Archives du mot-clé Rabelais

Boaz et Yakin Canis Major

C’est Claude Gaignebet qui nous restitue les dates de naissance des géants Gargantua et Pantagruel : respectivement le 3 février et au 25 juillet, autrement dit la Saint-Blaise et la Saint-Jacques, patrons du métier, qui pour les Frères recouvraient par nécessité et assonance les colonnes Boaz et Jakin.

Liée au froid et à l’humide, la colonne Boaz de saint Blaise illus­trait le point critique d’un hiver qui, au 3 février, pouvait cesser ou se prolonger quarante jours. Au lendemain de la Chandeleur, ce jour placé sous le patronage du maître des souffles (Blaise-Blasen) marquait mythiquement le réveil de l’ours (arthos ou arthus) de son hibernation, qui libérait les « esprits » intestinaux accumulés pendant son long sommeil hivernal. Chaude et sèche, la colonne Jakin de saint Jacques signait au contraire les temps accablants du plein été, le 25 juillet marquant la date, bien connue depuis l’Antiquité, du lever héliaque de Sirius dans la Voie lactée, dénom­mée Chemin de Saint-Jacques, dont le correspondant terrestre garantissait aux « soiffards pélerins » de la coquille, disait-on, le salut et l’accès au Ciel… Nous laisserons à chacun le soin de poursuivre pour son compte la démonstration, notamment quant aux vieilles traditions populaires préchrétiennes de la circulation des âmes-souffles, entrant et sortant du monde par la Voie Lactée, autour de ces deux dates. Précisons seulement que Rabelais les associait aux doctrines pythagoriciennes et « orphiques » (voilées par Maître François sous un « horrificque » qui est aussi bien aurificque) sur la descente et la remontée des âmes dans leur séjour céleste par les portes solsticiales, illustrées par Porphyre ou Macrobe », et plus anciennement par les textes des lamelles d’or funéraires orphiques : « agneau, tu t’es élancé vers le lait », « taureau, tu as couru vers le lait ».

se mettre à l’ordre

de l’origine des deux colonnes

Les commentaires de toutes sortes (ceux des rabbins, des Pères de l’Église ou des maçons) sur les noms des deux colonnes n’ont pas manqué. Dans le Livre des Rois la longue description de la forme, des ornements, des dimensions et de la matière des colonnes du Temple fondues et mises en place par Hiram de Tyr, fils d’une veuve de Nephtali, se termine par la simple mention : « Il plaça ces deux colonnes dans le vestibule du Temple ; et, ayant posé la colonne droite, il l’appela Iachin. Il posa de même la seconde colonne qu’il appela Boa» (Booz dans les traductions anciennes) (III Rois, VII, 21).

On a pu, il y a quelques années déjà, dresser une bibliographie* de quelques centaines de titres sur les interprétations symboliques ou les usages cultuels des deux colonnes. Il est impossible d’en examiner l’ensemble. Voici les faits que, sans aucune ambiguïté, le texte biblique nous autorise à affirmer.

Les deux colonnes sont situées sur le parvis, devant l’entrée du Temple orienté à l’Est. IACHIN AU SUD et BOAZ AU NORD. Les hésitations des loges maçonniques relativement à cette orientation proviennent du fait que leur façade est à l’Ouest. Près de la colonne Iachin se situe la Mer, vaste cuve d’airain supportée par douze boeufs qui regardent trois par trois, vers chaque point cardinal. La position de cet objet du culte peut s’induire du verset 39 : « Il plaça la Mer du côté droit de la maison, au Sud-Est »* ; elle n’est mise en cause par aucune des reconstitutions du Temple.

Dès la fin du XVIIe siècle, nous avons la preuve qu’une interprétation ésotérique des noms des deux colonnes existait dans la maçonnerie. Un pasteur d’Aberfeill (Écosse), Robert Kirk, écrit en 1691 :

« Le Mot de Maçon est un mystère dont je ne veux pas cacher le peu que je sais. C’est une espèce de tradition rabbinique, une sorte de commentaire sur Iakin et Boaz, les colonnes érigées au Temple de Salomon (III Rois, VII, 21) avec l’adjonction de certain signe secret transmis de main à main, au moyen duquel ils se reconnaissent et deviennent familiers entre eux. » (Palou, La Franc-maçonnerie, p. 32).

Au début du XVIIIe siècle, un ouvrage anglais, intitulé Iachin and Boaz, décrit longuement le rôle des colonnes portatives.

Le plan du Temple, situe ces colonnes rituelles. Elles ont environ vingt-cinq pouces de long (50 cm), celles du Senior Warden (surveillant) est appelée Jachin, celle du Junior Boaz. Lors de l’ouverture de la loge les rôles des responsables de ces colonnes sont précisément indiqués.

Mast. — Quelle est la place du W dans la loge ?

Deacon — Au Sud.

Mast. à W — Pourquoi au Sud ?

W — Pour mieux observer le soleil « at the high Meridian » (midi) pour appeler les hommes quand ils quittent le travail aux rafraîchissements, et contrôler qu’ils viennent à temps pour que le Vénérable en ait plaisir et profit.

Mast. — Où est la place du senior Warden dans la loge ?

senior Warden — A l’Ouest.

Mast. — Quel est votre travail là, Frère ?

