
Rosslyn Chapel
Rite du mot de maçon et le Graham
L’histoire du métier retracée par le Graham est une allégorie de l’histoire du calvinisme en Grande-Bretagne aux XVI°-XVII° siècles, c’est à dire une histoire de l’édification de l’Église calviniste (d’abord presbytérienne puis finalement également épiscopalienne) qui connut des périodes alternées d’exode (durant les règnes hostiles au calvinisme) et de libre expression (durant les règnes favorables au calvinisme). Cette signification proprement calviniste de l’histoire du métier tracée par le Graham permet de comprendre en quoi les auteurs de ce catéchisme anglais du Mot de maçon avaient assimilé l’exemple du langage allégorique des Anciens devoirs anglais (qui l’utilisaient pour évoquer les origines salomoniennes de l’art gothique, ainsi que les origines gothiques du compagnonnage français et de la franc-maçonnerie anglaise), et avaient utilisé ce même mode allégorique d’expression pour exprimer des réalités totalement nouvelles : les étapes et les vicissitudes de l’histoire du calvinisme en Grande-Bretagne.
Le thème de la triple voix
Même si le thème de la triple voix a pu être dans le Graham un écho de la pratique qui consistait dans une loge à confier par prudence le tronc des pauvres à trois officiers de la loge, il n’en reste pas moins que ce thème a dans le Graham une signification qui dépasse le simple cadre de cet usage pratique. En effet le calvinisme de ce catéchisme maçonnique éclaire le sens du thème de la triple voix, thème récurrent dans ce catéchisme symbolique où il apparaît à quatre reprises.
- D’abord le Graham affirme que le maçon doit obtenir le secret d’une façon légitime en le recevant « d’une triple voix », c’est à dire en étant reçu apprenti, passé compagnon et élevé maître dans trois loges distinctes.
- Ensuite il soutient que le maître maçon « devrait avoir une parole trois fois puissante lorsqu’il enseigne nos secrets en homme brillant, parce que nous croyons en un pouvoir oratoire supérieur.
- Puis il rapporte que les trois fils de Noé trouvèrent le secret du pouvoir de prédicateur de leur père en prononçant sur sa tombe trois paroles qu’ils considérèrent comme puissantes.
- Et enfin il souligne que Betsalel consentit à enseigner la noble science aux deux frères du roi Alboyne à condition qu’ils la transmettraient à un tiers en joignant leurs voix.
Comment comprendre dans le contexte calviniste de ce texte la quadruple récurrence de ce thème de la triple voix ? Il semble que dans le Graham ce thème ait une triple signification ecclésiologique, trinitaire et psychologique.
Comme nous l’avons déjà mentionné, le troisième grade comporte des « clés » figuratives qui amorcent le processus nécessaire à l’élucidation des secrets conservés dans la chapelle de Rosslyn suite à la destruction de l’abbaye de Kilwinning . On y rapporte aussi comment le Temple de Salomon fut construit pour permettre à la lumière de la Shekinah d’y pénétrer, des secrets peut-être trouvés dans les manuscrits esséniens :
Qui est Betsalée ? Betsaléel fut l’artisan inspiré du Saint Tabernacle qu’il construisit pour abriter l’Arche d’Alliance et permettre à la lumière de la Divine Shekinah de resplendir sur elle. Son plan devint ensuite le modèle du Temple du roi Salomon et suit celui qui fut donné par Dieu sur le Mont Horeb à Moïse, lequel fut plus tard le Grand Maître de la Loge d’ Israël.
Cette faveur fut indiquée aux Frères par l’apparition à l’Orient de la Divine Shekinah qui représente la Gloire de Dieu sur le Mont Sinaï lors de la révélation. Plus loin, dans le même rituel, on mentionne le fait que l’ illumination de la Shekinah n’est pas nécessairement un événement régulier ou prédictible. Le rituel avertit que Dieu peut retirer ce signe de sa faveur, s’il le veut :
Lors de la consécration du Saint Tabernacle, et plus tard lors de la dédicace du Temple du Seigneur par le roi Salomon, la Divine Shekinah descendit de sorte que sa lumière vint sur l’Arche, ou Trône de Grâce, qui se tenait dans la Saint des Saints, couverte par les ailes des Chérubins, où elle apparut pendant plusieurs générations, jusqu’à ce que les Israélites se montrent infidèles au Très Haut. De même, la lumière de la Maçonnerie peut être retirée à quiconque se montre infidèle envers son Dieu !
LE RITUEL

Après avoir donné la poignée de main ou attouchement lors de l’initiation, le VM demande :
– Qu’est ceci ?
– L’attouchement de reconnaissance ou poignée de main de l’apprenti
– Qu’exige-t-il ?
