La Maison Dieu ou l’enceinte sacrĆ©e

cahier_maisondieuTerribilis est locus iste…hic domus Dei

De la grotte Ć  la tour, ici notre recherche portera sur les influences bibliques (il y en a d’autres) qui ont servir de cadre Ć  l’Ć©laboration de cette lame.

Jacob part pour Haran de Betsabea. AprĆØs avoir parcouru une quarantaine de kilomĆØtres, il se sent fatiguĆ©. Il s’arrĆŖte, il utilise une pierre comme coussin et il s’endort. Il fait un rĆŖve hallucinant d’un escalier trafiquĆ© par des Anges et il subit un long monologue du Seigneur qui lui assure protection et puissance. ImpressionnĆ© et tremblant il se rĆ©veille et il prononce la phrase fatidique: « Ceci est un Lieu Terrible ! En vĆ©ritĆ© ici est la Maison de Dieu et la Porte du Ciel « . Il enduit la pierre qui lui avait servie d’oreiller et il l’utilise pour en faire une autel en souvenir de la vision. Adroitement, il change le nom de cet endroit, de Luz au Betel et il promet qu’en contrepartie de la divine bienveillance, cet autel deviendra la Maison de Dieu : Beth-El, justement.

Symbolisme de la Maison Dieu : Ā« Cette pierre que j’ai dressĆ©e pour monument sera la maison de Dieu Ā» (GenĆØse 28.22)
Ce n’est plus l’endroit, mais la pierre qui devient la maison de Dieu. Pourtant il est bien Ć©crit au verset dix-neuf : Ā« il donna le nom de BĆ©thel Ć  cet endroit Ā» Alors, est-ce l’endroit ou la pierre qui est la maison de Dieu ? Nous allons essayer de comprendre ce passage car il y a des trĆ©sors de sens dans ce rĆ©cit.

Commençons par écouter ce que nous disent les rabbins à ce sujet. Il y a un très vieux commentaire de ce passage qui a été écrit il y a deux mille ans.
L’endroit, pour ce rabbin, est l’emplacement du sacrifice d’Isaac. Les rabbins modernes enseignent cette tradition. Ils affirment cela car lorsque Abraham a pris son fils pour le mener Ć  Moriya, il leva les yeux et vit l’endroit de loin (Gn 22.4) De mĆŖme, Jacob atteignit un endroit et se coucha Ć  cet endroit. Pour ces docteurs de la Loi, l’endroit est le mĆŖme, car le lieu est appelĆ© par le mĆŖme nom. La pierre qui a servi de chevet Ć  Jacob, pour eux, est une des pierres qui a servi pour bĆ¢tir l’autel où devait ĆŖtre immolĆ© Isaac.Ā  Il est bon de connaĆ®tre Ć©galement cette version. De plus le Temple a Ć©tĆ© bĆ¢ti sur la montagne de Moriya, par Salomon :

1 Salomon commenƧa Ć  bĆ¢tir la maison de l’Éternel Ć  JĆ©rusalem, sur la montagne de Moriya, qui avait Ć©tĆ© indiquĆ©e Ć  David, son pĆØre, dans le lieu prĆ©parĆ© par David sur l’aire d’Ornan, le JĆ©busien.( 2 Chroniques 3.1)

Les rabbins expliquent que ce n’est pas une pierre, mais douze, qui se sont liĆ©es ensemble pour faire cette seule pierre. Cette pierre a protĆ©gĆ© Jacob des bĆŖtes sauvages.
Dans le premier Temple, celui bĆ¢ti par Salomon, nous savons que l’Arche de l’Alliance se trouvait dans le Saint des saints.
Lors de la prise de JĆ©rusalem par NebouzaradĆ¢n, chef des gardes du roi de Babylone, Neboukadnestar, le Temple a Ć©tĆ© dĆ©truit. L’Arche de l’Alliance a Ć©tĆ© cachĆ©e par les sacrificateurs et jusqu’à ce jour, personne ne connaĆ®t l’emplacement de la cachette. C’est ce qu’affirment les enseignants de la Torah. JĆ©rĆ©mie a prophĆ©tisĆ© Ć  ce sujet :

En ces jours–lĆ , dit l’Eternel, On ne parlera plus de l’arche de l’alliance de l’Eternel ; Elle ne viendra plus Ć  la pensĆ©e ; On ne se la rappellera plus, on ne s’apercevra plus de son absence, Et l’on n’en fera point une autre. (JĆ©rĆ©mie 3.16)

