Oswald Wirth et l’énergétisme

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Oswald Wirth et l’énergétisme : il rappela que c’est essentiellement dans l’imposition des mains que le Christ révéla sa nature divine. C’est sans doute l’angle premier sous lequel il faut aborder l’oeuvre wirthienne pour tenter de la comprendre et de voir les nombreux malentendus qu’elle a fait naitre notamment au sein de l’Ordre maçonnique. De l’imposition des mains paru en 1895 à la librairie Chamuel est son premier ouvrage et reste comme un guide de tous les autres à venir. C’est celui aussi où il se confie le plus. Il sera intéressant d’ailleurs – et ce sera l’occasion de ce séminaire en Suisse – de confronter laposition de With avec celle d’autres compatriotes comme C.J. Jung ou encore Freud. On sait que c’est à partir du mesmérisme et des travaux de Charcot que la nouvelle science de la psychiatrie allait naître. Mais Wirth a laissé une trace durable de son oeuvre en modifiant les rituels maçonniques car cette fameuse chaine d’union pratiquée au sein de toutes les loges reste le legs intangible de Wirth, une façon de communiquer l’énergie universelle par la main.  L’a t-on oublié ?

Oswald Wirth fit une intervention remarquée au Congrès du magnétisme en 1889 où il résuma les travaux de son maitre, le baron du Potet. Enfin signalons que le magnétisme fut également à la base de la théurgie (les fameuses passes) et se pratiqua tant en Maçnnerie que dans le Martinisme avec Willermoz.

Extrait de son livre (que nous délivrons dans son intégralité dans notre cahier en hommage à Oswald Wirth) :

L’intuition. Les Origines de l’art de guérir. Conceptions primitives. La force vitale transmissible d’une personne à une autre. La psychurgie. Son avenir.

Lorsque la légende attribue à nos premiers parents la connaissance spontanée de toutes choses, elle fait sans doute allusion aux prérogatives dont jouit l’intelligence à l’état naissant. Au sortir de l’ignorance absolue, l’esprit humain ne subit le joug d’aucun préjugé, d’aucune idée préconçue. Son indépendance est parfaite et rien ne l’empêche de s’orienter librement vers la Vérité. Celle-ci agit sur les intelligences vierges comme un aimant puissant : elle les attire et les plonge dans une extase qui leur permet de contempler la lumière spirituelle dans son plus pur rayonnement. C’est ce que l’Ecriture appelle converser directement avec Dieu. Cela veut dire que dans sa naïveté originelle l’homme intuitif est naturellement prophète ou voyant. Il devine juste : au lieu de raisonner, il rêve, et ses visions tiennent du génie. Mais cette révélation primordiale demande à être formulée. C’est là l’écueil, car l’extatique ne dispose que d’images enfantines et grossières. Il ne peut s’empêcher de tout personnifier. Jugeant l’inconnu d’après lui-même, il crée des divinités à sa ressemblance et peuple son imagination de fantômes. Ces chimères enveloppent et assiègent son esprit : Ce sont les formes dont la pensée s’est revêtue. Elles masquent la Vérité, qu’elles dérobent à l’intelligence. La Lumière primitive ne  parvient plus alors jusqu’à l’homme, qui est chassé de l’Eden : il ne possède plus la vue géniale des choses, et c’est péniblement qu’il acquiert désormais ses connaissances. Heureux encore si un travail ingrat lui fournit autre chose que des fruits amers !

La terre qu’il arrose de ses sueurs ne produit à son intention que des chardons et des ronces. Il nous est cependant possible de nous relever de la chute.

Tout le secret consiste à nous dégager des habitudes vicieuses que notre intelligence a contractées : redevenons semblables à des enfants si nous voulons entrer dans le Royaume des Cieux. Notre primitive innocence, la fraîcheur de notre première impressionnabilité peuvent se retrouver, si nous parvenons à faire abstraction de toutes les théories à la mode pour remonter jusqu’au berceau de nos diverses connaissances. C’est là, c’est à la source initiale de notre savoir que nous pouvons puiser des notions d’une pure et profonde sagesse. Sans doute, en revenant ainsi sur nos pas nous ne rencontrons que les formes, ou les écorces, qui constituent la lettre morte de toutes les superstitions.