– Un Mot
– Donnez-moi ce Mot
– Etc……… et ce jusqu’à transmission du Mot d’apprenti.
Ces quelques lignes sont lues lors de l’initiation au Rite Standard d’Écosse mais se retrouvent sous des formes approchantes dans d’autres Rites. Elles ont une origine et ne sont pas apparues dans notre maçonnerie spéculative, ex nihilo, et ont pour but l’identification.
Ce même protocole est effectué lors des degrés suivants. On touche là aux prémices de ce que fut et sera pour l’éternité, un des piliers de la Franc- Maçonnerie : le Mot de Maçon. Quel que soit le degré en loge symbolique ou au Chapitre, le même rituel est répété sans cesse. Oui, il s’agit bien d’un vrai rituel à part entière, d’un rituel de reconnaissance.
Cette histoire débute en Ecosse. La datation exacte de la naissance du Mot de Maçon est un peu floue, sa signification initiale étant entourée de mystères. Diverses archives retrouvées çà et là en Ecosse ou en Angleterre, nous mettent sur la piste. Nous sommes entre le 16ème et le 17ème siècle et l’on sait déjà que William Schaw[1] dans ses Statuts l’évoque simultanément à l’acquisition de l’Art de la Mémoire[2]. On parle là du plus ancien texte publié dans le cadre de la future maçonnerie spéculative.
Ce Mot de Maçon pose les bases des rituels dits d’identification ou d’admission et est reproduit dans « Edinburgh Register House Manuscript MS. 1696». Sa datation la plus probable serait de 1637. La première partie de ces rituels, comme nous l’avons vu, servait surtout à la reconnaissance réciproque des maçons. Cela se faisait par un jeu de questions-réponses entre l’interrogateur et le candidat. La deuxième partie donne le déroulement de la cérémonie d’« admission » de l’époque, cérémonie elle-même très simple et bien loin de nos rituels contemporains plus alambiqués et où était transmis le Mot. Ce manuscrit était sous-titré : « Quelques questions que les francs-maçons ont l’habitude de poser à ceux qui professent avoir le Mot avant de les reconnaitre »[3].
Q : Etes-vous maçon ?
R : Oui
Q : Comment le connaitrai-je ?
R : Vous le connaitrez en temps et lieu convenables etc…
En Ecosse, en cette fin de 17ème et début de 18ème siècle, une augmentation très marquée de l’entrée des non-opératifs dans les Loges Schaw peut expliquer ces rituels couchés par écrit quand jusqu’alors ils n’étaient transmis qu’oralement. Ils concernaient aussi bien l’Entered Apprentice que le Fellow Craft[4]. On sait déjà que William Schaw dans ses Statuts en parlait simultanément à l’acquisition de l’Art de la Mémoire.

Tableau de Loge de Kirkwall[5] (Orcades, Ecosse) du XVème siècle.
L’apparition du terme Mot de Maçon ne s’est pas faite par le truchement des maçons eux-mêmes, mais par l’intermédiaire de personnes de la société civile, d’écrits publiés, de divulgations. La première fois il était associé aux idées de Rose Croix[6], d’invisibilité et de « double vue ». Une part de mystère, de mysticisme, d’ésotérisme et d’interdit religieux accompagnait tout cela ; nous étions aux alentours de 1650. La Scots Kirk[7] presbytérienne qui dirigeait la pensée religieuse et le pouvoir en Ecosse, veillait à l’application rigoureuse et rétrograde d’une grande discipline, en rapport au mode de pensée presbytérien[8]. Mais doucement, ils furent convaincus (on ne sait comment !!) que le mystère lié au Mot de Maçon n’intercédait en rien dans la croyance presbytérienne. Il est d’ailleurs possible que le rituel du Mot du Maçon ait une origine calviniste presbytérienne et ait été mis en place à l’origine à la demande de William Schaw par la Loge de Kilwinning[9], ceci pouvant expliquer cela. D’ailleurs, de nombreux bruits, disaient que depuis des temps immémoriaux de l’église d’Ecosse, nombreux parmi ceux qui en faisaient partie possédaient le Mot de maçon et là, nous sommes aux environs de l’an 1600. Cette église avait essayé, en vain, de détruire les Loges maçonniques et William Schaw avait réussi à la persuader que rien de religieux ne figurait dans les rituels. Certains esprits éclairés de l’époque luttaient contre l’obscurantisme du Presbytère, qui affirmait que la magie et la sorcellerie étaient la seule explication possible à tout ce qu’ils ne comprenaient pas.
