Archives du mot-clé grimoire

Le secret de la Maison Dieu, arcane XVI du Tarot

Le secret de la Maison Dieu : du Roc à la Tour.

A l’évidence il est vain de chercher dans la littérature pléthorique qui sévit autour des tarots une explication digne de ce nom sur ses origines. Cette explication permettrait pourtant d’éclairer l’usage interprétatif qui en est fait. Devant cette carence nous avons tenté l’aventure avec une ré-interprétation comme cela n’avait jamais été fait de l’arcane XVI. Pour celle-ci il est donc nécessaire de se situer à l’époque où les cartiers italiens, helvètes conçurent ce jeu aux confluences multiples.

maisondieu-arl

La période d’élaboration du Tarot est connu et se situe au XVIème siècle, soit cette période décisive de la crise européenne entre fin du Moyen Age et Renaissance. Les foyers se situent entre Milan, Lyon et l’Helvétie en contact avec l’empire germanique. Mais la matrice jamais dévoilé jusqu’ici est celui des Gouliars, ou Goliars .. Qui sont-ils ? Vaste sujet qui mériterait un livre entier mais nous nous contenterons d’en donner quelques indications en liminaire de ce travail. Notons simplement en préambule que cette école fut aussi le véhicule où la Tradition la plus antique fut transmise en Europe avec quelques représentants émérites comme François Rabelais, Fulcanelli la signala sous le nom d’Art Gothique ou art des gots … C’est en effet dans ce petit milieu des imprimeurs initiés que les cartrers puisèrent leur enseignement avant de le tramer dans ces jeux populaires connus sous le nom de Jeu de Tarot.

Art des Gots, et art d’angler : Rabelais

rabelaisSelon Grasset d’orcet, Rabelais semble être le premier à avoir appliqué à la littérature les règles de l’aNGLe, que l’on peut aussi bien lire LaNGue L. Il appartenait, comme Étienne Dolet ou Bonaventure Despérier, à la Société angélique, fondée par l’imprimeur Gryphe. Les membres de ce petit cénacle littéraire de savants et d’artistes s’étaient placés sous le patronage de saint Gilles, et avaient pris pour cimier une tête d’ange. Selon Grasset, les mots IL GèLe auraient servi à indiquer dans cette société la présence d’un indiscret. Grasset d’Orcet précise aGgeLos signifie réellement un messager, un porteur de nouvelles ; La société angélique de Gryphe était juste aussi angélique que l’agence Havas. On la nommerait aujourd’hui une agence de correspondance. A la suite de Péladan, Paul Naudon suppose l’existence d’un cénacle, qu’il nomme AGLA. Les règles du grimoire identifient aGLa, aGeLos et GiLles, mais aussi aiGLe. Or, dans un autre article, Grasset précise que Aggelos est l’esprit en grec. C’est aussi le sens de l’aiGLe de saint Jean, figuré sur les lutrins des églises. Mais GL représente les GouLiards ou GauLts. Grasset suppose que ces Gouliards tiraient leur nom de la langue dans laquelle ils écrivaient leurs hiéroglyphes : le GauLois ou la langue populaire.

 Les Gouliards et la messe des fous (se reporter à Fulcanelli et mes cahiers pour en savoir plus) :

Les Gouliards (Goliards), fils de GOULIA ou de GOLIAS, étaient apparus dès le XIIè siècle. Ces étudiants turbulents forts en gueule ou portés sur la gueule, pauvres, erraient d’université en université, en vantant les mérites de l’amour et du vin. Le concile d’Aquisgraux, au IXe siècle, sous le règne de Louis le Pieux, ordonnait aux dignitaires de l’Église de ne pas admettre parmi eux les clercs qui, abandonnaient leur cloitre devenaient vagi et lascivi, gulae et ebrietati et caeteris suis voluptatibus dediti, eieiermi sioi ibidem cet licitum faciant. En effet Grasset suppose que :

Charlemagne, en concentrant dans les cloîtres tout ce qui restait de traditions scientifiques, littéraires et artistiques, se trouvait en avoir fait en même temps des foyers de paganisme et des repères de l’hérésie.

