La rose de Bruxelles et les 7 lignages

En 1413 les Bruxellois venaient de se bâtir un hôtel de ville sur douze arcades, sculptées semblablement de sujets mystérieux. On se hâta de l’achever sur sept, en ce compris la tour marquant la réussite de l’Œuvre, commune aux deux voies. Puis on hissa au Faîte l’archange Mercure, sans omettre de lui sceller sous le talon, pour l’édification des générations à venir, une médaille du pape Martin V, qu’on disait avoir été frappée dans du métal précieux obtenu au fourneau.

Des ouvriers, qui descendaient le saint pour le redorer, la trouèrent en 1841. La pièce portait au verso d’un Agnus Dei, d’une invocation et de la légende, un texte que le savant numismate Lelewel, passionné de Cabale, jugea indéchiffrable en dehors des lettres O Q R I. Ce jeton d’argent, qui avait par ailleurs embarrassé les historiens à cause de sa date d’émission antérieure à 1431, était enfermé dans un étui de plomb, lui-même placé à l’intérieur d’une boîte de fer, sertie dans le pivot de la sphère de cuivre, symbole planétaire, portant le diable et l’archange, alias mercure, caparaçonnés d’étain et de près de neuf mille feuilles d’or.

La rose aux sept métaux était ainsi plantée au point culminant de la cité. Et elle y fleurit encore puisqu’une exacte réplique de la médaille mystérieuse, jointe à celle commémorant l’événement, fut rescellée au même endroit quand on renvoya l’archange à ses nuages, observer le cours immuable du soleil et le voir chaque année, au soir du jour le plus long, l’achever sur l’emplacement où s’élevaient les tours de la porte de Flandre…

La ville aux sept portes et sept collines

Au milieu de l’année 1646 sortait des presses de Jean Mommaert, maître imprimeur à Bruxelles, un ouvrage curieux intitulé Bruxella Septenaria Descripta, où l’auteur, Erycius Puteanus, défendait la thèse insolite d’une ville mystérieusement régie selon les lois de la Cabale, par le nombre sept, chiffre de Pallas Athéna. Ce gros in-folio ne recueille plus à présent que les sarcasmes des historiens officiels, encore qu’ils n’hésitent pas à lui emprunter régulièrement ses gravures, sans oser insister trop sur leur provenance. Le Bruxella Septenaria cependant, avait été unanimement apprécié au moment de sa publication.

Puteanus, alias Érycée de Putte, n’était d’ailleurs pas n’importe qui. Historiographe des archiducs et de la ville de Milan, il occupait brillamment à l’université de Louvain la chaire où avait enseigné Juste Lipse. Il pratiquait avec un égal bonheur la musique, l’astronomie et l’art d’écrire. Son œuvre est considérable. Mais il n’est pas sans intérêt d’y relever un mince opuscule, paru en 1643 chez le même éditeur bruxellois, le De Anagrammatismo, qui n’est autre qu’un manuel fort bien construit d’écritures secrètes ! Fondé lui aussi sur la Cabale. Parfait érudit, Puteanus avait cet avantage sur nos modernes patentés, qui n’ont que l’explication économique à la bouche, d’avoir appris à lire et à comprendre l’autre face des événements et des textes !

Chose étrange, c’est au moment où il sut n’avoir plus que peu de mois à vivre que Puteanus se mit à rédiger les sept chapitres de son Bruxella Septenaria, comme s’il s’agissait pour lui d’une sorte de testament. A croire qu’il avait découvert au cours de ses recherches historiques sur Bruxelles quelque secret d’importance — celui de Charles de France ou du dieu Lug ? — dont il était de son devoir d’assurer à tout prix la transmission. Un secret en rapport avec le chiffre sept… Les pythagoriciens soutiennent que sept vient du mot grec sebo, signifiant : vénérer, rendre un culte. Car ce nombre était sacré, pour la raison que nous explique Nicomaque de Gérase au premier siècle, et qui le fait attribuer à la vierge Pallas. Sept est le plus grand parmi les chiffres vierges, c’est-à-dire indivisibles, ou premiers.

