Melchisédek et Métatron, initiation sacerdotale (introduction)

Du sacerdoce primitif

Avant de convier et d’interroger le rôle joué par Melkitsedeq il convient de voir en quoi consistait le sacerdoce primitif.

William Blake, Adam et Eve

Lorsqu’on approfondit les traditions anciennes, l’on s’aperçoit que les problèmes qui se posent à propos de l’homme et de l’histoire humaine se ramènent tous, en définitive, d’après elles, à un problème fondamental : celui de la connaissance qu’il a de l’être et aussi de celle qu’il en avait autrefois.

A un certain niveau mental, la pensée humaine appréhende les choses dans leur substance., c’est à dire dans leur en soi pour la simple raison qu’il n’est pas séparé du monde nouménal et qu’à ce stade le monde phénoménal n’existe pas pour lui. Aucun obstacle ne sépare la pensée humaine des autres pensées. La matière, saisie par elle comme mana – ce que nous appelons également énergie radiante – ne voile pas les essences. Le cosmos est dès lors un cosmos de la pensée pure, de la matière pure et de la liberté, au sein duquel l’idée rejoint immédiatement l’existence, et où tout vouloir instantanément se réalise. A ce niveau, l’homme, comme l’indiquent toutes les traditions reculées, est un surhomme, un « dieu » et l’univers où il se meut mérite pleinement la qualification de dynamique (dynamis = force, puissance).

Mais quelque chose s’est produit et l’homme a chuté avec les conséquences que nous connaissons puisque c’est notre état actuel. Au niveau mental inférieur, la pensée, ne bénéficiant plus du même potentiel et de la même acuité mentale, n’a plus la force de percer l’écran des sensations; elle est arrêtée par l’obstacle; ce qu’elle synthétise et objective, ce sont, par suite, non plus les objets eux-mêmes, dans leur essence, mais les impressions de surface qu’ils procurent à l’animalité pour faciliter son comportement. Cette objectivation d’états psychologiques tout subjectifs engendre l’univers phénoménal ou univers de la maya, qui est un univers du mécanisme, où règnent en souverain le temps et l’espace. A ce niveau, l’être humain cesse d’être un surhomme ou un « dieu ». Il devient un homme, c’est-à-dire une sorte de monstre cosmique, vivant en marge des êtres réels, dans un monde qu’il a constitué par sa déficience. Du fait que sa pensée n’a plus la force d’atteindre la substance intime des êtres et doit se rabattre sur les apparences extrinsèques, il transforme en instrument de connaissance des états mentaux inférieurs, destinés à être des moyens d’action.

Consolidant en outre la sensation d’étendue et la sensation de durée, il forme l’espace et le temps, qui deviennent pour lui une geôle. Il s’emprisonne ainsi dans un cosmos, qui est à la fois son œuvre et son châtiment. Il fausse par là le cours normal de l’évolution sur notre planète.

Il n’y a, au surplus, nullement, on ne saurait trop s’en convaincre, deux univers : le cosmos spatio-temporel du mécanisme, que perçoivent nos yeux de chair, n’est pas séparé de l’univers dynamique, accessible au « troisième œil », qui est l’œil de la pensée pure. Il n’existe qu’un seul et unique monde. Ce qui diffère, c’est la façon dont l’esprit le saisit; cette différence elle-même tient à des divergences dans le tonus mental, celles-ci à leur tour ont pour cause des variations dans l’adhérence de la pensée à l’Etre.

Ce qui fournit la clef de l’homme et de l’histoire humaine, c’est donc que l’être humain fut d’abord un surhomme, se mouvant au sein de la matière appréhendée comme radiante, et qu’en refusant le don total de soi qui l’eût intégré dans l’existence plénière, il s’est ipso facto dessoudé de l’Être, ce qui a entraîné pour lui un brusque changement dans la vision des choses : la matière énergétique a floculé à ses yeux en matière dense et mécanisée; le rayonnement intrinsèque de l’univers a pris fin; sans que la réalité objective des êtres se modifiât en rien, il ne l’a plus rejointe qu’à travers une épaisseur de sédiments, et s’est trouvé subitement jeté dans un cachot.