Les conciles de Trèves (1227) et de Rouen (1241) fulminent de nouveau contre l’inconduite de clercs ribauds, surtout ceux qu’on dit de la famille de Golias. Cependant, ces clercs ribauds sont bien acceptés, et, au milieu du XVe siècle encore, un docteur en théologie d’Auxerre, Gerson, défend l’ordonnance de la messe des fous en ces termes :

« Les tonneaux de vin exploseraient si de temps en temps on n’enlevait pas la bonde pour que l’air accumulé puisse s’en échapper. Or donc, nous aussi sommes de vieux tonneaux, par surcroît mal cerclés ; le vin de la sagesse nous ferait éclater si nous le conservions sans cesse uniquement pour le service de Dieu. Aussi certains jours nous l’aérons, nous nous laissons aller au plaisir le plus exubérant, aux folies, pour ensuite nous en retourner avec un zèle d’autant plus grand à l’étude et aux exercices de la sainte religion. »

Carmina Burina, oeuvre des Gouliards.

benedictbeuern

Abbaye de Benediktbeuern

On retrouve différents exemples de messes de joueurs, de buveurs, de ripailleurs, (missae lusorum, missae potatorum, missae gulatorum) dans les manuscrits médiévaux de Ratisbonne, Halbertstad, Londres, à la Bibliothèque vaticane, etc., ainsi que, bien évidemment, dans le manuscrit, qui dans le cadre de la sécularisation des couvents de Bavière, parvint, en 1803, à la Bibliothèque centrale royale de la cour, à Munich. Le premier éditeur de ces manuscrits, le bibliothécaire J.-A. Schmeller, leur donna le nom de Carmina Burana (Poèmes de Benediktbeuern) parce que c’est dans ce monastère que le manuscrit fut rédigé. Ce manuscrit, composé avant le milieu du XIIIe siècle, constitue une imposante collection de pièces, entre autres des manuscrits de Saint-Martial de Limoges du début du XIIe siècle.

Juan Ruiz, archiprêtre de Hita, dans son poème, le Libro de buen amor, (1330,1343) fait de la faim et de l’amour les moteurs universels et premiers, mis ici sous la protection d’Aristote. On se rappelle que Pantagruel a toujours soif et faim !

Bien le dit Aristote, c’est chose véritable : ce monde pour deux choses laboure. La première, pour avoir subsistance ; l’autre (non la dernière), c’est pour avoir jouissance de femme délectable. Son oeuvre reflète le portrait type du gouliard : un clerc, bon vivant, mais clerc avant toute chose.

L’ordre se divisait en maçons et en escribouilles [escrit bulles] ; les premiers étaient architectes, les seconds furent à l’origine les copistes qui écrivaient les bulles, puis englobèrent tous les arts du dessin. Le titre de pourple en était le plus haut grade hiérarchique.

Les maçons étaient les architectes ; quant aux escribouilles, ils ont dû dans l’origine se limiter aux copistes ou écrivains de bulles, qui étaient, comme l’on sait, enjolivées de miniatures ; mais plus tard les escribouilles paraissent avoir englobé tous les arts du dessin dans toutes leurs variétés, tels que peintres, graveurs et encadreurs. C’est à cette profession que semble avoir été emprunté le titre de pourple ou pourpre, qui était le plus haut degré de la hiérarchie des escribouilles, et dont le privilège consistait à se servir d’encre pourpre et à encadrer ses compositions dans des bordures de cette couleur. Dans notre prochain article nous nous attarderons sur la lame no XVI afin de comprendre pourquoi cette lame est si importante . Son déchiffrement est proposé uniquement dans notre cahier et donc je me contenterais simplement de dégager au cours de ce prochain article quelques pistes mais il y a tant à dire ! Article à suivre « Arcane XVI ou le secret des Menestrels »

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

 

Art Gotique ou cabale phonétique

couv_grimoireLe langage des oiseaux est le plus souvent l’utilisation de rébus ou de jeux de mots, dans l’objectif de coder des oeuvres ou des livres, à des fins politiques (Rabelais), ou ésotériques.

