
C’est Claude Gaignebet qui nous restitue les dates de naissance des géants Gargantua et Pantagruel : respectivement le 3 février et au 25 juillet, autrement dit la Saint-Blaise et la Saint-Jacques, patrons du métier, qui pour les Frères recouvraient par nécessité et assonance les colonnes Boaz et Jakin.
Liée au froid et à l’humide, la colonne Boaz de saint Blaise illustrait le point critique d’un hiver qui, au 3 février, pouvait cesser ou se prolonger quarante jours. Au lendemain de la Chandeleur, ce jour placé sous le patronage du maître des souffles (Blaise-Blasen) marquait mythiquement le réveil de l’ours (arthos ou arthus) de son hibernation, qui libérait les « esprits » intestinaux accumulés pendant son long sommeil hivernal. Chaude et sèche, la colonne Jakin de saint Jacques signait au contraire les temps accablants du plein été, le 25 juillet marquant la date, bien connue depuis l’Antiquité, du lever héliaque de Sirius dans la Voie lactée, dénommée Chemin de Saint-Jacques, dont le correspondant terrestre garantissait aux « soiffards pélerins » de la coquille, disait-on, le salut et l’accès au Ciel… Nous laisserons à chacun le soin de poursuivre pour son compte la démonstration, notamment quant aux vieilles traditions populaires préchrétiennes de la circulation des âmes-souffles, entrant et sortant du monde par la Voie Lactée, autour de ces deux dates. Précisons seulement que Rabelais les associait aux doctrines pythagoriciennes et « orphiques » (voilées par Maître François sous un « horrificque » qui est aussi bien aurificque) sur la descente et la remontée des âmes dans leur séjour céleste par les portes solsticiales, illustrées par Porphyre ou Macrobe », et plus anciennement par les textes des lamelles d’or funéraires orphiques : « agneau, tu t’es élancé vers le lait », « taureau, tu as couru vers le lait ».

se mettre à l’ordre
de l’origine des deux colonnes
Les commentaires de toutes sortes (ceux des rabbins, des Pères de l’Église ou des maçons) sur les noms des deux colonnes n’ont pas manqué. Dans le Livre des Rois la longue description de la forme, des ornements, des dimensions et de la matière des colonnes du Temple fondues et mises en place par Hiram de Tyr, fils d’une veuve de Nephtali, se termine par la simple mention : « Il plaça ces deux colonnes dans le vestibule du Temple ; et, ayant posé la colonne droite, il l’appela Iachin. Il posa de même la seconde colonne qu’il appela Boa» (Booz dans les traductions anciennes) (III Rois, VII, 21).
On a pu, il y a quelques années déjà, dresser une bibliographie* de quelques centaines de titres sur les interprétations symboliques ou les usages cultuels des deux colonnes. Il est impossible d’en examiner l’ensemble. Voici les faits que, sans aucune ambiguïté, le texte biblique nous autorise à affirmer.
Les deux colonnes sont situées sur le parvis, devant l’entrée du Temple orienté à l’Est. IACHIN AU SUD et BOAZ AU NORD. Les hésitations des loges maçonniques relativement à cette orientation proviennent du fait que leur façade est à l’Ouest. Près de la colonne Iachin se situe la Mer, vaste cuve d’airain supportée par douze boeufs qui regardent trois par trois, vers chaque point cardinal. La position de cet objet du culte peut s’induire du verset 39 : « Il plaça la Mer du côté droit de la maison, au Sud-Est »* ; elle n’est mise en cause par aucune des reconstitutions du Temple.
Dès la fin du XVIIe siècle, nous avons la preuve qu’une interprétation ésotérique des noms des deux colonnes existait dans la maçonnerie. Un pasteur d’Aberfeill (Écosse), Robert Kirk, écrit en 1691 :
« Le Mot de Maçon est un mystère dont je ne veux pas cacher le peu que je sais. C’est une espèce de tradition rabbinique, une sorte de commentaire sur Iakin et Boaz, les colonnes érigées au Temple de Salomon (III Rois, VII, 21) avec l’adjonction de certain signe secret transmis de main à main, au moyen duquel ils se reconnaissent et deviennent familiers entre eux. » (Palou, La Franc-maçonnerie, p. 32).
Au début du XVIIIe siècle, un ouvrage anglais, intitulé Iachin and Boaz, décrit longuement le rôle des colonnes portatives.
Le plan du Temple, situe ces colonnes rituelles. Elles ont environ vingt-cinq pouces de long (50 cm), celles du Senior Warden (surveillant) est appelée Jachin, celle du Junior Boaz. Lors de l’ouverture de la loge les rôles des responsables de ces colonnes sont précisément indiqués.
Mast. — Quelle est la place du W dans la loge ?
Deacon — Au Sud.
Mast. à W — Pourquoi au Sud ?
W — Pour mieux observer le soleil « at the high Meridian » (midi) pour appeler les hommes quand ils quittent le travail aux rafraîchissements, et contrôler qu’ils viennent à temps pour que le Vénérable en ait plaisir et profit.
Mast. — Où est la place du senior Warden dans la loge ?
senior Warden — A l’Ouest.
Mast. — Quel est votre travail là, Frère ?
— Quand le soleil se couche à l’Ouest je dois clore la Journée, car le s. W.se tient à l’Ouest pour fermer la loge, pour payer aux hommes leur salaire et pour les libérer de leur travail.
Lors de la réception de l’apprenti son Mot est Jachin. Le dialogue est le suivant :
Mast. — Que vous fit-on alors ?