Au point de départ de l’humanité présente, se situe ainsi une chute de potentiel, qui seule explique adéquatement l’énigme du monde phénoménal ou monde physique. Le décalage mental qui fut le résultat ne saurait mieux se comparer qu’à une soudaine cécité. Il engendra, en effet, une véritable occultation, et détermina un état pathologique, voire tératologique : en glissant de l’univers dynamique vers l’univers vu comme spatio-temporel, le surhomme, ravalé au rang d’homme, perdit son statut normal, et se transforma, comme nous l’avons indiqué, en monstre.

Les Trois totémisations : cet essai de Lotus de Païni traite de la radiance originelle sous une autre perspective, celui du matriarcat originel. Voir ici

Origine de la Religion et du Sacerdoce.

La religion fut la première conséquence, la suite immédiate, du dénivellement humain. L’univers de radiance, d’où le premier ancêtre venait de se précipiter, et qui était désormais un monde souterrain, caché dans les sous-sols de la matière appréhendée comme opaque, brilla, en effet, dans la mémoire du surhomme déchu, comme un cosmos transcendant de lumière : il fut le royaume de Dieu, l’empire du sacré, le domaine de la puissance et de l’immortalité. Le souci le plus pressant du premier père de notre race fut de garder le contact avec cette partie initiale, d’où il s’était exilé. Par cette voie, le recul spirituel et mental lui-même fut la source de la religion terrestre; et le premier homme, avant de devenir le premier ancêtre, fut le premier prêtre de l’humanité. Le cadre étant posé nous pouvons à présent évoquer le premier sacrificateur qui se présente comme « sans père ni mère » indiquant par la qu’il est à l’origine de la nouvelle chaine de l’Humanité.

Abraham donnant la dime au Roi-prêtre Mélchisédeck

Melchisédech ou Melki-Tsedeq (Roi de Justice) est un énigmatique personnage biblique, une figure difficile à cerner. Il apparaît brièvement dans l’histoire d’Abraham telle que la rapporte le livre de la Genèse (14 ; 18-20). Il incarne l’idée du centre et celui de la Royauté. Nous allons voir que par lui nous accédons à la totalité des clés de la Tradition primordiale : l’Agartha, la Shékinah, Tula, etc …

Son nom est symbolique comme son titre de roi de Salem (Paix). Revenant d’une campagne victorieuse, Abraham rencontre ce mystérieux personnage : « C’est Melchisédech, roi de Salem, qui fournit du pain et du vin. Il était prêtre de Dieu le Très-Haut et il bénit Abraham (…) »

Tantôt présenté comme le fils de Noé, tantôt comme une préfiguration du Christ, le mystère qui l’entoure explique les spéculations de toutes sortes qui ont jailli autour de ce personnage. Le nom de Melchisédech est évoqué une deuxième fois dans le Psaume 110 : « Tu es prêtre pour toujours à la manière de Melchisédech. » Il réapparaît ensuite assez longuement, mais de façon toujours aussi imprécise, dans l’épitre aux Hébreux. Saint Cyprien voit dans son geste une préfiguration de l’eucharistie. Selon d’autres Pères de l’Église comme Ambroise, le Fils de Dieu en personne serait apparu sous les traits de ce personnage, que certains vont jusqu’à assimiler à l’Esprit saint.

Quoi qu’il en soit, son nom est présent dans la liturgie catholique et encore davantage dans la liturgie orthodoxe. Guénon, lorsqu’il entreprend le commentaire de l’ésotérisme hébraïque, à la suite de Paul Vulliaud et à propos de l’ouvrage Le Roi du Monde, note que, parmi les « intermédiaires célestes » désignés par la kabbale juive (la Shekinah et Metatron), la Shekinah est la « présence réelle » de la Divinité. Il fait aussitôt remarquer que lorsque l’Ecriture mentionne cette présence réelle elle le fait en référence à la construction du Tabernacle ou des Temples de Salomon et Zorobabel. Il s’agit là toujours d’une manifestation « lumineuse » que d’ailleurs Guénon met en rapport, tant dans Le Roi du Monde que dans Formes traditionnelles et cycles cosmiques (chap. « La Kabbale juive »), avec la désignation de la loge maçonnique comme « lieu très éclairé et très régulier ».