Grasset d’Orcet, au XIXème siècle, donne certaines règles de décodage des devises hiéroglyphiques du blason que nous résumerons ainsi:

Elles se composent de vers de six à huit syllabes, terminées par une syllabe où entre la lettre L, que le nom de l' »écusson cartel » ou « carrel » fournit aux devises les plus courtes.

Tout dessin blasonné doit se déchiffrer en commençant par les pieds (de bas en haut).

Il précise aussi la règle simple du lanternois, comme utilisée chez Rabelais: le lanternois ne tient pas compte des voyelles.

Le terme langue des oiseaux s’entend probablement par le fait que les oiseaux sifflent des mélodies, des musiques qui sonnent joliement aux oreilles mais dont on ne réalise pas le sens caché. On les entend, mais on les entend pas (dans le sens de comprendre). Cet aspect sera amplement décrit avec Grasset d’Orcet.
Il y a aussi un sens plus profond à la langue des oiseaux et qui est le fait qu’elle est inexprimable par les mots ou la voix. Ce qui nous amène au langage des symboles.

Les symboles ont un sens, voire plusieurs sens car certains sont très riches. Et la compréhension du langage des symboles (langage alchimique par excellence) implique un long apprentissage par la réflexion ou l’expérience sur le terrain (visite de sites, de cathédrales) et surtout pratiquement l’impossibilité de transmettre ce que l’on ressent, si ce n’est par d’autres symboles.

C’est là l’essence du vrai secret initiatique. Transmis par des rituels symboliques, il est inexprimable car de l’ordre du ressenti. En parler seulement ne permet pas de le comprendre.

Ce langage symbolique fait prendre des raccourcis de pensée. Dans un autre domaine, c’est le même principe que l’utilisation de signes en mathématiques ou en physique, qui par le langage symbolique permettent à des gens de transmettre des concepts énormes sans se parler, par un simple signe. L’exemple du E=MC2 est très significatif. Peu de gens peuvent pénétrer les véritables arcanes mathématiques de cette formule mais tout le monde a en tête les applications de cette formule sur l’énergie atomique.

Le langage des oiseaux est une jolie musique. Elle attire même si on ne la comprend pas. C’est ainsi que nombreux sont ceux qui se lancent dans leur quête personnelle du Graal, sans raison exprimable, seulement à cause de telle légende lue, ou de telle cathédrale visitée. Ils ont soulevé un coin du voile et ne peuvent l’oublier.

Car telle est pourrait être la quête du Saint Graal: une simple quête du Saint Bol…

Citations :

Fulcanelli dans « Les Demeures Philosophales », fut un des premiers à révéler clairement le sens de la langue des oiseaux:
P. I.159: « […] Les vieux maîtres, dans la rédaction de leurs traités, utilisèrent surtout la cabale hermétique, qui’ils appelaient encore langue des oiseaux, des dieux, gaye science ou gay scavoir. De cette manière, ils purent dérober au vulgaire les principes de leur science, en les enveloppant d’une couverture cabalistique. […] Mais ce qui est généralement ignoré, c’est que l’idiome auquel les auteurs empruntèrent leurs termes est le grec archaïque, langue mère d’après la pluralité des disciples d’Hermès. La raison pour laquelle on ne s’aperçoit pas de l’intervention cabalistique tient précisément dans ce fait que le français provient directement du grec. »

p. I.164: « c’est justement ce grec qu’on retrouve partout en France, même dans l’Argot de Paris. La langue des oiseaux est un idiome phonétique basé uniquement sur l’assonance. On n’y tient donc aucun compte de l’orthographe, dont la rigueur même sert de frein aux esprits curieux […]. […] Les rares auteurs qui ont parlé de la langue des oiseaux lui attribuent la première place à l’origine des langues. Son antiquité remonterait à Adam, qui l’aurait utilisée pour imposer, selon l’ordre de Dieu, les noms convenables, propres à définir les caractéristiques des êtres et des choses créées. »

p. I.167 :  « les anciens écrivains l’appelaient langua general (langue universelle), et lengua cortesana (langue de cour), c’est-à-dire langue diplomatique, parce qu’elle recèle une double signification correspondant à une double science, l’une apparente, l’autre profonde. »

p. II.26 2 : A ne pas confondre Kabbale et cabale: « La kabbale hébraïque ne s’occupe que de la Bible; […]. La cabale hermétique s’applique aux livres, textes et documents des sciences ésotériques de l’antiquité, du moyen-âge et des temps modernes. Tandis que la Kabbale hébraïque n’est qu’un procédé basé sur la décomposition et l’explication de chaque mot ou de chaque lettre, la cabale hermétique, au contraire, est une véritable langue […]