— Quand le soleil se couche à l’Ouest je dois clore la Journée, car le s. W.se tient à l’Ouest pour fermer la loge, pour payer aux hommes leur salaire et pour les libérer de leur travail.

Lors de la réception de l’apprenti son Mot est Jachin. Le dialogue est le suivant :

Mast. — Que vous fit-on alors ?

Rép. — Le Maître me prit par la main droite et me donna l’attouchement (grip) et le mot d’un apprenti reçu, et dit : Lève-toi, mon frère JACHIN.

Ils partagent ensuite avec un autre Frère en moitié le Mot.

  • ler Frère — Je vais l’épeler avec vous ou le partager (halve).
  • 2e Frère — Je vais le partager avec vous.
  • ler F. — Commence.
  • 2e F. — Non, commence d’abord.
  • ler F..       —  JA
  • 2e F. — CHIN.
  • Ier F. — JACHIN.
  • Mast. — Qu’est-ce qui vous fut ensuite montré ?
  • Rép. — La (Guard*) ou le signe d’un apprenti reçu.

* La Guard ou le signe, comme ils l’appellent, consiste à amener sa main droite sur la gorge, latéralement, ce qui doit vous faire souvenir de la peine que vous encourez par votre serment, que vous préféreriez avoir la gorge coupée que de découvrir les secrets de la Maçonnerie.

Il semble, que le sens des noms des deux colonnes n’ait été livré que progressivement aux Frères au fur et à mesure de leur accès aux grades les plus élevés.

L’explication philologique encore adoptée de nos jours est connue de l’auteur de Jachin et Boa.

  • Mast. — Qu’est-ce qui supporte votre loge ?
  • Rép.      Trois grands piliers.
  • Mast. — Quels sont leurs noms ?
  • Rép. — Sagesse, force et beauté.
  • Mast. — Qu’est-ce que le pilier de la sagesse représente ?
  • Rép. — Le Maître a l’Est, etc.

Quant au compagnon « fellow’s craft », apprenti, il doit connaître avec exactitude la description biblique.

  • Mast. — Avez-vous vu quelque chose qui mérite d’être remarqué ?
  • Rép. — Oui, très Vénérable.
  • Mast. — Qu’était-ce ?
  • Rép. — Deux beaux piliers de bronze.
  • Mast. — Quels étaient leurs noms ?
  • Rép. — Jachin et Boaz.
  • Mast. — Quelle était la hauteur des piliers ?
  • Rép. — Trente-cinq pieds et le chapiteau de cinq pieds, ce qui fait quarante pieds en tout.
  • Mast. — De quoi étaient-ils ornés, Frère ?
  • Rép. — De deux chapiteaux dont chacun avait cinq pieds de haut.
  • Mast. — Qu’y avait-il de plus pour les orner ?
  • Rép. — Du travail de lys et de filet ; des grenades.
  • Mast. — Étaient-elles creuses, Frère ?
  • Rép. — Oui, Très Vénérable.
  • Mast. — De quelle épaisseur étaient leurs parois ?
  • Rép. — Quatre pouces.
  • Mast. — Où furent-elles fondues ?
  • Rép. — Dans la plaine du Jourdain, entre Succoth et Zartha, dans un terrain d’argile, où tout le mobilier sacré de Salomon fut fondu.
  • Mast. — Qui les a fondus ?
  • Rép. — Hiram Abiff, le fils de la veuve.

Au cours de l’initiation au grade de Maître est contée la légende d’Hiram. Le junior Warden frappe avec une règle le récipiendaire sur la gorge, le senior Warden avec une équerre sur le cœur et le Maître sur la tête avec un maillet. D’après une planche d’un ouvrage de l’abbé Pérau qui dévoile les secrets de la Maçonnerie, la colonne J est placée à gauche et au Nord, B à droite et au Midi. Peut-être ne tenait-on pas compte à cette époque de l’orientation à l’Est des façades des temples sémitiques.

CERTAINES INDICATIONS SUR LES NOMS DES COLONNES PROVENANT DES CATÉ­CHISMES PUBLIÉS PAR L’ABBÉ PÉRAU VONT NOUS PERMETTRE D’ALLER AU-DELÀ, DU MOINS EN CE QUI CONCERNE LA COLONNE BOAZ.

Nous ne prétendons pas retrouver là rien de rationnel et nous pensons qu’un esprit cartésien fera bien de s’en tenir aux sens de «force » (Boaz) et il « établira » (Jachin) que les éditions actuelles de la Bible indiquent.

Mais nous recherchons la voie de spéculations qui ont pu naître dans les loges à n’importe quelle époque, aiguillonnées chez les Maçons par la présence constante dans le rituel, le décor, le catéchisme, les légendes, des MOTS de Jachin et Boa. Ces Mots sont retournés cent fois dans la bouche au cours des réceptions, épelés lettre à lettre ou par moitié, inversés, indiqués par B:. et J:.

Le passage suivant du Catéchisme des apprentis, publié par Pérau, mérite, selon nous, d’être pesé au poids du sanctuaire.

  • — Êtes-vous Franc-Maçon ?
  • — Les Apprentifs me connaissent.
  • — Comment vous faites-vous connaître ?
  • — En m’étranglant, en touchant et en bégayant (op. cit., p. 257).