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Le baron du Potet

 » Or, me trouvant à Paris vers la fin de 1879, je fus informé de la fondation d’une société magnéto-thérapique, sous la présidence du Baron du Potet. Je me fis inscrire, en me promettant de suivre avec assiduité des séances qui s’annonçaient comme hautement instructives » Oswald Wirth

Mais ces cadavres, ces momies, nous permettent d’évoquer la pensée éternellement vivante qui jadis y fut enfermée. C’est à ce titre que rien ne doit être méprisé. Tout nous semble ridicule et faux tant que nous ne comprenons pas ; mais dès que notre esprit s’ouvre à la compréhension tout devient respectable et vrai. Appliquons-nous donc à démêler ce que l’homme a voulu dire, alors qu’inhabile à s’exprimer il balbutiait des fables. Peut-être trouverons-nous dans ces conjonctures instinctives des notions utiles à reprendre. L’esprit humain ne saurait trop se replier sur lui même car, en parcourant le cycle de ses égarements, jamais il n’approche autant de la Vérité que lorsqu’il revient à son point de départ. Pour nous en convaincre il suffit de se figurer ce que l’art de guérir fut logiquement à ses débuts. Reportons-nous à une époque où l’on ne connaissait encore ni botanique ni chimie. Comment l’homme s’efforçait-il alors de parer aux atteintes de la douleur ?

La réponse nous est fournie par l’observation de ce qui se passe chaque jour autour de nous. Considérez cet enfant dont le doigt vient d’être pincé ou brûlé. Que fait-il ? Il le porte à la bouche, et le contact de ses lèvres, la tiédeur de son haleine ou la fraîcheur de son souffle le soulage. Un autre jeune étourdi à reçu un coup sur la main : vivement il presse sous l’aisselle les phalanges endolories et s’en trouve bien. Nous mêmes, ne nous appliquons-nous pas la main au front lorsque le mal de tête nous y incite ? Et les douleurs intestinales ou les crampes d’estomac, ne nous obligent-elles pas à recourir à l’action calmante de nos mains ?

Ces exemples, qu’on pourrait multiplier à l’infini, montrent comment l’homme réagit spontanément contre la douleur. Sans nous laisser le temps de la réflexion, notre main se porte d’elle-même sur toute région du corps devenue subitement sensible. C’est là une loi d’activité purement réflexe ou automatique, à laquelle nous ne saurions nous soustraire. L’instinct, ce guide infaillible des êtres qui ne raisonnent pas, nous porte ainsi à chercher tout d’abord en nous-mêmes le remède contre la douleur. N’est-ce point là une indication précieuse ?

Pourquoi tant chercher  en dehors de nous, alors que c’est EN NOUS  que jaillit la fontaine de Vie ? Les choses ne se passent-elles pas comme si toute partie saine du corps tendait à ramener la santé dans une autre partie malade ? Les anciens ne conçurent aucun doute à cet égard, comme le prouvent leurs premières théories médicales. A leurs yeux, la maladie était une entité hostile, un esprit malfaisant, un souffle vénéneux qui s’insinue traîtreusement dans l’organisme. La santé, par contre, apparaissait comme une essence divine normalement répandue dans tous nos organes, dont elle assure l’intégrité et le fonctionnement régulier. Pour chasser le démon, on crut suffisant de mettre en contact avec lui son antagoniste. Il se déchaînait ainsi une lutte, qui se terminait par la victoire du plus fort. « 

L’imposition des mains et la médécine philosophale, Oswald Wirth

à suivre ici

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Oswald Wirth et Jules Romains : les hommes de bonne volonté

jules_romainsEn 1932, Wirth publie le Rituel de l’Adepte. Ce livre couronne la trilogie initiatique constituée par les trois livres spécifiques des grades : Apprenti, Compagnon, Maî­tre. Définissant son sujet, l’auteur écrit qu’il a voulu mettre « l’initiable sur la voie d’un programme auquel il lui ap­partient de se conformer selon l’esprit. S’il est doué de perspicacité et de persévérance, et d’un fervent désir de s’initier, la lumière se fera graduellement dans son sanc­tuaire intérieur ».