Lorsque le deuxiĆØme Temple a Ć©tĆ© bĆ¢ti, il n’y avait pas l’arche pour la mettre dans le Saint des saints. Les rabbins expliquent que c’est cette fameuse pierre qui a Ć©tĆ© mise Ć  la place de l’arche. Cette pierre, la maison de Dieu, a remplacĆ© l’arche.Ā  L’endroit reprĆ©sente donc le lieu où le Temple a Ć©tĆ© bĆ¢ti. C’est un endroit saint car le Temple sera bĆ¢ti dessus. Quant Ć  la pierre, elle reprĆ©sente deux choses

1) Dans la mystique juive, la pierre est le symbole de l’éternitĆ©. Il y a le rĆØgne vĆ©gĆ©tal. Les plantes, les arbres etc qui naissent, grandissent, arrivent Ć  l’apogĆ©e de leurs vies, et puis ils diminuent et meurent. Il en est de mĆŖme pour le rĆØgne animal et pour l’homme. La pierre, elle, elle dure. Elle reprĆ©sente ce qui ne meurt pas, qui continue.

2) Elle est le symbole du pĆØre et du fils. Le pĆØre qui enseigne la Torah Ć  son fils, qui, Ć  son tour, l’enseignera au sien et ainsi de suite. La Torah enseignĆ©e reprĆ©sente l’éternitĆ©. Elle reprĆ©sente la LumiĆØre de Dieu, la ShĆ©kina. C’est ce qu’enseignent les rabbins. C’est une trĆØs belle image et un enseignement prĆ©cieux pour nous !

Pourquoi les Juifs disent que la pierre est l’image du pĆØre et du fils ? La pierre est constituĆ©e de deux mots hĆ©breux contractĆ©s : abba et ben. Nous connaissons la traduction de ces deux mots : abba, c’est pĆØre et ben fils. La pierre, en HĆ©breu, s’écrit eben (la phonĆ©tique est diffĆ©rente) C’est la contraction de ces deux mots qui forment le mot pierre. Le pĆØre (abba) qui enseigne le fils (ben) Le pĆØre qui enseigne le fils est comparĆ© Ć  la ShĆ©kina, la LumiĆØre incrƩƩe de Dieu. Elle se situait entre les deux chĆ©rubins sur le propitiatoire, le couvercle de l’Arche et Elle Ć©clairait le Saint des saints.
L’enseignement qui se poursuit de pĆØre en fils est aussi un symbole de l’éternitĆ© par cette Parole enseignĆ©e qui se propage Ć  travers les siĆØcles de pĆØre en fils.
La rĆ©alisation absolue et parfaite de ce qui vient d’être dit se trouve dans les Evangiles, surtout celui de Jean. Le Fils est la LumiĆØre du monde. lI est entiĆØrement soumis au PĆØre. Il se laisse enseignĆ© par le PĆØre et la gloire de Dieu, la LumiĆØre, la ShĆ©kina Ć©clate en Juda. Il s’agit, dans ce contexte de JĆ©sus, l’Homme parfait Fils de Dieu. Mais, cette LumiĆØre est encore cachĆ©e, voilĆ©e et peu ont pu vĆ©ritablementĀ  la voir, la contempler du temps de la vie du Seigneur sur la terre.
Chacun voyait les effets de cette LumiĆØre par les prodiges et les miracles opĆ©rĆ©s sous le gouvernement du PĆØre ! Il fallait les yeux de la foi et bien peu l’avait, pour discerner que JĆ©sus uni au PĆØre est cette Pierre. De plus JĆ©sus a dit :

51Ā  Et il lui dit : En vĆ©ritĆ©, en vĆ©ritĆ©, vous verrez dĆ©sormais le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l’homme (Jean 1)

Dans la vision de Jacob la pierre est la maison de Dieu. JƩsus reprend pour Lui cette vision. Il est, Lui, la maison de Dieu et la communautƩ chrƩtienne forme cette maison de Dieu
La maison de Dieu, le Temple de Dieu c’est Christ. ā€˜ā€™DĆ©truisez ce Temple et en trois jours je le relĆØverai’’ (Jean 2.19) JĆ©sus est le Temple. Or, le Temple habite en nous par l’Esprit de Dieu. Nous sommes, nous aussi, ce Temple, par Christ en nous. Nous sommes cette lumiĆØre du monde car le Seigneur nous l’a dit et surtout parce que Christ, la LumiĆØre du monde habite en nous.
Pour terminer cette petite mƩditation sur la pierre, allons dans Apocalypse 21. La plus belle description de cette pierre, nous la trouvons dans Apocalypse 21.22 Ơ 22.5 :

22Ā  Je ne vis point de temple dans la ville ; car le Seigneur Dieu tout–puissant est son temple, ainsi que l’agneau.
23Ā  La ville n’a besoin ni du soleil ni de la lune pour l’éclairer ; car la gloire de Dieu l’éclaire, et l’agneau est son flambeau.