La suite du dialogue marque alors un renversement dont les fatras des fous ou leurs joutes de menteries fournissent le modèle.

  • — Comment est-ce que les Apprentifs veillent ?
  • — En dormant.
  • — Comment est-ce que les Apprentifs dorment ?
  • — En veillant.

Idem pour marchent-ils ? En s’arrêtant ; Travaillent-ils ? Sans rien faire dans quel état sont-ils quand ils ne font rien ? — Ils travaillent.

  • — D’où vient la justice ?
  • — D’un vent qui souffle sur l’étoile.
  • — Que signifie la colonne de gauche ?
  • — Un langage bégayant.
  • — Et la droite ?
  • — Je n’en sais rien.

dans mot Jakin (ou Yakin) gît le secret de Jacques (voir la révélation du 3ème temple)

 

Le songe de Poliphile et l’initiation par l’Amour

Poliphile assiste au triomphe de Bacchus

Hypnerotomachia di Poliphilo, par le P. Francesco Colonna (Venetiis, Aldi Manutii, 1499).

L’œuvre est l’une des meilleures introductions à l’ima­ginaire de la Renaissance. Toutefois l’Hypnerotomachia, rédigée dans une langue hybride qui mêle la langue vulgaire, le latin et le grec, est d’un abord difficile. La traduction de 1546 en facilite l’accès et assure au Poliphile une influence qui, en France, se prolonge jusqu’à La Fontaine et Nerval.

Lire la suite Le songe de Poliphile et l’initiation par l’Amour

Art royal : art du grimoire

Les mouches

Ordre initiatique à vocation contestataire, la confré­rie des Gouliards a affronté des siècles durant le monde des privilèges et des privilégiés, Religion et Noblesse, dans le but secret, mais tenace, de remettre le Peuple dans ses « vrais droits ». Combattants de l’ombre, armés de la force sans frontières de la satyre populaire, les Gouliards surent éveiller l’esprit de contestation, voire même de révolte, pour le mettre au service du Peuple. En cela ils préparèrent, à leur manière, le terrain sur lequel devait oeuvrer par la suite la Révolution de 1789.

Lire la suite Art royal : art du grimoire

Anakim : histoire des géants jusqu’à Gargantua

Gargantua perpétua jusqu’à nous le souvenir de ces géants fondateurs de cité et de royaume et ce n’est pas rien. D’ailleurs l’iconographie nous le représente souvent perché sur une tour ou au somme d’une cathédrale. il y a là tout un inconscient qui resurgit du fond des âges. Il y a plusieurs façons de lire Rabelais, nous avons choisi de le lire comme un grand initié à l’égal de son contemporain Léonard de Vinci.

Ces géants portent un nom : Og ou anakim par exemple.

Lire la suite Anakim : histoire des géants jusqu’à Gargantua

Rabelais et la chaine initiatique

« Il s’est joué des hommes, il s’est joué des dieux avec tant de bonne grâce que ni les hommes ni les dieux n’ont paru blessés par ses traits. »

Epitaphe pour la tombe de Rabelais composée par Estienne Pasquier.

 »où venons-nous ? Où allons-nous ? Qu’apportons-nous?

Il suffit de trouver ce texte dans Pantagruel pour déceler l’affiliation de Rabelais à un cercle ésotérique.

Ces interrogations traduisent les préoccupations des initiés qui, en tous temps, se penchent sur ces problèmes inchangés.

Bien des personnages de Rabelais émettent, comme des membres de sociétés secrètes, des signes de reconnaissance.

Gargantua ne nous apparaît-il pas, comme le géant Héraclès (l’Hercule de la Gaule Hellénistique). Choisi comme patron par les tailleurs de pierre, il domine les traditions corporatives des associations de constructeurs. Il ne représente pas seulement, par sa taille énorme, la démesure ! Il évoque aussi l’effort humain de celui qui compte avant tout sur ses propres forces pour franchir les obstacles et libérer sa personnalité.

Quand les gardes de la reine Quintessence interrogent Panurge avant de lui donner l’accolade, ils s’écrient : Compère, de quel pays viens-tu? — Beau cousin, répond-il, je suis tourangeau, prouvant ainsi, en utilisant le mot « cousin », qu’il a reçu l’initiation des « bons cousins ». Alors, un des gardes le questionne à nouveau : A-t-il eu peur ? Panurge réplique : J’en ai eu davantage que les soldats d’Ephraïm qui ne surent pas bien prononcer Schibboleth (référence au passage du pont).

Que signifie cela ? « Schibboleth », mot hébreu, se traduit par Epi. Prenons la Bible. Nous lisons (Juges, chap. xii) ce texte relatant un épisode de la guerre entre les gens d’Ephraïm et ceux de Galaad : Ceux de Galaad se saisirent des gués du Jourdain par où ceux d’Ephraïm devaient repasser dans leur pays ; et lorsque quelqu’un d’Ephraïm, fuyant la bataille, venait sur le bord de l’eau et disait à ceux de Galaad : « Je vous prie de me laisser passer », ils lui disaient : « N’êtes-vous pas Ephratéen ? », et lui, répondant que non, ils répliquaient : « Dites donc « Schibboleth ». Mais comme il prononçait « Sibboleth », parce qu’il ne pouvait pas bien exprimer la première lettre de ce nom, ils le prenaient aussitôt et le tuaient.