Tous finirent par comprendre enfin que le Mot de Maçon ne rendait pas invisible, mais permettait uniquement à des gens le connaissant, de se repérer entre eux. Fin du dit mystère !! On retrouva ensuite vers 1660, divers contrats faits à des apprentis, disant que le Mot de Maçon leur serait communiqué après leur entrée en Loge.
Les colonnes présentes sur un tapis de Loge d’esprit Noachite.
La détention du Mot de Maçon faisait du nouvel entrant un homme libre de pratiquer le Métier en compagnie d’autres Maçons possédant également le Mot et ayant reçu le rituel d’initiation.
La révélation des mots secrets était le point le plus important du rituel. Et la forme du mot prenait bien sa source dans la Bible où il est question du Verbe, principe divin qui devait guider le maçon sur son chemin. En faisant référence au Verbe et appelant simplement leurs secrets, Mot de Maçon, les maçons faisaient appel à une forte connotation de vérité suprême et de mystères.
Comme nous venons de le voir, les premiers rituels d’instruction sont bien antérieurs aux premières versions qui furent éditées à Londres autour de 1720. Le Register House Manuscript est daté de 1696. Ce rituel se compose de deux parties : une première avec questions réponses s’assurant de l’identité de l’autre par l’utilisation de mots secrets, une deuxième étant la cérémonie d’initiation.
Deux autres manuscrits, contemporains du Register House comme le Chetwode Crawley et le Kevan, semblent tous trois issus, par de nombreuses similitudes, d’un même original perdu. On ne connait pas non plus l’origine de leur histoire. On commença donc à utiliser des instructions écrites à la demande même de certaines Loges comme à Aberdeen en 1699. Deux autres manuscrits, le Sloane et le Dumfries n°4 sont postérieurs et donnent un peu plus de détails sur les cérémonies. Le Sloane est Ecossais mais montre une petite influence anglaise et le Dumfries n°4 augure déjà, début XVIIIème siècle, de ce que sera cérémonie et symbolisme plutôt que pratiques ancestrales.
Ce qui suit, représente les prémices, la base de ce que seront les rituels maçonniques ultérieurs. On y reconnaitra ce qui est vécu lors des cérémonies d’initiation.
Le candidat devait s’agenouiller ; il était menacé d’être exécuté, à grands renforts de peur et d’humiliation s’il révélait la moindre parcelle de ce qu’il verrait ou entendrait. Il prêtait serment de ne rien dévoiler, graver, décrire, tracer, dire à tout profane. Puis il était accompagné à l’extérieur où le dernier apprenti entré lui enseignait les mots et les signes. Il se présentait lors de son retour et faisait le signe pénal, c’est-à-dire montrait que l. g.e lui serait c.e. Puis le Mot circulait de l’un à l’autre et le Maitre de la Loge le donnait au nouvel apprenti entré. Cela faisait de lui un membre de la Loge.
S’il s’agissait de passer au rang de compagnon, la cérémonie se déroulait de la même façon, avec de nouveaux mots, de nouveaux signes et les éléments de peur et d’humiliation liés à l’initiation étaient absents.
Ces éléments liés à la peur, l’humiliation etc., toujours présents dans certains rites, sont inexistants au RSE. Il n’en est pas moins vrai que l’on retrouve cette manière de faire dans de nombreux rites d’initiation hors maçonnerie, quels que soient le lieu ou l’époque ancienne. Ces rites marquaient et marquent encore le passage d’un état à un autre.
Les thèmes de la mort et de la renaissance y étaient présents. La difficulté des épreuves soulignait l’importance du changement qui devait s’opérer sur l’impétrant et lui indiquait combien les nouveaux statuts étaient exclusifs. Ceux déjà initiés comprenaient combien ils étaient privilégiés d’appartenir au groupe et cette même initiation pour tous, permettaient de créer un solide lien entre eux. La peur et le ridicule avaient un effet important sur le plan émotionnel en augmentant la tension ressentie, ce qui avait pour effet d’ancrer ce rituel dans les esprits.
Je ne m’étalerai pas d’avantage sur les pratiques délirantes qui suivaient ces rituels d’initiation, ce que les gens de l’époque appelaient le brothering[10]. Ce brothering alla tellement loin en termes d’humiliation, de violence et de somme à payer que les autorités firent tout ce qu’elles pouvaient pour l’interdire. Ces pratiques durèrent néanmoins fort longtemps. Il y avait aussi deux poids deux mesures entre un jeune et futur apprenti et un gentleman qui demandait l’initiation. Le rituel n’était pas « aussi dur avec lui » eut égard à son rang, ce que nous rapporte la loge de Dumfries en 1712.
