Camelot

En 1542, l’archéologue du roi Henry VIII Tudor, John Leland, identifia un fort de l’âge de fer, dans l’ouest de la Grande-Bretagne, comme l’ancienne cour de Camelot du roi Arthur. Il se justifia vaguement par le fait que le site de Cadbury sud était proche de la rivière au nom si propice, Camel, dans le Somerset. Cependant, selon les écrits de Malory, Camelot se trouvait à quelque distance à l’est, à Winchester, en Hampshire. À ce jour, une table ronde de cinq mètres cinquante de style arthurien se trouve à Winchester Castle Hall. La datation au carbone 14 la situe approximativement aux années 1200, mais les peintures symboliques qui l’ornent ont été ajoutées à l’époque Tudor.

Des fouilles récentes à Cadbury, pendant les années soixante, exhumèrent les restes d’une salle de festins de l’âge des Ténèbres, mais malgré l’attrait que cela représentait pour l’industrie du tourisme (et cela a été très bien utilisé à cette fin), il n’y avait absolument rien qui permettait de l’associer au roi Arthur. D’ailleurs, plus de quarante constructions semblables (d’âge et de type identiques) ont été découvertes dans le même périmètre, et il en existe beaucoup d’autres, ailleurs dans le pays.

La première allusion à Camelot, cour royale du roi Arthur, a été faite dans la légende de Lancelot : Le Chevalier de la Charrette, écrite aux alentours de 1135 par Chrétien de Troyes. D’un point de vue historique, le premier endroit répertorié sous le nom de Camelot ou Camulot pour être plus correct (Camulodunum pour les romains) était l’ancienne ville de Colchester, à l’est de la Grande-Bretagne. Ce nom vient de camu-lot, qui signifie « lumière incurvée ». Il s’agis­sait de la résidence du tout premier Pendragon de Grande-Bretagne, le roi Cymbeline (10-17 apr. J.-C.) qui gouverna les tribus Catuvellauni et Trinovante depuis la colline fortifiée la plus impressionnante du pays. Dans les écrits de Chrétien de Troyes, le roi Arthur avait une cour où régnait l’alchimie de la lumière incurvée (camu-lot) à Carlisle, dans le nord de la Cumbria. De la même façon, la High History of the Holy Grail (parfois connue sous le nom de The Perlesvaus) du XIIIe siècle fait clairement référence à Carlisle, qui figure aussi dans le Suit de Merlin français, de même que dans les légendes anglaises de Sir Gawain and the Carl of Carlisle et The Avowing of King Arthur.

Carlisle (souvent appelée Caruele ou Cardoil dans les registres en ancien écossais) était la base militaire historique de Arthur mac Aedân. Elle se situe juste au sud de la forêt calédonienne où Préssyne emmena Mélusine et ses soeurs au VIIIe siècle pour regarder la terre d’origine des Pict-sidhé et les ruines du château d’un Pendragon plus récent se dressent à proximité, à Kirkby Stephen.

Les Pendragons (Rois des Rois) britanniques n’étaient pas héritiers de père en fils dans une seule et même famille. Ils étaient désignés parmi une lignée gaélique royale par un conseil druidique des anciens. À la mort du Souverain des Bois, Beli Mawr, la tâche échut à son arrière-petit-fils, Cymbeline, et ensuite à son fils, le roi Caractacus (46-54 apr. J.-C.). Puis, le rang fut tenu par différents rois régio­naux, notamment Caradawc de Gwent, Coel Hen de Carlisle et Maelgwyn de Gwynedd, jusqu’à, après plus de six siècles de tradi­tion, Cadwaladr le Béni du pays de Galles (654-664) qui fut le dernier Pendragon.

À travers les siècles, beaucoup de choses ont été faites concer­nant le concept harmonieux de la Table Ronde du roi Arthur. Plusieurs milliers de personnes sont venues du monde entier admirer la réplique de la Table à Winchester, bien que ce soit un idéal imaginé. Néanmoins, le véritable héritage de cette tradition du roi Arthur ne réside pas dans la table en elle-même, mais dans les chevaliers qui s’assirent à cette table, puisque ces puissants émissaires représentaient le plus important aspect de l’ancienne tradition en incarnant eux-mêmes un anneau vivant, vêtu de fer.

