.

Cet article est paru dans New Dawn N° 68 (septembre-octobre 2001).  Traduction française de Franz Destrebecq.

Ć  l’ombre des chĆŖnes ou la fin des imposteurs

auteur Ca y est ! le sort en est jetĆ© et la premiĆØre partie de ce qui a occupĆ© une bonne partie de ma vie au cours de ces trente derniĆØres annĆ©es sera disponible en mai – juin 2014. La premiĆØre partie est consacrĆ©e aux faits, simplement les faits indubitables et entĆŖtĆ©s : plus de 300 rĆ©fĆ©rences croisĆ©es afin que les deux vies n’en fassent plus qu’une : celle du savant Jules Violle, gĆ©nial savant Ć  qui l’on doit encore la reconnaissance et celle de l’Adepte trahi et dĆ©tournĆ© aux profits d’intĆ©rĆŖts partisans ou mercantiles. On y trouvera les rĆ©cits de ses expĆ©ditions, le synopsis de ses travaux, une analyse de son entourage proche et l’explication de ses dĆ©couvertes Ć  la lumiĆØre de la science de l’Ć©poque et Ć  la lumiĆØre de ses propres commentaires au travers des deux oeuvres lĆ©gendaires. La seconde partie analyse la rĆ©ception de l’oeuvre et la construction progressive du mythe. Mais grĆ¢ce aux archives et grĆ¢ces aux veilleurs, il n’est pas de vĆ©ritĆ© qui ne finisse par projeter sa lumiĆØre, d’une part une lumiĆØre crue sur toutes impostures et d’autre part une lumiĆØre plus spectrale sur les mĆ©canismes de la Tradition et de sa filiation. Vous pensiez avoir compris : et bien dĆ©trompez vous car vous n’ĆŖtes pas au bout de vos surprises !

Devoir de mĆ©moire : ainsi nous avons rempli notre contrat et serment, contrat moral que nous devions Ć  ses hĆ©ritiers et descendants, serment alors que n’avions que 16 ans Ć  peine, pris envers le pĆØre von Korvin Krazisnski (en fait le le prince Cyril Krazynski) lors de notre sĆ©jour Ć  l’abbaye bĆ©nĆ©dictine de Maria Laach (Allemagne) .- Voir les secrets de la Tara Blanche. Reconnaissance envers cet homme que d’aucun appellerait un S:. I:. et qui nous a affranchi le regard et appris Ć  voir ! et reconnaissance Ć  la famille de l’Adepte qui a bien voulu m’ouvrir ses archives.

jules_violle3fulcanelli@publipole.com

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Les vacances charentaises de Jules Violle alias Fulcanelli

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Ici en grand pĆØre heureux avec ses petits enfants dont Lucie

C’est en Charente maritime que le savant aimait venir se reposer avec ses enfants et petits enfants. Sur la carte ci dessous nous avons reportĆ© en bleu les lieux professionnels, puis en rouge les sites dĆ©crits dans les »Demeures philosophales » Ć  l’exception de deux cercles jaune : Hendaye et Dammartin sur tigeaux. La carte en haute rĆ©solution sera prĆ©sentĆ©e dans l’ouvrage en prĆ©paration pour Mai 2014. La voiture Ć©tant rare on peut imaginer que c’est en train que ce petit monde se dĆ©plaƧait, une carriole ou guimbarde venait ensuite les chercher Ć  la gare avec les malles. Une simple statistique (incontestable) montre un Ć©picentre en provenance de Dijon englobant Langres et ses alentours, puis Paris. Entre Paris et Dijon il existe une myriade de petits points Ć  reporter dans un triangle Sens, Auxerre et Chaumont (notes et rĆ©fĆ©rences) et c’est un peu normal puisque ce triangle est Ć©quidistant de Paris et du domicile natal. En gĆ©nĆ©ral le lieu de villĆ©giature se situait sur la cĆ“te atlantique et c’est ainsi que le MaĆ®tre pu vĆ©rifierĀ  ou nouer des contacts avec les propriĆ©taires ou autres conservateurs : Dampierre sur Boutonne, Nantes, Saintonge, Terre neuve, Saint Hilaire de Melle etc … Nous aurons l’occasion d’y revenir. Les indications donnĆ©es par le disciple auto-proclamĆ© Canseliet sont Ć  mettre en rapport avec Julien Champagne mais ne concerne en rien l’Adepte qui ne se rendit Ć  Marseille qu’une seule fois pour embarquer. Il s’agit de son expĆ©dition africaine relatĆ© dans le cahier no 3.

ps : cette carte n’est pas complĆØte car il nous restait Ć  signaler le chevalier ornant le porche de l’Ć©glise Saint Hilaire de Melle situĆ©e Ć  Poitiers et situĆ© exactement sur le parcours Dijon La Rochelle.