Il est plus évident qu’une sensibilité ésotérique se soit développée au 18ème siècle, mais les rituels des premières instructions sont imprégnés de symbolisme, en rapport en particulier, avec les outils. Pour les Anglais ces premiers rituels ne pouvaient pas être ceux de la franc-maçonnerie car trop simples, nus et insignifiants, les leurs (d’où venaient-ils ?)[11] étant plus « respectables et élaborés (sic dans Jones, Knoop) ». Mais il n’y a nul doute que l’influence écossaise fut très marquante, il n’y eut pas de génération spontanée. Pour preuve, on retrouve comme étant écossais :
- Les noms des degrés d’apprenti entré et compagnon du métier
- Le Mot de maçon
- Les méthodes secrètes d’identification avec l’instruction, les griffes, les mots
- Les mots secrets B..z, J..n .
Au cours de son histoire (1636-1751), le Mot de maçon ne resta pas tel quel : les loges qui le pratiquèrent y inclurent progressivement des éléments empruntés aux Anciens devoirs anglais (comme la référence aux arts libéraux et en particulier à la géométrie) ou encore des éléments étrangers à l’iconoclasme calviniste (comme la pratique plastique des tableaux de loge qui, esquissée dans le Dumfries n° 4 de 1710, apparaît finalement dans les années 1720). C’est ce rite du Mot de maçon que pratiquait la Grande Loge de Londres qui semble l’avoir reçu du pasteur écossais et calviniste James Anderson (qui semble l’avoir lui-même reçu de son père qui était membre de la loge d’Aberdeen qui le pratiquait depuis 1699). Après 1751 ce rite servit de souche à plusieurs autres rites maçonniques qui se répandirent dans le monde entier.
[1] Maitre des travaux du Roi Jacques VI d’Ecosse.
[2] Système antique perpétué à travers les âges et ayant pour but, la mémorisation de textes.
[3] Sous-titre probablement dû à une divulgation.
[4] L’apprenti entré et le Compagnon.
[5] 1er tableau de Loge connu et reconnu par les archéologues.
[6] La Rose Croix était très « en vogue » à l’époque et influença l’idée que l’on se faisait de la F.M. en y ajoutant du mysticisme et de la magie.
[7] Eglise écossaise née de la Réforme écossaise de 1560 par John Knox
[8] En particulier la Sola Scriptura : seuls les écrits bibliques font foi
[9] La ville de Kilwinning était calviniste presbytérienne.
[10] Sorte de « bizutage »
[11] Merci Mr Anderson (dont le père, écossais était membre de la Loge d’Aberdeen) et Mr Desaguliers. !!!
LE MANUSCRIT GRAHAM (1726)
En premier lieu, observez que tous nos signes sont faits par l’équerre quelle que soit la matière traitée, ainsi qu’il est dit au verset 9 du chapitre 6 du premier Livre des Rois.
Le salut se fait comme suit :
Question. – D’où venez-vous ?
Réponse. – Je viens d’une très respectable Loge de Maîtres1 et de Compagnons appartenant à Dieu et au très saint Jean, qui saluent tous les Frères véritables et parfaits de nos saints secrets. Ainsi ferai-je avec vous si je vous reconnais pour tels.
- – Je vous salue bien mon Frère et vous demande votre nom ?
La réponse est « J » et l’autre doit répondre que le sien est « B ».
Le tuilage se poursuit comme suit :
- – Comment saurai-je que vous êtres un Maçon libre ?
- – Par les mots, signes et attouchements de mon entrée.
- – Comment avez-vous été reçu en Maçon libre ?
- – Par une Loge juste et parfaite.
- – Qu’est-ce qu’une Loge juste et parfaite ?
- – Le centre d’un cœur sincère.
- – Mais combien de Maçons sont-ils appelés ainsi [libres] ?
- – N’importe quel nombre impair de 3 à 13.
- – Pourquoi faire tant d’embarras et pourquoi toujours des nombres impairs ?
- – Par référence à la Sainte Trinité, à l’avènement du Christ et à ses douze apôtres.
- – Quel fut le premier pas de votre entrée ?
- – Un fort désir de connaître les secrets de la Maçonnerie libre.
- – Pourquoi fut-elle appelée Maçonnerie libre2o?
- – Premièrement parce que c’est un don libre de Dieu aux fils des hommes, deuxièmement parce qu’elle est libre de toute intrusion des esprits infernaux, troisièmement parce qu’elle est une union libre des Frères de ce saint Secret qui doit durer à jamais.
- – Comment êtes-vous entré dans la Loge ?
- – Pauvre et sans le sou, aveugle et ignorant de nos secrets.
- – Pour quelle raison ?
- – En considération du fait que notre Sauveur devint pauvre pour notre rédemption, je suis devenu pauvre en cette circonstance pour [accéder à] la connaissance de Dieu, résumée dans l’équerre.
