Les sources hyperboréennes de la Tradition Primordiale

« Nous pourrions citer encore, en ce qui concerne la « contrée suprême », bien d’autres traditions concor­dantes; il est notamment, pour la désigner, un autre nom, probablement plus ancien encore que celui de Paradêsha : ce nom est celui de Tula, dont les Grecs firent Thulé; et, comme nous venons de le voir, cette Thulé était vraisemblablement identique à la primi­tive « île des quatre Maîtres ».  (…)  . On sait que la Tula mexicaine doit son origine aux Toltèques; ceux-ci, dit-on, venaient d’ Aztlan, « la terre au milieu des eaux », qui, évidemment, n’est autre que l’Atlan­tide, et ils avaient apporté ce nom de Tula de leur pays d’origine; le centre auquel ils le donnèrent dut probablement remplacer, dans une certaine mesure, celui du continent disparu. Mais, d’autre part, il faut distinguer la Tula atlante de la Tula hyperbo­réenne, et c’est cette dernière qui, en réalité, repré­sente le centre premier et suprême pour l’ensemble du Manvantara actuel; c’est elle qui fut l’ « île sacrée » par excellence, et, ainsi que nous le disions plus haut, sa situation était littéralement polaire à l’origine. » in René Guénon, le Roi du Monde

en sombre l’ancien continent effondré de la Tulé aujourd’hui sous les eaux et haut lieu de la civilisation hyperboréenne.

Dans les milieux  guénoniens on se réfère volontiers à la Tradition primordiale de même qu’à la civilisation hyperboréenne ainsi qu’au Symbole polaire sans que l’on sache trop de quoi l’on parle. S’agit-il de notions et de concepts qui recouvrent un « Mythe de la fondation » ou un mythe mobilisateur ?

Dans son  livre fondamental, Révolte contre le Monde moderne, Julius Evola  nous parle de tout cela dans la première partie qui se réfère au Monde de la Tradition, sans toutefois trop se soucier des bases scientifiques concrètes qui l’auraient fondées. Bien plus, Evola récuse ces bases car pour lui « la Tradition commence là où, un point de vue supra-individuel et non humain ayant été atteint, tout ceci (le point de vue de la science) peut être dépassé ». Et d’ajouter: “En particulier il n’existe, en fait de mythe, que celui que les modernes ont construit sur le mythe, en le concevant une création de la nature primitive de l’homme, et non comme la forme propre à un contenu suprarationnel et supra-historique. On se souciera donc peu, de discuter et de démontrer. Les vérités qui peuvent faire comprendre le monde traditionnel ne sont pas de celles qui s’apprennent et se discutent. Elles sont ou ne sont pas. Dans la note 6 en bas de page, qui se trouve à la fin de cette citation, Evola fait appel à un témoignage de Lao-Tzé de même qu’à un texte traditionnel hindou dont il relève la phrase suivante : « Tous les livres qui n’ont pas la Tradition pour base sont sortis de la main de l’homme et périront: cette origine démontre qu’ils sont inutiles et mensongers. »

On le sait, René Guénon et Julius Evola nous ont mis en garde contre les erreurs et les errances du spiritualisme occidental contemporain qui ont principalement conduit à la théosophie et à l’anthroposophie, sans oublier divers courants mystiques à vocation exotiques néo-orientaux.

Mais voici que de ce même Orient nous est venue une voix très rigoureuse et exigeante, elle, pour nous parler des origines de la Tradition primordiale, non seulement de ses origines, mais aussi du sens de cette Tradition. Cette voix est celle de Lokamanya Bâl Gangâdhar Tilak, dans son livre Origine polaire de la tradition védique, qui porte en sous-titre Nouvelles clés pour l’interprétation de nombreux textes et légendes védiques.

Comme la fait remarquer Jean Remy, un des deux traducteurs de la version française de cet ouvrage, parue en 1979 aux Editions Arché, La version originale de ce livre était parfaitement connue de René Guénon et constituait sans doute, à en juger par sa correspondance, la principale source sur laquelle il s’appuyait pour affirmer l’origine hyperboréenne et polaire de la Tradition primordiale. Ce fait est d’ailleurs confirmé, ajoute Jean Remy, par une réponse à un article de Paul Le Cour, animateur de la revue Atlantis, publiée dans Le Voile d’Isis d’octobre 1929.

Lokamanya Bâl Gangâdhar Tilak

Tout en n’étant pas un Hindou occidentalisé, Tilak n’en a pas moins fait appel à tout ce que la science occidentale a pu lui apporter comme lumières pour concevoir et écrire le livre dont nous tenterons de donner ici un aperçu.

Tilak, apprenons-nous dans l’Introduction de Jean Remy, a été, bien avant le Mahatma Gandhi, un nationaliste hindou qui a consacré toute sa vie à la défense de la tradition culturelle de son pays. A ce titre il fut un des principaux animateurs du parti du Congrès et comme tel il eut à subir les persécutions de l’administration britannique de l’Inde, aussi est-ce en prison que Tilak a en grande partie écrit le livre qui fait l’objet du présent entretien. Rédigé vers les années 1898, ce livre ne parut toutefois qu’en 1903, car Tilak avait voulu vérifier au préalable toutes les données de son travail que l’on peut vraiment considérer comme révolutionnaire quant à la connaissance de l’origine hyperboréenne des peuples indo-européens. Tilak « a en fait ouvert une voie qui n’a fait que se renforcer en Inde: la confrontation des théories traditionnelles aux données de la science moderne ».

