Fulcanelli, Newton et Albert Einstein : la leçon du Maître

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Le feu Mercuriel. On a souvent opposé Henri Poincaré à Albert Einstein dans le genèse de son système ayant aboutit à la formule graalique que tout le monde connait, mais il serait plus juste et plus sûr de citer son prestigieux prédécesseur sans lequel il n’aurait pas élaboré son concept de relativité restreinte, à savoir Jules Violle alias Fulcanelli. C’est ce que nous allons aborder ici de façon introductive.

Introduction : on a beaucoup discuté sur le problème de la genèse de la théorie de la relativité restreinte. Nous avons l’intention de proposer ici un  autre parcours sur les éventuels apports  qui ont porté Einstein à modifier radicalement les lois traditionnelles de la mécanique.

Cette hypothèse est née d’une remarque de J. Stachel : en 1895 Einstein, à l’age de 16 ans, s’était préparé pour l’examen d’admission à l’ETH (Ecole Polytechnique de Zurich) en étudiant la mécanique sur l’édition allemande (1892) du livre du français J.Violle.

Stachel également a remarqué l’importance de ce livre : « Violle fonde son traité de mécanique sur le principe des mouvements relatifs en même temps que sur le principe d’inertie » (p.2.59). Pour cette raison selon Stachel « le principe de la relativité en mécanique classique était très probablement familier à Einstein » (p.258). Einstein lui-même précisément l’a noté en marge de la page 90 qui correspond aux pp. 99-100 de l’édition française (définition de la masse et énoncé du principe F = ma). Cependant ni Stachel, ni aucun autre ne semblent avoir prêté plus d’attention à ces faits.

Selon la plupart des gens le travail d’Einstein en 1905 est considéré comme celui qui a marqué la naissance des symétries en physique théorique. C’est seulement après Einstein, quand les principes d’invariance se sont imposés au premier plan de la scène, qu’on s’est intéressé au rôle du principe de la relativité en mécanique classique, en en faisant les prémisses de la première loi de Newton. Ce prétendu primat d’Einstein vient confirmer la grande importance que le texte de Violle a eu sur lui, en ce sens que celui-ci semble avoir aidé Einstein à concevoir la théorie de la relativité restreinte.

Le cours « Violle » présente un certain nombre de nouveautés dont il convient de faire une brève synthèse des principes et théorèmes fondamentaux sur lesquels Violle base la formulation de la mécanique. Nous pourrons ainsi mettre en relief les traits saillants des innovations de ce texte par rapport à la solide tradition newtonienne qui a dominé la mentalité des physiciens jusqu’à la fin du XIX° siècle. De fait ce livre, en lui-même, constitue une intéressante proposition alternative à la façon dont Newton a formulé les principes et concepts fondamentaux de la mécanique. En outre nous verrons ce en quoi il a pu contribué à la genèse de la relativité restreinte dans la pensée d’Einstein.

La statique selon J.Violle.

Le premier chapitre du livre est intitulé Mécanique ; dans ce chapitre sont traités, selon la succession habituelle, la Cinématique, la Statique et la Dynamique.

Donnons quelques définitions de Cinématique et de Statique pour mettre en évidence les relations que Violle pose entre ces deux dernières et la Dynamique ; ceci nous permettra de remarquer son degré d’approfondissement des fondements de la mécanique selon une école de pensée différente de celle de Newton.

« 18. Définition de la cinématique. La cinématique (mouvement) ou science du mouvement considéré en lui-même, indépendamment de ses causes, est une branche purement rationnelle de la mécanique, […]. A l’idée d’espace, seule base de la géométrie, celle-ci ajoute uniquement l’idée de temps, et de la combinaison de ces deux idées fondamentales celle-ci en tire les lois nécessaires du mouvement ». (p.32).