C’est la description de la Pierre de Jacob.

 

chagallLe peintre Marc Chagall a traitĆ© Ć  plusieurs reprises le thĆØme du songe Jacob et sa vision de la porte du ciel. Mais ce qui est frappant c’est qu’il a reproduit le mĆŖme mouvement aĆ©rien que nous retrouvons dans l’arcane XVI avec ces deux personnages qui semblent voler comme des anges. Certes la Tour a remplacĆ© l’Ć©chelle mais reste bien cet Axis Mundi, porte et accĆØ au monde des eaux cĆ©lestes. De plus la flamme qui jaillit du sommet de la Tour (avant qu’un copiste n’en intervertisse la direction) reprĆ©sente bien ce flot de lumiĆØre venant de la porte du Ciel, d’où le Soleil qui apparaissait sur le sommet droit de la carte.

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Arcane XVI : art du grimoire et Gnose

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Le Tarot fut fixĆ© dans ses grandes lignes au XVIĆØme siĆØcle mais son Ć©laboration fut lente et progressive puisque l’on suppose les premiĆØres cartes dĆØs le XIVĆØme siĆØcle avec une maturation pendant le XVĆØ avant d’ĆŖtre figĆ© dans les formes qui l’ont rendu cĆ©lĆØbre au XVIIĆØme siĆØcle. En fait l’histoire du Tarot se confond avec celui des « escriboulleurs » voir l’article prĆ©cĆ©dent puis avec celle d’imprimerie dont l’organisation Ć©tait hautement initiatique (AGLA). Ainsi le « Vieville » dont nous extrayons ici la lame XVI date de 1643-1664 tandis que nous pouvons datee le jeu dit de Nicolas Conver de 1761. C’est d’ailleurs ce dernier qui sera consacrĆ© pour la postĆ©ritĆ© sous le nom de Tarot de Marseille. Peints Ć  la main au dĆ©but, il suivi les progrĆØs de la mĆ©canisation et donc de l’imprimerie d’où sa diffusion au travers de toute l’Europe.Ā  Pour le lire il faut appliquer la rĆØgle des quatre sens, Ć  savoir : littĆ©ral, moral, allĆ©gorique et enfin gnostique car en dĆ©finitive c’est toute la Gnose europĆ©enne conservĆ©e par les Gouliards et leurs confrĆ©ries qui se trouva ainsi dĆ©posĆ© au sein de ces lames qu’il convient de dĆ©crypter selon cette loi des quatre sens.

Nous avons ici pour le besoin de cette introduction disposĆ© 3 cartes (mais on pourrait en mettre d’autres ) : Ć  gauche la carte du jeu de Vieville, Ć  droite celle dite de Jean Dodal, au centre en haut un dessin fantaisiste moderne et en bas le tarot redessinĆ© par le grand Ć©sotĆ©riste Oswal Wirth.

Ce qui frappe tout de suite c’est la carte de Vieville : un berger quitte son troupeau pour recueillir les fruits d’un arbre placĆ© juste sous le soleil. Cette carte aurait pub ĆŖtre « LA » carte dĆ©signant l’arcane XVI mais c’est celle de Dodal qui prĆ©valut avec sa tour en feu : pourquoi ? Dans le cadre de notre interprĆ©tation et Ć  la lumiĆØre des matĆ©riaux rassemblĆ©s c’est parfaitement cohĆ©rent, mais alors comment ? De plus la carte fantaisiste n’ayant fait appel qu’Ć  l’imagination active de son auteur dĆ©voile un autre Ć©lĆ©ment dĆ©cisif de cette lame : Ć  savoir le dieu Neptune et son milieu marin, quand Ć  la carte de Jean Dodal il est trĆØs important de noter qu’il n’y a nul Ć©clair mais bien au contraire une flamme qui s’Ć©chappe de la tour pour gagner le soleil. Dans le tarot de Wirth et suite Ć  une rationalisation moderne, la flamme a Ć©tĆ© retournĆ©e pour cette fois descendre du ciel d’où l’idĆ©e naturelle de foudre qui l’accompagna (sur-sens et contre sens). L’intention Ć©tait certes louable mais le rĆ©sultat dĆ©sastreux (au sens Ć©tymologique) car ainsi le sens de cette carte a Ć©tĆ© oblitĆ©rĆ©, voir perdu pour devenir ce qu’on lui prĆŖte dĆ©sormais, Ć  savoir chute, perte, malheur, ruine etc, etc .. Alors qu’il n’en est rien au dĆ©part.