- – Qu’avez-vous vu dans la Loge quand vous avez regardé ?
- – J’ai vu la vérité, le monde, la justice et l’amour fraternel.
- – Où?
- – Devant moi.
- – Qu’y avait-il derrière vous ?
- – Le parjure et la haine de la Fraternité pour toujours, si je découvrais nos secrets sans les avoir obtenus d’une triple voix3 en étant entré, passé puis élevé et confirmé par trois Loges différentes, et sans m’être engagé à être fidèle à nos articles.
- – Comment se tenait votre Loge à votre entrée ?
- – A l’est, à l’ouest et au sud.
- – Pourquoi pas au nord, également ?
- – Eu égard au fait que nous habitons la partie nord du monde, nous n’enterrons pas les morts du côté nord de nos églises, de même nous ménageons un espace libre du côté nord de nos Loges.
- – Pourquoi d’est en ouest ?
- – Parce que les églises se dressent d’est en ouest avec leurs porches au sud.
- – Pourquoi les églises se dressent-elles d’est en ouest ?
- – Pour quatre raisons.
- – Quelles sont-elles ?
- – Premièrement parce que nos premiers parents furent installés à l’est en Eden. Deuxièmement parce que le vent d’est assécha la mer devant les enfants d’Israël ; ainsi le Temple du Seigneur dut-il être construit. Troisièmement parce que le soleil se lève à l’est et se couche à l’ouest sur ceux qui habitent près de l’équateur. Quatrièmement parce que l’étoile apparut à l’est pour avertir à la fois les bergers et les rois mages que notre Sauveur s’était fait chair.
- – Qui vous a guidé dans la Loge ?
- – Le surveillant et le plus ancien Compagnon.
- – Pourquoi pas le plus jeune Compagnon ?
- – Par référence au fait que notre Sauveur exhorta les plus grands à servir à table ; ceci étant un exemple d’humilité que nous devons toujours suivre.
- – Dans quelle disposition avez-vous prêté votre serment ?
- – Je n’étais ni assis, ni debout, ni marchant, ni courant, ni à cheval, ni suspendu, ni volant, ni nu, ni vêtu, ni chaussé, ni pied-nu.
- – Pour quelle raison étiez-vous dans un tel état ?
- – En considération de ce qu’un Dieu et un homme composent le vrai Christ, de même un être sans ornements, mi-nu, mi-vêtu, mi-chaussé, mi pied-nu, mi-agenouillé, mi-debout, étant tout à demi, n’est rien complètement, ce qui indique un cœur humble et soumis pour être un fidèle disciple de ce juste Jésus.
- – Qu’avez-vous juré ?
- – D’abord de celer et de cacher nos secrets.
- – Sur quels autres engagements portait votre serment ?
- – Mon second était de me soumettre à Dieu et à toutes les équerres véritables exécutées ou adressées par un Frère. Mon troisième était de ne jamais voler de peur d’offenser Dieu et et de déshonorer l’équerre. Mon quatrième était de ne jamais commettre d’adultère avec l’épouse d’un Frère, ni de dire à celui-ci de mensonge intentionnel. Mon cinquième était de ne pas désirer une injuste vengeance d’un Frère, mais de l’aimer et le secourir quand c’est en mon pouvoir, sans me causer trop de préjudice.
- – Je reconnais que vous êtes allé dans une Loge; je vous demande maintenant combien de Lumières appartiennent à une Loge ?
- – Je réponds douze.
- – Quelles sont-elles ?
- – Les trois premiers joyaux sont le Père, le Fils et le Saint Esprit ; puis viennent le soleil, la lune, le Maître Maçon, I ‘équerre, la règle, le plomb, le fil, le maillet et le ciseau.
- – Démontrez que tous ceux-ci sont complémentaires.
- – Pour ce qui est de la Sainte Trinité, elle donne la sagesse. En ce qui concerne le soleil, il procure la lumière du jour et de la nuit. Quant à la lune c’est un corps obscur issu de l’eau, qui reçoit sa lumière du soleil et est également reine des eaux qui constituent le meilleur des niveaux. En ce qui concerne le Maître Maçon, il enseigne le Métier et doit former une triple voix pour transmettre nos secrets, s’il est un homme éclairé, car nous croyons en un pouvoir supérieur.
Car bien que les 70 aient eu un grand pouvoir, les 11 avaient un pouvoir plus grand encore parce qu’ils avaient choisi Matthieu pour remplacer Judas. Pour ce qui est de l’équerre, de la règle, du plomb, du fil, du maillet et du ciseau, ce sont six outils sans lesquels un Maçon ne peut accomplir un bon travail.