topographie_fulcanelli

Cliquer sur la carte pour agrandir

Note : nous apprenons qu’il reste encore des charognards pour oeuvrerĀ  en toute impunitĆ© et piĆ©tiner la mĆ©moire du MaĆ®tre : je pense Ć  ce misĆ©rable ramassis de stupiditĆ©s produit par un certain Loevenbruck ! c’est aussi en partie Ć  cause de ces plumitifs sans vergogne que nous avons dĆ©cidĆ© de faire la lumiĆØre sur la biographie de l’Adepte. JK

jules_violle3Souscription ici en suivant ce lien

Fulcanelli, Newton et Albert Einstein : la leƧon du MaƮtre (2)

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La Force

Pour ne pas lasser inutilement nos lecteurs, nous n’abordons pas ici la suite du prĆ©cĆ©dent article car celle-ci le sera de faƧon plus complĆØte dans notre ouvrage Ć  paraitre. On y trouvera en particulier les thĆØmes suivants : Principe d’inertie et principe des mouvements relatifs,Ā  dĆ©duction du second principe de Newton,Ā  SynthĆØse du systĆØme Violle en matiĆØre de physique et diffĆ©rentes considĆ©rations sur ses apports Ć©pistĆ©mologiques Ć  la Science, mais en voici la principale conclusion.

Les origines de la thĆ©orie de la relativitĆ© restreinte : il existe une interprĆ©tation habituelle sur les origines de cette thĆ©orie : elle fait dĆ©duire l’Ć©laboration d’Einstein du problĆØme –Ā  ainsi que le dit StachelĀ  – Ā Ā« de l’Ć©chec des expĆ©riences faites pour dĆ©couvrir le mouvement de la Terre dans l’Ć©ther Ā». Cette interprĆ©tation veut que la rĆ©volution de la physique attribuĆ©e Ć  la relativitĆ© restreinte, soit nĆ©e comme un fruit de gĆ©nie apparu dans la pensĆ©e d’un grand scientifique, sollicitĆ© par des expĆ©riences prĆ©cises.

En rĆ©alitĆ© Einstein ne s’Ć©tait pas posĆ© le problĆØme de l’existence l’Ć©ther comme systĆØme de rĆ©fĆ©rence absolu. Ceci est affirmĆ© par G. Holton : ce n’est pas l’Ć©chec de l’expĆ©rience de Michelson-Morley qui est Ć  l’origine de la relativitĆ© restreinte. D’autre part Einstein lui-mĆŖme rappellera qu’il dĆ©sespĆ©rait Ā« de la possibilitĆ© de dĆ©couvrir les vrais lois au moyen de tentatives basĆ©es sur des faits connus Ā», parmi lesquels il faut compter l’Ć©chec de l’expĆ©rience de Michelson-Morley.

Si l’origine de la thĆ©orie ne se trouve pas dans des faits expĆ©rimentaux nouveaux, c’est Ć©videmment que le milieu culturel dans lequel vivait Einstein a eu un rĆ“le dĆ©terminant. A ce propos, nous savons que, plusieurs fois, Einstein a affirmĆ© que pour lui le livre de E.Mach avait Ć©tĆ© trĆØs important. Ce livre date de la mĆŖme Ć©poque (1883) que l’Ć©dition franƧaise du livre de Violle. Pourquoi Einstein ne cite-t-il jamais ce dernier ?

Remarquons que Mach Ć©tait trĆØs connu ; son livre a inaugurĆ© l’histoire critique de la physique. On notera que Mach critiquait les concepts fondamentaux de la mĆ©canique newtonienne, espace absolu et temps absolu, et voulait les Ć©liminer pour proposer un autre fondement.

Au contraire,Ā  le livre de Violle est un texte didactique qui ne s’Ć©tendait pas trop sur la critique des fondements. C’est peut-ĆŖtre Ć  cause des carences du texte de Violle, qui Ć©tait de plus beaucoup moins connu que Mach, qu’Einstein ne le cite jamais ; ou peut-ĆŖtre parce que de la lecture de Violle il Ć©tait passĆ© aussitĆ“t Ć  celle de Mach qui lui est restĆ© plus prĆ©sent Ć  la mĆ©moire, parce que ce livre Ć©tait plus Ć©tendu et plus souvent citĆ© dans les dĆ©bats.