à suivre dans la seconde partie

Jules Violle alias Fulcanelli parmi les siens

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L’histoire a été injuste avec Jules Violle mais trop généreuse avec le mirifique Fulcanelli, pourtant l’un et l’autre ne font qu’un ! Sur cette photo on reconnait l’Adepte entouré des siens avec sa femme Anna qui se tourne vers le photographe. Moment de détente du savant dans sa demeure vers 1910. La petite fille se prénomme Lucie  et ce sera grâce à elle que le flambeau va se transmettre. Dans ce cahier sont regroupés les différents voyages du savant ainsi que des anecdotes recueillies par ses élèves ou amis et condisciples. Il est temps de mettre fin aux élucubrations qui ont eut lieu ici et là  et d’organiser la seconde partie de ce travail pour lequel j’en appelle aux bonnes volontés (s’il en existe !) car il reste de nombreuses archives à dépouiller, la question n’étant plus de savoir « Qui » mais « Comment » et « Pourquoi ». Pour 2015  je compte donc créer un groupe de recherche à qui je pourrai transmettre mes archives afin que le travail engagé depuis 20 ans puisse se poursuivre. JK

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Offre spéciale à l’occasion du colloque : le livre + les actes (Mars 2015)

Fulcanelli et la photographie : Amilec ou la graine d’hommes

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Joseph Nicéphore Niépce (1765-1833) ou la permutation des formes par la lumière (Fulcanelli)

Les références à la photographie dans l’œuvre de l’Adepte sont nombreuses et récurrentes jusqu’aux procédés chimiques relatifs aux fameux sels d’argent. On s’étonnera moins de ces obsessions si l’on apprend que Fulcanelli-Violle n’était autre que le Président de la première société de photographie française ! De fait et responsable de l’inventaire de la plupart des monuments français il avait a sa disposition une documentation de premier plan et en avant première. Ce point éclairci on s’explique (outre les références à la photographie) les liens qu’il a pu entretenir également avec le cinéma naissant (Voyage en Kaleidoscope par exemple) .

Au début du XIXe siècle Joseph Nicéphore Niépce (1765-1833) réussit à obtenir et conserver une image due à l’action de la lumière. Dès 1812, il parvint à obtenir en lithographie des négatifs (grâce au chlorure d’argent) et des positifs (avec du bitume de Judée), mais ces images ne sont pas stables. Il utilise pour cela du sel d’argent placé au fond d’une chambre noire, mais le sel d’argent continue de noircir après l’exposition et l’image finit par disparaître.

En 1819, John Herschel décrit les propriétés de l’hyposulfite de sodium qui deviendra le fixateur de Mijus.

photancNiépce se rend compte que l’important est d’interrompre l’action du produit après une période d’exposition à la lumière. Après avoir tenté des produits qui éclaircissent à la lumière au lieu de noircir avec toujours le même problème de stabilité, il s’intéresse à différents acides qui agiraient sur une plaque de métal ou de calcaire et seraient lavés ensuite. Mais l’acide ne réagit pas à la lumière. Il comprend grâce à cette expérience que l’action de la lumière n’a pas besoin d’être visible immédiatement, mais peut être révélée ensuite. Il tente d’utiliser la résine de Gaïac, sensible aux ultra-violets qui perd sa solubilité dans l’alcool (dont le procédé peut donc être interrompu). Possible en plein soleil, l’opération est un échec en chambre noire, car les ultraviolets (inconnus de Niépce) sont filtrés.

Après différents déboires et voulant affiner sa méthode, Niépce s’est associé, en 1829, à un entrepreneur dynamique nommé Louis Jacques Mandé Daguerre (1787-1851). À partir de 1829, Daguerre a commencé véritablement ses travaux en chimie en utilisant l’iode découverte par Bernard Courtois. Daguerre a accompli des progrès importants dans les années qui ont suivi la mort de Niépce, survenue en 1833. Les vapeurs d’iode sont utilisées comme agent sensibilisateur sur une plaque de cuivre recouverte d’une couche d’argent polie. La réaction entre l’iode et l’argent produit de l’iodure d’argent, une substance qui s’est révélée être plus sensible à la lumière que le bitume. Par hasard, il a découvert que si une plaque qui avait été exposée était traitée aux vapeurs de mercure, l’image latente apparaissait nettement.