Lorsque dans la fresque de la vie française au XXe siècle qu’il appellera Les Hommes de bonne volonté, Jules Ro­mains veut parler de la Franc-Maçonnerie, il intitule Re­cherche d’une Eglise le tome consacré à ce travail, le sep­tième de la série. Il a vécu sur les notions alors familières à l’opinion française. La Maçonnerie vit alors aux lendemains de 1914, tout imprégnés des souvenirs qui ont précédé la déclaration de guerre que l’armistice et ce qui l’a suivi n’ont que peu rajeunis, et que le cartel poli­tique de 1924 a même plutôt accentués.

Jules Romains avait un grand scrupule de rigoureuse exactitude et s’évertuait à pénétrer les multiples détails de toute affaire qu’il voulait traiter. Avant de tracer son récit, il avait donc tout lu et rencontré beaucoup de maçons ou d’anciens maçons. Des fanatiques et des déçus, des dolents béats et des démissionnaires dénigrant une institution qui les avait laissé indifférents ou insatisfaits, des partisans sommaires aussi. Rapprochés de ce qu’il savait, les éléments de son enquête l’avaient conduit, de degré en degré, à pressentir qu’il y avait dans le corps maçonnique, un courant mystique et spiritualiste sous-jacent dont les tenants avaient, par la qualité de leur pensée, leur talent et la dignité de leur vie, une influence l’emportant de beaucoup sur leur nombre relativement faible, donc bien plus importante que le pensaient les igno­rants. Et puis ses lectures sur les origines de l’Ordre ne s’accordaient guère avec la réalité organique de ce dernier en 1934. Au cours de ses recherches, on lui signala Wirth.

C’est de la rencontre de Romains avec ce dernier que naquit le personnage de Lengnau. Aux caricatures malveil­lantes qu’avait tracées Arbansaux, nom prêté à un autre témoin appartenant à la Maçonnerie déviée, Wirth, sous le pseudonyme de Lengnau, oppose un tableau de la pen­sée maçonnique qui ne convainc pas son interlocuteur Jerphanion — sous ce nom d’un normalien agnostique —, Romains se met lui-même en scène. Mais tout de même l’exposé, sans le convaincre, le saisit. Le comportement de Lengnau, sa foi, sa sincérité profonde, l’ampleur et l’élé­vation des vues qu’il a développées, suivant les grands thèmes de la pensée wirthienne, le laissent impressionné. Le pseudo-néophyte Jerphanion restera hors du Temple. L’homme de lettres demeurera plein de respect pour cet hôte chez lequel il a cru déceler la flamme, la grandeur, la beauté morale de ceux qui, au temps de l’érémitisme, furent les conservateurs des lumières de l’humanité. La démarche de Jules Romains était passée inaperçue.

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à suivre dans le cahier

Chroniques Lotharingiennes : dossier sur les axes de l’Europe

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dossier spécial Xavier Guichard à propos de son ouvrage Eleusis Alésia. Étude sur les différents centres de l’Europe qui furent aussi les centres actifs de la Lotharingie, Alaise (Alésia), Strasbourg, Genève, Bruxelles. Introduction à la « Géographie sacrée » …

Brève introduction à la Géographie sacrée :

Dans son énigmatique  livre : Le Roi du Monde, René Guénon a fait une brève allusion à la géographie sacrée des Anciens:

« Il y avait en effet, dans l’antiquité, ce qu’on pourrait appeler une géo­graphie sacrée, ou sacerdotale, et la position des cités et des temples n’était pas arbitraire, mais déterminée d’après des lois très précises; on peut pres­sentir par là les liens qui unissaient l’« art sacerdotal » et l’« art royal » à l’art des constructeurs, ainsi que les raisons pour lesquelles les anciennes corpo­rations étaient en possession d’une véritable tradition initiatique… Naturel­lement, on devait recourir à des précautions toutes spéciales lorsqu’il s’agis­sait de fixer l’emplacement d’une cité qui était destinée à devenir, sous un rapport ou sous un autre, la métropole de toute une partie du monde; et les noms des villes aussi bien que ce qu’on rapporte des circonstances de leur fondation, mériteraient d’être examinés soigneusement à ce point de vue. »