Nous reviendrons sur tous ces aspects dans notre Ć©tude afin de lire cette carte comme un palympseste avec de multiples couches tout en sachant qu’il convient de partir de la matrice originelle : celle du jeu de Vieville et de Jean Dodal (flamme montante et non descendante). Nous rĆ©soudrons au passage la nuĆ©e qui entoure les personnages et le sens de cette tour en Ć©vitant le piĆØge grossir qui est tendu Ć  tout hermĆ©neute en herbe : oui, cette tour n’a aucun rapport avec la Tour de Babel mĆŖme si l’idĆ©e est tentante. Il faut se garder de toute prĆ©cipitation interprĆ©tative faute Ć  chuter comme les deux mĆ©nestrels dĆ©fenestrĆ©s.

tour-genoiseComme le montre cette photo, la tour de l’Arcane XVI dot ĆŖtre replacĆ© dans son contexte et dans l’idĆ©e de l’Ć©poque. Une tour isolĆ©e hors de son enceinte ne pouvait dĆ©signer que deux choses. Sur le littoral une tour dite « GĆ©noise », sorte de phare permettant d’y fixer un sĆ©maphore ou une torchĆØre et dans l’intĆ©rieur des terres, une tour dite « de Murcie » ou tour servant Ć  y stocker les rĆ©coltes (blĆ©, farine, viandes sĆ©chĆ©es etc ..). La denrĆ©e la plus prĆ©cieuse Ć  l’Ć©poque Ć©tant le sel, c’est lĆ  gĆ©nĆ©ralement qu’il Ć©tait remisĆ© sous bonne garde. Dans les deux cas l’accĆØs Ć  la tour se fait Ć  l’aide d’une Ć©chelle et il n’y a pas de porte. Ceci pour Ć©viter des assaillants ou des rongeurs qui s’attaqueraient aux stocks entreposĆ©s. Seuls les nobles ou des bourgeois pouvaient possĆ©der une tour. Il y a donc une histoire de ces tours qui couvrirent toute l’Europe ne relevant pas de l’histoire des fortifications. L’histoire des « Watch Towers » dont certains rites maƧonniques se sont inspirĆ©s.

Concernant maintenant l’arcane XVI il convient de poser en prĆ©ambule de mon rĆ©cit que celle-ci doit ĆŖtre comprise selon plusieurs trames : une trame biblique, une trame paĆÆenne (celtico-chaldĆ©ique), une trame mythologique liĆ©e aux cultes des Saints en vogue alors et enfin une trame gnostique liĆ©e Ć  l’Art du Grimoire tel qu’il nous a Ć©tĆ© transmis grĆ¢ce Ć  l’art des gots ou art d’Angler selon l’expression des « Pairs Peintres AnglĆ©s » rĆ©unis en diffĆ©rentes confrĆ©ries secrĆØtes au sein des corporations. C’est l’Adepte Fulcanelli qui remis Ć  l’ordre du jour cette filiation Ć  l’occasion de son dĆ©chiffrage de nos demeures philosophales. A ce sujet, on remarquera que toutes les lames commencent avec un « L » et ce n’est pas un hasard. N’oublions pas d’ajouter qu’Ć  cette Ć©poque « Angle » et « Ange » s’Ć©quivalaient. L’Ć©tymologie mĆŖme du mot Arkan signifie l’angle des angles (voir arcane 21). Citons enfin Grasset d’Orcet en guise de conclusion provisoire :

« Nous venons de voir que l’oeuvre AnglĆ© se composait de huit syllabes, terminĆ© par une assonance en L, telle parait ĆŖtre l’Ć©tymologie du mot blasonner. Cette lettre Ć©tait le signe de reconnissance des « pairs, peintres AnglĆ©s » entre eux ». Grasset d’Orcet .. Ć  suivre

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Le secret de la Maison Dieu, arcane XVI du Tarot

Le secret de la Maison Dieu : du Roc Ć  la Tour.