Amilec ou la crème d’hommes (d’AUM) : à découvrir le négatif  !

Avec cette référence dans les demeures philosophales (chapitre VI) le savant et adepte montre à la fois ses préoccupations scientifiques du moment (il a contribué à améliorer différents procédés d’émulsion lors de sa présidence) et le regard hermétique qu’il porte sur l’œuvre (peu connue à l’époque) de Tiphaigne de la Roche.

La filiation alchimique de Tiphaigne de la Roche est abordée dans Les Demeures philosophales au chapitre VI. Selon Jules Violle alias Fulcanelli Le titre de l’ouvrage Amilec ou la graine d’hommes devrait ainsi être lu comme Alcmie ou la crème d’Aum, selon la règle de décryptage cabalistique exposée par cet adepte du XXe siècle. À l’appui de cette théorie, Tiphaigne de la Roche dissimula de façon similaire l’anagramme de son nom dans le titre d’un autre de ses ouvrages, écrit anonymement : Giphantie = Tiphaigne, où il dévoile le procédé photographique presque 80 ans avant sa découverte.

Amilec révèlerait donc, à qui serait capable de le décrypter, un point de science alchimique : « l’extraction de l’esprit enclos dans la matière première » (où « esprit » et « Materia Prima » s’entendent au sens alchimique), appelé encore, pour reprendre le vocabulaire alchimique, « Vierge philosophique », correspondant donc au AVM, monogramme traditionnel renvoyant à l’Ave Maria et donc à la Vierge. Ce procédé serait analogue à celui qui permet de séparer la crème qui surnage à la surface du lait, et qui serait illustré par les cinquièmes et septièmes planches de l’ouvrage alchimique Mutus Liber, Le Livre Muet, où l’on voit les protagonistes récupérer au moyen d’un spatule des éléments qui sont issus de la coction dans un athanor. En clair, le titre signifierait donc Alchimie, ou (l’extraction de) la crème du lait de vierge.

Ainsi, dans un article publié en l’an 2000, le photographe professionnel Jean Lauzon écrit que « la description de l’alchimiste Tiphaigne de La Roche contient tous les éléments permettant de reconnaître l’idée de la photographie » et que « Les opérations alchimiques fondamentales, sublimation, filtrage et cuisson, peuvent se comparer au point de s’y identifier aux trois principales étapes de l’apparition d’une image photographique : latence, révélation, fixation ».

Au-delà des liens de filiation chimique et opératoire entre l’alchimie et la photographie, la naissance du procédé s’entoure du même secret que la quête alchimique : dans leur correspondance, les deux inventeurs de la photographie, Nicéphore Niépce et Jacques Daguerre utilisent un codage : les produits chimiques et les termes techniques sont remplacés par des numéros de 1 à 79. D’une manière similaire, les auteurs alchimistes dissimulaient le sens de leurs ouvrages en utilisant des termes dans un sens spécifique connu d’eux seuls (soleil, lune, lait de vierge, lion vert, tête de corbeau, etc.) S’il est certain que de nombreuses idées abordées dans l’œuvre de Tiphaigne de la Roche s’inscrivent dans la perspective plus large de la pensée hermétique, la question de sa pratique opératoire de l’alchimie reste ouverte de même que le double sens de ses écrits, mais l’on voit « peut-être poindre cette idée que la photographie a finalement dévoilé le projet alchimiste au-delà de la seule métaphore ». Seul un président de la société française de photographie pouvait également en faire le constat et s’émerveiller d’une pareille pré-science.

Jules Violle alias Fulcanelli succéda au Colonel Aimé Laussedat (un ami et collègue au travail et nous verrons pourquoi)  et fut Président de la société française de photographie de 1906 à 1908. Il sera remplacé par Jules Carpentier, (le grand père du célèbre producteur de télévision Gilbert Carpentier) l’inventeur précisément du cinématographe et de la pellicule à perforation !..  On peut avancer l’hypothèse que l’artiste Julien Champagne n’eut pas besoin de se déplacer plus que nécessaire car Jules Violle était à la tête d’une importante collection de photos qu’il pouvait confier à l’illustrateur.

