La garde écossaise, survivance néo-templière et chaine de transmission initiatique

L’arrestation des templiers ne signifia pas la fin  de l’ordre et il y eut de nombreuses survivances qui s’offraient aux nobles écossais se réclamant de l’héritage du Temple. Ils allaient ainsi préparer le terrain pour les derniers Stuart, qui trouveraient refuge en France, et pour la franc-maçonnerie typiquement jacobite — spécifiquement orientée vers les traditions du Temple — qui se rassembla autour d’eux. La garde écossaise serait aujourd’hui l’équivalent de la compagnie de la garde républicaine et le premier corps de gendarmerie sur le sol français.

Robert Bruce

Dans les années qui suivirent immédiatement Bannockburn, l’Écosse et la France, unies par leur hostilité commune envers l’Angleterre, entretinrent des relations militaires encore plus étroites. En 1326, Bruce et Charles IV de France signèrent un important traité renouvelant « l’ancienne alliance ». Cette alliance fut consolidée par la guerre de Cent Ans. Au sommet de ses infortunes, le Dauphin, futur Charles VII, projeta de fuir en Écosse, et l’aurait sans doute fait si Jeanne d’Arc n’était pas venue renverser le cours des événements. Les soldats écossais jouèrent un rôle déterminant dans toutes les campagnes de Jeanne, y compris dans la célèbre levée du siège d’Orléans ; d’ailleurs, l’évêque d’Orléans de l’époque, John Kirkmichael, était lui-même écossais. La « grande bannière » de Jeanne — la bannière blanche tant célébrée autour de laquelle se ralliait son armée — avait en fait été peinte par un Écossais, et parmi ceux qui commandaient ses troupes à Orléans se trouvaient Sir John Stewart et deux des frères Douglas.

Après la série de victoires spectaculaires de Jeanne, la France, quoique triomphante, était exsangue et en état de choc. L’ordre intérieur était compromis de surcroît par des bandes de mercenaires démobilisés, des soldats de métier qui n’avaient plus de guerre à livrer. Faute d’autre moyen de subsistance, nombre de ces vétérans se firent brigands et ravagèrent les campagnes, menaçant de briser l’ordre social à peine établi et encore précaire. Par conséquent, Charles VII entreprit de créer une armée permanente. À l’époque, les hospitaliers consacraient leurs ressources aux opérations maritimes en Méditerranée. L’armée de Charles devint donc la première armée régulière d’Europe depuis les templiers, la première, depuis la Rome impériale, attachée à un trône précis.

La nouvelle armée française instituée par Charles VII en 1445 se composait de quinze « compagnies d’ordonnance » de six cents hommes chacune — soit au total neuf mille soldats. D’entre toutes, c’était la « Compagnie des Gendarmes écossois » qui avait la place d’honneur. La Compagnie écossaise était reconnue sans conteste comme l’élite de l’armée. On lui accordait explicitement la primauté sur toutes les autres unités et formations, et c’était elle qui, par exemple, allait en tête dans les parades. Le commandant de la Compagnie recevait aussi le titre de « premier maître de camp de la cavalerie française ». Cette encombrante appellation était plus qu’honorifique. Elle lui conférait une autorité et une influence énormes, sur le champ de bataille, à la cour et dans les affaires de politique intérieure.

Mais dès avant la création de l’armée permanente et de la Compagnie écossaise, un cadre militaire d’Écossais, encore plus exclusif, plus élitiste, avait été établie. A la sanglante bataille de Verneuil, en 1424, les contingents écossais s’étaient comportés avec une bravoure et une abnégation remarquables. Ils furent pratiquement anéantis, avec leur commandant John Stewart, comte de Buchan, et d’autres nobles tels qu’Alexander Lindsay, Sir William Seton et les comtes de Douglas, Murray et Mar. Un an plus tard, en reconnaissance de leur vaillance, une unité spéciale d’Écossais fut montée pour servir de garde personnelle régulière au roi français. Initialement, elle consistait en treize hommes d’armes et vingt archers, formant un total de trente-trois. Un détachement de ce cadre entourait constamment le monarque, au point de dormir dans sa chambre à coucher.

Cette unité d’élite se divisait en deux formations, la Garde du Roi et la Garde du Corps du Roi. Collectivement, elles portaient simplement le nom de Garde écossaise. En 1445, quand l’armée régulière fut levée, le nombre d’hommes de la Garde écossaise fut proportionnellement augmenté — fait assez révélateur — par multiples de treize. En 1474, leur nombre était définitivement fixé — soixante-dix-sept hommes plus un commandant pour 13 Garde du Roi, et vingt-cinq plus un commandant pour la Garde du Corps du Roi. Avec une constance frappante, les officiers et les commandants de la Garde écossaise furent aussi faits membres de l’ordre de Saint-Michel, dont une branche fut plus tard établie en Écosse.