Ainsi la diction de cet unique mot constitua une épreuve familière pour déterminer, plus tard, si quelqu’un appartenait, ou non, à une confrérie déterminée.

Il devint le mot de passe des compagnons constructeurs de cathédrales et demeure celui du deuxième grade des associations groupant leurs successeurs opératifs ou spéculatifs.

Ces bâtisseurs, au temps de Rabelais, jouissaient du droit de « franchise ». Ils disposaient de la liberté de voyager et de s’établir où bon leur semblait. Ils usaient de signes particuliers de reconnaissance pour la sauvegarde des secrets de leur art. Pour s’exprimer, ils se servaient du langage universel des symboles. Ils allaient, en tous pays, en parlant le français, langue internationale.

En 1512, à Florence, ils fondèrent la Compagnie de la Truelle. Elle groupa bientôt non seulement les ouvriers constructeurs, éléments opératifs, mais aussi des philosophes, des savants, des artistes, éléments spéculatifs. Unie sous le signe de la Truelle, emblème des corporations, elle avait choisi cet instrument qui, en cimentant les pierres d’un édifice, réalise l’unité et symbolise l’amour fraternel. Les bâtisseurs emploient volontiers les mots « passer la truelle » pour exprimer l’oubli des discordes et des injustices. Cette compagnie accueillit bientôt, en son sein, d’importants personnages, parmi lesquels se distinguaient des Médicis. Elle choisit comme patron, à l’instar des compagnons écossais, saint André.

Les symboles plus particulièrement utilisés furent, avec la truelle, le marteau et l’équerre.

Rabelais connut à Florence cette fameuse compagnie influencée par Marsile Ficin, l’inventeur du Tarot dit de « Marseille » par suite d’une erreur de translation. Aussi remit-elle en usage la tradition du banquet platonicien.

En maints passages, notamment de Gargantua et du Tiers Livre, nous voyons les personnages de Rabelais échanger des signes de ralliement initiatiques.

Panurge forme la lettre Thau pour se faire reconnaître. Il échange avec Thaumaste une curieuse conversation. Certains critiques considèrent ce Thaumaste comme un Thomas anglais. Joséphin Péladan donne une meilleure appréciation en l’appelant « Master Thau », le grand initié. Il appartient à la corporation du Bâtiment : il s’agit de Maître Thau, de la « Confrérie de l’Angle ».

Or, la lettre G semble s’être substituée, au Thau grec. Aussi ne nous étonnons pas du choix fait par Rabelais, pour ses géants, de noms portant l’initiale G : Grandgousier, Gargamelle, Gargantua (et même Panta Gruel), ainsi que leurs ancêtres : Gemmagog, Gabbara, Gayoffe, Galehaut.

Les initiés employaient comme signe de reconnaissance la figure du Gamma encore plus expressive que celle du Thau grec. Nous voyons dans le Tiers Livre comment Nez de Chèvre (Naz de Cabre) procède pour se faire reconnaître : « Il faisait, hors la bouche, avec le pouce de la main dextre, la figure de la lettre grecque Tau, par fréquentes réitérations. »

A l’époque de Rabelais, la plupart des adeptes de la science se connaissaient et, en tous pays, correspondaient. Ils formaient en quelque sorte des confréries secrètes.

Rabelais, toujours à la recherche d’un savoir universel, grand curieux, mena, comme Pantagruel, son héros, une existence de continuels voyages.

Philibert Delorme, grand initié et grand architecte de la Renaissance, (1510-1570)

Il connut non seulement des savants, des philosophes, des artis­tes, des architectes, mais aussi des bâtisseurs. De solides liens d’amitié l’unissaient à Philibert Delorme, qui portait le titre de « Maistre général des maçonneries du Royaume » et fut le grand chef de toutes  les corporations de constructeurs.

Il inspira peut-être à Rabelais l’idéal social représenté par l’abbaye de Thélème. Nous y découvrons ses connaissances d’archi­tecture. Il la décrit avec tant d’exactitude, dans sa structure comme dans ses proportions, que l’on pourrait en tracer le plan. Il accorde satisfaction au luxe, mais il n’oublie pas le confort. Il sup­prime les gargouilles en les remplaçant par des gouttières. L’auteur, considéré bien à tort par certains comme un ivrogne et un goinfre, s’il a établi avec minutie le plan d’un tel monastère, a pourtant oublié cuisine et salle à manger.

Il s’agit d’un bel édifice dans le goût de la première Renaissance française : on y trouve un bassin de natation, un théâtre, des cir­ques, des tirs, des jeux de paume, une galerie d’histoire naturelle, des bibliothèques, une exposition de tableaux et une fontaine où les Trois Grâces se montrent au milieu de la cour.

L’absence de mur d’enceinte fournit au Frère Jean des Entomeures l’occasion d’un mauvais calembour rappelant le célèbre jeu de mots : « Le mur murant Paris rend Paris murmurant. » A l’en­trée, on lit cet agréable avertissement : « Fais ce que voudras. » Dans cette abbaye de Thélème qui représente l’institut rêvé par Rabe­lais, règne une parfaite élégance morale et intellectuelle. Le temps s’écoule en libérales études, en joyeux entretiens et en exercices d’art. Elle réunit les hommes libres et de bonnes moeurs. Panurge y développe la formule évangélique : « Paix sur la Terre, Bonne volonté entre les hommes. »

Théologien, géomètre, jurisconsulte, philosophe, mathématicien, poète, astronome, musicien, il fut un fervent disciple de Platon. Sa correspondance avec Guillaume Budé, patron des hellénistes, nous démontre à quel point il aspirait à l’idéal d’une cité atlantéenne.