- – Quelle interprétation peut-on tirer de ces 12 lumières ?
- – Nous en tirons l’interprétation selon laquelle ce sont les 12 patriarches et aussi les 12 bœufs, dont nous lisons au chapitre 7 du Premier Livre des Rois qu’ils portaient la mer d’airain et étaient le symbole des 12 disciples qui devaient être instruits par le Christ.
- – Je reconnais que vous êtes entré, je vous demande cependant si vous avez été élevé ?
- – Oui je l’ai été.
- – En quoi avez-vous été élevé ?
- – J’ai été élevé dans la connaissance de nos [secrets] originels, tant par la tradition que par l’écriture.
- – Quelles paroles de fondation prononcez-vous en commençant un édifice, là où vous supposez que quelque esprit infernal et destructeur pourrait hanter les lieux et ébranler l’ouvrage de vos mains ?
- – Ô, permettez-nous de faire et vous recevrez.
- – A qui parlez-vous ?
- – En prière à la Sainte Trinité.
- – Dans quelle posture prononcez-vous ces paroles ?
- – Agenouillé, tête nue, la face tournée vers l’est.
- – Et que voulez-vous dire par cette expression ?
- – Nous voulons dire que nous rejetons la suffisance et que nous sommes différents de ces Babyloniens qui prétendaient construire jusqu’au ciel ; mais nous prions la Sainte Trinité qu’elle nous permette de construire d’aplomb et d’équerre afin qu’elle reçoive la louange qui lui est due.
- – De quand datent ces paroles et pourquoi en avait-on besoin ?
- – La réponse est qu’au commencement, avant que l’Évangile ne se répande sur le monde, envahi d’esprits infernaux et destructeurs, les hommes ne pouvaient construire que grâce à la foi et la prière, faute de quoi leurs ouvrages étaient souvent renversés
- – Mais comment arriva-t-il que des ouvrages des Babyloniens pussent demeurer debout avant que la lumière de l’Évangile n’advienne ?
- – Je vous réponds cette fois en vous retournant votre question : parce que l’orgueil des Babyloniens, déjà mentionné, avait offensé Dieu, de sorte qu’en raison de leur faute les langues furent confondues afin que l’humanité ne refît plus jamais la même chose sans la permission divine, qui ne pouvait être obtenue que par la foi et la prière
Selon la Tradition ….
Selon la tradition et les Écritures, Sem Cham et Japhet eurent à se rendre sur la tombe de leur père Noé pour tenter d’y découvrir quelque chose à son sujet, qui les guiderait jusqu’au puissant secret que détenait ce fameux prédicateur. Ici, j’espère que chacun admettra que toutes les choses nécessaires au nouveau monde se trouvaient dans l’arche avec Noé.
Ces trois hommes avaient déjà convenu que s’ils ne trouvaient pas le véritable secret lui-même, la première chose qu’ils découvriraient leur tiendrait lieu de secret. Ils n’avaient pas de doute, mais croyaient très fermement que Dieu pouvait et aussi voudrait révéler sa volonté, par la grâce de leur foi, de leur prière et de leur soumission ; de sorte que ce qu’ils découvriraient se montrerait aussi efficace pour eux que s’ils avaient reçu le secret, dès le commencement, de Dieu en personne.
Ils arrivèrent donc à la tombe et ne trouvèrent rien, si ce n’est un cadavre déjà presque entièrement corrompu. Ils saisirent un doigt qui se détacha et ainsi de suite de jointure en jointure jusqu’au poignet et au coude. Alors, ils redressèrent le corps et le soutinrent en se plaçant avec lui pied contre-pied, genou contre genou, poitrine contre poitrine, joue contre joue et main dans le dos, et s’écrièrent :
« Aide-nous, Ô Père ! ». Comme s’ils avaient dit : « Ô Père du ciel aide-nous à présent, car notre père terrestre ne le peut pas ».
Ils reposèrent ensuite le cadavre, ne sachant que faire. L’un d’eux dit alors : « Il y a encore de la moelle dans cet os »,
Et le second dit : « Mais c’est un os sec » ;
Et le troisième dit : « Il pue ».
Ils s’accordèrent alors pour donner à cela un nom, qui est encore connu, de nos jours, de la Maçonnerie libre. Puis ils allèrent à leurs affaires et par la suite leurs ouvrages se révélèrent durables. Cependant, il faut supposer et aussi comprendre que la vertu ne provenait pas de ce qu’ils avaient trouvé ou du nom qui lui avait été donné, mais de la foi et de la prière.
Ainsi allèrent les choses, la volonté soutenant l’action.
