du Chrisme au Quatre de Chiffre

Marque lapidaire avec le Quatre de Chiffre

Le Chrisme encore appelé Khi-Rhô sous entend plusieurs sens liés à la Gnose chrétienne et sa compréhension seule vos autorise à ouvrir les portes de Jacob.

René Guénon a largement démontré (Écrits pour Regnabit)  comment le Quatre de Chiffre était apparenté au Chrisme (le Labarum de Constantin) par simple déformation du Rhô en 4.

La présente étude augmentée sera insérée dans un ouvrage à paraitre « Étude comparative de trois symboles opératifs : Le Chrisme,  Le Quatre de Chiffre et le Nœud de Huit », introduction à la Gnose chrétienne par JK.

Selon René Guénon :

«  Le Chrisme constantinien, qui est formé par l’union des deux lettres grecques x et P, les deux premières de Christos, apparaît à première vue comme immédiatement dérivé du Chrisme simple, dont il conserve exactement la disposition fondamentale, et dont il ne se distingue que par l’adjonction, à sa partie supérieure, d’une boucle destinée à transformer en P. Or, si l’on considère le « quatre, de chiffre » sous ses formes les plus simples. et les plus courantes, sa similitude, nous pourrions même dire son identité avec le Chrisme constantinien; est tout à fait indéniable ; elle est surtout frappante lorsque le chiffre 4, ou le signe qui en affecte la forme et qui, peut aussi être en même temps une déformation du P, est tourné vers la droite  au lieu de l’être vers la gauche, car on rencontre indifféremment ces deux orientations. En outre, on voit apparaître là un second élément symbolique, qui n’existait pas dans le Chrisme constantinien : nous voulons parler de la présence d’un signe de forme cruciale, qui se trouve introduit tout naturellement par la transformation du P en 4. Souvent, comme on le voit sur les deux figures ci-contre que nous empruntons à M. Deonna, ce signe est comme souligné par l’adjonction d’une ligne supplémentaire, soit horizontale, soit verticale, qui constitue une sorte de redoublement de la croix. On remarquera que, dans la seconde de ces figures, toute la partie inférieure du Chrisme a disparu et a été remplacée par un monogramme personnel, de même qu’elle l’est ailleurs par divers symboles; c’est peut-être ce qui a donné lieu à certains doutes sur l’identité du signe qui demeure constamment à travers tous ces changements ; mais nous pensons que les marques qui contiennent le Chrisme complet sont celles qui représentent la forme primitive, tandis que les autres sont des modifications ultérieures, où la partie conservée fut prise pour le tout, probablement sans que le sens en fût jamais entièrement perdu de vue. Cependant, il semble que, dans certains cas, l’élément crucial du symbole soit alors passé au premier plan ; c’est du moins ce qui nous paraît résulter de l’association du « quatre de chiffre avec d’autres signes. » Écrits pour Ragnabit

La signification retenue est alors :

D’abord le sigle 4 forme un triangle, symbole de la Trinité, ensuite on peut lui attribuer l’idée de la formation du nouveau monde, représentée matériellement par les quatre éléments, les quatre saisons, les quatre parties du monde ; et moralement, par l’origine de la religion chrétienne dont la base après Jésus-Christ est fondée sur les quatre Évangélistes et représente la vie.

  • Le quatre de chiffre et Jupiter
  • Le quatre de chiffre, marque des typographes et imprimeur
  • Développement géométrique des compagnons tailleur de pierre
  • Conclusion

La marque de Jupiter

Le quatrième arcane majeur du Tarot représente l’Empereur assis sur son trône, les jambes croisées en forme de chiffre 4, portant le sceptre usuel (globe du monde). Quelques jeux du XVIIIe siècle montrent sur le côté du trône un écu figurant l’aigle impérial, l’autre emblème de Jupiter, tandis qu’entre le regard de l’empereur et le globe est disposé un quatre de chiffre.

Les arcanes majeurs du Tarot possèdent deux autres figurations évoquant le quatre de chiffre : l’arcane XII, le Pendu, dont le personnage, suspendu par un pied dessine lui aussi un quatre avec ses jambes ; l’arcane XXI (et final), le Monde ou La Fortune, dont le personnage central, assimilable au Christ, semble danser, formant également l’amorce d’un quatre de chiffre avec ses jambes. Cette présence du Quatre de Chiffre dans le Tarot n’est pas étonnant dans la mesure où celui-ci est d’abord le produit des cartiers et imprimeurs, nouvelle activité très fermée prenant son essor au XVème siècle. Qui sont-elles ?