En cela déjà, il démontre ses aspirations initiatiques.

Il rencontra Léonard de Vinci dont le Saint Jean Baptiste, le Bacchus, la Joconde, la Vierge aux rochers nous révèlent tant de symboles et de savoir hermétique. La science de Rabelais ne demeurait pas purement livresque. Il se tournait vers la nature et l’être vivant. Aussi décida-t-il d’étu­dier la médecine, la considérant comme la voie pour pénétrer plus profondément vers le secret de la vie.

Gouvernant sa barque dans la plus extraordinaire tempête de la pensée, il demeura toujours un homme de prévoyance et de précaution. La mort de François 1er en 1547 fit passer un nuage mena­çant sur les travaux ensoleillés de Rabelais. Un an auparavant, déjà, Etienne Dolet subissait le supplice place Maubert à Paris, où il fut pendu et brûlé pour trois mots traduits de Platon. Mais Etienne Dolet était considéré comme un écrivain sérieux et grave, alors que les plaisanteries de Rabelais ne paraissaient point tirer à consé­quence.

Cependant les persécuteurs de la pensée agissaient de plus en plus contre les philosophes et les humanistes. Clément Marot menait en exil une existence pénible. Bonaventure Despériers, qui avait pris sa défense, se suicidait. Alors Rabelais n’attendit plus un chan­gement de politique pour mettre sa personne en sûreté. Il partit pour Metz, ville impériale. « Le malheur des temps a chassé Rabelais de France. Il n’est pas encore venu ici. Je sais qu’il s’est arrêté à Metz », écrivait de Saverne Jean Sturm, recteur du gymnase de Strasbourg.

Rabelais n’oubliait pas les censures de son Pantagruel. Ce livre, écrit uniquement pour des initiés, constitue, à lui seul, une mer­veilleuse doctrine ésotérique. Le cardinal de Perron l’appelait « Le Livre ». Son auteur a su y « rassembler ce qui est épars ».

Comme dans toutes ses œuvres, même les plus satiriques, on n’y trouve aucun fiel, nulle amertume. Rabelais maîtrise ses passions et la raison garde toujours la plus grande part. Tous ceux qui se penchent attentivement sur ses livres décou­vrent le génie d’un auteur aussi bon, aussi aimable, aussi gai qu’il sut être grand.

Note : à propos de Gargantua et de Gargamelle

Il ressort aujourd’hui, grâce aux recoupements donnés par des légendes locales, que le nom et les aventures de géants nommés Gargants (et parfois même Gargantua), montrent des indices tellement frappants qu’il est impossible de les attribuer au hasard. Au surplus ces légendes se retrouvent surtout dans des régions, campagnardes ou montagnardes, restées en dehors de la culture intellectuelle transmise par les fictions littéraires.

Il s’agit donc vraisemblablement d’un typique héros, et dont les actes nous permettent de saisir qu’il s’agit d’un personnage issu d’une antique mythologie celtique, sinon même pré-celtique.

En bref, Rabelais n’est pas « l’inventeur » du géant Gargantua, qui est une vieille figure du folklore de notre pays. Toutefois, les légendes populaires ont été passablement transformées dans les romans rabelaisiens, et notamment le personnage de Pantagruel semble complètement nouveau.

Au contraire, les parents de Gargantua (nommés Grandgousier et Gargamelle par Rabelais) existaient dans d’autres légendes, mais la géante s’appelait alors Galemelle, nom dans lequel nous retrouvons le mot Galle (ou Gaël) à peine transformé ; rappelons d’autre part que le terme Mell signifie « maillet » dans la langue bretonne et qu’un dieu au maillet est bien connu dans la religion gauloise. Au surplus Galemelle est une géante « porte-pierre ». Dans son énorme tablier elle déplaçait des blocs rocheux, et son fils, Gargantua, les portait pour sa part dans une hotte, avant de les enraciner en des lieux choisis par lui. Quelques manuscrits anony­mes (attribués à un obscur écrivain, nommé Billon d’Issoudun) parurent deux ans avant le Gargantua de Rabelais, et il existe éga­lement une chronique du xvie siècle intitulée : Le vray Gargantua.