A l’Ć©vidence il est vain de chercher dans la littĆ©rature plĆ©thorique qui sĆ©vit autour des tarots une explication digne de ce nom sur ses origines. Cette explication permettrait pourtant d’Ć©clairer l’usage interprĆ©tatif qui en est fait. Devant cette carence nous avons tentĆ© l’aventure avec une rĆ©-interprĆ©tation comme cela n’avait jamais Ć©tĆ© fait de l’arcane XVI. Pour celle-ci il est donc nĆ©cessaire de se situer Ć  l’Ć©poque où les cartiers italiens, helvĆØtes conƧurent ce jeu aux confluences multiples.

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La pĆ©riode d’Ć©laboration du Tarot est connu et se situe au XVIĆØme siĆØcle, soit cette pĆ©riode dĆ©cisive de la crise europĆ©enne entre fin du Moyen Age et Renaissance. Les foyers se situent entre Milan, Lyon et l’HelvĆ©tie en contact avec l’empire germanique. Mais la matrice jamais dĆ©voilĆ© jusqu’ici est celui des Gouliars, ou Goliars .. Qui sont-ils ? Vaste sujet qui mĆ©riterait un livre entier mais nous nous contenterons d’en donner quelques indications en liminaire de ce travail. Notons simplement en prĆ©ambule que cette Ć©cole fut aussi le vĆ©hicule où la Tradition la plus antique fut transmise en Europe avec quelques reprĆ©sentants Ć©mĆ©rites comme FranƧois Rabelais, Fulcanelli la signala sous le nom d’Art Gothique ou art des gots … C’est en effet dans ce petit milieu des imprimeurs initiĆ©s que les cartrers puisĆØrent leur enseignement avant de le tramer dans ces jeux populaires connus sous le nom de Jeu de Tarot.

Art des Gots, et art d’angler : Rabelais

rabelaisSelon Grasset d’orcet, Rabelais semble ĆŖtre le premier Ć  avoir appliquĆ© Ć  la littĆ©rature les rĆØgles de l’aNGLe, que l’on peut aussi bien lire LaNGue L. Il appartenait, comme Ɖtienne Dolet ou Bonaventure DespĆ©rier, Ć  la SociĆ©tĆ© angĆ©lique, fondĆ©e par l’imprimeur Gryphe. Les membres de ce petit cĆ©nacle littĆ©raire de savants et d’artistes s’Ć©taient placĆ©s sous le patronage de saint Gilles, et avaient pris pour cimier une tĆŖte d’ange. Selon Grasset, les mots IL GĆØLe auraient servi Ć  indiquer dans cette sociĆ©tĆ© la prĆ©sence d’un indiscret. Grasset d’Orcet prĆ©cise aGgeLos signifie rĆ©ellement un messager, un porteur de nouvelles ; La sociĆ©tĆ© angĆ©lique de Gryphe Ć©tait juste aussi angĆ©lique que l’agence Havas. On la nommerait aujourd’hui une agence de correspondance. A la suite de PĆ©ladan, Paul Naudon suppose l’existence d’un cĆ©nacle, qu’il nomme AGLA. Les rĆØgles du grimoire identifient aGLa, aGeLos et GiLles, mais aussi aiGLe. Or, dans un autre article, Grasset prĆ©cise que Aggelos est l’esprit en grec. C’est aussi le sens de l’aiGLe de saint Jean, figurĆ© sur les lutrins des Ć©glises. Mais GL reprĆ©sente les GouLiards ou GauLts. Grasset suppose que ces Gouliards tiraient leur nom de la langue dans laquelle ils Ć©crivaient leurs hiĆ©roglyphes : le GauLois ou la langue populaire.

Ā Les Gouliards et la messe des fous (se reporter Ć  Fulcanelli et mes cahiers pour en savoir plus) :

Les Gouliards (Goliards), fils de GOULIA ou de GOLIAS, Ć©taient apparus dĆØs le XIIĆØ siĆØcle. Ces Ć©tudiants turbulents forts en gueule ou portĆ©s sur la gueule, pauvres, erraient d’universitĆ© en universitĆ©, en vantant les mĆ©rites de l’amour et du vin. Le concile d’Aquisgraux, au IXe siĆØcle, sous le rĆØgne de Louis le Pieux, ordonnait aux dignitaires de l’Ɖglise de ne pas admettre parmi eux les clercs qui, abandonnaient leur cloitre devenaient vagi et lascivi, gulae et ebrietati et caeteris suis voluptatibus dediti, eieiermi sioi ibidem cet licitum faciant. En effet Grasset suppose que :

Charlemagne, en concentrant dans les cloĆ®tres tout ce qui restait de traditions scientifiques, littĆ©raires et artistiques, se trouvait en avoir fait en mĆŖme temps des foyers de paganisme et des repĆØres de l’hĆ©rĆ©sie.