Voyages et récits

Voyageur infatigable, Fulcanelli a parcouru le monde et n’hésita pas à traverser l’océan pour se rendre aux Etats Unis, d’autres voyages non moins extraordinaire pour l’époque sont rassemblés ici avec des anecdotes sur ses dernières réalisations et sa vie en famille auprès des siens. Nous produirons ensuite une table croisée des principales références entre la vie du scientifique et sa production littéraire connue sous le nom du « Mystère des cathédrales  » et des « Demeures Philosophales ».

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Autres articles :

  1. Voyages en Kaleidoscope (1)
  2. Voyages en Kaleidoscope (2) ou l’alphabet de la lumière
  3. Voyages en Kaleidoscope (3) le lessivage des sels

La Suisse, creuset de l’Europe

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La Suisse, on l’a oublié,  fut avec la Sarre, le véritable creuset des idées européennes alliant tout l’arc en ciel des modèles possibles allant de l’Européeisme à la PAN-Europa. Différents hommes jouèrent un grand rôle après guerre pour son élaboration et considérèrent la Suisse comme le laboratoire expériemental, c’est ce que nous abordons au travers de ces deux cahiers : « L’esprit de Caux » avec Franck Buchman et Richard Coudenhove-Kalergi et puis Gonzague de Reynold que l’on a longtemps considéré comme le « Charles Maurras » Suisse et qui nous a laissé une oeuvre importante qu’il convient à présent de redécouvrir. Nous ouvrons cette introduction avec Richard Coudenhove Kalergi, le pochain article nous permettra de faire connaissance avec Franck Buchman, une autre grande figure.

Richard Coudenhove-Kalergi et la « PanEurope »

Les  origines – mal connues – de l’actuelle UE…

L’dée d’Europe n’est pas nouvelle. Après la première Guerre mondiale, certaines personnes appellent à bâtir une Europe différente de celle instaurée par les traités de paix. Parmi ceux qui formulent des projets européistes à cette époque, un personnage singulier : Richard Coudenhove-Kalergi.

arl_cauxLe comte Richard Coudenhove-Kalergi est une personnalité cosmopolite : né à Tokyo en 1894 d’une mère japonaise et d’un père diplomate austro-hongrois originaire d’une noblesse à la fois tchèque, grecque – descendant de la famille des Kalergi – et néerlandaise – descendant de la famille des Coudenhove –, il a été élevé en Bohème allemande puis à Vienne, la capitale cosmopolite de l’empire d’Autriche-Hongrie. Il a des cousins de différentes nationalités, balte, française, italienne et norvégienne. Enfin, il adopte la nationalité tchèque en 1919 puis la nationalité française en 1939. Il est mort en 1972.

Certains lui attribuent l’idée du choix (dès 1929) de l’ « Ode à la Joie » pour l’actuel hymne européen ainsi que l’idée géniale (dès 1930 !) d’une « Fête de l’Europe » qui serait célébrée au mois de mai. Et on croit même pouvoir lui attribuer l’idée (en 1947) d’un « timbre-poste » européen unique.

On dit également de lui qu’il aura eu une influence « historique » décisive sur Gustav Stresemann et Aristide Briand, sur Jean Monnet et Robert Schuman, sur de Gaulle et Konrad Adenauer ; dans la formation du Benelux, dans la réconciliation franco-allemande et dans les tous premiers pas de la construction européenne. A ce titre, il est donc le moins bien connu des « Pères de l’Europe »…

Qui est donc Richard Coudenhove-Kalergi ?

Aristocrate austro-hongrois cosmopolite, né à Tokyo (en 1894), polyglotte, le Comte Richard Niklaus Coudenhove-Kalergi (1894-1972) est le fils d’un diplomate austro-hongrois (Comte de Saint-Empire – germanophone de Bohême – aux ascendances « flamando-brabançonnes » et « italo-vénéto-créto-byzantines », notamment liées [1] à la famille impériale de Constantinople…) et d’une aristocrate japonaise issue d’une très respectable famille de samouraïs renommés, Mitsuko Aoyama.