Guénon mettra donc en rapport la Shekinah avec l’habitacle divin et avec le « Centre du monde », autre désignation de la Tradition primordiale. Ainsi dans Formes traditionnelles et cycles cosmiques, parlant du Jubilé et des idées et images qui s’y rapportent : paix, racines vers le fleuve (Jérémie, XVII, 8), ou encore « fleuve qui sort de l’Eden » et portant le nom de Jobel dans le Zohar, il note qu’il s’agit là du retour à « l’état primordial » qu’envisagent toutes les traditions :

« et dont nous avons eu à nous occuper dans notre étude sur Dante ; et quand on ajoute que « le retour de toutes choses à leur premier état annoncera l’ère messianique », ceux qui auront lu cette étude pourront se rappeler ce que nous avons dit au sujet des rapports entre le « Paradis terrestre » et la « Jérusalem céleste ».

Guénon insiste sur le fait que ce dont il s’agit ici, « partout et toujours, dans les phases diverses de la manifestation cyclique », n’est autre que le Pardes, le centre de ce monde, comparé au cœur, centre de l’être et « résidence divine » ou Brahma-pura dans la tradition hindoue. Le tabernacle en est l’image et, pour cette raison, il est appelé en hébreu mishkan ou « habitacle de Dieu », mot qui a la même racine que le mot Shekinah.

Guénon remarquera enfin, après Vulliaud et sa Kabbale juive, que la Shekinah a un parèdre qui porte des noms identiques aux siens et qui possède les mêmes caractères et autant d’aspects différents que la Shekinah elle-même. Le nom de ce parèdre est Metatron, numériquement équivalent au nom divin Shaddaï. Ce qui nous amène directement à l’évocation de Mélchisédech associé à la Tradition Primordiale.

Citons donc ce passage du chapitre « La Shekinah et Metatron », de son ouvrage Le Roi du Monde :

« Le terme de Metatron comporte toutes les acceptions de gardien, de Seigneur, d’envoyé, de médiateur ; il est « l’auteur des théophanies dans le monde sensible’ » ; il est « l’Ange de la Face », et aussi « le Prince du Monde » (Sâr ha-ôlam), et l’on voit par cette dernière désignation que nous ne nous sommes nullement éloigné de notre sujet. Pour employer le symbolisme traditionnel que nous avons déjà expliqué précédemment, nous dirions volontiers que, comme le chef de la hiérarchie initiatique est le « Pôle terrestre », Metatron est le « Pôle céleste » ; et celui-ci a son reflet dans celui-là, avec lequel il est en relation directe suivant l’ « Axe du Monde ».

Or Paul Vulliaud avait révélé dans son ouvrage La Kabbale juive, que le nom du « Pôle céleste » était Mikaël, le grand prêtre, holocauste et oblation devant Dieu. Ainsi tout ce que font les israélites sur terre est accompli selon ce qui se passe dans le monde céleste. Le Grand Pontife ici-bas symbolise Mikaël, prince de la Clémence, et de même lorsque l’Ecriture parle de l’apparition de Mikaël, il s’agit de la gloire de la Shekinah. Guénon étendra l’exemplarisme à tous les peuples possesseurs d’une tradition véritablement orthodoxe ; à plus forte raison lorsqu’il s’agit des représentants de la Tradition primordiale dont toutes les autres dérivent et à laquelle elles sont toutes subordonnées. Il y verra une correspondance avec le symbolisme de la « Terre sainte », image du monde céleste. Enfin il ajoutera que Metatron n’a pas que l’aspect de la Clémence, mais aussi celui de la Justice ; il est le « grand prêtre » (Kohen ha-gadol) et le « grand prince » (Sâr ha-gadol), le « chef des milices célestes », en lui est le principe du pouvoir royal, aussi bien que du pouvoir sacerdotal ou pontifical auquel correspond proprement la fonction de « médiateur » : Il faut d’ailleurs remarquer que Melek, « roi » et Maleak, « ange » ou « envoyé », ne sont en réalité que deux formes d’un seul et même mot ; de plus, Malaki, « mon envoyé » (c’est-à-dire l’envoyé de Dieu, ou « l’ange dans lequel est Dieu », Maleak ha- Elohim), est l’anagramme de Mikaël.

voir ici

article en cours … (la suite : les trois fonctions suprêmes et Mekitsedeq)

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