Pendant le règne du roi Alboyne [Alboin] naquit Bazalliell [Betsaléel]5, qui fut appelé ainsi par Dieu avant même d’être conçu. Et ce saint homme sut par inspiration que les titres secrets et les attributs principiels de Dieu étaient protecteurs, et il bâtit en s’appuyant dessus, de sorte qu’aucun esprit infernal et destructeur n’osa prétendre renverser l’œuvre de ses mains. Aussi ses ouvrages devinrent si célèbres, que les deux plus jeunes frères du roi Alboin, déjà nommé, voulurent être instruits par lui de sa noble manière de construire.
Il y consentit à la condition qu’ils ne la révèlerait pas sans que quelqu’un fût avec eux pour composer une triple voix02. Ainsi ils s’engagèrent par serment et il leur enseigna les parties théoriques et pratique de la Maçonnerie ; et ils travaillèrent ensemble.
Alors les salaires des maçons augmentèrent dans ce royaume et il y eut des maçons parmi les rois et les princes. Cependant, Betsaléel, à l’approche de la mort, voulut être enterré dans la vallée de Josaphat et qu’il y fût gravé une épitaphe selon son mérite.
Ceci fut accompli par ces deux princes et il fut gravé ce qui suit :
« Ci-gît la fleur de la Maçonnerie, supérieure à beaucoup d’autres, compagnon d’un roi et frère de deux princes.
« Ci-gît le cœur qui sut garder tous les secrets ; ci-gît la langue qui ne les a jamais révélés ».
Alors, après sa mort les habitants de ce pays crurent que les secrets de la Maçonnerie étaient complètement perdus parce qu’on n’en entendait plus parler, puisque personne ne connaissait plus ces secrets, à part ces deux princes, qui s’étaient engagés par leur serment à ne pas les révéler sans quelqu’un d’autre pour former une triple voix.
Mais il faut croire et aussi comprendre qu’un secret aussi saint ne pourra jamais être perdu tant qu’il restera un bon serviteur de Dieu en vie sur la terre ; car tout bon serviteur de Dieu possédait et possédera toujours une grande part de ce saint secret, bien qu’il ne le connaisse pas lui-même ni ne sache comment en faire usage. Il se produisit dans le monde de cette époque ce qui advint à l’Église samaritaine à propos du Christ : les gens cherchaient ce qu’ils avaient déjà, mais dans leur profonde ignorance ils ne pouvaient s’en rendre compte.
Tout continua ainsi dans les ténèbres de l’ignorance, en tout pendant quatre cent quatre-vingts ans après que les enfants d’Israël furent sortis du pays d’Égypte, jusqu’à la quatrième année du règne de Salomon sur Israël, quand Salomon commença à construire la Maison du Seigneur ; que son père David aurait dû construire, mais qu’il ne lui avait pas été donné de mener à bien, car ses mains avaient été souillées sur chaque face par des guerres sanglantes.
Voici tout ce qui se rapporte au règne du roi Salomon, son fils, qui commença à construire la Maison du Seigneur : j’espère que tout le monde tiendra pour assuré qu’aucune des choses nécessaires pour mener à bonne fin cette sainte construction ne fut refusée à ce sage roi. Chacun doit l’admettre, sinon nous devrions accuser Dieu d’injustice, ce qu’aucun faible mortel n’oserait faire, et ce dont sa divine Bonté ne saurait d’ailleurs être coupable.
Cela dit, nous lisons au Premier Livre des Rois, chapitre 7, verset 13, que Salomon envoya chercher Hiram à Tyr. C’était le fils d’une veuve de la tribu de Naphtale [Nephthali] et son père était un Tyrien qui travaillait le bronze. Hiram était rempli de sagesse et d’habileté pour faire toutes sortes d’ouvrages de bronze. Il vint auprès du roi Salomon et lui consacra tout son travail. L’explication de ces versets est la suivante : le mot « habileté» signifie « ingéniosité », car lorsque la sagesse et l’intelligence se trouvent réunies chez une même personne, il ne lui manque rien.
Ainsi, par le présent passage de l’Écriture, on doit convenir que ce fils de veuve, dont le nom était Hiram, avait reçu une inspiration divine, tout comme le sage roi Salomon ou encore le saint Betsaléel. Or, il est rapporté par la Tradition que lors de cette construction, il y aurait eut une querelle entre les ouvriers et les Maçons au sujet des salaires ; et pour calmer tout le monde et arranger les choses, le sage roi aurait dit :
« Que chacun de vous soit satisfait, car vous serez tous payés de la même façon ».