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Ailleurs (dans le même livre), René Guénon avait écrit ceci qui éclaire le passage ci-dessus:

« Le centre du Lamaïsme ne peut être qu’une image du véritable « Centre du Monde »; mais tous les centres de ce genre présentent, quant aux lieux où ils sont établis, certaines particularités topographiques communes, car ces particularités, bien loin d’être indifférentes, ont une valeur symbo­lique incontestable et, de plus, doivent être en relation avec les lois suivant lesquelles agissent les influences spirituelles. »

Une étude de la « Géographie sacrée du monde grec », par M. Jean Richer, nous rappelle ainsi que Delphes, centre religieux du monde grec, représentait pour les Hellènes le «Centre du Monde » et, de plus, toute fondation d’une cité nouvelle était précédée d’une consultation de l’oracle de Delphes qui précisait l’emplacement de la future ville, laquelle se trou­vait ainsi rattachée symboliquement à Delphes. D’autre part, M. Jean Richer a pu déceler l’existence, dans le monde grec, d’un système com­plexe d’axes méridiens et parallèles analogue à celui que Xavier Guichard avait découvert autour d’Alaise-Alésia.

Une autre étude, non moins intéressante, avait été publiée en 1936 et 1937 dans la revue Etudes Traditionnelles sous le titre «La Dacie hyperbo­réenne ». Il s’agissait en fait, d’une enquête sur la géographie du monde roumain. On y retrouve notamment un mont Om, ou «Pôle gétique », sub­stitut du Mont Mérou originel. Voici d’ailleurs, le début du premier chapitre, où l’origine et le sens de la géographie sacrée se trouvent clairement exposés:

« Un des plus intéressants aspects de la manifestation cyclique est constitué par la grande migration hyperboréenne. Elle est une « descente » de l’indistinction polaire primordiale dans les multiples manifestations secondaires du cycle. Pourtant, ce n’est pas du point de vue historique pro­fane que cette manifestation nous intéresse, mais de celui du symbolisme historique, « signature » de réalités incomparablement plus profondes. Le symbolisme de cette migration se rattache en somme à la manifes­tation de Prakriti: indistinction polaire originelle, rupture de l’équilibre des trois gunas, imposée par la manifestation des possibilités totales du cycle; descente « tamasique » interrompue parfois par des étapes et des projections « rajasiques » à droite et à gauche sur divers plans de la possibilité univer­selle; symbolisme crucial évident et, disons-le, fatal.

On peut concevoir d’après cela que la migration hyperboréenne n’a rien d’une émigration; qu’on n’y trouve rien d’improvisé, de hasardé, de gratuit, de précipité. Il faut nous arracher à tous les préjugés modernes pour nous bien représenter cette migration sacrée, avec ses sacerdotes-rois, trans­portant d’étape en étape, sans aucune improvisation et selon une science géographique précise, ses « pénates », ses tabernacles, ses supports spirituels. Nous devons insister sur un point capital, sur lequel se base toute notre étude: ces étapes (qui duraient des millénaires) devaient avoir des « vertus » spéciales, des vertus « analogues » à celles des étapes précédentes et de la Contrée primordiale. C’est là une vérité fondamentale qu’il ne faut jamais perdre de vue. En d’autres termes, les montagnes, les eaux, les lieux géogra­phiques, leurs noms, les centres, les supports spirituels d’une étape avaient des vertus analogues à celles des étapes précédentes. Si, par exemple, il y avait de nouvelles Tula, de nouvelles Iles Blanches, ce n’est pas du tout, faut-il le dire, à la manière des Nouvelle-Orléans et des New York! Mais la géographie sacrée est de toutes les sciences traditionnelles la plus oubliée en Occident. »

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Zacharias Werner et les Fils de la Vallée