Pour la plupart il s’agit de la corporation florentine des architectes, peintres, sculpteurs, etc., qui compte également dans ses rangs des préparateurs en pigments et autres potions  chimiques nécessaires aux illustrations, dorure sur cuivre et papier … L’illustre Dante en faisait partie et l’on sait les rapports entre celui-ci et les connaissances traditionnelles .

Le quatre de chiffre chez les imprimeurs

A la Renaissance, plusieurs marques de libraires et imprimeurs  vont développer cette forme particulière du Chrisme par de nombreuses marques s’étendant verticalement.

Le « prototype » des marques verticales qui vont apparaitre avec l’essor de cette corporation d’imprimeurs est le globe impérial surmonté de la croix ou du quatre de chiffre, l’ensemble étant quelquefois encadré par un rectangle.

La géométrie des marques semblant répondre à des préoccupations symboliques, et principalement  de nature cosmologique. La partie inférieure de ce type de marque peut ainsi être interprété comme étant une figuration du monde terrestre (au sens de la Création dans son ensemble), tandis que la partie haute figure le monde céleste ou plus exactement, si l’on se réfère au contexte chrétien, la rédemption par l’intermédiaire de la croix perçue comme étant au fonde­ment du monde terrestre).

Dans le même ordre d’idée, le remplacement fréquent du globe du monde par le cœur est une référence soit au cœur de l’homme, soit au Sacré-cœur. Le fait de voir très souvent le cœur servir de support aux lettres initiales du détenteur de la marque peut faire supposer que dans ce cas il s’agit plutôt du cœur de celui-ci, sans que les deux interprétations s’excluent l’une l’autre, ainsi que l’a démontré Louis Charbonneau-Lassay dans ses essais de symbolique chrétienne.

Ces marques à caractère vertical emploient donc un schéma régulateur fondé sur la superposition entrelacée de deux ou, plus exactement, de trois cercles s’inscrivant dans un rectangle de proportion 1 (petit côté) sur 2 (grand côté).

Ce rectangle est le fameux rectangle long des maçons opé­ratifs, dont les propriétés géométriques sont remarquables. Entre autres aspects, il contient le principe de la fameuse section dorée, expression graphique du Nombre d’Or.  Par reports successifs des points, il contient toutes les propor­tions primordiales nécessaires à l’art de bien bâtir.

Ces propriétés remarquables étaient connues d’autres métiers que ceux de l’architecture. Les peintres et les graveurs employaient les tracés régulateurs pour certaines de leurs œuvres, ce qui explique du même coup la trans­mission de certaines données opératives aux métiers du livre.

Le quatre de chiffre et la géométrie : les grilles de lecture

Extrait de l’ouvrage de Franz, Rziha  » études sur les marques de tailleurs de pierre »

Franz Rziha propose un décryptage des marques, la plupart d’époque gothique, fondé sur des clefs géométriques simples, à base octogonale ou hexagonale. Nous donnons, page sui­vante, la reproduction de quelques-unes des marques comportant le quatre de chiffre ou une figure approchante, le tracé géométrique en traits fins étant le « décryptage » proposé par Franz, Rziha. L’on voit très nettement que le quatre de chiffre s’intègre non seulement très bien aux réseaux, mais qu’il en est en quelque sorte l’indice extérieur.

Les marques 227 et 267, construites sur le réseau hexa­gonal, possèdent un angle 30-60° que l’on peut relever sur quelques marques d’autres origines. Quelque soit l’origine des marques, le quatre de chiffre semble toujours tracé, dans la mesure où son dessin est relativement précis, selon ces deux types de réseaux, et principalement selon l’angle à 45° .

Concernant les marques relevées par Rziha, on notera le fait que le quatre de chiffre s’y combine avec d’autres signes : croisillons, arcs de cercles, étoiles, voire des lettres.

Franz, Rziha nous apprend, d’après les règlements de la Bauhütte, que la marque était accordée au compagnon comme signe honorifique et afin de justifier de sa qualité de membre de la société lorsqu’il voyageait. Ainsi, lors de son arrivée dans une loge, le compagnon devait, selon un rituel précis, tracer sa marque et la justifier selon les règles de l’art. Cette marque possédait un caractère sacré pour son détenteur : la marque d’un compagnon ou d’un maître fautif était apposée au « tableau des coquins » de la Grande Loge de Strasbourg et cette mesure, quelquefois appliquée, semble avoir été efficace pour dissuader les maîtres et compagnons de déso­béir aux règlements.