Rép. — Le Maître me prit par la main droite et me donna l’attouchement (grip) et le mot d’un apprenti reçu, et dit : Lève-toi, mon frère JACHIN.
Ils partagent ensuite avec un autre Frère en moitié le Mot.
- ler Frère — Je vais l’épeler avec vous ou le partager (halve).
- 2e Frère — Je vais le partager avec vous.
- ler F. — Commence.
- 2e F. — Non, commence d’abord.
- ler F.. — JA
- 2e F. — CHIN.
- Ier F. — JACHIN.
- Mast. — Qu’est-ce qui vous fut ensuite montré ?
- Rép. — La (Guard*) ou le signe d’un apprenti reçu.
* La Guard ou le signe, comme ils l’appellent, consiste à amener sa main droite sur la gorge, latéralement, ce qui doit vous faire souvenir de la peine que vous encourez par votre serment, que vous préféreriez avoir la gorge coupée que de découvrir les secrets de la Maçonnerie.
Il semble, que le sens des noms des deux colonnes n’ait été livré que progressivement aux Frères au fur et à mesure de leur accès aux grades les plus élevés.
L’explication philologique encore adoptée de nos jours est connue de l’auteur de Jachin et Boa.
- Mast. — Qu’est-ce qui supporte votre loge ?
- Rép. Trois grands piliers.
- Mast. — Quels sont leurs noms ?
- Rép. — Sagesse, force et beauté.
- Mast. — Qu’est-ce que le pilier de la sagesse représente ?
- Rép. — Le Maître a l’Est, etc.
Quant au compagnon « fellow’s craft », apprenti, il doit connaître avec exactitude la description biblique.
- Mast. — Avez-vous vu quelque chose qui mérite d’être remarqué ?
- Rép. — Oui, très Vénérable.
- Mast. — Qu’était-ce ?
- Rép. — Deux beaux piliers de bronze.
- Mast. — Quels étaient leurs noms ?
- Rép. — Jachin et Boaz.
- Mast. — Quelle était la hauteur des piliers ?
- Rép. — Trente-cinq pieds et le chapiteau de cinq pieds, ce qui fait quarante pieds en tout.
- Mast. — De quoi étaient-ils ornés, Frère ?
- Rép. — De deux chapiteaux dont chacun avait cinq pieds de haut.
- Mast. — Qu’y avait-il de plus pour les orner ?
- Rép. — Du travail de lys et de filet ; des grenades.
- Mast. — Étaient-elles creuses, Frère ?
- Rép. — Oui, Très Vénérable.
- Mast. — De quelle épaisseur étaient leurs parois ?
- Rép. — Quatre pouces.
- Mast. — Où furent-elles fondues ?
- Rép. — Dans la plaine du Jourdain, entre Succoth et Zartha, dans un terrain d’argile, où tout le mobilier sacré de Salomon fut fondu.
- Mast. — Qui les a fondus ?
- Rép. — Hiram Abiff, le fils de la veuve.
Au cours de l’initiation au grade de Maître est contée la légende d’Hiram. Le junior Warden frappe avec une règle le récipiendaire sur la gorge, le senior Warden avec une équerre sur le cœur et le Maître sur la tête avec un maillet. D’après une planche d’un ouvrage de l’abbé Pérau qui dévoile les secrets de la Maçonnerie, la colonne J est placée à gauche et au Nord, B à droite et au Midi. Peut-être ne tenait-on pas compte à cette époque de l’orientation à l’Est des façades des temples sémitiques.
CERTAINES INDICATIONS SUR LES NOMS DES COLONNES PROVENANT DES CATÉCHISMES PUBLIÉS PAR L’ABBÉ PÉRAU VONT NOUS PERMETTRE D’ALLER AU-DELÀ, DU MOINS EN CE QUI CONCERNE LA COLONNE BOAZ.
Nous ne prétendons pas retrouver là rien de rationnel et nous pensons qu’un esprit cartésien fera bien de s’en tenir aux sens de «force » (Boaz) et il « établira » (Jachin) que les éditions actuelles de la Bible indiquent.
Mais nous recherchons la voie de spéculations qui ont pu naître dans les loges à n’importe quelle époque, aiguillonnées chez les Maçons par la présence constante dans le rituel, le décor, le catéchisme, les légendes, des MOTS de Jachin et Boa. Ces Mots sont retournés cent fois dans la bouche au cours des réceptions, épelés lettre à lettre ou par moitié, inversés, indiqués par B:. et J:.
Le passage suivant du Catéchisme des apprentis, publié par Pérau, mérite, selon nous, d’être pesé au poids du sanctuaire.
- — Êtes-vous Franc-Maçon ?
- — Les Apprentifs me connaissent.
- — Comment vous faites-vous connaître ?
- — En m’étranglant, en touchant et en bégayant (op. cit., p. 257).
La suite du dialogue marque alors un renversement dont les fatras des fous ou leurs joutes de menteries fournissent le modèle.
- — Comment est-ce que les Apprentifs veillent ?
- — En dormant.
- — Comment est-ce que les Apprentifs dorment ?
- — En veillant.
Idem pour marchent-ils ? En s’arrêtant ; Travaillent-ils ? Sans rien faire dans quel état sont-ils quand ils ne font rien ? — Ils travaillent.
- — D’où vient la justice ?
- — D’un vent qui souffle sur l’étoile.
- — Que signifie la colonne de gauche ?
- — Un langage bégayant.
- — Et la droite ?
- — Je n’en sais rien.
dans mot Jakin (ou Yakin) gît le secret de Jacques (voir la révélation du 3ème temple)





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