L’initiation, les débuts (1792 -1797). La franc-maçonnerie en Prusse orientale

Le 7 janvier 1792, il venait alors d’avoir vingt-trois ans, Werner se faisait admettre à la loge des Trois couronnes (zu den drei Kronen) de Königsberg. Aucun document ne nous permet de dire avec certitude quels furent les mobiles de cette décision. Nous en sommes donc réduits à de simples conjectures. Vierling et, après lui, Han­kamer pensent qu’il adhéra à la Franc-maçonnerie surtout par intérêt, par ambition, afin de se créer des relations utiles et de se concilier les bonnes grâces de personnages influents. Il n’est pas impossible que le souci de son avenir ait eu part à sa résolution. Il est cependant permis de croire qu’il n’en fut pas la seule ni, surtout, la principale raison. Si Werner ne fit pas toujours preuve d’un désin­téressement exemplaire, s’il sut même habilement tirer profit de ses amitiés, il fut pourtant le contraire d’un arriviste animé d’une volonté froidement calculatrice, et n’eut aucune ambition de carrière. D’ailleurs, comme il était déjà membre de la Freie Gesellschaft, société très fermée où il fréquentait la plupart des personnalités de la ville, c’est-à-dire tous les hommes qui, à des degrés divers, étaient en mesure de lui accorder, le cas échéant, une protection efficace ou de lui rendre un bon office, il eût pu, dés lors, se soustraire aisément à une obligation sans objet, car, à quelques exceptions près, les mêmes personnes se rencontraient à la loge et à la société savante.

(…)

La remarque n’est certes pas contestable, Werner était un faible ; mais encore faut-il la dépouiller de son intention polémique : en effet, la Franc-maçonnerie jouissait alors dans toute l’Allemagne et particulièrement dans l’aristocratie et la haute bourgeoisie d’un tel prestige que l’affiliation du jeune homme, fils d’un professeur à l’Université, membre d’une des familles les plus en vue de la ville, apparaît comme une chose trop naturelle pour qu’il faille en rechercher la cause dans un manque de caractère. Sans doute, la curiosité, l’espoir d’un profit, le conformisme sont à l’origine de nombreuses affiliations, mais d’autres mobiles moins futiles rendent également compte d’un certain nombre d’entre elles. Werner est tout simplement devenu Franc-maçon comme le sont devenus la plupart des bons esprits de son temps, et pour des raisons analogues : non par dessein de se pousser dans le monde ou par désir de suivre une mode, un usage de bon ton, mais pour des motifs plus désintéressés et plus personnels. Son goût pour le faste et la solennité des cérémo­nies enveloppées de mystère, pour des rites nimbés d’une atmosphère de sacralisé, son espoir, surtout, d’accéder à des révélai ions que la Franc-maçonnerie se targuait de pouvoir seule dispenser à ses grands initiés, exercèrent un singulier attrait sur son âme imaginative, ardente et foncièrement religieuse. Très tôt détaché du protestantisme rationaliste, Werner semble avoir recherché dans des ouvrages d’hermétisme la solution des problèmes que le dogme luthérien laissait sans réponse ou du moins sans réponse satisfaisante. Le passage suivant d’un curieux billet qu’il envoya à son ami Fenkohl le 21 avril 1789, trois ans avant son admission à la loge, ne laisse aucun doute sur ce point : « Pense au Christ lorsque ses plus fidèles le fuient, que personne ne le connaît et que tous le crucifient. Prie pour lui et pleure son destin et Jérusalem. Bientôt se manifestera le novénaire sacré, puis quelque temps encore, et nous nous reverrons soit parmi les corps rayonnants dans les campagnes sacrées d’Ailaht, soit dans l’émanation de la lumière éternelle. »

(…)