Un héritage multiculturel familial qui fit même dire de lui  qu’il était bien – en pratique – « une organisation Pan-Européenne à lui seul ». Héritage renforcé par l’éducation qu’il reçut, notamment de la part d’un père diplomate (à Athènes, à Constantinople, Rio de Janeiro et Tokyo), polyglotte (puisque maîtrisant jusqu’à seize langues différentes !) et intellectuel de très haute volée (Ecrivain essayiste), politiquement engagé (notamment contre l’antisémitisme).

Le jeune Coudenhove-Kalergi poursuivit (entre 1908 et 1913) sa formation intellectuelle à la « Theresianische Akademie » (ou « Theresianum ») de Vienne : cadre d’études intellectuel et cosmopolite qui lui permit de fréquenter ainsi les jeunes élites issues de toutes les nationalités de l’Empire des Habsbourg. Enfin en 1917, marchant sur les pas de son père, il décrochait son doctorat en philosophie en présentant une thèse sur « Die Objectivität als Grundprinzip der Moral » (i. e : « De l’Objectivité comme Principe fondamental de la Morale »).

Un intellectuel face aux nationalismes

A la fin de la « Grande Guerre », tirant les effroyables leçons de ce premier conflit mondial (alors même que la disparition de l’Empire multinational des Habsbourg laisse le champ libre au déchaînement des nationalismes…), ouvert à toutes les influences d’un siècle de révolutions et de bouleversements, Coudenhove-Kalergi sera l’un des tous premiers hérauts de l’idée européenne.

Ainsi, inquiet devant la montée des nationalismes et par le cloisonnement de l’Europe centrale en États désormais rivaux, ainsi que par le « déclassement international » de grandes puissances européennes désormais exsangues (et concurrencées par de nouvelles puissances émergentes : États-Unis, Russie, Japon, Chine…), il lance (en 1922) son premier « Appel à constituer l’unité européenne », publie (en octobre 1923) son célèbre manifeste « PanEuropa » et fonde (en 1924) une association : le « Mouvement Pan-Europe ».

Son message, perçu dès l’Entre-deux-guerres par de nombreux intellectuels européen (qui lui témoignèrent leur soutien), est le suivant (à lire dans le contexte de l’époque) : face au risque d’autodestruction que ferait courir une nouvelle guerre mondiale nécessairement plus destructrice encore, face à la concurrence américaine et face au danger russe (i. e : soviétique…), face au développement des nouvelles puissances de l’Asie orientale, l’Europe fragilisée et dangereusement fragmentée en États décidément ennemis n’aurait finalement pas d’autre choix que de s’unir.

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L’étoile scellée : Oswald Wirth, André Breton, Fulcanelli

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L’étoile scellée ou les mystères de l’Arcane 17. Quand le message de Wirth fédère l’hermétisme. C’est un fait que si Wirth a eut une filiation, celle-ci ne passe pas forcément par les Frères pour lesquels pourtant, il a dédié corps et âme sa vie jusqu’au martyr, sinon comment expliquer que depuis 75 ans aucun d’entre n’a daigné venir s’incliner sur sa tombe ?.. Non sa filiation passe ailleurs et le message fut par exemple bien reçu dans les milieux naissants du surréalisme d’après guerre. C’est ce que nous allons voir maintenant.

Arcane 17 selon Oswald Wirth :

« la vie… est une déesse douce et belle, comme la jeune fille nue de l’arcane 17, qui agenouillée au bord de l’étang, y déverse le contenu d’une urne d’or, dont s’écoule un liquide brûlant, vivificateur de l’eau stagnante. A cette amphore tenue de la main droite en correspond une autre qu’incline la main gauche, pour épancher sur la terre aride une eau fraîche et fertilisante… L’arrosage constant entretient la végétation plus particulièrement représentée par un rameau d’acacia et une rose épanouie.

