Le mystère de la 4ème Pyramide et la Reine pharaonne – 2

Hatchepsout, une autre Reine pharaonne. Fille de Thoutmôsis I, Hatchepsout ne s’est pas contenté de jouer le rôle de régente. En effet, vers 1478 avant JC, elle s’est auto-couronnée et changea son nom en un équivalent masculin, devenant femme pharaon. Dès lors, toutes ses apparitions seront masculines. Elle adoptera le pagne, la coiffe traditionnelle des pharaons ainsi que le bouc.

« Roi de Haute et de Basse Egypte, Mère du Roi de Haute et de Basse Egypte, Fille du dieu, dont on dit toutes les bonnes choses qu’elle a faites, Khent-kaou-es ».

Depuis ses débuts la société égyptienne issue d’Afrique et plus particulièrement de la région des grands lacs à évolué du matriarcat vers une société gynécocratique à parité et symbolisé par le couple royal. Des femmes furent donc également appelées à régner sans que cela ne puisse heurter les mentalités acquises à ces principes de parité.

Il ressort de cette inscription que la « fausse pyramide » a appartenu à une reine qui, fille de roi et mère de roi, a dû jouer un rôle assez important, puisqu’elle s’arroge le titre essentiellement masculin de « Roi de Haute et de Basse Égypte ». Jusqu’ici le nom de cette reine était resté à peu près inconnu et nous ne possédons sur son règne aucune autre indication que celle que contient cette inscription. Celle-ci, prise dans son sens normal, nous porterait cependant à admettre qu’à un moment donné de sa carrière, Khent-kaou-es a tenu à elle seule les rênes du gouvernement, un peu  comme le fera au 16e siècle ay. J. C. la fameuse reine Hatshepsout.

«  En l’absence de tout document scripturaire permettant d’éclairer le problème (YH : de son identification), admettons provisoirement l’hypothèse de Junker d’après laquelle la reine aurait régné vers la fin de la IVe dynastie (vers 2750 ay. J.-C. suivant la chronologie brève). Elle serait la fille de Mycérinus et d’une princesse de sang royal et peut-être la sœur du dernier roi connu de la lignée royale de Chéops, à savoir  Shespseskaf ; les analogies que nous avons trouvé entre la tombe de Khent-Kaou-es et le Faraoun nous portent à croire que les deux personnages   sont à peu près contemporains. Le titre de « Mère du Roi de Haute et de Basse Egypte » s’expliquerait alors par le fait que Khentkaou-es aurait donné naissance par suite de son mariage avec un personnage de sang non royal, aux premiers pharaons de la Ve dynastie. Cette explication n’a rien d’invraisemblable : à l’époque de l’Ancien Empire, l’on a d’autres exemples de princesses qui, lorsque la lignée royale est sur le point de s’éteindre, perpétuent ainsi le pouvoir dynastique. »

Hérodote nous donne à entendre (II, 135) que l’attribution de la troisième pyramide à Mycérinus n’était pas universellement admise de son temps. Tout en donnant personnellement sa préférence au récit traditionnel, il ajoute que certains Grecs attribuent le monument à Rhodopis et il ouvre à ce propos une longue parenthèse sur l’histoire de la célèbre courtisane :

« Elle avait commencé par être l’esclave d’ladmon de Samos en même temps qu’Ésope ; plus tard, transportée en Egypte par Xanthos, elle exerça à Naucratis le métier d’hétaïre et fut rachetée par Charaxos de Mytilène, frère de la poétesse Sappho, à la grande indignation de cette dernière. La même incertitude règne dans l’exposé que fait Diodore de Sicile, contemporain d’Auguste (I, 64). Il rapporte d’abord la version  traditionnelle donnant trois rois, appelés par lui Chembes, Képhren (ou Chabrys) et Mycérinus, comme auteurs des grandes pyramides et note que Mycérinus n’eut pas le temps d’achever son monument funéraire. Il reconnaît cependant que ni les habitants du pays, ni les historiens ne sont d’accord sur l’origine de ces pyramides. Selon les uns, elles ont été édifiées par les pharaons cités ; selon d’autres, elles sont l’œuvre des rois Armaeus, Amasis et Inaros. Enfin Diodore rapporte, sans y insister autrement, l’attribution de la troisième pyramide à la courtisane Rhodopis et dit que le monument « aurait été élevé par quelques monarques, comme un témoignage de leur amour pour cette femme ». Vers la même époque, Strabon (808) affirme d’une manière générale que les grandes pyramides sont des sépultures royales. Mais il s’arrête plus longuement à la plus petite des trois, dont il vante la perfection et raconte l’histoire en ces termes : « On prétend que c’est le tombeau d’une courtisane, construit par ses amants. Sappho la poétesse la nomme Doricha et dit qu’elle fut la maîtresse de son frère Charaxos lorsqu’il se rendit à Naucratis amenant du vin de Lesbos, dont il faisait commerce. D’autres la nomment Rhodopis …