Toutefois on remarquera que, sur les fondements de la mĆ©canique, Violle a un point de vue diffĆ©rent de Mach. Tous les deux considĆØrent l’Ć©quation F = ma comme une identitĆ© et sont contraires Ć  l’espace et au temps absolus. Mais Mach, en cherchant une nouvelle formulation de la mĆ©canique, ne travaille pas techniquement avec les systĆØmes de rĆ©fĆ©rence, alors qu’au contraire ce type de travail caractĆ©rise le fondement de Violle – c’est apparemment un cas unique parmi tous les textes de l’Ć©poque – (une autre diffĆ©rence profonde entre les deux auteurs est que Mach utilise le 3° principe pour dĆ©finir la masse, alors qu’au contraireĀ  Violle utilise le principe d’inertie pour dĆ©finir la force).

On peut donc Ć©mettre l’hypothĆØse que c’est seulement du livre de Violle (et non de Mach) qu’Einstein a tirĆ© (consciemment ou non) une formulation technique des systĆØmes de rĆ©fĆ©rence en mĆ©canique, entendue comme une thĆ©orie qui peut ĆŖtre fondĆ©e sur le principe de la relativitĆ©. Autrement dit, le fait qu’Einstein ne mentionne jamais le livre de Violle signifie que, ou bien Einstein n’a pas pris conscience de l’importance et de la nouveautĆ© de la formulation de Violle par rapport Ć  la tradition newtonienne et aussi par rapport Ć  Mach, ou bien qu’il a fait le silence sur un Ć©vĆ©nement important de sa formation culturelle, et en consĆ©quence aussi sur un passage dĆ©cisif de la genĆØse de sa thĆ©orie de la relativitĆ© restreinte. On ne saurait comprendre autrement, sur quelle tradition physique (et non Ć©pistĆ©mologique) s’appuie Einstein, quand il affirme la relativitĆ© des mouvements, dans son article de 1905.

Voici donc le dĆ©roulement et la genĆØse de cette idĆ©eĀ  : la formulation de la mĆ©canique de Violle a donnĆ© Ć  Einstein les Ć©lĆ©ments initiaux pour sa profonde critique des concepts basilaires de la mĆ©canique classique et surtout lui a indiquĆ© une voie pour rĆ©soudre les Ā« asymĆ©tries [de l’Ć©lectrodynamique de Maxwell] qui semblaient ne pas ĆŖtre cohĆ©rentes avec les phĆ©nomĆØnes Ā», parce que celles-ci ne respectaient pas la relativitĆ© des mouvements.

Cette hypothĆØse semble ĆŖtre confirmĆ©e par la faƧon dont il rĆ©digea son fameux article de 1905. Puisqu’il avait appris du livre de Violle que le principe de relativitĆ© concernait les lois mĆ©caniques pour les systĆØmes de rĆ©fĆ©rence dans les mouvement relatifs, il Ć©tait naturel pour lui de se demander s’il Ć©tait valable aussi pour les phĆ©nomĆØnes Ć©lectrodynamiques. Cette demande peut avoir motivĆ© Einstein Ć  enquĆŖter sur les Ā« asymĆ©tries Ā» de l’Ć©lectrodynamique, concernant prĆ©cisĆ©ment le mouvement relatif des objets. (Ou bien, au moment où Einstein s’est trouvĆ© devant ces anomalies, il s’est tournĆ© tout de suite vers le principe de relativitĆ© qui lui Ć©tait connu par le livre de Violle.)

Einstein en fait est incitĆ© Ć  Ć©tendre le principe de relativitĆ©, Ć©noncĆ© par Violle dans le cadre seulement de la mĆ©canique, Ć  toute la physique thĆ©orique. De fait il se demande – toujours dans l’article de 1905 – si Ā« pour tous les systĆØmes de coordonnĆ©es pour lesquels sont valables les Ć©quations de la mĆ©canique, doivent valoir aussi les mĆŖmes lois Ć©lectrodynamiques et optiques Ā». Enfin cela semble ĆŖtre l’intention de son Ć©crit, car il dit lui-mĆŖme: Ā« Nous voulons Ć©lever cette hypothĆØse (le contenu de laquelle sera dit Ā« Principe de la RelativitĆ© Ā») au rang de prĆ©supposĆ© fondamental Ā».

Dans ces paroles il est Ć©vident que pour Einstein la thĆ©orie fondĆ©e sur le principe de la relativitĆ© Ć©tait la mĆ©canique (bien entendu classique). Pour lui ce seul fait Ć©tait certain. Et ce fait il ne pouvait l’avoir appris que de Jules Violle.

Fulcanelli, Newton et Albert Einstein : la leƧon du MaƮtre

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Le feu Mercuriel. On a souvent opposĆ© Henri PoincarĆ© Ć  Albert Einstein dans le genĆØse de son systĆØme ayant aboutit Ć  la formule graalique que tout le monde connait, mais il serait plus juste et plus sĆ»r de citer son prestigieux prĆ©dĆ©cesseur sans lequel il n’aurait pas Ć©laborĆ© son concept de relativitĆ© restreinte, Ć  savoir Jules Violle alias Fulcanelli. C’est ce que nous allons aborder ici de faƧon introductive.