La thèse principale de l’ouvrage de Tilak est donc que les Indo-Européens ont eu pour berceau commun une zone s’étendant à l’intérieur du cercle arctique avant la dernière glaciation qui doit avoir eu lieu entre le douzième et le neuvième millénaire avant notre ère.

Mais au XVIIIe siècle, l’astronome français Jean-Sylvain Bailly (1736-1793) avait déjà suggéré qu’un peuple in connu, installé jadis dans l’estuaire du fleuve sibérien Obi, à hauteur du cercle polaire, aurait peu à peu remonté ce fleuve et ses affluents en direction des monts Altai, c’est-à-dire vers le Sud et donc vers des climats plus chauds. Bailly voyait déjà dans ce peuple l’élément commun à des traditions apparemment si diverses que celles des Phéniciens, des Égyptiens, des Grecs et d’autres peuples d’Asie (en particulier Perses et Indiens), comme nous le rappelle Jean Remy, pour conclure que l’exposé de Bailly précédait de près d’un siècle et demi celui de Tilak qui ignorait d’ailleurs tout de la thèse de son prédécesseur français.

Alors que Bailly était arrivé à sa thèse en étudiant les tables chronologiques et astronomiques indiennes rapportées en France par divers explorateurs et missionnaires de son temps, Tilak, lui, était arrivé à des conclusions à peu près identiques en se heurtant à certains points obscurs et encore demeurés inexpliqués jusque là dans plusieurs hymnes védiques ainsi que dans d’autres textes hindous qui en découlent.

En réalité, comme le dit Tilak dans la Préface de son livre, celui-ci avait été précédé, en 1893, par un autre ouvrage intitulé Orion ou Recherches sur l’antiquité des Védas. Rappelons dès lors que la période appelée par Tilak “période d’Orion” est celle où le soleil se trouvait, au moment de l’équinoxe de printemps, dans la constellation d’Orion, c’est-à-dire aux environs du quatrième millénaire avant notre ère, époque vers laquelle l’on commença vraisemblablement à mettre par écrit la littérature védique. Notons en passant que pour la plu part des hindouistes cette rédaction ne serait commencée que deux millénaires plus tard.

On sait, en effet, qu’à l’époque dite des brâhmanes, c’est-à-dire vers -2.500 ans, l’équinoxe s’était déjà déplacée vers la constellation des Pléiades ou, en termes védiques, vers celle des Krittikas. Et comme on sait que les Védas, sont l’œuvre des brâhmanes on voit les fluctuations, quant à la datation de ces dernières.

 

Voir ici

Donnons en préambule et en quelques mots les points obscurs et non expliqués des Védas, notamment ces nuits et ces jours des dieux qui durent chacun six mois, donc ensemble toute une année, et cela dans un pays où, tout comme chez nous, les nuits et les jours ne durent ensemble que vingt-quatre heures. Donc, Tilak ne s’est pas seulement heurté à la nuit des dieux (chap. IV de son livre), mais aussi aux  aubes védiques (chap. V), aux mois et saisons védiques (chap. VII), de même qu’aux mythes védiques des  eaux captives (chap. IX) et des divinités matutines (chap. X). Au chapitre VIII; il s’est même heurté au mystère de la marche des vaches.

Devant tous ces mystères, les investigations de Tilak n’ont pu que le conduire à situer l’origine des traditions védiques non pas, comme Bailly, à l’embouchure du fleuve Obi, mais bien au-delà du cercle polaire, vers des parages proches du Pôle Nord, actuellement recouverts des glaces éternelles.

Embouchure de la mer de Kara donnant sur le fleuve Obi

Comment Tilak a t-il pu situer le berceau de la tradition védique, c’est-à-dire de la Tradition primordiale en ces lieux de la plus grande désolation climatique actuelle?

Par un constat tout d’abord et c’est en se rendant compte que les longs jours de six mois et les longues nuits d’autant de mois, de même que les interminables aubes des récits védiques ne se retrouvent qu’au-delà du cercle polaire et en des lieux fort proches du Pôle Nord. Mais ces lieux ont-ils jadis pu être habitables pour un peuple déjà suffisamment évolué que pour avoir pu créer toute une civilisation capable de concevoir une métaphysique aussi complexe que celle de la Tradition primordiale ? Tilak y a répondu par l’affirmative, et c’est pour ce faire qu’il a eu recours à toutes les disciplines scientifiques modernes qui pouvaient étayer sa thèse, soit la géologie, la paléontologie, l’archéologie préhistorique, la linguistique comparée, l’astrologie, etc. Il a pu en arriver ainsi à des conclusions qu’il a résumé lui-même dans les treize points que voici qui concernent principalement l’Europe :

à suivre

 

 

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