«  Ils racontent que, pendant qu’elle se baignait, un aigle ayant enlevé une de ses chaussures des mains de sa suivante, la porta à Memphis ; le roi rendait alors la justice en plein air : l’aigle, placé droit au-dessus de lui, laissa tomber la chaussure dans son sein. Frappé d’un événement si extraordinaire et de la belle proportion de la chaussure, le roi envoya dans tout le pays rechercher celle à qui elle appartenait : cette femme fut trouvée dans la ville de Naucratis et amenée au roi, qui l’épousa. Après sa mort, on lui éleva le tombeau dont nous parlons ».

De tous ces témoignages, empruntés aux auteurs classiques, il ressort d’une part que les deux principales pyramides sont presque unanimement attribuées à Chéops et à Chéphren ; qu’au contraire il existe deux traditions divergentes concernant la troisième pyramide sans parler de la quatrième. Selon la première, elle serait la sépulture de Mycérinus, selon d’autres, elle aurait été construite pour une courtisane appelée tantôt Rhodopis, tantôt Doricha. On voyait parfois en celle-ci la maîtresse de Charaxos, frère de Sappho ; mais, suivant Strabon, elle serait devenue l’épouse d’un roi à la suite d’une aventure extraordinaire. Parmi les auteurs proprement grecs, Strabon semble être le seul à parler d’une reine à propos de la troisième pyramide. Mais, du côté égyptien, nous possédons le témoignage de Manéthon de Sebennytos, qui, puisant à des sources indigènes, écrivit au 3e siècle avant J.-C, une histoire d’Égypte en grec,  probablement sur l’ordre des premiers Ptolémées.

Manethon, via des extraits donnés par Jules l’Africain et Eusèbe, apporte un éclairage particulier sur cette mystérieuse reine que l’on retrouve sous le nom de Nitocris. D’après cette version, il semble que le texte transmis par  Eusèbe et Africain contient une irrégularité. Il nous parait donc que la reine avait la particularité d’être « blonde (de cheveux) et basanée de teint » et ce trait nous permettra peut-être d’identifier l’héroïne de la légende avec plus de certitude.

Nul doute que la reine extraordinaire décrite par Manéthon soit la même dans le fond que la femme mentionnée par les auteurs classiques. On peut s’étonner qu’Hérodote ne fasse pas mention de la reine Nitocris à propos de la troisième pyramide, alors qu’il connaît une reine égyptienne de ce nom et la signale comme étant la seule femme qui fût montée sur le trône des pharaons (II, 100) : il rapporte seulement qu’elle succéda à son frère qui avait été lâchement tué et qu’elle tira de ses ennemis une vengeance éclatante. Mais Manéthon pouvait recourir à des sources plus sûres que l’historien grec et il nous rapporte apparemment une version plus authentique du récit qui dans la suite donna lieu à tant de développements légendaires.

le complexe de la Reine à côté des deux autres pyramides. Il y a tout lieu de penser que le complexe de Khentkawes serait la quatrième pyramide de Guizeh, sa proximité des trois autres pyramides a été par ailleurs confirmée par plusieurs explorateurs et géographes dont Richard et Quétin qui affirmait en 1851 « elles sont au nombre de quatre » .

Y eut-il réellement vers la fin de l’Ancien Empire une reine Nitocris ?

Le seul document hiéroglyphique qui la cite est la liste royale de Turin : elle y figure sous le nom de Nt-ikrt, signifiant « Neith est excellente » ou, comme traduisait Eratosthène, Athena la Victorieuse. Quels que soient les doutes qui continuent à planer sur l’historicité de cette reine, il est de fait que depuis le Nouvel Empire, l’histoire officielle, dont la liste de Turin donne un résumé, admet son existence et que les prêtres auxquels Hérodote prétend emprunter ses renseignements, ont gardé d’elle un souvenir assez vivant. Devant cette abondance de données à première vue contradictoires et tenant compte de la découverte de la sépulture de Khent-kaou-es à Gizeh, H. Junker a reconstitué d’une manière certes fort ingénieuse,  mais aussi fort hypothétique, l’évolution de la légende.

