Rabelais et l’oracle de Thélème

Essai de mythologie gallicque

Bacbuc

En nous renvoyant à « Trinch », à ce mot « Panomphée », c’est à-dire qui appartient en propre au Babélien, Bacbuc la prêtresse de la Dive Bouteille dans l’œuvre de François Rabelais, un mot dérivé de l’hébreu signifiant « bouteille » nous oriente, à l’instant où les voyageurs vont rebrousser chemin, dans la bonne direction, celle de l’autre porte des âmes.

C’est vers ce mythe de Babel, étroitement entrelacé, dans le texte biblique, à celui des origines des géants, que nous devons nous tourner. Rabelais a pu connaître aisément le sens de Bab (porte) par l’intermédiaire de son professeur d’arabe à Rome. Porte d’El donc, sans que nous ayons à préciser ce que cet El renferme de solaire ou de divin puisque nous savons que moitié de l’œuvre en est un commentaire.

Le simple récit biblique et les commentaires de Saint Jérôme pouvaient lui en apprendre plus. Les fils de Dieu s’unissent aux filles des hommes et engendrent des géants. Cette descente se fait, selon le Livre d’Enoch, sous le signe de l’un d’entre eux : « le nom du premier est Yekûm, c’est celui qui séduisit tous les fils des saints Anges et les poussa à descendre sur la terre pour procréer des enfants avec des êtres humains ». Ce Yekun, – Yakin – ou plutôt Jekûn est interprété par Hoffmann comme « celui qui a de la fermeté ». De même la colonne Jakin est lue « Firmitas » par Saint Jérôme.

Cette descente des fils de Dieu est donc en rapport avec le solstice d’été de la Grande Année, moment où Rabelais situe la naissance des géants. Selon son récit, la terre mêlée au sang d’Abel produit des nèfles (merles) dont la consommation provoqué le gigantisme. Cette Année des Grosses Mesles celle des grosses couilles du Prologue du Quart Livre : une année caniculaire accompagnée du phénomène caractéristique de la fin du temps : la déviation des étoiles fixes (parallaxis).

Dans le registre de la mythologie grecque ce temps est bien celui de Cronos. Les géants naissent alors du sang, répandu sur la terre des grosses couilles d’Ouranos, dont les gouttes font surgir en même temps ces sœurs des « Mesles », les nymphes Méliennes (du frêne ou du miel) (cf. supra, p. 126-127).

La fin du cycle de Chronos est un déluge (solstice d’hiver de la Grande Année). Les hommes, encore rassemblés après le déluge, prévoient la destruction suivante, celle du feu : Toute la terre avait une seule langue et les mêmes mots.

« Comme ils étaient partis de l’Orient, ils trouvèrent une plaine au pays de Schinear, et ils y habitèrent. Ils se dirent l’un à l’autre : Allons! faisons des briques, et cuisons-les au feu. Et la brique leur servit de pierre, et le bitume leur servit de ciment. Ils dirent encore : Allons! bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas dispersés sur la face de toute la terre. L’Éternel descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes. Et l’Éternel dit : Voici, ils forment un seul peuple et ont tous une même langue, et c’est là ce qu’ils ont entrepris ; maintenant rien ne les empêcherait de faire tout ce qu’ils auraient projeté. Descendons, et là confondons leur langage, afin qu’ils n’enten­dent plus la langue les uns des autres. Et l’Éternel les dispersa loin de là sur la face de toute la terre ; et ils cessèrent de bâtir la ville. C’est pourquoi on l’appela du nom de Babel, car c’est là que l’Éternel confondit le langage de toute la terre, et c’est de là que l’Éternel les dispersa sur la face de toute la terre. » (Genèse 11, 19).

 

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