Ces tracés « secrets », dont, curieusement, Rziha laisse entendre qu’ils résultent de ses patientes déductions, sont par­faitement attestés historiquement et servaient à moduler l’ensemble d’un édifice, depuis le plan jusqu’aux moulures. De fait, l’usage d’une marque établie selon les mêmes principes jouait également le rôle d’aide-mémoire, remarque d’autant plus importante lorsqu’on sait que l’art de la mémoire possé­dait autrefois une dimension subtile considérable.

Sur les marques de métier il est utile de se référer à Marco Rosamondi :

«Au sujet des marques employées par d’autres corps de métiers, Franz, Rziha s’est laissé emporter par l’enthousiasme, bien légitime, qu’il avait pour son sujet. En effet, la présence d’un tracé géométrique cohérent — et a fortiori signifiant, qu’il considère comme étant la caractéristique principale, et surtout exclusive, des marques de tailleurs de pierre, cette présence peut également se constater en d’autres marques.

« Il ne peut être question de développer ici la question de l’emploi de tracés géométriques « harmoniques », dont les marques forment une sorte de condensé mnémotechnique, dans de très nombreuses œuvres des siècles passés. Cette pra­tique est relativement bien connue pour l’architecture et la peinture et elle a fait l’objet de nombreuses publications.

« Ce que Franz, Rziha a mis en lumière dans ses « Études » est l’un des maillons du Trait, celui de la division à l’inté­rieur d’un cercle unique. Si ce type de tracé est bel et bien d’une importance fondamentale, l’exposé cosmologique qu’est le Trait fondamental — dont l’architecture sacrée est la forme privilégiée d’expression — ne saurait se développer intégralement en se limitant à cet unique cercle. Si, d’une part, l’on compare un cercle à un petit monde (micro­cosme) et que, d’autre part, l’on met en pratique la loi d’analogie telle qu’elle est exprimée dans les Saintes Écritures où il est dit que Dieu créa l’homme à Son Image, tout tracé géométrique exprimant l’œuvre du Grand Architecte du Ciel et de la Terre sera a minima construit à l’aide de trois cercles correspondant respectivement au monde de l’idée divine pour le premier (le projet), au monde de acte créateur pour le second (la taille), au monde créé pour le dernier (la pierre cubique). Ces trois cercles s’interpénétrant de haut en bas, le grand monde sera donc circonscrit en sa totalité « visible et invi­sible » dans un rectangle de proportion 1 (petit côté) sur 2 (grand côté), c’est-à-dire ce que les anciens nommaient le carré long. A l’intérieur de ce cadre général peuvent se développer tous les tracés harmoniques qui, pour celui qui en connaît la clef, expriment la totalité des mystères de la Création. Ce rectangle particulier est précisément celui qui, dans la symbolique maçonnique, représente la loge.

«Ce tracé que, pour simplifier le propos et ne pas dévoiler davantage, nous dirons être basé sur le rectangle de proportion 1 sur 2, est fréquent dans les œuvres anciennes, soit sous sa forme directe, soit, ce qui le rend alors plus difficile à détecter, sous la forme de l’une de ses subdivisions (rectangle d’or) ou de l’une de ses extensions.

«La marque qui suit, sur laquelle est reporté un tel tracé, est celle de l’imprimeur bâlois Nicolaus Episcopius (vers 1575).

«Le nom de cet imprimeur vient du grec et désigne l’évêque, d’où la présence de la crosse épiscopale. On remar­quera que l’inscription du nom forme une croix avec la crosse, et qu’elle occupe de plus l’exact niveau intermédiaire entre le haut et le bas, le ciel et la terre, Dieu et la Création. La hampe de la crosse occupe la position axiale. La main tenant la crosse sort de la nuée et indique qu’il détient son autorité non des hommes mais de Dieu. La fonction média­trice de l’évêque est donc parfaitement décrite.

«L’oiseau, dont le symbolisme général en tant que volatile renvoie au monde céleste, est ici un héron (oiseau pêcheur, cf. Évangile selon S. Marc, I, 16 et II, 16) ; il est ici repré­senté tenant une pierre dans l’une de ses pattes (lesquelles forment une nouvelle croix ou quatre de chiffre), ce qui est une figuration classique de la vigilance : en effet, lorsque le héron s’endort, risquant alors d’être la proie de ses ennemis, il lâche la pierre qui, en tombant bruyamment dans l’eau (symbole du monde inférieur), le réveille. « 

L’emplacement de ladite pierre marque le point d’intersection à partir duquel se développe le tracé doré.

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