Néanmoins la tradition a retenu qu’il y avait dans la nécropole royale de Gizeh une tombe de proportion monumentale occupée par une reine fameuse qui, nous le savons maintenant s’appelait Khent Kaou es, mais dont le nom fut confondu, sans qu’on sache pourquoi, avec celui de Nitocris. Cette reine jouissait d’une grande réputation de beauté ; elle avait un teint particulier, peut-être, comme le suggère Junker, à cause d’une ascendance libyenne. L’expédition de Harvard et Boston a découvert à l’Est de la pyramide de Chéops, la tombe de la princesse Meresankh Ill, qui aurait été l’une des épouses de Chéphren. Sur une des parois de la chambre principale est figurée sa mère Hetepheres Il qui serait fille de Chéops et femme de Dedefra, successeur immédiat de Chéops : celle-ci est blonde et porte un  costume assez spécial. Junker émet l’hypothèse qu’étant née d’une mère étrangère sans doute libyenne , elle aurait transmis les caractères de sa race à certains de ses descendants, entre autres à Khent-kaou-es.

Comme Hetepheres Il, elle aurait eu « les cheveux blonds et le teint basané ». Plus tard, la sépulture de la reine tomba en ruines et ne ressembla plus, comme certaines autres pyramides de la nécropole memphite, qu’à un simple monticule : d’où l’expression dont se sert la version arménienne d’Eusèbe (d’après la trad. Mai) ; « pyramis, speciem collis prae se ferens ». Petit à petit la légende, qui voulait que la reine fameuse fût dans une pyramide, transporta le souvenir de sa sépulture, du monceau informe que présentait le monument de Khent-kaou-Es à la  pyramide toute proche de Mycérinus…

Découverte par Lepsius de la Pyramide no 1, la plus grande de  toutes …

De fait si le trouble fut jeté à l’occasion de la découverte de la quatrième pyramide il reste encore le plus étonnant : l’existence de la pyramide no 1 !

La découverte de la pyramide no 1 (à côté de la pyramide no 4) fut faite par Lepsius en 1840. En effet à deux kilomètres à l’est de la pyramide de Djédefrê se trouvent les ruines d’une pyramide anonyme en brique crue (dont les proportions  devaient être colossale) construite sur un noyau rocheux abritant la crypte…

Ce monument reste très méconnu malgré une étude préliminaire effectuée par N. Swelim en 1987. Les estimations de la hauteur de la pyramide varie de 107,5 mètres à plus de 150,5 mètres, cette dernière dépassant celle de la pyramide de Khéops. La base devait être de 215 mètres environ. Sa datation est également très discutée, les uns avançant la IIIe dynastie ou la IVe dynastie et les autres la Ve dynastie ou la VIe dynastie. N. Swelim opte pour la IVe dynastie, avançant le fait que le massif de la pyramide bénéficie d’une éminence rocheuse, particularité architecturale propres aux pyramides de cette période.

La superstructure était constituée de gradins en briques crues, semblables à ceux d’une pyramide à degrés, qui furent d’après N. Swelim, recouverts d’un parement donnant l’aspect final d’une pyramide à faces lisses.

La pyramide no 1 de Lepsius est une pyramide anonyme, sans doute inachevée située au nord-est de la nécropole sud de Abou Rawash. Elle doit ce nom énigmatique à son découvreur l’égyptologue Karl Richard Lepsius qui la place au premier rang dans sa liste des pyramides d’Égypte.

Les appartements funéraires suivent le même plan que celui de la pyramide de Djédefrê. Une longue descenderie accessible sur la face nord et inclinée d’un angle de 25°. Cependant, cette descenderie est en grande partie taillée dans le roc et aboutit à une chambre funéraire souterraine, située sous l’apex et dont les dimensions sont de 5,50 mètres  de côté à la base et 5 mètres de hauteur.

De fait, cette mystérieuse pyramide anonyme, plantée sur un promontoire calcaire plus élevé que celui de Gizeh, était la Première Pyramide quand on arrivait du Delta du Nil et il faut rappeler que 150m de haut, c’est tout simplement plus haut que n’importe quelle pyramide égyptien, plus haute même que la fameuse pyramide de Khéops ! la plus élevée en altitude, dominant à son époque toutes les autres ..  Le plateau de Guizeh n’a pas fini de livrer ses secrets.

Usque ego postera
Crescam laude recens

Karl Richard Lepsius 1810 – 1884, Berlin L’un des plus grands égyptologue, il a également montré l’origine africaine de la civilisation égyptienne et ne croyait pas au métissage des cultures. C’est en 1842 que paraît l’édition, par Lepsius, du livre des morts des Anciens Égyptiens, composé à partir d’un papyrus qu’il étudie à Turin. Le titre est de Lepsius lui-même.

 

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