Cependant, il donna aux Maçons un signe que les ouvriers ne connaissaient pas ; et celui qui pouvait faire ce signe à l’endroit où étaient versés les salaires, était payé comme les Maçons; les ouvriers, ne le connaissant pas, étaient payés comme auparavant. Même s’il en fut ainsi, nous devons juger avec beaucoup d’indulgence les paroles du sage roi Salomon, car il doit être compris et aussi tenu pour vrai que le sage roi voulait rétribuer chacun selon ses mérites.
Cependant le chapitre 6, verset 7, du Premier Livre des Rois m’en apprend bien davantage, lorsqu’il y est dit que la Maison, pendant qu’elle était en chantier, fut construite avec des pierres préparées avant d’être apportées sur place ; de sorte que l’on n’entendit ni marteau, ni laie, ni hache ni aucun outil de fer dans la Maison pendant sa construction.
On peut en conclure que tous les éléments étaient ajustés à l’avance, mais pas encore assemblés pour qu’ils puissent être transportés sans [faux] mouvement. Et toutes choses ayant été passées en revue, des limites du ciel à la surface de la terre, rien ne put être trouvé de plus convenable alors que l’équerre pour être leur signe, indiquant comment agir les uns envers les autres.
Ainsi le travail continua et progressa et il ne pouvait guère aller de travers, puisqu’ils travaillaient pour un si bon Maître, et avaient l’homme le plus sage de la terre comme Surveillant. C’est pourquoi, avec tant de talents dus au mérite, mais bien plus encore par grâce, la Maçonnerie obtint un nom et un nouveau commandement.
Le nom signifie « Force », sa réponse est « Beauté» et le commandement « Amour ». Pour en avoir la preuve, lisez les chapitres 6 et 7 du Premier Livre des Rois ; vous y trouverez les merveilleux travaux d’Hiram [réalisés] lors de la construction de la Maison du Seigneur.
Quand tout fut terminé, les secrets de la Maçonnerie libre furent mis en bon ordre, comme ils le sont de nos jours et le seront jusqu’à la fin du monde, pour ceux qui les comprennent vraiment ; en trois parties, par référence à la Sainte Trinité qui fit toutes choses, puis en treize subdivisions rappelant le Christ et ses douze apôtres, qui sont comme suit : un mot pour un théologien [saint Jean], six pour le clergé et six pour le Compagnon du métier ; puis, en plein et total accord avec cela, suivent les cinq points des Compagnons maçons qui sont : pied contre-pied, genou contre genou, poitrine contre poitrine, joue contre joue et main dans le dos.
Ces cinq points font référence aux cinq principaux signes qui sont: la tête, le pied, le corps, la main et le cœur ; et aussi aux cinq points d’architecture ; et encore aux cinq ordres de la Maçonnerie. Ils tirent leur force de cinq origines, une divine et quatre temporelles, qui sont les suivantes : premièrement le Christ, le chef et la pierre d’angle, deuxièmement Pierre appelé Cephas, troisièmement Moïse qui grava les commandements, quatrièmement Betsaléel le meilleur des maçons, cinquièmement Hiram qui était rempli de sagesse et d’intelligence.
Ces cinq points tirent leur force de cinq origines, une divine et quatre temporelles, qui sont les suivantes: premièrement le Christ, la tête et la pierre d’angle, deuxièmement Pierre appelé Cephas, troisièmement Moïse qui grava les commandements, quatrièmement Betsaléel le meilleur des maçons, cinquièmement Hiram qui était rempli de sagesse et d’intelligence.
Votre premier est…Votre second est…
Thomas Graham étant Maître de la Loge, Enquam Ebo. Jacob de Kilwinning son suppléant
Le 24 octobre 1726, à tous ceux de notre Fraternité qui veulent s’instruire par ce texte.
NOTES
1 – Le Maçon qui arrive dans la Loge vient d’une très respectable Loge constituée de Maîtres (au pluriel, il ne s’agit donc pas d’un Maître de Loge) et de Compagnons.
2 – Maçonnerie libre ou Franc-Maçonnerie ? La réponse explicite clairement la conception anglaise de la Maçonnerie libre, qui ne se rattache pas à l’usage de la pierre « franche » ou aux « francs-métiers ».
3 – Triple voix (trible voice) – Voix de trois personnes différentes, ou trois personnes dans une même voix.
4 – Première manifestation de la recherche d’un secret perdu, préfigurant celle du mythe d’Hiram.
5 – Betsaléel – Personnage de l’Ancien Testament, ayant aidé Moïse. Son nom signifieo: Serviteur de Dieu.
6 – Le texte ne précise pas à quoi correspond cette énumération.
7 – Enquam Ebo – Corruption probable de « Inquam Ego » pouvant signifier Je suis. Thomas Graham serait Maître de la Loge.
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