Les conciles de TrĆØves (1227) et de Rouen (1241) fulminent de nouveau contre l’inconduite de clercs ribauds, surtout ceux qu’on dit de la famille de Golias. Cependant, ces clercs ribauds sont bien acceptĆ©s, et, au milieu du XVe siĆØcle encore, un docteur en thĆ©ologie d’Auxerre, Gerson, dĆ©fend l’ordonnance de la messe des fous en ces termes :

« Les tonneaux de vin exploseraient si de temps en temps on n’enlevait pas la bonde pour que l’air accumulĆ© puisse s’en Ć©chapper. Or donc, nous aussi sommes de vieux tonneaux, par surcroĆ®t mal cerclĆ©s ; le vin de la sagesse nous ferait Ć©clater si nous le conservions sans cesse uniquement pour le service de Dieu. Aussi certains jours nous l’aĆ©rons, nous nous laissons aller au plaisir le plus exubĆ©rant, aux folies, pour ensuite nous en retourner avec un zĆØle d’autant plus grand Ć  l’Ć©tude et aux exercices de la sainte religion. »

Carmina Burina, oeuvre des Gouliards.

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Abbaye de Benediktbeuern

On retrouve diffĆ©rents exemples de messes de joueurs, de buveurs, de ripailleurs, (missae lusorum, missae potatorum, missae gulatorum) dans les manuscrits mĆ©diĆ©vaux de Ratisbonne, Halbertstad, Londres, Ć  la BibliothĆØque vaticane, etc., ainsi que, bien Ć©videmment, dans le manuscrit, qui dans le cadre de la sĆ©cularisation des couvents de BaviĆØre, parvint, en 1803, Ć  la BibliothĆØque centrale royale de la cour, Ć  Munich. Le premier Ć©diteur de ces manuscrits, le bibliothĆ©caire J.-A. Schmeller, leur donna le nom de Carmina Burana (PoĆØmes de Benediktbeuern) parce que c’est dans ce monastĆØre que le manuscrit fut rĆ©digĆ©. Ce manuscrit, composĆ© avant le milieu du XIIIe siĆØcle, constitue une imposante collection de piĆØces, entre autres des manuscrits de Saint-Martial de Limoges du dĆ©but du XIIe siĆØcle.

Juan Ruiz, archiprĆŖtre de Hita, dans son poĆØme, le Libro de buen amor, (1330,1343) fait de la faim et de l’amour les moteurs universels et premiers, mis ici sous la protection d’Aristote. On se rappelle que Pantagruel a toujours soif et faim !

Bien le dit Aristote, c’est chose vĆ©ritable : ce monde pour deux choses laboure. La premiĆØre, pour avoir subsistance ; l’autre (non la derniĆØre), c’est pour avoir jouissance de femme dĆ©lectable. Son oeuvre reflĆØte le portrait type du gouliard : un clerc, bon vivant, mais clerc avant toute chose.

L’ordre se divisait en maƧons et en escribouilles [escrit bulles] ; les premiers Ć©taient architectes, les seconds furent Ć  l’origine les copistes qui Ć©crivaient les bulles, puis englobĆØrent tous les arts du dessin. Le titre de pourple en Ć©tait le plus haut grade hiĆ©rarchique.

Les maƧons Ć©taient les architectes ; quant aux escribouilles, ils ont dĆ» dans l’origine se limiter aux copistes ou Ć©crivains de bulles, qui Ć©taient, comme l’on sait, enjolivĆ©es de miniatures ; mais plus tard les escribouilles paraissent avoir englobĆ© tous les arts du dessin dans toutes leurs variĆ©tĆ©s, tels que peintres, graveurs et encadreurs. C’est Ć  cette profession que semble avoir Ć©tĆ© empruntĆ© le titre de pourple ou pourpre, qui Ć©tait le plus haut degrĆ© de la hiĆ©rarchie des escribouilles, et dont le privilĆØge consistait Ć  se servir d’encre pourpre et Ć  encadrer ses compositions dans des bordures de cette couleur. Dans notre prochain article nous nous attarderons sur la lame no XVI afin de comprendre pourquoi cette lame est si importante . Son dĆ©chiffrement est proposĆ© uniquement dans notre cahier et donc je me contenterais simplement de dĆ©gager au cours de ce prochain article quelques pistes mais il y a tant Ć  dire ! Article Ć  suivre « Arcane XVI ou le secret des Menestrels »

