Hermès, le caducée et l’arbre de vie – Ningishzida

En grec, le caducée s’appelait kêrukeion, désignant littéralement l’insigne qui permettait de reconnaître les hérauts (à ne pas confondre avec les héros). Qu’est-ce qu’un héraut ? Selon le dictionnaire, on remarque deux significations à ce terme : « personnage ayant rang d’officier ou de prêtre, chargé de certaines annonces officielles, notamment des déclarations de guerre, des défis et parfois des pourparlers de paix ou « annonciateur et défenseur d’une idée nouvelle ». Caduceum est le même mot que le grec Kerykeion (= emblème du Keryx, c’est-à-dire du héraut).

Mais le caducée en tant que tel n’est pas qu’affaire d’Antiquité grecque. En effet, il s’agit d’un très ancien motif visible, par exemple, sur le vase du roi Gudea de Lagash (Mésopotamie, – 2100 ans avant J.-C.). Mais nous sommes alors  très loin d’Hermès. C’est un symbole que l’on rencontre aussi en Inde, sur des tablettes de pierre appelées nâgakals, où il figure « l’arbre sacré… Le caducée mésopotamien montre une baguette centrale. Elle semble bien être le souvenir de l’arbre… On est donc en droit de regarder la baguette du caducée d’Hermès (et aussi, d’ailleurs, le bâton d’Esculape) comme le symbole de l’arbre de vie, associé, demeure ou substitut de la divinité » et plus loin encore comme le symbole hérité de la Tradition première ou Primordiale, à savoir celui de l’arbre de vie planté au milieu du paradis.

L’Arbre de vie (Yggdrasil). Branche de frêne.

 

Sous sa forme la plus simple, c’est une branche d’arbre sacré Le mana transcendant du végétal, sous-jacent à l’apparence physique, se communique aux néophytes par les coups. La fustigation, qui fait partie intégrante de toutes les initiations, n’a nullement eu pour objet, à l’origine, de faire souffrir ou de châtier les novices : elle s’est proposé de leur incorporer l’énergie dynamique propre à un être divin (un végétal ; ou un animal, si le fouet est fait de lanières de cuir). Quand le sang coule, et que l’objet sacré fustigateur entre en contact avec lui, la sanctification est plus intime et plus complète. La baguette initiatique, premier type du caducée, possédait donc, et possède encore, par elle seule, une vertu merveilleuse, puisqu’elle est le support de la force transcendante. C’est vraiment une verge d’or ; elle fait pénétrer dans le monde ultraphysique ceux qu’elle touche ; elle endort les sens physiques, elle éveille l’âme, elle enchante, elle attire, elle guide ; c’est une sorte d’aimant, qui fait surgir et circuler dans les hommes les courants de la surnature. Elle se termine quelquefois par une fleur, ou par deux rameaux, par deux cotylédons, par une crosse, plus rarement par des bandelettes, qui accentuent son caractère sacrosaint (transformé plus tard en caractère sacerdotal). Dans la poésie homérique, cette baguette est celle non seulement d’Hermès, mais aussi d’Athena ; c’est également celle de la grande initiatrice Circé, qui, en une de ces « îles de femmes » dont nous avons parlé plus haut, divinise les hommes en en faisant des hommes-porcs. Le sceptre des hérauts et des rois se distingue, chez Homère, de ce rhabdos, bien qu’il ait, sans nul doute, très exactement la même provenance rituelle.

Une autre terminaison du caducée est la terminaison lunaire, mentionnée antérieurement ; elle confère d’une manière explicite à la baguette sacrée le mana immortel de la Mère Lune. Hermès était un dieu lunaire.

La forme la plus connue de nos jours est le caducée à enlacement de serpents. On ne la rencontre guère, dans les figurations helléniques, avant le Ve siècle. Elle ne s’en réfère pas moins à des réalités rituelles extrêmement anciennes. D’après un vénérable mythe, Rhea se serait changée en couleuvre pour éviter la poursuite de Zeus ; Zeus, non moins habile, se serait transformé en reptile ; Hermès les aurait réunis. Ce récit, très profond, mentionne de vieilles initiations par la Mère néolithique (dont Rhea fut l’une des désignations). Suivant une coutume fréquente alors, la femme sacrée en qui s’hypostasie la Mère, est déguisée en serpente. Le nouvel initié, identifié par les cérémonies avec la lumière divine (Zeus) qui brille dans l’enceinte céleste de la montagne, se travestit, lui aussi, liturgiquement, en ophidien ; et la hiérogamie s’accomplit suivant les règles matriarcales de l’initiation. Plus tardivement, c’est Zeus qui, accoutré en reptile, est l’initiateur, et il accomplit l’union sanctifiante avec sa « fille » initiatique, Perséphone, également travestie en serpente. Le fruit de cette union sera un initié-serpent : Dionysos-Zagreus. Nous retombons donc sur l’unité-dualité, caractéristique des plus hautes vues néolithiques.