Mimosa du désert, l’acacia résiste à la dessiccation; sa verdure persistante manifeste une vie qui refuse de s’éteindre, d’où son caractère d’emblème d’espoir et d’immortalité. Dans la légende d’Hiram, cette plante fait découvrir le tombeau du maître, détenteur de la tradition perdue… Connaître l’acacia, c’est posséder les notions initiatiques conduisant à la découverte du secret de la maîtrise. Pour s’assimiler ce secret, l’adepte.. doit imiter Isis, qui parcourut toute la terre à la recherche des débris du corps de son époux. Ces vestiges précieux sont recueillis par le penseur qui sait discerner la vérité cachée sous l’amas des superstitions que nous lègue le passé. Le cadavre spirituel d’un dieu qui jadis éclaira le monde subsiste, réparti entre les foules ignorantes, sous forme de croyances persistantes… Loin de dédaigner ces restes défigurés d’une sapience perdue, l’initié les rassemble pieusement, afin de reconstituer dans son ensemble le corps de la doctrine morte. »

« L’Arcane 17 occupe le milieu de la seconde rangée du Tarot, où il marque, tout comme l’arcane 6 qui lui est superposé, le passage d’une phase de l’initiation à l’autre. Or si l’amoureux, dans le domaine actif, passe de la théorie à la pratique, l’âme mystique, guidée par les étoiles, aboutit au discernement théorique après être entrée pratiquement en relation avec le non moi. »  La Tarot des Imagiers

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Dans le tarot de Wirth, un papillon posé sur une Rose symbolise le travail de métamorphose propre à l’accomplissement du travail du Grand Oeuvre, dans celui des Avenières (inspiré en partie par Wirth) le papillon s’est transformé en Paon (le corps bleu et le pourpre liés à la phase de multiplication), dans le tarot de Conver nous avons affaire au corbeau (oiseau noir) tel qu’il figure dans le frontispice du Mystère des Cathédrales.

André Breton et Arcane 17 :

Breton, dans sa description de l’arcane (Arcane 17 p. 73, 85) et dans sa relation de la légende d’Isis (p. 96) n’oublie aucun des détails symboliques rapportés ci dessus. Le fait même de conter cette légende juste après l’apparition des étoiles, prouve assez sa connaissance des textes hermétiques. Ce passage permet également de relier le roman à l’Amour Fou, grâce à la sixième lame du Tarot, l’amoureux. En fin, voilà confirmé, sur un plan symbolique, les deux idées forces autour desquelles s’oriente le livre : la persistance de la vie et la recherche d’une connaissance antérieure perdue. Il faut ajouter que l’appel aux Tarots n’éloigne en rien de l’alchimie. Michel Maïer affirme en effet que la légende d’Isis et d’Osiris se rattache au mythe alchimique :

« L’allégorie d’Osiris a été ramenée par nous à sa véritable origine, qui est chimique, et expliquée de façon complète en un autre endroit, à savoir le premier livre des Hiéroglyphes… Le soleil est Osiris… la lune, de son côté est Isis., et ce sont les parties du composé qui avant l’opération est appelé pierre et du nom de tout métal, magnésie. »

Chacun des ruisseaux décrits par Breton reprend une des caractéristiques principales de la Pierre :

« Le ruisseau de gauche : je brûle et je réveille, j’accomplis la volonté du feu. Le vase de feu trépidant dont je sourds, le vent ne finira jamais d’en dérouler les boules de vapeur. » (p. 86)

C’est-à-dire le feu et l’air (le volatil) d’une part,

« Ruisseau de droite… j’obéis à la fraîcheur de l’eau… et je vais à la terre » . (p. 87)

C’est-à-dire l’eau et la terre d’autre part (le fixe), ce qui renvoie aux propos de Raymond Lulle dans son livre de la Quintessence (troisième distinction : l’incération) :

« Il faut réaliser à partir de la nature d’un seul métal, deux liquides de composition contraire; l’un aura une vertu qui fixe, coagule et durcit, l’autre sera volatile, instable et mou… De ces deux liquides il sort une pierre coagulée, fixe et durcie, qui possède le pouvoir de coaguler ce qui n’est pas coagulé, de durcir ce qui est amolli et d’amollir ce qui est dur. »