 

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La Vierge alchimique de Reims commentƩ par Oswald Wirth

wirth_virgo_reimsvoir la planche ici

On l’a oubliĆ© mais c’est bien Oswald Wirth qui le premier attira l’attention sur ce tableau dont il est aujourd’hui de bon ton d’en faire un commentaire alchimique. Du coup le premier commentaire d’Oswald Wirth trĆØs original et basĆ© sur une conception prophĆ©tique de l’oeuvre (qui relie ce tableau au secret de Saint-Sulpice) est passĆ© inaperƧu mais il ne manque pas d’intĆ©rĆŖt non plus car il combine l’interprĆ©tation hermĆ©tique Ć  celle des arcanes dont le Tarot. C’est ce commentaire agrĆ©mentĆ© de mes propres notes que vous pourrez dĆ©couvrir en octobre accompagnĆ© de la planche elle mĆŖme livrĆ©e en haute dĆ©finition sur papier d’art et imprimĆ© uniquement Ć  la demande.

PrĆ©ambule : Le 26 janvier 1907, le Courrier de Champagne (Journal de Reims) publiait la lettre du curĆ© du village champenois de Fligny, dans laquelle on lisait : Ā« Je crois devoir signaler Ć  votre collaboĀ­rateur [le frĆØre maƧon Curieux] un tableau d’un grand intĆ©rĆŖt pour prouver l’hypocrisie de la franc-maƧonnerie et de la persisĀ­tance de son but anti-religieux sous des dehors les plus reliĀ­gieux. Ā» La lettre du curĆ© allait mettre le feu aux poudres. Elle Ć©tait insĆ©rĆ©e en bonne place, juste au-dessous d’un feuilleton anti-maƧonnique intitulĆ© Les MystĆØres de la rue Buirette — car dans cette rue de Reims des loges maƧonniques se rĆ©unissaient, comme aujourd’hui encore. Ā« Curieux Ā» Ć©tait le pseudonyme du feuilletoniste.

Le tableau se trouvait alors dans l’Ć©glise Saint-Maurice, Ć  Reims. Il est maintenant conservĆ© non loin de cet Ć©difice, au musĆ©e du CollĆØge des jĆ©suites. A partir du 26 janvier 1907 et jusqu’en avril, il fit l’objet de toute une correspondance polĆ©miĀ­que publiĆ©e dans le mĆŖme journal. Les uns y voyaient un dessin maƧonnique, d’autres une oeuvre martiniste, d’autres encore une crĆ©ation jĆ©suite orthodoxe malgrĆ© son curieux symbolisme. Cette polĆ©mique apparaĆ®t caractĆ©ristique d’une Ć©poque d’ anti-clĆ©ricaĀ­lisme et d’anti-maƧonnisme virulents, si propice aussi aussi Ć  l’Ć©closion de fantasmes du Ā« complot Ā».

Il s’agit d’une peinture anonyme sur toile, exĆ©cutĆ©e dans la premiĆØre moitiĆ© du XVIIe siĆØcle. On peut la dater ainsi grĆ¢ce d’une part au cadre : le mĆŖme entoure un autre tableau de Reims, dont la datation ne fait pas de doute — ce que Henri Jadart, le conservateur du musĆ©e de Reims, rappelait au coeur mĆŖme de la polĆ©mique de 1907, et cela Ć  l’encontre des interprĆ©tations fantaisistes de ceux qui y voyaient une symbolique maƧonnique. Et grĆ¢ce, d’autre part, Ć  sa provenance : commanditĆ©e selon toute vraisemblance par les jĆ©suites de Reims, elle s’inscrit dans une dĆ©coration d’ensemble constituĆ©e par ceux-ci dans les annĆ©es 1620.