Pallas, littéralement celle qui brandit une lance, est le surnom d’Athéna, que les Latins appelaient Minerve. Pindare a chanté sa naissance extraordinaire et comment, d’un seul coup d’une hache d’airain qu’il avait forgée, Vulcain la fit jaillir du front de Zeus. Elle s’en élança tout armée, en poussant un cri formidable. La terre en trembla et une pluie de neige et d’or s’abattit sur la cité natale !

Or, un des versants de notre Mont-Saint-Michel-sur-Senne était précisément le quartier Notre-Dame-aux-Neiges, ainsi dénommé pour les chapelle et image d’une autre Vierge, coupable d’y avoir fait pleuvoir certain été, pareils flocons miraculeux, plus loin transmutés en une rue d’Or aux origines mystérieuses, serpentant vers la Grand-Place. Était-ce là le fil d’Ariane trouvé par Puteanus, et tiré par lui à travers les arcanes bruxellois ?

Toujours est-il qu’ayant reçu en 1614, avec la charge de châtelain de Louvain, la jouissance de l’ancienne forteresse des ducs au sommet du mont César, l’auteur de l’Anagrammatismo rebaptisa bizarrement cet antre où il allait pousser ses très particulières études arche de Pallas.

La ville de Bruxela, nom composé de sept lettres remarque Puteanus, avait été assise par ses fondateurs sur sept collines, à l’instar de Rome, chef de l’empire et de la chrétienté, qu’ils prétendaient sans doute imiter.

Le Froid-Mont, vulgairement Caudenbergh, avec son palais ducal, en était le Palatin tandis que la montagne aux Herbes potagères aurait pu rivaliser avec l’Esquilin. Il y avait encore celle de Sion et son monastère Sainte-Élisabeth vers le Botanique, le mont des Aveugles, devenu celui des Arts, le Sablon et du côté de Saint-Gilles, la colline Saint-Pierre, toutes entourant le mont Saint-Michel, premier des sept, comme Michel était le premier d’entre les sept archanges…

Les anges sont en tout les messagers ailés du Destin.

Gabriel était la Lune, et c’est bonne logique s’il annonce la Vierge Marie l’époque de ses couches. Raphaël, dans le rôle du Soleil, était le seul des sept à pouvoir diriger, à la chaleur de ses rayons, les pas de l’aveugle Tobie. Mars était Gamaël et Zadkiel, jupiter. Vénus se prénommait Haniel et Saturne Zaphkiel. Quant à gichel, son sanctuaire poitevin est assez éloquent, dressé sur le haut du mont Mercure.

Toutefois comme le fait remarquer  Puteanus, si Rome se vante à bon droit du nombre sacré de ses collines, le Nil des sept embouchures de son delta, les deux Ourses polaires de leurs sept luminaires, Bruxelles les vaut bien tous, Rome, l’Égypte, le ciel et ses planètes ! Car, outre ses sept montagnes, elle s’enorgueillit encore des sept bras de la Senne et surtout, de ses sept lignages …

Curieuse affaire que ces lignages, ainsi mis en évidence par un hermétiste notoire et à propos desquels les historiens n’ont pas fini de s’interroger ni de s’étonner. Car si l’existence de ces sept groupes fermés est officiellement attestée déjà par une charte de 1306, un an avant l’arrestation des templiers, leur origine reste un mystère.

Tout juste sait-on qu’il fallait obligatoirement en faire partie pour briguer un des sept mandats d’échevin de la ville, comme pour devenir doyen de corporation. Nul ne pouvait s’y faire inscrire s’il ne remplissait de strictes conditions, non pas de fortune, mais de sang. Prouver par exemple sa directe et légitime extraction, par voie masculine ou féminine, d’une des sept familles-souches bruxelloises, d’où la qualité de lignager, ou de « bien-né ».

L’admission dans un lignage conférait au nouveau bien-né des privilèges exorbitants pour l’époque. Voilà un roturier qui allait, dans les murs de sa ville, pouvoir jouir des droits jalousement réservés à la seule noblesse, et arborer en outre sur sa maison d’arrogantes armoiries lignagères, avec heaume, couronne ou bourlet, lambrequins, cimier, tenants ou supports, bref la panoplie complète du parfait chevalier !

Le décodage des lignages à partir de la Rose

à suivre …

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