Fulcanelli en relation avec Arcane 17 (de la double nature de la Pierre) :

« Telle est l’origine de notre pierre, pourvue dès sa naissance de la double disposition métallique, laquelle est sèche et ignée et de la double vertu minérale, dont l’essence est d’être froide et humide. Ainsi réalise-t-elle en son état d’équilibre parfait, l’union des quatre éléments naturels que l’on rencontre à la base de toute philosophie expérimentale. La chaleur du feu s ‘y trouve tempérée par la frigidité de l’air et la sécheresse de la terre neutralisée par l’humidité de l’eau. » (DEU p. 75).

Il nous faut changer de logique et de morale, reconstituer la science sacrée : voilà l’enseignement de la légende d’Isis, reprise dans le Tarot, auquel adhère Breton avec foi. Au cours du passage du « ruisseau de droite », il entonne un hymne de confiance en l’esprit nouveau qu’il convient d’instaurer.

« Et les idées cesseraient d’être aussi fécondes de l’instant où l’homme ne les abreuverait plus de tout ce que la nature peut mettre individuellement en lui de clarté, de mobilité, de générosité et de fraîcheur de vues. je porte au sol où il marche cette confiance qu’il doit avoir dans l’éternel reverdissement de ses raisons d’espérer, au moment même où elles peuvent paraître détruites. » (p. 87)

Voir le cahier Oswald Wirth

Oswald Wirth et la Suisse

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Peu de maçons le savent, mais – faut il le rappeler ? – Oswald Wirth était non seulement né en Suisse mais il en était imprégné au plus profond de son être. Seule l’infirmité et la guerre l’empêcha de regagner sa terre natale mais il avait déjà entrepris un retour épistolaire important (directement en allemand puisque c’était sa langue maternelle) avec ses compatriotes et les frères de la loge Alpina que la mort a interrompu.

chateaudelarochereAoût 1939,  le drame s’accélère. La déclaration de guerre trouve Wirth en vacances, dans la région la moins indiquée, la pointe de Rethel en Arden­nes, avec sa soeur et sa nièce. On les a évacués d’urgence en voiture et transportés à Monterre-sur-Blourde, au sud de Poitiers. Ils y habiteront le château de la Rochère, propriété du maire de la commune, Pierre de Saint-Laumer dont l’épouse Marie-Antoinette de Meixmoron de Dombasle cultive les Muses et a quelquefois confié ses vers au Sym­bolisme. Le couple se réclame de la lignée de Stanislas de Guaita dont ils sont les arrière-neveux.

Les commentaires de Wirth sur la guerre, jugements, critiques et espérances démontrent qu’il s’est toujours tenu éloigné de la politique. A ce moment là il est octogénaire et sa réaction est pleine d’un courage admirable. Son infirmité motrice va s’aggraver d’une surdité à peu près totale.

Les maçons suisses, informés de sa retraite et de sa solitude, lui offrent de collaborer, pendant la guerre, à la Revue de la Grande Loge Alpina. Il y collabore en alle­mand, retrouvant la langue de sa prime jeunesse. Pour ces raisons, il subira pour cela, le 28 décembre 1941, dans la Vienne, une seconde perquisition allemande. La première avait dévasté, dès l’occupation de Paris, la bibliothèque de la rue Ernest-Renan. Cette fois, c’est la censure postale — aux frontières — qui, intriguée par la correspondance maçonnique et surtout l’envoi et la publication d’articles dans la revue helvétique, a alerté les services de surveil­lance des sociétés secrètes. Ces derniers ont dépêché leurs agents au château de la Rochère où, après leur passage, il ne restera rien de ce que Wirth avait pu conserver dans son exil et des dossiers que son labeur acharné avait reconstitués.

Le 12 octobre 1942 il écrit à son frère suisse, Imhof, rédacteur en chef de la revue Alpina, le texte qui livre peut-être la clé de sa vie spirituelle, de son combat.

