« Je vais donc raconter la Pierre et sa profonde métamorphose en VOLONTÉ dans le cœur des hommes. La pierre est le grand culte totémique du « quartenaire » qui nous montre dans l’homme la puissante éclosion de la VOLONTÉ et du MOI. C’est le règne de l’Intuition.
Le culte de la Pierre nous montre comment, dans le laps de temps très considérable qui s’espace de la grande glaciation à l’ère nouvelle, s’est parachevée dans l’homme la grande édification occulte de son « Individualité ». A l’ère nouvelle, l’homme est vraiment l’homme de la terre, dans la véritable acception du mot l’Homme : l’homme solide avec une conscience de veille, avec le sens des réalités extérieures. »
EXPLICATIONS D’UNE ŒUVRE SINGULIÈRE
La pensée de Lotus de Païni se développe au cours de longs voyages où elle a des contacts avec des hommes « du vieux monde ». En 1924, parait un essai intitulé les Trois Totémisations. Trois ouvrages seront nécessaires pour dérouler le périple fabuleux de l’Ame à travers les âges. Voici le schéma de cette œuvre, colossale par l’effort de construction de la pensée.
Depuis ses origines, le monde aurait connu trois stades essentiels, qui se sont manifestés par trois totémisations.
- L’âge du Sentir, où l’homme nouveau-né, sans point central, ni individualité, sur la planète vierge et fraîche, plongeait de toute son animalité inconsciente dans le grand mystère de la création.
- L’âge du Penser, où l’Image se dressa dans son âme, subitement agglomérée à son corps, « métamorphose magique de la puissance du végétal « .
- L’âge du Vouloir qui fut celui du froid, du durcissement et de la cristallisation individuelle dans l’affirmation du moi.
A chacun de ces âges correspondent les trois totems de la magie primitive, pris dans les trois règnes de la Nature, qui ne sont que les trois » désirs d’être » de la vie cosmique. Au Sentir correspond l’animal, au Penser la plante, au Vouloir, la pierre.
Elle affirme que cet essai a été écrit en dehors de toute école d’occultisme et qu’elle l’a fait d’après ses observations personnelles. Sa recherche suit les travaux tels que ceux de Frazer, de Lévy Bruhl ou de Frobenius ou s’oppose aux théories scientifiques officielles faisant l’homme descendre du singe. L’homme, à l’âge du Sentir, était dans un état hyperpsychique, dans une immersion totale de la cosmicité. Il aurait été capable, écrit-elle, de nommer chaque chose dès qu’il ouvrit les yeux. Mais elle se rapproche de la science quand elle met l’homme au sommet de l’échelle animale et fait de son apparition un » Avènement ». Durant l’âge du Sentir, l’hominien s’identifie à l’animal. «

« Le Totémisme, écrit Lotus de Païni fut la première forme religieuse et en vérité, la plus étonnamment intuitive, la plus audacieuse, car elle planta à même le sang des créatures qu’elle astreignit à son rite, le premier germe du Moi. Elle déplaça les valeurs animales pour en faire des valeurs humaines. Elle prit l’être dans sa complète subconscience et l’orienta vers une vision intellectuelle ».
C’est la magie, Art vivant, en deçà de toute cérébralité qui va composer le rituel de ces hommes » premiers « . Elle fut une volonté occulte, précise et tenace qui a laissé de la Beauté. Si Lotus de Païni a pu contempler les cavernes d’Altamira, combien d’autres merveilles ont été découvertes depuis. La contemplation de la faune inscrite sur les murs il y a 20 000 ans, totems magiques de ces « vieilles races », nous laisse une impression de grande beauté d’un art achevé. Ces artistes étaient des créateurs qui, d’après l’auteur, firent naître l’Image, l’image spirituelle, vivante. Alors survint une première délimitation, une première coordination, une concentration vers le centre, un rythme, de grandes lignes, une architecture. C’est ainsi que l’univers devint Image. Une première Divinité prit naissance dans l’histoire humaine ; c’est alors que la notion de sacrifice sanglant s’imposa à Elle. Les forces du totémisme sont énigmatiques pour nous, mais elles n’en posèrent pas moins les grandes pierres de l’édifice de notre monde humain, conclut-elle.
La mort de Rudolph Steiner amène des scissions dans le groupe anthroposophe. Lotus de Païni reprend sa liberté. Elle dédie le fruit de sa pensée à son Maitre, en 1928, en ces termes :
« Je dédie cette étude à la mémoire de Rudolph Steiner, l’homme qui, parmi les nouveaux pionniers du monde de l’esprit, a posé avec une étonnante sûreté et un admirable génie les assises larges, saines, solides, d’une science spirituelle, selon le rythme de notre conscience européenne ». Ce second volet de sa trilogie s’intitule : La Magie et le Mystère de la Femme.
Le totémisme n’est ni une simple croyance particulière, ni une décadence fétichiste des races primitives. » Le totémisme pur est une conception colossale qui a donné une grandeur et une profondeur à tous les éléments de l’organisme de l’homme qu’il a touchés qui a eu l’envergure et la puissance d’embrasser le phénomène universel en évoquant le sens spirituel de l’animalité, de la plante et de la pierre, et qui a osé refondre dans l’être, l’essence de ces règnes de la nature, ajoutant à l’ordre des choses établies la valeur humaine ».