Nagakal (Inde)

Si cette figuration des deux serpents enlacés est récente en Grèce, elle date d’une période lointaine à la fois en Chaldée, comme le prouve le célèbre vase de Goudea, et en Egypte. L’orphisme semblant avoir recouru avec prédilection à cette antique liturgie des reptiles accouplés, il est possible que le caducée à serpents se soit diffusé en Grèce sous son influence.

La seconde tradition antique relative aux serpents du caducée est non moins révélatrice que celle dont nous venons de faire état : Hermès, nous est-il dit, ayant rencontré deux reptiles qui se battaient, les sépara avec sa baguette, autour de laquelle, sur le champ, ils s’enlacèrent. Comme toujours, la lutte envisagée rentre dans le cursus des initiations ; elle se réfère avant tout aux fustigations sanctifiantes, se terminant, une fois accomplie la sacralisation, par la hiérogamie unifiante. L’on doit songer également en l’occurrence, à l’antagonisme du mana masculin et du mana féminin, antagonisme culturel, dont nous avons signalé, dans l’Initiation Sexuelle et l’Evolution Religieuse, l’importance aux âges loin¬tains. Le surhomme premier ancêtre ayant brisé l’indivision dynamique primordiale, le cosmos apparut comme composé fondamentalement, dans son apparence spatio-temporelle, de deux forces opposées et complémentaires. Ce sont ces deux forces, provenant d’une rupture du sacré, qui retrouvent l’équilibre et l’harmonie grâce à la présence du sacré (manifesté ici par la baguette initiatique). Ces conceptions, qui envisagent l’univers comme se ramenant à un dynamisme, sont, nous l’avons montré ailleurs, très anciennes et très générales. La fameuse doctrine chinoise du yang et du yin en est l’une des meilleures expressions. L’on en discerne aisément la source néolithique. Le caducée aux serpents s’y trouve lié d’une manière étroite. Il ne faut jamais perdre de vue que l’homme et la femme que l’on montrait accouplés, lors des rites créatifs, incarnaient l’un le Ciel l’autre la Terre. La création du cosmos se ramenait ainsi, liturgiquement, à une séparation de la Terre et du Ciel par le premier ancêtre, lequel rompait la pénétration du phallos dans le kteis, et introduisait la scission spatiale. Cette figuration est fréquente sur les sarcophages égyptiens. Pour remédier à ce désordre, il fallait, par l’union hiérogamique, restaurer la copulation initiale : par cette voie, c’est non seulement l’homme et la femme qui rétablissaient leur indivision première ; c’est tout l’univers qui recouvrait son unité et son eurythmie ; le cosmos physique, en effet, autrement dit le monde de la maya, dépend de la pensée humaine déchue, dont il est la sécrétion.

Mais c’est surtout en Mésopotamie que nous allons chercher des réponses … Le Dieu Caducée

Gudea le vase à libation

Au Louvre est conservé un vase à libation en stéatite verte daté vers 2150 avant JC. Ce vase sumérien est dédié à Ningishzidda par Gudea, le prince de Lagash (ancienne ville de Sumer). L’objet est décoré de deux serpents sculptés s’enroulant autour d’un tronc d’arbre, l’ensemble représentant Ningishzidda.

– 2100 av JC

Ningishzidda est une divinité chthonienne subalterne du panthéon sumérien. Il est associé à la végétation, à la croissance (des plantes et du bétail) et à la décomposition. Pour faire simple, à la fertilité et donc à la vie et à la mort. Une des plus curieuses caractéristiques de ce dieu tient à ce qu’il meure à la saison froide (il est alors sous terre) et renaît à la saison chaude (il émerge du sol). J’espère que tu vois où je veux en venir. Les serpents sont idéalement choisis pour incarner ce dieu qui possède toutes leurs qualités : représentation symbolique de la vie et de la mort et capacité à renaître (l’ouroboros). Si ce n’est que le caducée est ici un dieu et un objet. Un objet éclairant la nature originel du bâton d’Hermès.

sur ce dessin on voit très nettement les deux serpents sortant des épaules de Ningishzidda

Ningishzidda est la divinité auxiliaire d’une divinité principale et en ce sens, Ningishzidda est souvent placé à côté ou bien dans une main de la déesse Mère Ishtar, divinité astrale. La lecture symbolique d’une telle image est limpide : la déesse Mère Ishtar utilise Ningishzidda pour propager la fertilité qui est garantie par la vie et la mort.

L’arbre autour duquel s’enroulent les serpents correspond à l’arbre de vie, cette image antique symbolisant l’origine et la force de la vie. L’arbre est tenu par le déesse Mère. Or il se trouve que Ningishzidda fut vraisemblablement le dieu lié aux racines des arbres. Ces racines, tu as eu le temps de les observer pendant le confinement (si tu as un jardin, sinon j’imagine que tu étais occupé à terminer Netflix), sont sinueuses comme des serpents : les racines (arbre et serpents) sont les ingrédients antagonistes nécessaires à la vie et à la mort. Ningishzidda est donc l’outil, le messager lié à la déesse Mère et chargé de répandre la fertilité. Or si l’arbre de vie est confondu avec la mètis d’Hermès (c’est-à-dire le bâton du caducée), alors cela ne fait que renforcer l’idée que la fertilité est le résultat du potentiel résidant entre les forces contraires.