« Cela m’amène au problème de l’éducation morale qui s’impose plus que partout en démocratie. Il ne suffit pas de proclamer la liberté comme cela se fit en France où rien n’a préparé les citoyens à exercer leur droit et sou­veraineté. Aussi ont-ils été de piteux électeurs, nommant qui leur promettait des avantages personnels. Cela man­quait absolument d’esprit républicain. La Respublica étant le dernier souci des antimonarchistes ou anticléri­caux avertis par les politiciens. Le résultat fut un déplo­rable parlementarisme qui cependant ne prouve rien contre le pur idéal démocratique.

–  Ah ! si l’Europe nouvelle était organisée par l’amour, avec la Suisse comme cœur !

–  C’est un rêve, mais qui se rêve avec persistance et ferveur. »

La valeur culminante du morceau est dans l’admiration pour la démocratie helvétique. Il assimilait l’ordre poli­tique auquel elle est parvenue à l’ordre cosmique. La jonction des deux termes  lui avait apporté la révélation des clés du symbolisme. On comprend pourquoi le premier cadre de sa vie à Brienz fut déterminant pour le reste de sa vie de réformateur.

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La dernière lettre testamentaire d’Oswald Wirth

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Lame du tarot dessiné par Oswald Wirth. On remarquera à droite entre les sabots du diablotin les initiales du Maître mais volontairement occultées : O et W …  c’est la seule lame signée par son auteur et concepteur. Placé à cet endroit, légèrement en retrait, O.W. échappe à l’influence hypnotique de Lucifer, se met sous la protection de Vénus (Netsah:  l’Amour, la Victoire…) Il serait alors en position pour se visualiser à la place du personnage principal et ainsi pouvoir intégrer les énergies de l’Arcane : le pouvoir d’agir, en accord avec la Loi, sur le monde manifesté. La Force.

Dernière Lettre écrite par Oswald Wirth le 19 Janvier 1943

Le présent auteur de ce blog qui est également  l’organisateur du séminaire Oswald Wirth 2014 l’a entendu en effet comme il est dit dans cette lettre.

«  Il ne saurait être question de renoncer au Grand Oeuvre, absorbé par un Ouroboros et digéré par lui. Nous sommes infimes par rapport au Tout, mais nous y tenons notre place et y accomplissons notre fonction. Il y a en chacun de nous un noyau d’activité qui s’adapte à l’emploi qui lui a été assigné. Nous devenons ce que nous sommes pour les besoins du rôle que nous avons à jouer, sans que l’acteur permanent s’identifie avec le personnage de théâtre qu’il représente transitoirement. Ce qui nous est difficile, c’est de nous connaître en ce que nous sommes par nous-mêmes, indépendamment du déguisement que nous portons sur la scène. Qu’étions-nous dans la vie inconnue que nous menions avant de nous incarner et que deviendrons-nous après notre libération du service terrestre ?… Je veux bien arriver de l’autre côté tout imprégné du rôle que je viens de jouer. Je puis ne pas vouloir rompre avec les camarades qui continuent à tenir leur emploi dans la pièce au dénouement de laquelle je m’intéresse. Il est des liens d’affection qui ne se rompent pas entre centres de rayonnement psychiques.
Je crois à l’amour, et à son indestructibilité quand il est immatériel. Si j’aime les humains dont j’ai partagé les misères en même temps que les aspirations les plus nobles, je ne puis les abandonner une fois sorti de leurs rangs de lutte terrestre. J’ai donc espoir de rester en liaison, une fois passé derrière le rideau, avec ceux dont la tâche n’est pas achevée… Je me refuse à renier mon patriotisme terrestre. Pas de désertion devant l’Oeuvre de rédemption humaine. C’est en aimant que nous pouvons être heureux, et je ne vois de félicité que dans l’amour qui se donne, et contribue au mieux, particulier et général.

J’ai la conviction profonde que je ne me trompe pas. »

Oswald Wirth

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à suivre ici

Science et hermétisme