à paraitre en mars 2025 (tirage exceptionnel et limité)

La publication attribuée à Billon d’Issoudun présentait Les Gran­des et Inestimables Chroniques de l’énorme géant Gargantua, et ce récit nous apprend quelques faits surprenants. L’auteur nous dit que Gargantua se mit au service du roi Arthur, le héros celtique des légendes de Grande-Bretagne et d’Armorique, et Merlin lui-même ensevelit les parents du géant ; selon ce récit nous découvrons que Grantgosier repose au mont Tombe (qui n’est autre que l’actuel mont Saint-Michel), tandis que Galemelle est enterrée dans la col­line voisine de Tomblaine. On peut déduire, de ces curieuses indi­cations, que nous recueillons dans ce conte l’écho d’une tradition lointaine : celle-ci nous apprend que ce furent des dieux ou des demi-dieux archaïques qui donnèrent un sens sacré aux deux grands ter­tres de la future baie de l’Archange ; de toute façon il reste certain que c’est bien avant la naissance du cycle littéraire qui raconte les aventures du roi Arthur (La Table ronde) que le mont Saint-Michel fut désigné comme un « mont Tombe ». Et il n’est pas sans intérêt de noter que, pour y construire le premier oratoire chrétien, l’évê­que Aubert (vers l’année 709) dut faire déraciner deux importants mégalithes qui attestaient que ce lieu était lié aux vieux cultes de la préhistoire. Des inventaires qui proviennent de vieilles archives de la Manche nous apprennent d’ailleurs que jusqu’en 1308 on célébrait la fête de saint Michel « au mont de Garguan », ce qui permet de supposer qu’il s’agissait de notre actuel mont Saint-Michel, et la pro­babilité s’accroît encore si l’on se rappelle que les premières reli­ques (attribuées à l’archange chrétien) furent rapportées au mont Tombe du sud de l’Italie où il existe un mont Gargano (ou mont du Géant) qui fut précisément dédié à saint Michel par une église consacrée au Ve siècle. Les monts et les lieux Gargan, les pierres levées ou les « chaises » attribuées à Gargantua, forment un vaste ensemble à travers les provinces françaises ; quant aux travaux de notre géant, ils composent une suite de récits légendaires et fantas­tiques : cours d’eau gonflés (ou mis à sec quand notre voyageur avait soif), création de marais ou de collines ; nous retrouvons là les traces d’un dieu-colosse populaire lié au culte de Bélen, et n’est-il pas curieux que son nom ait servi à Rabelais dans des ouvrages qui dénoncent l’intolérance religieuse ?

voir le livre

L’île Sainte du sacerdoce primitif : du mythe d’Eridu à l’île ombreuse (Scandinavia)

Enki es le dieu des eaux souterraines, il es représenté tenant un petit manier de pécheurs, une nasse ou filet bien connue des amateurs de la pèche à la ligne

Ce que signifie l’encerclement de la terre par l’Océan.

Nul n’ignore que les anciens se représentaient la terre comme encerclée par l’Océan, dont les eaux la pénétraient de toutes parts. Nous sourions de cet enfantillage, parce que nous croyons à un système cosmogonique. Si tel était le cas, l’on se demande comment les hommes d’autrefois n’en auraient jamais eu l’idée. C’est une conception mystique et initiatique, une conception d’origine sacerdotale, qui est en cause. Il ne s’agit pas de dessiner la forme spatio-temporelle de la terre et de l’eau : en quoi cette apparence phénoménale importe-t-elle? Ce qui seul compte, ici comme pour le signe cruciforme, étudié dans l’Origine et l’Œuvre du Sacerdoce Primitif, c’est de rappeler les relations du monde physique avec l’énergie dynamique; c’est de montrer que des êtres sacrosaints, domiciliés au loin, dans les brumes de la mer, maintiennent le contact avec la surnature, et que, partout, grâce à l’eau, les hommes peuvent, en les rejoignant, se sacraliser. L’océan entourant la terre : c’était, comme la croix, une figuration trans­cendante, qui exprimait clairement à tous les yeux la sain­teté du monde, et qui, de ce chef, acquit une valeur apotropaïque. Plus tard, conformément à la règle générale, cette représentation sacrosainte glissa vers le domaine profane et devint source de vues cosmogoniques. Mais ce point d’aboutissement ne saurait être confondu avec le point de départ.

L’océan et l’eau douce. La conception chaldéenne de l’Apsû.

Il advint fréquemment que la salure de la mer fut envi­sagée par l’antiquité comme attribuable à un poison déversé dans l’eau lors de la fabrication de l’aliment d’im­mortalité. L’eau douce fut alors tenue pour l’eau de la vie immortelle, due aux dieux de l’océan; ce fut elle la première ambroisie. Ainsi se concrétisa d’une manière frappante l’œuvre de la Terre pure nordique.

Cette conception est sans doute la plus ancienne entre toutes celles qui nous sont parvenues au sujet de l’océan. C’est e effet celle qui avait cours, depuis l’origine de la ville, à Eridu, la plus vieille des cités mésopotamiennes. Le dieu d’Eridu était E-a (= maison de l’eau), identique, nous l’avons vu, à En-ki (= le maître de la Terre); cette identification prouve que le Maître de la terre, ou « Roi du Monde », habitait primitivement la « Maison de l’Eau ». Le temple d’Eridu portait au surplus le nom d’E-abzu (= Maison d’Apsû). E. Dhorme fournit sur ce point les précisions ci-après (Les Religions de Babylone et d’Assyrie, 1945, p. 32) : « La confrontation des textes où apparaît l’Apsû permet de conclure que les Sumériens et les Accadiens imaginaient sous notre sol, aux abords de la terre médiane dont nous avons parlé ci-dessus (terre située entre le domaine d’Enlil, ou Grande Montagne, et le monde souterrain), une grande nappe d’eau douce qui était comme le réservoir d’où jaillissaient, les sources des rivières et des fleuves. Cette eau, sur laquelle flotte notre terre, dépasse l’horizon et forme un cercle analogue au fleuve Océan des Grecs. Pour désigner les confins de la terre, les Hébreux se serviront du mot apsêy _ (pluriel construit de éphès), dérivé d’Apsû. Les temples de Sumer et d’Akkad seront dotés d’une réduction; en miniature, de ce récep­tacle des eaux douces. Ce sera aussi l’apsû. Il jouera, dans le culte, un rôle analogue à la Mer d’Airain du temple de Jérusalem. D’après l’épopée de la création (Enuma elish), c’est par droit de conquête que le dieu Ea, dédou­blement d’Enki, est devenu le dieu des eaux. A l’origine sont confondus Apsû, l’élément mâle, qui représente les eaux douces, et Tiamat, l’élément femelle, qui person­nifie les eaux salées, la mer (en akkadien tiamtu, tamtu). Par sa magie, le dieu Ea réussit à endormir Apsû, lui brise les muscles, lui arrache sa couronne, l’enchaîne, le tue. Il fonde alors sa propre demeure sur l’Apsû, au sein duquel naîtra le démiurge. »