Dans toutes les représentations de la culture féerique, à partir des premiers rois scythes et des seigneurs de la Tuadhe d’Anu, les structures sociales sont fermement centrées sur des sièges désignés de l’assemblée, connus sous le nom d’Anneaux Féeriques. Ces sièges royaux, de Scythie jusqu’en Irlande, s’appelaient Raths, ce qui signifie « rond » ou « circulaire ». C’est dans cet esprit que la Table Ronde de la romance du roi Arthur fut imaginée pour symboliser le concept de l’Anneau Féerique. En accord avec la tradition ancienne de l’Anneau, la terre tomba dans l’abandon et le chaos lorsque le pouvoir de l’Anneau fut anéanti par la vertu de la reine Guenièvre infidèle au roi Arthur avec Lancelot. Dès ce moment, l’unité de l’Anneau étant rompue, les chevaliers d’Arthur étaient condamnés à errer de par le Désert, à la recherche du Saint Graal qui guérit toutes les plaies. C’est ainsi que, bien que très rarement dépeinte de cette façon, la mythologie du roi Arthur (de même que la Volsunga Saga et Der Ring des Nibelungen) représente le plus puissant de tous les cycles de l’Anneau.

Il y a en fait, beaucoup de similitudes entre les traditions du roi Arthur, de la Volsunga et des Nibelungen, similitudes que nous retrouvons également dans Le Seigneur des Anneaux de Tolkien. En traitant, pour le bien de la comparaison, les héros Sigurd et Siegfried comme un seul personnage, il apparaît tout d’abord qu’Arthur, Aragorn et Sigurd sont les justes héritiers de rois tués au combat, et sont, chacun, privés de leurs droits d’héritage. Tous les trois, au cours de leur enfance, ont été élevés dans un environnement encourageant et protégé. Mais durant leur éducation, ils acquirent très habilement des traits remarquables qui attirèrent sur eux l’attention involontaire des spectateurs, pavant ainsi le chemin de leur célébrité future. Au cours de ces histoires, ils sont tous les trois liés à la culture de l’épée magique, bien que leurs armes ne soient pas vraiment magiques mais simplement nommées. Ainsi, l’épée d’Arthur étant Caliburn/Excalibur, celle de Sigurd s’appelant Gram, et celle d’Aragorn, Narsil/Anduril. De la même façon, Arthur, Sigurd et Aragorn ont chacun un mentor âgé, doté de pouvoirs surpuissants : Merlin, Odin et Gandalf.

D’un point de vue romantique, nous avons Arthur et Guenièvre, Sigurd et Brynhild, Aragorn et Arwen. Mais comme le remarque David Day dans sa fascinante étude intitulée Tolkien’s Ring, chacune de ces femmes sont des héroïnes tragiques. Une chose est claire concernant les cycles de l’Anneau, c’est que contrairement aux contes de fées, ils n’ont pas de fin heureuse, puisqu’un « cycle » ne peut, effectivement, avoir de fin. Guenièvre devient nonne et meurt dans un couvent en ayant perdu son statut de reine ; Brynhild se suicide après avoir perdu ses pouvoirs divins de Valkyrie ; et Arwen meurt d’une mort de mortelle, en ayant sacrifié son immortalité elfique. La morale de chacune de ces histoires est en essence la même, puisque le redoutable pouvoir créateur de l’Anneau est tel qu’il porte aussi un sortilège destructeur inhérent. Pouvoir qui devient actif et sans pitié, lorsqu’un gardien de confiance se trouve confronté au mensonge.

L’idée qui apparaît dans la légende du roi Arthur et qui la rend unique est qu’elle réunit les destins de deux Anneaux distincts, chacun d’eux étant dépendant de l’autre. Dans le premier cas, comme nous l’avons mentionné, nous avons l’Anneau des chevaliers vêtus de fer, assis à la Table Ronde qui assurait l’Anneau Féerique de l’assemblée. Cependant, cet Anneau est entièrement dépendant de la sainteté et de la sécurité de l’anneau d’or qui scelle l’union entre Arthur et Guenièvre. Celui-ci était l’Anneau de la quête originelle d’Arthur, et pour gagner sa reine, il dut faire ses preuves lors de combats physiques et stratégiques contre de terrifiants opposants. En étant devenu le digne soupirant, Arthur offrit en gage un anneau d’or, en échange de la dot emblématique de Guenièvre, l’Anneau vêtu de fer des chevaliers jurant allégeance au couple royal. C’est de cette façon que les Anneaux devinrent dépendants et que la chute de l’un provoqua celle de l’autre. Les serments de mariage et de chevalerie faisaient partie du même accord.

L’ironie de la légende est qu’aucun des Anneaux ne fut le premier à se rompre, comme cela aurait été le cas si l’infidélité de Guenièvre avait été induite par un tiers. Lancelot brisa l’Anneau de fer dont il était partie intégrante, et avec Guenièvre, ils rompirent simultané­ment l’Anneau d’or. C’est ainsi que chacun des Anneaux fut immé­diatement détruit par l’effondrement de l’autre.


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