Ningishzidda, le dieu caducée, est le messager de la déesse Mère tandis que notre caducée grec est l’attribut d’Hermès le messager et fils de Zeus, dieu des dieux. L’étymologie du nom de sa mère Maïa, l’aînée des Pléiades, renvoie en grec à la maternité et en latin à l’idée de « grande déesse ». Quand bien même les étymologies sont parfois troubles, Hermès n’a besoin que d’être le messager de son père pour établir un lien avec le mésopotamien Ningishzidda. N’oublions pas que Ningishzidda est un dieu hermaphrodite car porteur de deux serpents qui sont des forces contraires : l’un est mâle, l’autre femelle. Ningishzidda est donc un dieu secondaire chthonien hermaphrodite, mourant et renaissant avec la végétation, messager de la déesse Mère (divinité astrale) et incarné par deux serpents symbolisant des forces antagonistes autour d’un arbre de vie, potentiel biais d’harmonie.

Hermès est quant à lui né dans une grotte (environnement chthonien) et circule librement des Enfers (où il accompagne les âmes des défunts mortels) vers l’Olympe (où réside son père éternel). Il porte comme attribut un caducée symbolisant l’harmonie des forces contraires : de la vie et de la mort (la fertilité), du bien et du mal (la pondération), etc. Le caducée n’est pas un objet anodin, un simple sceptre de héraut divin. Il symbolise davantage. Il est la figuration d’une idée complexe qui sous-entend l’aspect énigmatique, insaisissable et fragile de la vie et de la mort, car nul ne voit d’où vient la vie et nul ne sait où mène la mort. Mais le tout tient à peu de choses. Seul le pressentiment d’une présence égale de forces antagonistes émerge comme une condition nécessaire à la fertilité. Un pressentiment s’appliquant de la même manière aux autres forces contraires pour atteindre une potentielle harmonie, un équilibre en devenir.

La Mésopotamie ne fut pas la seule à incarner cette notion de fertilité par un caducée. En Inde, les nagakal (pierre de serpents) sont vénérées par des femmes souhaitant concevoir un enfant. Ces pierres ornées de deux cobras entrelacés sont placées sous l’aśvattha, l’arbre (figuier) sacré. Par ailleurs, c’est sous cet arbre que médite Nārada, messager et compagnon des dieux, à qui l’on attribue l’invention de la vīṇā, le premier instrument à cordes. Hermès est crédité de la même invention nommée lyre dans la mythologie grecque.

Les ailes renvoient bien sûr à la rapidité d’Hermès mais également à sa finesse d’esprit, à son intelligence, à sa mètis (intélligence pratique de la ruse et du savoir-faire). Elles symbolisent la capacité à élever l’esprit par la connaissance et à le libérer de la matière. Dans les deux cas, Hermès se révèle compétent. Le mouvement spiralé en est l’illustration. Quant à la séparation de l’esprit et de la matière, il faut se souvenir qu’Hermès est chargé de guider les âmes des défunts vers les Enfers. Les ailes viennent parer à la perte de la symbolique de fertilité autrefois clairement attribuée au dieu caducée. Elles viennent renforcer l’idée qu’Hermès insuffle la mètis au bâton du caducée tout comme le caducée insuffle le pouvoir de fertilité (dans tous les domaines, y compris intellectuel) à Hermès. Le dieu et son attribut se confondent sans que l’on sache qui de l’un ou de l’autre est le plus puissant. Encore une fois, il y a un va-et-vient, une ambivalence et cette ambivalence ou ruse (métis) est toute la force du dieu Hermès.

à la lumière de ces quelques lignes nous comprenons combien Hermès est tributaire d’une longue chaine de signifiants (ou mythèmes) qui nous font remonter par delà les millénaires à la Tradition Primordiale, hyperboréenne, polaire et ouranienne .. et pour conclure le nom secret du miracle que procure le caducée d’Asclépios :

  • U/Hudor/Eau
  • G/Gaïa/Terre,
  • EI/Heile/Feu
  • A/Aer/Air)
  • I/Idea/Objet divin.

Et ces cinq lettres, placées dans l’ordre suivant, UGIEIA, ont ensuite dessiné le nom de la déesse de la santé, Hygei, Hygie, représentant l’équilibre, la totalité, la grâce divine. Hygiène.

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Johan Dreue pour vous aider à déchiffrer la Tradition primordiale loin des fumisteries habituelles et guider vos premiers pas. En photo à côté du poêle de Winterthur. Sa collection s’appelle et ce n’est pas pour rien : Lux in Arcana

 

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