En guise d’introduction : une fois couronnĆ©e la matiĆØre, – la Terre-MĆØre, toujours vierge Ć  cause de son humilitĆ© et de son rĆ“le totalement indispensable, – nous voici devant la Vierge alchimique debout sur le croissant lunaire. Pourquoi ce culte rendu Ć  la Vierge (noire ou blanche) ? Parce que la noirceur de certains moments traversĆ©s devient en quelque sorte la mĆØre d’une prise de conscience nouvelle.
VĆŖtue de bleu, la Vierge a le pied posĆ© sur un nuage (d’inconnaissance). Les huit Ć©toiles se rapportent Ć  la rĆ©surrection future de tous les hommes ( = l’infini). Les diverses allusions Ć  la mythologie et Ć  l’alchimie montrent combien il est nĆ©cessaire de voir sans prĆ©jugĆ©s ce qui nous entoure. Les rayons d’or solaire sont rigides (droits) et souples (ondulĆ©s). Dans sa droite, la Vierge tient le monde entier avec ses signes zodiacaux, d’où Ć©merge un paon, image d’immortalitĆ© : l’oiseau d’HĆ©ra, gloire du ciel Ć©toilĆ©, qui porte sur sa queue les cent yeux qui voient tout. Dans sa main gauche, le temple aux quatre fenĆŖtres symbolise les quatre orientations du monde et les quatre Ć©lĆ©ments cosmiques et corporels. Les neuf lucarnes se rĆ©fĆØrent Ć  la « neuviĆØme heure », où le Seigneur confia son esprit au PĆØre. Elles peuvent faire Ć©galement allusion Ć  la Sibylle de Cumes qui dĆ©tient neuf recueils d’oracles. En alchimie, le chiffre neuf dĆ©signe aussi le nombre de purifications nĆ©cessaires, nos « grandes Ć©preuves » pour obtenir la Pierre philosophale (la soliditĆ© de l’Amour par la Sagesse). Le 9 prĆ©figure l’Age d’Or, un Ć¢ge neuf.
L’annonce des temps nouveaux revient aux deux tritons sonnant de la trompette sur le toit de l’autre temple. Les trompettes sont symboles des Eaux d’en-haut. Le couple d’adeptes figure l’initiation : chasuble rouge pour lui, voile blanc pour elle. L’homme tient un livre fermĆ© rappelant la nĆ©cessitĆ© du secret et le caducĆ©e d’HermĆØs aux serpents complĆ©mentairement enlacĆ©s. La femme tient le flambeau qui Ć©claire les tĆ©nĆØbres.
Tous les dĆ©tails de cette image sont Ć©minemment symboliques : il suffit d’ĆŖtre attentif pour en dĆ©crypter le sens. N’imitons pas le cyclope qui tombe Ć  la mer, et reprĆ©sente le rĆØgne chaotique primordial où l’alchimiste ignorant finit par se perdre. Ć  suivre …

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RĆ©plique du collier de l’Ordre de la Toyson d’or

Ć  l’occasion des prochaines journĆ©es de Bourges (Alchimie et Transmutation) nous avons procĆ©dĆ© Ć  l’Ć©dition de trois rĆ©pliques du cĆ©lĆØbre collier de la Toison d’or. ExclusivitĆ© mondiale.

 

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Symbole de la conquĆŖte du Grand Oeuvre en Alchimie, ce collier fut pendant des siĆØcles Ć©galement celui de la chevalerie spirituelle. Dans la mythologie grecque, la Toison d’or (en grec ancien Ī§ĻĻ…ĻƒĻŒĪ¼Ī±Ī»Ī»ĪæĪ½ Δέρας / Khrysómallon DĆ©ras) est la toison de Chrysomallos, bĆ©lier avec des grandes ailes sur lequel Phrixos et HellĆ© s’enfuirent pour Ć©chapper Ć  leur belle-mĆØre Ino. ArrivĆ© en Colchide, Phrixos immole le bĆ©lier Ć  Zeus et fait cadeau de la toison au roi ƉƩtĆØs qui la suspend Ć  un chĆŖne et la fait garder par un dragon et des hommes armĆ©s.

PĆ©lias ordonna Ć  son neveu Jason d’aller la chercher. MĆ©dĆ©e trahit son pĆØre ƉƩtĆØs et aide Jason et les Argonautes Ć  s’emparer de la toison d’or. Lors de leur fuite, elle dĆ©coupe son frĆØre Absyrte en morceaux et les jette Ć  l’eau pour ralentir ƉƩtĆØs qui s’arrĆŖte pour rassembler les morceaux et lui faire des funĆ©railles dans un lieu appelĆ© alors Tomis (« dĆ©coupé »), ce qui laisse aux Argonautes le temps de s’Ć©chapper avec la toison.