On voit par-là que l’image du monde, propre aux tout premiers Sumériens, était foncièrement la même que celle des Grecs. Pour le demeurant, l’union entre Apsû et Tiamat, que brise Ea d’après le poème de la création, se réfère, selon toute vraisemblance, au grand rite de séparation : l’accouplement primordial, au lieu d’être accompli par un homme et une femme nommés Ciel et Terre, l’était par des officiants appelés Apsû et Tiamat, désignation qui n’offrait rien que de normal dans les facies culturels maritimes. Ce que l’Enuma elish place en relief, ce sont les pouvoirs « magiques » d’Ea : celui-ci ignore l’empri­sonnement temporel et spatial; il atteint directement et instantanément l’essence des êtres et des choses : telles furent toujours, nous l’avons dit, les caractéristiques des surhommes de l’Ile sacrée; leur puissance psychique ressort partout au premier plan; c’est celle que possèdent Nérée et Protée, ancêtres éminents des yogin et des fakirs. Nous avons par là, dans cet antique scénario, la première dramaturgie relative à l’ambroisie; nous assistons à la lutte contre le dragon (Tiamat, la mer, deviendra, à Baby­lone, le « dragon de Bel », dont triomphera Mardouk); nous assistons également au grand combat contre l’initia­teur (Apsû), qui permet à Ea de s’identifier avec le mana de l’eau douce, et de siéger en souverain au milieu de l’océan ; nous contemplons la force transcendante du Maître de Terre, force grâce à laquelle il pourra recréer les hommes et se transformer en démiurge. Peu de mythes anciens sont aussi révélateurs et présentent semblable portée historique.

Relevons au passage que les bénitiers de nos églises ont, dans l’apsû de Babylone et dans la Mer d’Airain de Jérusalem, d’illustres antécédents. Mais notre eau bénite, devenue si insignifiante, peut-elle se comparer à l’apsû, à l’eau divine, à l’eau de l’immortalité? La Genèse nous montre, tout à l’origine, l’Esprit de Dieu planant sur l’abîme des eaux, c’est-à-dire sur tehôm (le même mot que Tiamat). Nous saisissons ainsi l’exceptionnelle signification initiale de l’apsû, en tant que récipient de l’eau sacrée. Nous entre­voyons, en outre, par une voie nouvelle, l’importance primitive de l’océan, et de la Demeure au milieu des eaux, comme source de la vie religieuse dans l’humanité

Jean Malaurie : l’homme qui fit renaitre l’Atlantide, Ultima Thulé

« Cet espace nordique a un nom: Thulé. Thulé- Tele : loin; Thu-al : Nord (Celte); Tholos ou Tolos : brouillard (grec); Tula: balance (sanscrit); Tulor mexicaine est dans la tradition ésotérique, la Terre lointaine, l’Ile blanche, le Pôle des lumières, le Sanctuaire du Monde. Thulé, baie de l’Étoile Polaire, est à l’aplomb du Pôle céleste. Telle Jérusalem, pôle judéo-chrétien ou La Mecque, avec la Kaaba, pôle de l’Islam, Thulé est le pôle des hyperboréens.

En 1714, un anonyme décrit un voyage le conduisant du Pôle Nord au Pôle Sud par l’intérieur de la Terre :  » Aux abords du Pôle, on observe beaucoup d’oiseaux à bec rouge. Au Pôle, un gouffre d’eau, un  » grand tournant d’eau « . Nous approchant toujours du centre, nous reconnaissons que cette île prétendue n’était qu’une haute écume sur les eaux se précipitant et s’engouffrant dans cet abîme, formée sur la superficie « .

Brève histoire du Pôle et ses rapports avec la Tradition

Au XVIIè siècle, le Pôle Nord était souvent apprécié comme un gouffre d’eau où viennent confluer et disparaître à l’intérieur de la terre les eaux de la mer; mais aussi comme un lieu de renaissance et de mort. Au XIXe siècle, la géographie savante, notamment le célèbre géographe allemand Augustus Petermann, considérait que le Pôle Nord était – scientifiquement – une mer  » libre de glace « , route de la Chine. Un des grands explorateurs américains de l’époque – . Hayes – a même écrit, au retour de son exploration du Nord du Groenland, en 1862, un ouvrage intitulé:  » La mer libre du Pôle « 

Au XIXè siècle, les Romantiques (Bernardin de Saint Pierre) évoquent l’axis mundi comme une véritable Arcadie, Jules Verne, un volcan d’où sort l’aurore boréale, Edgar Poe, une eau de naissance et de mort, Lovecraft, l’ Atlantide, un pont jeté entre terre et ciel.