Cette vaste symphonie présente la plante comme le totem et le symbole de la féminité. Le cosmos, c’est, selon sa formule « de l’Ame qui se réalise », celle de la Plante, parmi ces règnes de la nature, a le pouvoir de ralentir la fonction physiologique de l’homme, » de telle façon que s’entr’ouve son âme sur les plans de l’être ou de l’espace ». Pensons au pouvoir de possession des hallucinogènes ou du vin. Lotus de Païni rappelle les rites sacrés rattachés aux arbres et aux plantes – le chêne et le gui, – chez les druides et le blé dans les mystères d’Eleusis. Elle fait surgir devant nous l’extraordinaire puissance de ces mystères totémiques qui « végétalisèrent les hommes, les firent penser et les rendirent conscients de leur humanité morale ». Dans toutes les traditions on trouve la plante » comme centre spirituel de l’Initiation ». Est-il besoin de rappeler que le Sacrifice de la Messe repose sur la consécration renouvelée de deux végétaux, le froment et la vigne supports d’influences spirituelles qui vont passer dans le sang. Celui-ci devient le centre du mystère de la plante parce qu’il est saturé de sève d’âme qu’il charrie dans tout l’organisme. Dans tout le grand cycle des premières formations mystiques du Penser, le Sang Sacré virtuellement bleu est féminin : sang vaginal, prêt à créer. C’est, dit-elle, le premier sang de la Vierge. La femme, dans ses côtés négatifs, peut être le support d’opérations relevant de la magie qui ont pour but une relation avec le monde d’En Haut. Lotus de Païni appuie son raisonnement sur les rites des peuplades primitives étudiés par elle-même durant ses voyages. Il fut un temps où régnait le matriarcat. Avant la fin de la domination des femmes, le sang s’est masculinisé dit-elle, en premier lieu chez les Sémites qui amèneront le patriarcat. Dans Pierre, Volonté, elle cite volontiers Bachofen, qui fait des femmes les premiers chevaliers. Cette très haute chevalerie reposait dans les mains de la reine. La paix, la répugnance contre la violence et le vol, réglaient cette société à direction féminine. Nous espérons donc une nouvelle ère matriarcale.
Ces très hautes amazones procédaient, peut-être, à des initiations par le sang, telles qu’elles furent instaurées dans la chevalerie du Moyen-Age. Nous regrettons que l’auteur n’ait pas porté sa méditation sur une pensée hermétique occidentale, qui voit dans le sang le support de la lumière incréé. Le Docteur Larcher étudie dans, Le sang peut-il vaincre la mort ?) les phénomènes qui ont des rapports avec le sang. Le poète Oscar Vladislas Milosz transmet dans le poème, Memoria, ce secret chevaleresque. De longues méditations sur l’importance du sang – ce suc très particulier, suivant Goethe est longuement souligné dans l’enseignement de Steiner, (ne fut-il pas initié au rite de Yarker ).
« Le monde des plantes est le penser cosmique étendu dans l’espace ». Nous considérons ce chapitre du Mystère de la femme comme initiatique. On ne peut penser à la plante sans évoquer son pouvoir chlorophyllien, d’où elle tient son « Vert Solaire » En effet la plante se nourrit du gaz carbonique que nous rejetons. La plante chlorophyllienne travaille dans un rythme plus haut avec l’essence du soleil, « son rayon obscur ». Dans son sens spirituel et son caractère moral, cette fonction doit être considérée comme un geste de purification entre l’être végétal et l’être humain ? Par quel phénomène le Penser se rapproche-t-il de la fonction chlorophyllienne ? Y a-t-il une double respiration dans l’homme qui se plonge dans le monde spirituel ? ». Telles sont les questions posées par Lotus de Païni.
L’Inde ésotérique dit : » Les hommes n’auront atteint le parfait développement de leur Essence Homme, que lorsque, capables de se nourrir uniquement de leur carbone, ils seront devenus plantes humaines. Alors ils pourront dans une lumière intérieure donner « Chair et sang » à leurs pensées.
Le Yoga donne une réponse. Le myste suit une discipline très sévère qui consiste en une maîtrise particulière de la respiration. La rétention calculée de cette dernière fait en sorte que le carbone domine complètement dans son sang ; la fonction physiologique du Yogi en est très ralentie et « il glisse lentement de son plexus dans l’élément igné pur de son être de Forces Solaires ». Alors il se nourrit de son carbone. La respiration oxygénique est abolie. Il est plante. Son état est passif. Cet état serait similaire à celui vécut par les hommes premiers. Ils rêvaient… C’étaient l’alcheringa du mythe australien. Elle suit son maître Steiner qui enseignait une physiologie occulte de l’homme 191.
Pierre, Volonté, étude qui termine le cycle, correspond au totem de la Pierre, répandu au quaternaire. Cet avènement dans l’histoire de l’humanité marque la fin du panthéisme féminin et l’abolition du matriarcat. C’est le règne de l’individu, une grande porte de l’âme se ferme. De nouveaux dogmes religieux fondés sur la volonté prennent la rigidité de la pierre. Le Moi sera viable »; l’homme se cérébralise. Le divin s’est éloigné, le froid de l’époque glacière apporte une induration de la vie sensible. Alors les hautes pierres, se dressent immuables, à l’image du ciel. » La pierre tombée du ciel était sacrée pour nos Pères », tel est l’exergue de ce livre. Le culte sacrificiel pratiqué sur les pierres, est le domaine du masculin car il est solaire. Malgré la maintenance de quelques druidesses, la « déchéance du pouvoir de la femme » s’installe progressivement. Elle ne pourra plus gouverner et sera limitée dans le patriarcat à une fonction d’engendrement.
En 1932, Lotus de Païni pose le problème du redressement de la situation de la femme, de la conquête de sa personnalité, de sa cérébralité et de sa place dans la société aux côtés des hommes qui accepteront le partage, société gynécocratique.
230 pages
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