La Garde écossaise était une institution néo-templière, bien plus que des ordres purement chevaleresques tels que la Jarretière, l’Étoile et la Toison d’or. Comme le Temple, la Garde avait une raison d’être qui était avant tout militaire, politique et diplomatique. Comme le Temple, elle offrait aussi bien un entraînement militaire qu’une hiérarchie, ainsi que l’occasion de se distinguer à la bataille, de gagner ses galons et d’acquérir à la fois l’expérience et la maîtrise. Comme le Temple, elle fonctionnait sur le mode d’une formation militaire distincte, ainsi qu’un bataillon d’élite le ferait aujourd’hui. Et bien qu’ils n’aient possédé aucune terre en propre et n’aient jamais rivalisé avec les templiers par le nombre, les gardes étaient assez nombreux pour jouer un rôle décisif dans le genre de combats qui prévalait en Europe en ce temps-là. Ils se distinguaient fondamentalement des templiers par leur absence d’orientation religieuse explicite, et par leur allégeance non au pape mais à la couronne française, encore que les propres allégeances religieuses des templiers aient toujours été hétérodoxes et leur obédience envers le pape guère plus que nominale. Et la loyauté de la Garde écossaise à l’égard de la couronne française était aussi, nous le verrons, un peu moins fervente qu’elle aurait pu l’être. Comme le Temple, la Garde poursuivait sa propre politique, ses propres desseins, pour le compte d’intérêts très différents.

Pendant près d’un siècle et demi, la Garde écossaise bénéficia d’un statut unique dans les affaires françaises. Elle agissait aussi vingt archers, formant un total de trente-trois. Un détachement de ce cadre entourait constamment le monarque, au point de dormir dans sa chambre à coucher’.

Cette unité d’élite se divisait en deux formations, la Garde du Roi et la Garde du Corps du Roi. Collectivement, elles portaient simplement le nom de Garde écossaise. En 1445, quand l’armée régulière fut levée, le nombre d’hommes de la Garde écossaise fut proportionnellement augmenté par multiples de treize. En 1474, leur nombre était définitivement fixé — soixante-dix-sept hommes plus un commandant pour la Garde du Roi, et vingt-cinq plus un commandant pour la Garde du Corps du Roi4. Avec une constance frappante, les officiers et les commandants de la Garde écossaise furent aussi faits membres de l’ordre de Saint-Michel, dont une branche fut plus tard établie en Écosse.

La Garde écossaise était une institution néo-templière, bien plus que des ordres purement chevaleresques tels que la Jarretière, l’Étoile et la Toison d’or. Comme le Temple, la Garde avait une raison d’être qui était avant tout militaire, politique et diplomatique. Comme le Temple, elle offrait aussi bien un entraînement militaire qu’une hiérarchie, ainsi que l’occasion de se distinguer à la bataille, de gagner ses galons et d’acquérir à la fois l’expérience et la maîtrise. Comme le Temple, elle fonctionnait sur le mode d’une formation militaire distincte, ainsi qu’un bataillon d’élite le ferait aujourd’hui. Et bien qu’ils n’aient possédé aucune terre en propre et n’aient jamais rivalisé avec les templiers par le nombre, les gardes étaient assez nombreux pour jouer un rôle décisif dans le genre de combats qui prévalait en Europe en ce temps-là. Ils se distinguaient fondamentalement des templiers par leur absence d’orientation religieuse explicite, et par leur allégeance non au pape mais à la couronne française, encore que les propres allégeances religieuses des templiers aient toujours été hétérodoxes et leur obédience envers le pape guère plus que nominale. Et la loyauté de la Garde écossaise à l’égard de la couronne française était aussi, nous le verrons, un peu moins fervente qu’elle aurait pu l’être. Comme le Temple, la Garde poursuivait sa propre politique, ses propres desseins, pour le compte d’intérêts très différents.

Pendant près d’un siècle et demi, la Garde écossaise bénéficia d’un statut unique dans les affaires françaises. Elle agissait aussi bien dans l’arène politique qu’au combat, servait de courtier et de conseiller dans le domaine intérieur, d’émissaire et d’ambassadeur dans les relations internationales. Les commandants de la Garde jouaient aussi le rôle de chambellans royaux, charge qu’ils cumulaient, souvent, à d’autres postes, tant honorifiques que pratiques. Il n’est pas surprenant qu’ils en aient tiré des salaires immenses pour l’époque. En 1461, un capitaine de la Garde recevait 167 livres tournois par mois, un peu plus de 2 000 par an. Cela équivalait à près de la moitié du revenu d’un domaine nobiliaire. Les officiers de la Garde pouvaient ainsi mener un train de vie d’une opulence et d’un prestige considérables.

 

Montgomery

De même que les templiers se recrutaient parmi l’aristocratie de leur époque, la Garde écossaise puisait ses officiers et ses commandants chez les familles les plus augustes d’Écosse, dont les noms figurèrent tout au long de l’histoire du pays et résonnent encore aujourd’hui — Cockburn, Cunningham, Hamilton, Hay, Montgomery, Seton, Sinclair et Stuart (ou Stewart). Entre 1531 et 1542, il y eut trois Stuart dans la Garde, dont l’un fut capitaine de l’unité. Entre 1551 et 1553, il n’y eut pas moins de cinq « Montgommery » (sic) dans la Garde, dont l’un fut son capitaine, et quatre Sinclair. En 1587, du temps du mystérieux David Seton, elle comptait quatre autres Seton, trois Hamilton, deux Douglas et un Sinclair. Il est évident que la Garde écossaise avait une fonction spéciale non seulement pour le trône français, mais pour les familles qui lui fournissaient ses recrues. En effet, le cadre constituait la combinaison d’un rite de passage* et d’un terrain d’entraînement pour les jeunes nobles écossais grâce auquel ils étaient initiés à l’art de la guerre, à la politique, aux intrigues de cour, aux us et coutumes étrangers et, semblerait-il, à une sorte de ritualisme. Au sein de la Garde écossaise existait  une sorte d’ordre privé, mi-templier mi-chevaleresque, où tous les hommes de la lignée pouvaient être admis. Cet ordre, qui datait apparemment de l’époque de la Garde, s’appelait « l’ordre du temple ».

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