Au moment où Werner entra dans la Franc-maçonnerie, on ne comptait pas moins de cinq loges à Königsberg : celle des Trois couronnes, sous la dépendance de laquelle se trouvait celle de la Persévérance (Zur Beständigkeit), celle de Saint-André au flambeau d’or (Andreas zur goldenen Leuchte), celle de la Tête de mort (zum Totenkopf), et enfin celle du Phénix (Phoenix). Il ne semble d’ailleurs pas que cette diversité lui ait causé quelque embarras. En effet la loge de Saint-André au flambeau d’or, qui avait un caractère aristocratique très marqué, n’admettait guère que des nobles à ses travaux, et les trois loges à la Tête de mort, au Phénix et à la Persé­vérance, la première fondée en 1772, la seconde en 1775 et la troisième en 1790, paraissent avoir surtout recruté leurs membres dans la petite bourgeoisie commerçante et artisanale. Par contre, les Trois couronnes étaient la loge de l’aristocratie intellectuelle et de la haute bourgeoi­sie. Parmi ses membres les plus anciens et les plus actifs figu­raient de vieux amis du père de Werner : le conseiller à la guerre Johann-George Scheffner, Christoph-Ludwig Hoffmann, le père de l’écrivain, le conseiller Theodor-Gottlieb von Hippel qui en fui long­temps le maître en chaire, très au courant des problèmes de la Franc-maçonnerie sur laquelle il écrivit en 1793 un roman satirique resté célèbre, Croisades en zig-zag du chevalier A à Z (Kreuz-und Querzüge des Ritters A bis Z), enfin le conseiller à la guerre Johann Linck, qui avait épousé la cousine de Werner, Amalia-Dorothea Kupner.

C’est donc aux Trois couronnes que se fit recevoir le jeune homme. Cette loge était l’héritière de la loge aux Trois ancres (zu den drei Ankern), loge bleue qui fut fondée le 12 septembre 1746 et termina ses travaux le 7 décembre 1757. Peu de temps après, un gentilhomme russe ou courlandais, le baron von Schröders, ouvrit, pendant l’occupation de Königsberg au cours de la guerre de Sept ans, une loge de rite écossais, la loge de Saint-André au flambeau d’or qui rassembla les membres de l’ancienne loge aux Trois ancres. A son tour, elle créa le 10 juin 1760 la loge fille aux Trois couronnes, de rite johannite, ne pratiquant par conséquent que les trois grades symboliques, alors qu’elle se réserva le droit de décerner les hauts grades écossais.

deux volumes (Mai et septembre 2026)

trois_couronnesavec de nombreux documents inédits …

Rudolf Steiner et l’ésotérisme en Suisse

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Né en 1861 dans le village croate de Kraljevec, Rudolf Steiner suivra ses parents autrichiens dans leur pays d’origine, et y effectuera ses études. Après s’être initié à la philosophie, il apportera, à l’âge adulte, ses lettres de noblesse à l’ésotérisme européen. Steiner élabore en effet, à partir des années 1910, un nouveau courant de pensée, l’anthroposophie, disci­pline qui entend étudier les phénomènes spirituels de la même manière que la science analyse le monde physique. On peut repé­rer trois phases dans sa vie, qui chacune livre des traits spécifiques sur la conception du monde qu’il s’est forgée. Au cours de la première, jusqu’en 1900, Steiner s’inscrit dans l’élan culturel allemand, et devient un fin lecteur de Fichte, Schiller et Nietzsche. Mais c’est avec Goethe qu’il prend son envol, participant à l’édition de ses oeuvres scientifiques ; car l’auteur de Faust fut un éminent savant, versé en botanique, optique et géologie. Steiner rédigera de très belles introductions, réunies dans Goethe, le Galilée de la science du vivant.

La deuxième période nous conduit jusqu’en 1909-1912. En quête d’un auditoire à qui il pourrait dire les visions qui l’habitent, il rejoint la Theosophical Society, fondée par la russe Helena Blavatsky à New York en 1875. Syncrétisant le bouddhisme, l’occul­tisme, l’ésotérisme et des éléments emprun­tés à diverses traditions religieuses, la Société théosophique a pour ambition de former une fraternité universelle et de développer les pouvoirs latents de l’homme. Il y adhère en 1902, et deviendra le secrétaire général de la section allemande. Steiner sera en relation constante avec Annie Besant, qui présidait en ce temps-là la Société. C’est également à ce moment qu’il rencontra sa collaboratrice Marie de Sivers, qui devien­dra son épouse en 1914.

couv_eso_suisse2Rudolphe Steiner : un épisode méconnu, la lance de Longinus.