Introduction : on a beaucoup discutĆ© sur le problĆØme de la genĆØse de la thĆ©orie de la relativitĆ© restreinte. Nous avons l’intention de proposer ici unĀ  autre parcours sur les Ć©ventuels apportsĀ  qui ont portĆ© Einstein Ć  modifier radicalement les lois traditionnelles de la mĆ©canique.

Cette hypothĆØse est nĆ©e d’une remarque de J. Stachel : en 1895 Einstein, Ć  l’age de 16 ans, s’Ć©tait prĆ©parĆ© pour l’examen d’admission Ć  l’ETH (Ecole Polytechnique de Zurich) en Ć©tudiant la mĆ©canique sur l’Ć©dition allemande (1892) du livre du franƧais J.Violle.

Stachel Ć©galement a remarquĆ© l’importance de ce livre : Ā« Violle fonde son traitĆ© de mĆ©canique sur le principe des mouvements relatifs en mĆŖme temps que sur le principe d’inertie Ā» (p.2.59). Pour cette raison selon Stachel Ā« le principe de la relativitĆ© en mĆ©canique classique Ć©tait trĆØs probablement familier Ć  Einstein Ā» (p.258). Einstein lui-mĆŖme prĆ©cisĆ©ment l’a notĆ© en marge de la page 90 qui correspond aux pp. 99-100 de l’Ć©dition franƧaise (dĆ©finition de la masse et Ć©noncĆ© du principe F = ma). Cependant ni Stachel, ni aucun autre ne semblent avoir prĆŖtĆ© plus d’attention Ć  ces faits.

Selon la plupart des gens le travail d’Einstein en 1905 est considĆ©rĆ© comme celui qui a marquĆ© la naissance des symĆ©tries en physique thĆ©orique. C’est seulement aprĆØs Einstein, quand les principes d’invariance se sont imposĆ©s au premier plan de la scĆØne, qu’on s’est intĆ©ressĆ© au rĆ“le du principe de la relativitĆ© en mĆ©canique classique, en en faisant les prĆ©misses de la premiĆØre loi de Newton. Ce prĆ©tendu primat d’Einstein vient confirmer la grande importance que le texte de Violle a eu sur lui, en ce sens que celui-ci semble avoir aidĆ© Einstein Ć  concevoir la thĆ©orie de la relativitĆ© restreinte.

Le cours « Violle » prĆ©sente un certain nombre de nouveautĆ©s dont il convient de faire une brĆØve synthĆØse des principes et thĆ©orĆØmes fondamentaux sur lesquels Violle base la formulation de la mĆ©canique. Nous pourrons ainsi mettre en relief les traits saillants des innovations de ce texte par rapport Ć  la solide tradition newtonienne qui a dominĆ© la mentalitĆ© des physiciens jusqu’Ć  la fin du XIX° siĆØcle. De fait ce livre, en lui-mĆŖme, constitue une intĆ©ressante proposition alternative Ć  la faƧon dont Newton a formulĆ© les principes et concepts fondamentaux de la mĆ©canique. En outre nous verrons ce en quoi il a pu contribuĆ© Ć  la genĆØse de la relativitĆ© restreinte dans la pensĆ©e d’Einstein.

La statique selon J.Violle.

Le premier chapitre du livre est intitulƩ MƩcanique ; dans ce chapitre sont traitƩs, selon la succession habituelle, la CinƩmatique, la Statique et la Dynamique.

Donnons quelques dĆ©finitions de CinĆ©matique et de Statique pour mettre en Ć©vidence les relations que Violle pose entre ces deux derniĆØres et la Dynamique ; ceci nous permettra de remarquer son degrĆ© d’approfondissement des fondements de la mĆ©canique selon une Ć©cole de pensĆ©e diffĆ©rente de celle de Newton.

Ā« 18. DĆ©finition de la cinĆ©matique. La cinĆ©matique (mouvement) ou science du mouvement considĆ©rĆ© en lui-mĆŖme, indĆ©pendamment de ses causes, est une branche purement rationnelle de la mĆ©canique, […]. A l’idĆ©e d’espace, seule base de la gĆ©omĆ©trie, celle-ci ajoute uniquement l’idĆ©e de temps, et de la combinaison de ces deux idĆ©es fondamentales celle-ci en tire les lois nĆ©cessaires du mouvement Ā». (p.32).

Ć  suivre dans la seconde partie