Second pôle: le Pôle magnétique qui a hanté les navigateurs. Troisième pôle, le plus essentiel: le Pôle céleste. L’Étoile polaire ~ référence de tous les navigateurs – est considérée comme le centre absolu autour duquel tourne le ciel; c’est le pôle de l’univers. Pour les Lapons, il est le  » pilier « , le  » moyeu  » du monde. Pour les Yakoutes, le nombril du ciel. Dans de nombreuses populations altaïques, l’autel est tourné vers l’Étoile polaire. Selon la tradition islamique, l’Étoile polaire et la Kaaba enfin sont reliées. Dans la tradition chrétienne, c’est une étoile qui a guidé les Mages vers le Fils de Dieu.

Jean Malaurie, explorateur et président de plusieurs instituts consacrés au Pôle Nord; l est grand officier de la Légion d’honneur, titulaire de la Grande Médaille d’Or de la Ville de Saint-Pétersbourg, de la Médaille d’Or de la Royal Geographical Society de Londres, décernée par la reine, de la médaille de l’Ours, haute distinction du gouvernement du Groenland, de la Mungo Park Medal, remise en 2005 par The Royal Scottish Geographic Society ainsi que de nombreuses autres distinctions étrangères.

« Les clés sont à rechercher sans doute ailleurs et une sémiologie des symboliques reste à décrypter dans le cadre d’une histoire globale. On ne manquera pas de noter que cette vision de l’écoulement du temps est contraire à l’idée occidentale de Progrès; la notion de Paradis perdu, do Age d’or au Pôle, de peuple primordial anté-diluvien présuppose qu’une humanité primordiale vivait au nord, dans l’hyperborée, qu’elle y vivait en symbiose avec la Nature et les Dieux. Voilà bien une notion d’écoulement du temps historique radicalement contraire à notre logique puisqu’elle repose sur l’idée que les peuples, en allant du nord au sud, vivent avec un avenir qui est déjà vécu.

Rappellerai-je le mythe lapon ? Il y a longtemps, longtemps, l’homme vivait en alliance avec les animaux et la Nature. Mais l’homme s’est affirmé homme et a eu la funeste idée de conquérir le feu. Alors l’Animal, la Nature épouvantée ont fuit l’homme, car il avait, par cette connaissance, ruiné l’antique alliance. C’est retrouver le mythe de Chronos, dieu de l’âge d’or. Il parvint, on le sait, à maintenir l’équilibre en dévorant tous ses enfants issus de Rhéa, fille de la Terre et du Ciel. Zeus survécut, caché par sa mère dans une caverne. Les grands équilibres furent de ce fait perdus. Et c’est Zeus luttant contre les dieux nouveaux, qui punit Prométhée, voleur du feu céleste et dont l’invention dite  » de progrès  » a rompu définitivement Il est singulier que les Esquimaux du nord du Groenland auquel les Occidentaux ont voulu donner un destin en dénommant leur capitale Thulé, aient avec sagesse repris l’ancien nom de Qaanaaq et placé leur histoire sous la protection de leur dieu tutélaire: l’extraordinaire dent de narval, cette  » licorne de mer  » – narval antique – qui se reproduit tous les trois ans dans ces eaux arctiques de Thulé. Licorne: symbole de pureté, associé à la lune ? Elle est au Moyen Age associée à la Sainte-Vierge. Pour Saint Bonaventure, elle est  » arbre de vie « . Elle vit, assure la tradition, chez le Prêtre Jean, à l’entrée du Paradis.

Dans la période troublée et menaçante que nous vivons, il n’est pas douteux que la conscience populaire accorde toujours à l’axe de la Terre, l’un des trois pôles Nord, un pouvoir d’équilibre. Porte du ciel, l’Étoile polaire est par ailleurs et selon la mythologie la plus sacrée, le siège de l’Etre divin, le trône du Dieu Suprême. Quaesivit arcana Polividet Dei. L’alliance antique entre l’homme et les dieux. »

JEAN MALAURIE. Centre d’études arctiques.

(à suivre, article en cours ….)

de Bélenos à Gargantua ou la radiance de la révélation primitive retrouvée

Belenos Apollon

«Anciennement, Gargantua vivait parmi les hommes. Et, dans les collines rocheuses qui se trouvent entre ces deux rivières, il y a un creux de roc, en forme d’homme, deux ou trois fois grand comme un homme ordinaire. C’est là, dit-on, que Gargantua avait coutume de se reposer. Il avait avec lui une grande tribu qu’il nourrissait en un endroit appelé Midul. Tout à coup, il disparut. Bien qu’invisible, il donne aux siens de quoi manger, faisant pousser pour eux les végétaux et ils pensent qu’un jour, dans l’avenir, il reviendra».

Lire la suite de Bélenos à Gargantua ou la radiance de la révélation primitive retrouvée