C’est en 1879, que Rudolf Steiner (1861-1925), âgé de dix-huit ans, découvre pour la première fois la Lance de Longinus au Musée de la Hofburg, à Vienne où il étudie les sciences à l’Université. Impressionné par la légende attachée à l’arme mythique, il effectue de nombreuses recherches sur son histoire. Elles anticipent d’une trentaine d’années celles effectuées par le Dr Walter Stein et, parallèlement, par Adolf Hitler. Rudolf Steiner fut le plus grand adversaire du Führer ; c’était même son ennemi numéro un. Comment un philosophe autrichien, peu connu du grand public, pouvait-il inquiéter les leaders nazis au point que les SS et la Gestapo reçurent l’ordre de pourchasser et de persécuter les adeptes de sa doctrine, qui, apparemment, ne présentaient aucun danger politique, ni aucune menace pour le régime ? Dietricht Eckart, l’ « inventeur d’Hitler », avait même émis le désir, avant de mourir, que le Gœtheanum, un centre culturel et spiritualiste édifié par Rudolf Steiner, près de Bâle, soit détruit par le feu et que le Dr Steiner, entouré de ses disciples, périsse dans les flammes. Le soir du Nouvel An suivant, alors que Rudolf Steiner donnait dans ce bâtiment une conférence de presse devant huit cents personnes, un violent incendie d’origine criminelle se déclara. Heureusement, le feu ne se propagea pas immédiatement. Bien que la structure de l’édifice comporte de nombreuses poutrelles et sculptures de bois, le conférencier et ses amis purent échapper à cette fin horrible.    à suivre ici

The supposed Holy Lance

Mouvements ésotériques en Suisse (4)

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La Suisse est sans doute un peu étroite sur le plan horizontal, du septentrion au midi et de l’orient à l’occident mais elle a toujours entretenu un rapport étroit et intense avec la verticalité !.. au delà de ses cols, et de la chaine des Alpes, épine dorsale et toit de l’Europe, c’est cet  axe mystérieux ou Axis mundi allant du Zénith au Nadir que nous  évoquons au travers de ces deux cahiers. Le premier situe la naissance mouvementée de l’Ordre maçonnique avec l’arrivée de la Révolution française et l’éphémère République Suisse, le second rattaché à une période plus récente montre la richesse de ses apports à la spiritualité mondiale, non seulement avec la contribution de deux grandes figures majeures , Rudolf Steiner et Carl Gustav Jung, mais par la diffusion de son ADN qu’est l’internationalisme.  En fait le secret est une institution en Suisse qui déborde de loin le seul secret bancaire !

Premier cahier ;

  1. Naissance de la Franc-maçonnerie en Suisse
  2. L’énigmatique marquis de Vaucrose et l’illuminisme
  3. Le théosophe bernois Friedrich Herbort et ses amis
  4. Naissance de l’église sweidenborgienne à Lausanne

Second cahier ;

  1. Quelques figures suisse, hommage à Oswald Wirth
  2. Le problème de la Gnose de Rudolph Steiner à C.J Jung
  3. Invention de l’anthroposophie
  4. Mouvements internationalistes et rôle « occulté » de Genève
  5. New Age et néo-templarisme

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Oswald Wirth (1860 – 1943)

oswald_wirthOswald Wirth : 1860-1943, citoyen Suisse mort en France. Rendu célèbre par ses trois livres : la Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes; il y a bien sûr de l’humour (jamais décrypté) derrière ce titre parfaitement ambigu ! Rénovateur de la Franc-maçonnerie française, célèbre inconnu et ignoré par ses « Frères ». Fondateur de la Revue Symbolisme. Depuis plus de 60 ans personne de la Grande Loge de France ou du Grand Orient de France n’est venu honorer sa tombe. Il en va ainsi de la Fraternité !

Dans ce cahier vous découvirez un O. Wirth insolite sous un autre angle, ses commentaires sur la Vierge Alchimique de Reims avec les illustrations ad hoc ainsi que divers textes rares et une analyse de sa conception de la régularité maçonnique qui pourrait être bien utile dans la crise que traverse aujourd’hui cet ordre.

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Science et hermétisme