« p. II.267 : « Employée au moyen-âge par les philosophes, les savants, les littérateurs, les diplomates. Chevaliers d’ordre et chevaliers errants, troubadours, trouvères et ménestrels […] discutaient entre eux dans la langue des dieux, dite encore gaye-science ou gay-scavoir, notre cabale hermétique. Elle porte, d’ailleurs, le nom et l’esprit de la Chevalerie, dont les ouvrages mystiques de Dante nous ont révélé le véritable caractère. […] C’était la langue secrète des cabaliers, cavaliers ou chevaliers. Initiés et intellectuels de l’antiquité en avaient tous la connaissance. »

Voici d’ailleurs un indice quant au cheval qui orne le mur sud de l’église de Saint-Grégoire-du-Vièvre, et dont le message se lit d’abord en rébus ou langue des chevaliers pour se terminer en symboles, beaucoup moins évidents à comprendre.

p. II.269 : Sont basés sur la langue des oiseaux « Les oeuvres de François Rabelais et celles de Cyrano de Bergerac; le Don Quichotte de Michel Cervantès, les Voyages de Gulliver de Swift; le Songe de Poliphile de Francisco Colonna; les Contes de ma mère l’Oie, de Perrault; etc…« 

Jonatan Swift a d’ailleurs à son époque publié un livre sur le pun, ou l’art en anglais de faire des jeux de mots.

Fucanelli encore, dans « Le Mystère des Cathédrales » révèle le sens de l’art gothique des cathédrales et le fait qu’elles cachent en leurs statues et imageries un sens caché, alchimique :

p. 55 : « Pour nous, art gothique n’est qu’une déformation orthographique du mot argotique, dont l’homophonie parfaite, conformément à la loi phonétique qui régit, dans toutes les langues et sans tenir aucun compte de l’orthographe, la cabale traditionnelle. La cathédrale est une oeuvre d’art goth ou d’argot. Or, les dictionnaires définissent l’argot comme étant un « langage particulier à tous les individus qui ont intérêt à communiquer leurs pensées sans être compris de ceux qui les entourent ». C’est donc bien une cabale parlée. Les argotiers, ceux qui utilisent ce langage, sont descendants hermétiques des argo-nautes, lesquels montaient le navire Argo […] pour conquérir la fameuse Toison d’Or. […] Tous les Initiés s’exprimaient en argot, aussi bien les truands de la Cours des Miracles, – le poète Villon à leur tête,- que les Frimasons, ou francs-maçons du moyen-âge, « logeurs du bon Dieu », qui édifièrent les chefs-d’oeuvre argotiques que nous admirons aujourd’hui.« 

p. 56 : « L’art gothique est, en effet, l’art got ou cot (Co en grec), l’art de la Lumière ou de l’Esprit. »

Nous ajouterons que pour le langage d’une caste particulière, qu’elle soit composée de scientifiques ou de batisseurs, on utilise plutôt de nos jours le terme jargon. Or le jargon est le cri de l’Oie. Ceci à prendre comme référence aux « contes de ma mère l’Oie » de Perrault. Oie qui rappelle le « Oyez », crié pour qu’on « entende » bien le texte… D’ailleurs les termes Gay-scavoir et Gaye-science on en commun le mot Gay. Que peut donc bien signifier ce qualificatif joyeux sinon le fait que celui qui entend la langue des oiseaux est plein de JOIE (« J’oie, car son ouïe perçoit la musique des sphère », p. 23 de « Fulcanelli et le cabaret du Chat Noir », de Richard Khaitzine).